ARTICLE
Auteur(s) : Philippe
Rougier
Service d'hépato-gastroentérologie et oncologie digestive,
Hôpital Ambroise Paré, 92100 Boulogne
L'implication en cancérologie des hépato-gastroentérologues
(HGE) est ancienne… et la cancérologie digestive est un des
domaines majeurs de l'exercice de l'hépato-gastroentérologie que
les résultats de l'enquête menée par la FSMAD et la FFCD sur la
pratique de la cancérologie digestive ont parfaitement
illustré.
Cette implication est importante, cotée sur une échelle
analogique à 6/10 ; elle est encore plus forte chez les plus
jeunes, connaît une féminisation nette et concerne tous les modes
d'exercice.
Nos collègues du secteur libéral ont su adapter leur exercice
aux exigences du plan cancer, à ses décrets d'application, ainsi
qu'aux différentes conditions d'exercice très bien détaillées dans
l'article de Patrice Pienkowski et Eric Vaillant. Ils sont
aujourd'hui plus de 180 à prendre en charge l'administration
des chimiothérapies des patients atteints de cancer qui leur sont
confiés, représentant 23 % des HGE administrant des
chimiothérapies.
L'exercice de la cancérologie nécessite, au moins pour la
primo-prescription de chimiothérapie, une compétence officielle en
cancérologie
L'exercice de la cancérologie nécessite, au moins pour la
primo-prescription de chimiothérapie, une compétence officielle en
cancérologie que les HGE ont eu très tôt le souci d'acquérir ;
globalement 665 HGE (40 %) déclaraient avoir une compétence
ordinale en cancérologie et 186 posséder un DESC de
cancérologie digestive en 2008 ; ainsi, selon les critères de
l'INCA, ce sont 754 HGE qui seraient « autorisés » à prescrire et
initier des chimiothérapies, ils sont donc significativement plus
nombreux que les oncologues médicaux qui sont environ 600 et
dont l'exercice ne se limite pas loin de là à la cancérologie
digestive…
Environ 750 hépato-gastroentérologues seraient «
autorisés » à prescrire et initier des chimiothérapies versus
600 oncologues médicaux dont l'exercice ne se limite pas à la
cancérologie digestive…
Il y a donc une grande complémentarité entre HGE et oncologues
médicaux qui est d'autant nécessaire que les patients atteints de
cancers digestifs vivent plus longtemps grâce à l'efficacité des
traitements et qu'ils ont besoin de plus de lignes
thérapeutiques. C'est cette complémentarité entre oncologues
médicaux et HGE qui permet de réduire actuellement les disparités
régionales avec la prise en charge majoritaire des chimiothérapies
par les HGE dans les régions de faible densité en oncologues
médicaux, comme l'Auvergne, le Limousin, le Nord-Pas-de-Calais, le
Poitou-Charentes…
Dans la majorité des cas, la collaboration entre HGE et
oncologues est harmonieuse ; ceux-ci travaillent ensemble en réseau
et sont complémentaires mais … dans certains cas, des difficultés
existent qui desservent l'intérêt des patients. Ainsi en est-il des
conflits qui existent lorsqu'il est fait obstacle, par une approche
« territoriale » de la cancérologie, à des HGE compétents pour
l'administration des chimiothérapies alors qu'ils réunissent toutes
les conditions pour le faire. Ainsi en est-il aussi des 257 HGE qui
prescrivent des chimiothérapies alors qu'ils n'ont pas les diplômes
ou compétences requis par l'INCA pour prendre en charge la primo
prescription des chimiothérapies. Cette situation existe alors que
plus d'une fois sur deux, ils n'ont pu ni obtenir une compétence
ordinale ni s'inscrire au DESC, alors même que 136 ont un DIU
ou un DU d'oncologie médicale ou d'oncologie digestive.
Ce problème de l'exercice sans « habilitation », souvent dans
des villes où il n'y a pas ou pas assez d'oncologues médicaux, est
réel et est discuté plus loin. On ne peut que souscrire à la
demande que soit mise en place, dans les meilleurs délais, une
reconnaissance des acquis par l'expérience pour ces médecins.
Nous devons défendre nos compétences et faire reconnaître que
les HGE sont les plus aptes à coordonner, dans le cadre des
réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) (en étroite
collaboration avec les chirurgiens, oncologues
médicaux, radiothérapeutes, radiologues, pathologistes et
selon les cas, gériatres et psychologues), la prise en charge des
patients ayant des cancers digestifs. Ils ont une approche
globale des patients et connaissent très bien les spécificités des
nombreux cancers digestifs qui représentent 25 % de tous les
cancers et se répartissent en 9 localisations (de l'œsophage à
l'anus !) et comportent au moins 4 types de cancers digestifs
rares (tumeurs endocrines, GIST, lymphomes digestifs et tumeurs
rares du foie). Limiter leurs possibilités de prise en charge des
patients serait contre-productif et pénalisant pour ces
derniers.
Nous devons défendre nos compétences et faire reconnaître que
les hépato-gastroentérologues sont les plus aptes à coordonner la
prise en charge des patients ayant des cancers digestifs dans le
cadre des réunions de concertation pluridisciplinaire
En 2010, la cancérologie digestive fait partie intégrante
du « métier » d'HGE, elle est intégrée à la maquette du DES d'HGE ;
elle a été notée dans le plan cancer 2009-2013 qui a mentionné le
rôle des HGE dans la prise en charge des cancers digestifs.
Il faut donc que les agences régionales de santé (ARS) intègrent
les HGE compétents en cancérologie dans les organisations
régionales en harmonie et coordination avec les autres
spécialistes.
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