ARTICLE
Auteur(s) : Ulriikka
Chaput1, Ammar Oudjit2, Romain
Coriat1, Michael Bensoussan1, Stanislas
Chaussade1, Frédéric Prat1
1Service d’hépatogastroentérologie, université
René-Descartes, CHU Cochin-Port-Royal, 27,
rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris, France
2Service de radiologie, université René-Descartes,
CHU Cochin-Port-Royal, 27, rue du Faubourg-Saint-Jacques,
75014 Paris, France
La coloscopie est l’examen de référence pour le diagnostic de
lésions coliques. Cependant, son acceptabilité médiocre, son coût
et une morbidité faible mais non nulle en limitent l’utilisation,
notamment dans le cadre du dépistage du cancer colorectal.
Plusieurs alternatives à la coloscopie ont été récemment
développées : des techniques d’imagerie comme le coloscanner et la
colo-IRM, une vidéo-capsule adaptée au côlon et des techniques
d’endoscopies alternatives. L’objectif de cette mini-revue est de
faire le point sur ces techniques.
Techniques d’imagerie
Des progrès récents ont rendu possible l’étude endoluminale du
côlon par tomodensitométrie et imagerie par résonance magnétique
(IRM). À partir des coupes traditionnelles fines, des logiciels
créent des reconstructions de la lumière colique de type endoscopie
virtuelle [1] qui permettent de « cheminer » virtuellement dans la
lumière colique.
Coloscopie virtuelle par coloscanner
Description
Comme pour une coloscopie standard, une préparation colique est
nécessaire. Elle varie selon les centres et comprend généralement
du polyéthylène glycol (PEG) ou du phosphate de sodium.
Les selles résiduelles sont « marquées » par ingestion d’un
produit radio-opaque afin de les différencier des lésions coliques.
Le patient est installé sur la table de scanner en décubitus
dorsal. Une sonde rectale est mise en place afin d’insuffler de
l’air ou du CO2. Le CO2 a l’avantage
d’être réabsorbé très rapidement à travers la muqueuse colique, ce
qui limite l’inconfort du patient dans le temps.
Des antispasmodiques peuvent être administrés afin d’obtenir
une distension colique optimale. Un topogramme (scout view) permet,
avant la première acquisition, de s’assurer d’une distension
colique suffisante. Une première hélice est réalisée, suivie d’un
deuxième topogramme en procubitus. Si la distension est suffisante,
on réalise alors une deuxième acquisition. Une troisième
acquisition en oblique postérieur droit peut être réalisée si le
côlon transverse n’est pas bien exploré. Aucun produit de contraste
n’est injecté par voie intraveineuse. La durée d’acquisition
ne dépasse pas généralement une apnée de 30 secondes, la durée
de réalisation globale de l’examen (patient sur table) est
d’environ dix minutes.
Le traitement des données se fait à l’aide d’un logiciel
spécifique sur une station dédiée, on obtient ainsi deux
reconstructions : une en mode 2D incluant une reconstruction
multiplans (MPR) des acquisitions natives de tout le côlon et des
organes et structures avoisinantes, et l’autre en mode 3D
permettant une navigation endoscopique virtuelle dans le côlon.
Les images de la lumière colique se rapprochent de celles
visualisées lors d’une coloscopie standard. Le radiologue
chemine virtuellement en direction du cæcum puis en sens inverse.
La durée d’interprétation est d’environ 20 à 25 minutes
en fonction de l’expertise du radiologue et de la qualité de
l’examen [2].
Cet examen doit être réalisé à l’aide d’un scanner
multidétecteurs (comprenant au moins 16 barrettes) réalisant des
coupes fines, de moins de 2 mm (≤ 1,25 mm) pour limiter
les artefacts respiratoires et la durée de l’apnée.
Les figures 1A, B et
2A, B représentent respectivement un polype sessile et un
diverticule colique vusualisés d’un coloscanner.
Les polypes apparaissent comme des lésions faisant saillies dans
la lumière colique (figure 1A,B).
Des exemples de reconstructions 3D sont représentés
ci-dessous.
Performances
Le coloscanner a fait l’objet de très nombreuses études dans le
cadre du diagnostic des polypes et du dépistage du cancer
colorectal. Une méta-analyse synthétisant les données de 33 études,
soit un total de 6 393 patients, a été publiée, en 2005, par
Mulhall et al. [3]. La sensibilité et la spécificité pour la
détection de polypes supérieurs à 9 mm étaient respectivement
de 85 % (IC : [79-91 %]) et de 97 % (IC : [96-97 %]), en prenant la
coloscopie pour référence.
Les résultats varient de manière importante selon les études.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette variabilité,
notamment le degré d’expertise des radiologues, les designs
différents des études, l’utilisation inconstante de scanners de
dernière génération et du marquage des selles. L’expérience des
radiologues diffère selon l’étude : d’un minimum de 10 coloscanners
[4] à 25, voire 100 coloscanners dans l’étude de Pickhardt et al.
[5]. La sensibilité du coloscanner pour la détection de
lésions de plus de 6 mm dans les centres les moins
expérimentés chute à 24 % [4]. Les modalités d’interprétation
sont également variables selon les études : dans les travaux de
Cotton et al. et de Rockey et al. [4, 6], les radiologues
interprétaient les coupes bidimensionnelles dans un premier temps,
les reconstructions tridimensionnelles n’étant visualisées qu’en
cas de doute. Inversement, dans l’étude de Pickhardt et al. [5],
les radiologues commençaient d’abord par interpréter les
reconstructions tridimensionnelles, puis analysaient les coupes
bidimensionnelles. Le marquage des selles n’a été réalisé que
dans l’étude de Pickhardt et al. [5], où la sensibilité du
coloscanner pour la détection de polypes d’au moins 10 mm
était la meilleure (93,8 %). L’utilisation de scanner de dernière
génération intervient probablement aussi, sans qu’aucune étude
comparative n’ait pu le démontrer à ce jour.
Limites
Le coloscanner a toutefois ses limites :
- – des erreurs d’interprétation sont possibles : les
faux-négatifs comprennent les lésions planes et les lésions
masquées par des rétentions de liquide ou une distension incomplète
de certains segments coliques, les faux-positifs comprennent les
selles restantes non marquées, certains plis coliques et les
diverticules impactés ;
- – l’impossibilité de réaliser des biopsies ou l’exérèse
des polypes visualisés ;
- – la nécessité d’un certain degré d’expertise ;
- – l’irradiation induite par l’examen (1,0 à
6,0 millisieverts [mSv]) ;
- – une morbidité non nulle : trois études totalisant
environ 50 000 patients ont rapporté 12 perforations
symptomatiques, soit un taux variant de 0,005 à 0,03 % suivant
l’étude.
L’utilisation de CO2 et l’optimisation de la
technique semblent réduire ce risque [7]. Aucun décès n’a été
signalé suite à cet examen.
Par ailleurs, le coût de cet examen est d’environ
200 euros.
Perspectives
Depuis son apparition dans les années 1990, le coloscanner a
considérablement évolué grâce aux avancées technologiques rapides
des logiciels et des scanners. Le temps d’acquisition des
images a été réduit (actuellement de quatre à dix secondes),
limitant les artefacts liés aux mouvements des patients, et les
coupes sont plus fines (0,6 mm).
Des progrès sont encore à venir :
- – l’irradiation induite (1,0 à 6,0 mSv) pourrait
être réduite à 0,2-1,0 mSv par différentes méthodes.
Il est par exemple possible de diminuer la dose (le low dose)
ou de la moduler en fonction de la morphologie du patient ;
- – la possibilité de soustraire électroniquement les
images liées aux matières résiduelles, ce qui, potentiellement,
supprimerait la nécessité d’une préparation colique et augmenterait
l’acceptabilité de l’examen. La sensibilité pour la détection
de polypes d’au moins 8 mm sans préparation préalable était de
89,9 % dans le travail de Iannaccone et al. [8] ;
- – l’apparition de logiciels (CAD pour computer assisted
diagnosis) censés détecter les polypes : le « diagnostic assisté
par ordinateur », à l’étude.
Coloscopie virtuelle par colo-IRM
Le coloscanner, malgré ses résultats encourageants, reste une
technique irradiante dont la répétition chez un même individu
suscite des réserves. Une autre technique d’imagerie virtuelle
s’est développée : la colo-IRM. Les premières études
endoluminales du côlon en IRM chez l’homme datent de 1997-1998 [9,
10].
Description
Tout comme pour le coloscanner, le côlon doit être distendu par un
liquide ou un gaz, et son contenu doit être homogène. Une
préparation colique est donc nécessaire pour supprimer le signal du
contenu fécal normal du côlon. Deux méthodes sont possibles : soit
la purge « classique » utilisée pour la coloscopie, associée le
jour de l’examen à un remplissage colique rétrograde, soit le
marquage des selles qui permet de rendre le signal des selles
identiques à celui du lavement réalisé avant l’examen. Deux
possibilités de marquage existent : soit celle « des selles
blanches dans un côlon blanc » à l’aide d’une prise orale de
gadolinium associée à une opacification rétrograde utilisant un
chelate de gadolinium dilué, soit celle « des selles noires dans un
côlon noir » en utilisant de la baryte per os comme pour le
lavement précédant l’examen. La susceptibilité majeure aux
mouvements des séquences 3D en écho de gradient rend indispensable
l’injection intraveineuse d’antispasmodiques (scopolamine et/ou
glucagon).
Les modalités pratiques d’acquisition des images ont fait
l’objet de développements récents. Le principe des séquences
d’acquisition est proche de celui de l’angio-IRM 3D.
La lumière colique, comme celle du vaisseau, est rehaussée par
un agent de contraste. Le remplissage colique rétrograde est
suivi en temps réel par une coupe épaisse coronale 2D en écho de
gradient toutes les deux secondes et arrêté dès que le contraste
atteint la valvule de Bauhin. L’acquisition coronale 3D en écho de
gradient et en apnée est réalisée en décubitus et en procubitus
pour s’affranchir de l’air résiduel en cas d’opacification
rétrograde par un chelate de gadolinium. Le patient doit
pouvoir maintenir une apnée de 10 à 20 secondes. Le but
de cette séquence est d’obtenir un hypersignal franc de la lumière
colique. Ce contraste optimal est à la base des possibilités
de reconstruction et notamment d’endoscopie virtuelle. Un produit
de contraste est le plus souvent injecté en intraveineux afin
d’améliorer l’analyse pariétale intrinsèque. Le patient doit
pouvoir contenir l’opacification colique pendant 20 à
25 minutes [11]. La durée totale de l’examen (temps de
mobilisation de la salle d’IRM) est de 45 minutes [11].
L’analyse repose sur les coupes natives, les reconstructions
multiplanaires et l’endoscopie virtuelle. Différents logiciels de
reconstruction volumique et de navigation sont disponibles. En cas
de doute en endoscopie virtuelle, l’analyse des coupes natives et
multiplanaires en regard est indispensable pour préciser l’image
observée : air, matières ou lésion. L’utilisation de l’endoscopie
virtuelle semble améliorer la sensibilité et la spécificité pour le
diagnostic des polypes [12]. Le temps d’interprétation est en
moyenne de 30 minutes [13] et diminue avec l’expérience du
radiologue [14]. Les figures 3 et 4 représentent
des exemples d’images de colo-IRM.
Performances
Les performances diagnostiques de la colo-IRM pour le dépistage des
polypes colorectaux paraissent intéressantes [11, 15, 16], mais
l’expérience est beaucoup plus limitée qu’en coloscanner.
Le tableau 1 reprend les résultats
des trois principales études sur le sujet. La plus grande
étude menée sur 200 patients [11] montre, en analyse par patient,
une bonne spécificité (de 95 à 97 % selon le radiologue) mais une
sensibilité ne dépassant pas 67 % pour la détection de polypes de
plus de 10 mm. La variabilité interobservateurs semble
importante comme le montrent les travaux de Florié et al. et Achiam
et al. [11, 15] où une double lecture par deux radiologues
différents était réalisée. Dans ce dernier travail, la sensibilité
passe de 58,3 à 91,7 % selon le radiologue qui effectue
l’interprétation de l’examen.
Les performances diagnostiques de la colo-IRM pour les polypes
supracentimétriques paraissent proches de celles du coloscanner. Sa
résolution spatiale serait moindre pour des lésions
infracentimétriques, toutefois, aucune étude comparative directe
des deux techniques n’a été réalisée à ce jour.
Tableau 1 Résultats des trois principales études
comparant la coloscopie optique et la colo-IRM pour la détection de
polypes coliques en analyse par patient.
|
Nombre de patients
|
Colo-IRM sensibilité (%)
|
Colo-IRM spécificité (%)
|
|
Ajaj et al., Gut 2003, lésions > 5 mm
|
122
|
93
|
100
|
|
Florie et al., Radiology 2007, lésions > 10 mm, 2
radiologues
|
200
|
58-67
|
95-97
|
|
Achiam et al., Abdom Imaging 2008, lésions > 10 mm, 2
radiologues
|
56
|
58,3-91,7
|
91,4-100
|
Limites
Les limites de cet examen sont :
- – l’existence d’artefacts : les faux-positifs, liés à
des matières résiduelles non marquées ou à une valvule proéminente,
les faux-négatifs pouvant correspondre à des lésions planes, aux
polypes pédiculés mobiles et donc confondus avec des selles ; les
artefacts de mouvements liés soit à une apnée trop courte (<
20 secondes), soit aux mouvements intrinsèques du côlon ;
- – l’impossibilité de réaliser des biopsies ou l’exérèse
des polypes visualisés ;
- – la nécessité d’un certain degré d’expertise ;
- – le coût de l’examen est plus élevé que celui du
côlon-scanner, d’environ 250 euros ;
- – la durée de l’examen est importante (quatre fois plus
qu’un coloscanner) ce qui, combiné à l’accessibilité encore limitée
à l’IRM en France, constitue une importante limite au développement
de la technique.
Perspectives
La colo-IRM est actuellement en phase d’évaluation clinique. Son
caractère non irradiant est séduisant comparé au coloscanner. Dans
le futur, les progrès technologiques (hypergradients, etc.)
permettront d’améliorer encore la résolution spatiale, et une aide
informatisée au diagnostic est également en cours de développement.
Capsule colique
Description
La capsule colique utilise la même technologie que la vidéocapsule
du grêle et de l’œsophage. Plusieurs caractéristiques la
distinguent des deux dernières : sa longueur et son diamètre plus
importants (11 × 31 mm), la présence de deux caméras
localisées à ses deux extrémités, chacune enregistrant quatre
images par seconde et son autonomie qui est d’environ dix heures.
Un programme de mise en route différée (de deux heures) peut être
utilisé afin d’économiser l’énergie avant d’atteindre le côlon.
La préparation colique dérive de la préparation classique pour
coloscopie par PEG afin d’assurer la propreté du côlon mais aussi
la propulsion de la capsule le long du cadre colique.
Le régime doit être léger les quelques jours précédant
l’examen, des agents prokinétiques dits « boosters » (phosphate de
sodium) et des laxatifs (suppositoire de Bisacodyl®)
sont utilisés. Avec cette procédure, la propreté du côlon a été
considérée bonne à excellente chez 85 % des patients [17]. Après un
à deux boosters, 78 % des capsules avaient été évacuées et toutes
les capsules non évacuées étaient localisées dans le sigmoïde [17].
La capsule restait environ 175 ± 130 minutes dans le
côlon [17]. Le temps d’analyse des films était d’environ une
heure à raison de 7 à 12 images par seconde [18]. Des exemples
d’images de capsule colique sont représentés (figures 5 et 6)).
Performances
Seules deux études pilotes [17, 18] ont été publiées sous forme
d’article original. Une étude multicentrique européenne [19] a été
présentée oralement à la session de mai 2008 du congrès américain
d’hépatogastroentérologie. Toutes ces études ont montré la
faisabilité et la sécurité de la technique. Les résultats sont
les suivants : dans l’étude de Schoofs et al. [18], la sensibilité
était de 60 %, la spécificité de 73 %, la valeur prédictive
positive (VPP) de 46 % et la valeur prédictive négative (VPN) de 83
% pour la détection de lésion significative définie comme la
présence de polypes de plus de 6 mm et/ou de plus de trois
polypes. La concordance interobservateur concernant la
détection de ces lésions significatives était de 80 %.
L’étude multicentrique européenne, portant sur 320 patients,
retrouvait des valeurs de sensibilité, spécificité, VPP et VPN
respectivement de 64, 84, 60 et 86 % pour la détection de polypes
supérieurs à 6 mm [19]. Aucune complication sévère n’avait été
observée.
Limites
Les performances sont actuellement loin de celles de la coloscopie.
Il existe probablement une courbe d’apprentissage, comme le
suggère l’amélioration des résultats après relecture par un panel
d’expert [17]. Les valeurs de sensibilité, spécificité, VPP et
VPN pour la détection d’un polype, quel qu’il soit, passent
respectivement de 56 à 76 %, de 69 à 100 %, de 57 à 100 % et de 67
à 78 % entre la lecture première par les investigateurs des
différents centres et la lecture par un panel d’experts. Cette
deuxième lecture n’est évidemment pas envisageable en pratique
clinique courante.
Une autre limite est la difficulté technique de mesurer
précisément la taille des lésions observées. Celle-ci pourrait être
influencée par la distance entre la capsule et la lésion.
Enfin, le coût actuel de l’examen reste élevé, de l’ordre de
700 euros.
Perspectives
La capsule colique est en cours d’évaluation dans le cadre de
protocoles d’études ; il n’existe pour le moment aucune
indication de cet examen en pratique clinique courante. Sa place
future sera à préciser par rapport aux autres techniques
d’exploration du côlon.
Endoscopes « alternatifs »
Afin d’améliorer la compliance et de diminuer l’incidence des
complications liées à l’endoscopie, des modifications de notre
coloscope « standard » ont été proposées. Il s’agit uniquement
à l’heure actuelle de dispositifs commerciaux, n’existant qu’à
l’état de prototypes.
Aer-O-scope™
Description
L’Aer-O-Scope™ (GI View, Ramat Gan, Israël) se compose d’une
colonne d’endoscopie et d’un endoscope à usage unique.
Ce dernier comprend un introducteur rectal, un câble
d’alimentation et une partie optique incluse dans un ballon dit «
ballon véhicule » servant de véhicule au scope (figure 7). L’introducteur
rectal est un tube de silicone de 19 mm de diamètre pourvu
d’un ballon de silicone attaché à sa surface externe. Il est
placé dans l’anus puis le rectum, et son ballon insufflé.
Le ballon de silicone évite l’expulsion de gaz. Le «
ballon véhicule » est poussé à travers l’introducteur puis est
également gonflé. Une caméra fait saillie à l’extrémité distale de
ce ballon qui épouse la forme du côlon. Sa vision a une amplitude
de 180° dite fish eye.
La progression se fait par insufflation de CO2 (figure 8) : l’espace
entre le ballon véhicule et le ballon introducteur est insufflé par
du CO2 par l’intermédiaire de l’orifice distal de
l’introducteur rectal. Quand la pression de CO2 est
assez élevée, le ballon véhicule progresse dans le côlon, attirant
le câble d’alimentation. Les pressions à l’intérieur, devant
et derrière le ballon véhicule sont constamment mesurées par des
capteurs de pression et transmises à la station centrale.
L’ordinateur ajuste continuellement les niveaux de pression des
trois compartiments afin de ne pas dépasser une pression maximale
de 54 mbar. L’opérateur peut choisir de réduire la pression à
tout moment. Une fois que le cæcum est atteint, le mode retour est
enclenché à partir de la station centrale. La pression à
l’intérieur et derrière le ballon est réduite, alors que la
pression dans le côlon devant le ballon est augmentée par
insufflation de CO2. Le gradient de pression créée
permet le retour du ballon vers le rectum.
L’apprentissage de cet examen est simple. Il ne nécessite
pas d’anesthésie générale et peut donc être réalisé au cabinet par
un gastroentérologue ou délégué à une infirmière.
Performances
Seules trois études préliminaires sont rapportées dans la
littérature : deux sur des cochons [20, 21], une sur des sujets
sains [22]. Deux études, dont celle chez l’homme, sont des études
de faisabilité portant respectivement sur 20 porcs et 12 sujets
sains. Aucun effet indésirable n’a été observé, notamment aucune
perforation colique lors de la coloscopie standard de contrôle.
Dans l’étude portant sur des sujets sains, le cæcum était atteint
dans 83 % des cas. L’étude d’Arber et al. [20] consistait en
particulier à visualiser des billes de métal de 2,5, 3,5 et
9 mm de grand axe au sein d’un côlon de porc ex vivo d’une
longueur de deux mètres par six gastroentérologues différents.
La sensibilité de l’Aer-O-Scope™ pour la détection des billes
de métal avec exacte appréciation de leur taille était de 85,5 %.
Limites
La mise au point de cette technique n’est pas encore achevée, elle
ne permet pas de s’affranchir de la préparation colique classique
et son évaluation est pour le moment embryonnaire, en particulier
sur les questions clés : le taux d’intubation cæcale,
l’inconfort/acceptabilité de l’examen et la performance
diagnostique.
Perspectives
Il s’agit, en revanche, d’un concept novateur et potentiellement
performant. La procédure, déléguée à une infirmière,
économiserait du temps médical.
Invendoscope™ (Invendo Medical)
Description
L’Invendoscope™ (Invendo Medical, Kissing, Allemagne) est un
coloscope « portable » muni d’une gaine ou manchon à usage unique
(figure 9).
Il comprend une optique, un déflecteur électrohydraulique
permettant la modification de l’orientation dans l’espace de
l’optique, un système motorisé de propulsion, une gaine du
coloscope à manchon inversé, un port pour le canal opérateur et
pour l’aspiration et une connexion à l’unité centrale.
La figure
10 représente schématiquement les parties fonctionnelles de
l’Invendoscope™. L’angle de vision est de 120°.
Les possibilités de béquillage sont de 180° dans toutes les
directions. Le diamètre externe est de 15 mm, le canal
opérateur est de 3,5 mm. Deux prototypes de longueur
différente sont disponibles : le prototype 1 mesure 170 cm, le
prototype 2 mesure 180 ou 200 cm.
L’endoscope Invendo™ SC 40 n’est pas poussé ou tiré manuellement
mais est « conduit » par le médecin grâce à une unité de contrôle.
Une télécommande lui permet de guider l’endoscope dans la direction
appropriée par l’intermédiaire du déflecteur électrohydraulique.
Le manchon inversé comporte une partie externe fixe et une
partie interne mobile. La partie interne progresse dans le
côlon et devient externe au fur et à mesure de la progression.
Les avantages théoriques de cette technique pour les patients
sont une meilleure tolérance-acceptabilité et la possibilité de
non-sédation. Par ailleurs, la gaine stérile du coloscope est
jetable, il n’y a donc pas de risque infectieux et pas de
reprocessing.
Performances
Une étude préliminaire de faisabilité chez le porc a été conduite
ainsi qu’une étude de faisabilité chez 34 volontaires sains [23].
Le taux d’intubation cæcale était de 82 %. La durée
moyenne de progression jusqu’au cæcum 20 à 26 minutes selon le
type d’Invendoscope™ utilisé (170 cm et 180/200 cm).
Aucune sédation n’était utilisée lors de l’examen.
Limites
L’évaluation de cette technique est, comme pour l’Aer-O-Scope™,
quasi-nulle. Beaucoup de questions (taux d’intubation cæcale,
inconfort/acceptabilité de l’examen, performance diagnostique)
restent sans réponse.
Coloscope CathCam™ dirigé par un fil guide
Il s’agit d’un endoscope plus flexible et plus léger qu’un
coloscope standard. La progression se fait le long d’un fil
guide sous forme de boucle.
Une étude préliminaire animale et une étude sur l’homme ont été
réalisées [24]. Cette dernière incluait 14 patients dont la
coloscopie avait été incomplète. L’examen était réalisé sous
anesthésie générale (midazolam). Le cæcum a pu être atteint
chez 12 des 14 patients, soit un taux d’intubation cæcale de 86 %.
La durée moyenne d’intubation cæcale était de 24 minutes
(3-105 minutes). Aucune complication n’avait été observée.
Coloscopie assistée par ordinateur : système endoscopique
NeoGuide™ (NES)
Le NES permet d’épouser la forme du côlon grâce à une carte
informatisée créée en temps réel au fur et à mesure de la
progression de l’endoscope. Le but est de diminuer les forces
latérales exercées sur la paroi colique par l’endoscope.
La console du NES comprend un écran vidéo, une source
lumineuse, une insufflation et des moteurs contrôlant les segments
du coloscope.
Ce modèle de coloscope possède deux capteurs de position : un
situé à l’extrémité distale de l’endoscope et un externe placé au
niveau de l’anus. Après insertion, le coloscope NES est avancé
manuellement par l’endoscopiste. Les deux capteurs fournissent
des informations au poste de contrôle qui adapte alors la position
de chaque segment du coloscope introduit dans le tube digestif.
Deux études préliminaires chez le porc ont montré la faisabilité
de la technique. La seule étude chez l’homme incluait 11
patients [25]. L’examen était réalisé sous anesthésie générale
(midazolam, propofol). Un patient a été exclu du fait d’une
préparation médiocre. Le cæcum a été atteint chez les dix
patients restants (soit un taux d’intubation cæcale de 91 %) et
l’iléon chez neuf patients. La durée médiane d’intubation
cæcale était de 20,5 minutes. Aucune complication n’a été
observée. Le laboratoire a toutefois suspendu le développement
de ce système.
Conclusion
De nombreuses alternatives à la coloscopie optique standard sont
apparues ces dernières années ou sont en « gésine » : coloscopie
virtuelle par coloscanner ou colo-IRM, capsule colique, «
améliorations » du coloscope optique standard, etc.
Les coloscopes « alternatifs », en particulier, n’en sont qu’à
leurs balbutiements. Les caractéristiques de ces méthodes
d’exploration du côlon sont très différentes d’une technique à
l’autre, et leur place et leurs indications respectives restent à
définir. Seules des études comparatives extensives portant sur des
technologies parvenues à maturité, comme cela est en cours avec le
coloscanner, permettront de les définir.
Références
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