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Alternatives to colonoscopy-a survey


Hépato-Gastro. Volume 16, Number 4, 271-80, juillet-août 2009, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2009.0323

Résumé   Summary  

Author(s) : Ulriikka Chaput, Ammar Oudjit, Romain Coriat, Michael Bensoussan, Stanislas Chaussade, Frédéric Prat , Service d’hépatogastroentérologie, université René-Descartes, CHU Cochin-Port-Royal, 27, rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris, France, Service de radiologie, université René-Descartes, CHU Cochin-Port-Royal, 27, rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris, France.

Summary : Conventional colonoscopy is the gold standard for colorectal screening. Its morbidity and poor acceptability have led to the development of alternative techniques. Imaging of the colon, in particular computed tomographic colonography, has been extensively evaluated. It has a sensitivity of 85% and a specificity of 97% for the detection of polyps larger than 9 mm according to a meta-analysis by Mulhall et al. Because this technique involves radiation exposure, MR colonography could be preferable but this technique has been introduced more recently and there are fewer data available on its performance. Capsule endoscopy has been adapted to the study of the colon. Its results are promising: a multicentric european study of 320 patients found a sensitivity of 64%, specificity of 84%, PPV of 60% and NPV of 86% for the detection of polyps larger than 6 mm. There was no severe complication. Improvements of standard colonoscopy have also been sought: Aer-O-Scope™, Invendoscope™, Colonoscope CathCam™, NeoGuide™ endoscopic system, etc. These alternative colonoscopes are only at their beginnings. These methods rely on very different techniques and their indications remain to be determined.

Keywords : colonoscopy, virtual colonoscopy, computed tomographic colonography, magnetic resonance colonography, colon capsule endoscopy, Aer-O-scope™, Invendoscope™, Cathcam Wire directed colonoscopy, Neoguide endoscopy system™

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ARTICLE

Auteur(s) : Ulriikka Chaput1, Ammar Oudjit2, Romain Coriat1, Michael Bensoussan1, Stanislas Chaussade1, Frédéric Prat1

1Service d’hépatogastroentérologie, université René-Descartes, CHU Cochin-Port-Royal, 27, rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris, France
2Service de radiologie, université René-Descartes, CHU Cochin-Port-Royal, 27, rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris, France

La coloscopie est l’examen de référence pour le diagnostic de lésions coliques. Cependant, son acceptabilité médiocre, son coût et une morbidité faible mais non nulle en limitent l’utilisation, notamment dans le cadre du dépistage du cancer colorectal. Plusieurs alternatives à la coloscopie ont été récemment développées : des techniques d’imagerie comme le coloscanner et la colo-IRM, une vidéo-capsule adaptée au côlon et des techniques d’endoscopies alternatives. L’objectif de cette mini-revue est de faire le point sur ces techniques.

Techniques d’imagerie

Des progrès récents ont rendu possible l’étude endoluminale du côlon par tomodensitométrie et imagerie par résonance magnétique (IRM). À partir des coupes traditionnelles fines, des logiciels créent des reconstructions de la lumière colique de type endoscopie virtuelle [1] qui permettent de « cheminer » virtuellement dans la lumière colique.

Coloscopie virtuelle par coloscanner

Description

Comme pour une coloscopie standard, une préparation colique est nécessaire. Elle varie selon les centres et comprend généralement du polyéthylène glycol (PEG) ou du phosphate de sodium. Les selles résiduelles sont « marquées » par ingestion d’un produit radio-opaque afin de les différencier des lésions coliques.

Le patient est installé sur la table de scanner en décubitus dorsal. Une sonde rectale est mise en place afin d’insuffler de l’air ou du CO2. Le CO2 a l’avantage d’être réabsorbé très rapidement à travers la muqueuse colique, ce qui limite l’inconfort du patient dans le temps. Des antispasmodiques peuvent être administrés afin d’obtenir une distension colique optimale. Un topogramme (scout view) permet, avant la première acquisition, de s’assurer d’une distension colique suffisante. Une première hélice est réalisée, suivie d’un deuxième topogramme en procubitus. Si la distension est suffisante, on réalise alors une deuxième acquisition. Une troisième acquisition en oblique postérieur droit peut être réalisée si le côlon transverse n’est pas bien exploré. Aucun produit de contraste n’est injecté par voie intraveineuse. La durée d’acquisition ne dépasse pas généralement une apnée de 30 secondes, la durée de réalisation globale de l’examen (patient sur table) est d’environ dix minutes.

Le traitement des données se fait à l’aide d’un logiciel spécifique sur une station dédiée, on obtient ainsi deux reconstructions : une en mode 2D incluant une reconstruction multiplans (MPR) des acquisitions natives de tout le côlon et des organes et structures avoisinantes, et l’autre en mode 3D permettant une navigation endoscopique virtuelle dans le côlon. Les images de la lumière colique se rapprochent de celles visualisées lors d’une coloscopie standard. Le radiologue chemine virtuellement en direction du cæcum puis en sens inverse. La durée d’interprétation est d’environ 20 à 25 minutes en fonction de l’expertise du radiologue et de la qualité de l’examen [2].

Cet examen doit être réalisé à l’aide d’un scanner multidétecteurs (comprenant au moins 16 barrettes) réalisant des coupes fines, de moins de 2 mm (≤ 1,25 mm) pour limiter les artefacts respiratoires et la durée de l’apnée.

Les figures 1A, B et 2A, B représentent respectivement un polype sessile et un diverticule colique vusualisés d’un coloscanner.

Les polypes apparaissent comme des lésions faisant saillies dans la lumière colique (figure 1A,B). Des exemples de reconstructions 3D sont représentés ci-dessous.

Performances

Le coloscanner a fait l’objet de très nombreuses études dans le cadre du diagnostic des polypes et du dépistage du cancer colorectal. Une méta-analyse synthétisant les données de 33 études, soit un total de 6 393 patients, a été publiée, en 2005, par Mulhall et al. [3]. La sensibilité et la spécificité pour la détection de polypes supérieurs à 9 mm étaient respectivement de 85 % (IC : [79-91 %]) et de 97 % (IC : [96-97 %]), en prenant la coloscopie pour référence.

Les résultats varient de manière importante selon les études. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette variabilité, notamment le degré d’expertise des radiologues, les designs différents des études, l’utilisation inconstante de scanners de dernière génération et du marquage des selles. L’expérience des radiologues diffère selon l’étude : d’un minimum de 10 coloscanners [4] à 25, voire 100 coloscanners dans l’étude de Pickhardt et al. [5]. La sensibilité du coloscanner pour la détection de lésions de plus de 6 mm dans les centres les moins expérimentés chute à 24 % [4]. Les modalités d’interprétation sont également variables selon les études : dans les travaux de Cotton et al. et de Rockey et al. [4, 6], les radiologues interprétaient les coupes bidimensionnelles dans un premier temps, les reconstructions tridimensionnelles n’étant visualisées qu’en cas de doute. Inversement, dans l’étude de Pickhardt et al. [5], les radiologues commençaient d’abord par interpréter les reconstructions tridimensionnelles, puis analysaient les coupes bidimensionnelles. Le marquage des selles n’a été réalisé que dans l’étude de Pickhardt et al. [5], où la sensibilité du coloscanner pour la détection de polypes d’au moins 10 mm était la meilleure (93,8 %). L’utilisation de scanner de dernière génération intervient probablement aussi, sans qu’aucune étude comparative n’ait pu le démontrer à ce jour.

Limites

Le coloscanner a toutefois ses limites :
  • des erreurs d’interprétation sont possibles : les faux-négatifs comprennent les lésions planes et les lésions masquées par des rétentions de liquide ou une distension incomplète de certains segments coliques, les faux-positifs comprennent les selles restantes non marquées, certains plis coliques et les diverticules impactés ;
  • l’impossibilité de réaliser des biopsies ou l’exérèse des polypes visualisés ;
  • la nécessité d’un certain degré d’expertise ;
  • l’irradiation induite par l’examen (1,0 à 6,0 millisieverts [mSv]) ;
  • une morbidité non nulle : trois études totalisant environ 50 000 patients ont rapporté 12 perforations symptomatiques, soit un taux variant de 0,005 à 0,03 % suivant l’étude.

L’utilisation de CO2 et l’optimisation de la technique semblent réduire ce risque [7]. Aucun décès n’a été signalé suite à cet examen.

Par ailleurs, le coût de cet examen est d’environ 200 euros.

Perspectives

Depuis son apparition dans les années 1990, le coloscanner a considérablement évolué grâce aux avancées technologiques rapides des logiciels et des scanners. Le temps d’acquisition des images a été réduit (actuellement de quatre à dix secondes), limitant les artefacts liés aux mouvements des patients, et les coupes sont plus fines (0,6 mm).

Des progrès sont encore à venir :

  • l’irradiation induite (1,0 à 6,0 mSv) pourrait être réduite à 0,2-1,0 mSv par différentes méthodes. Il est par exemple possible de diminuer la dose (le low dose) ou de la moduler en fonction de la morphologie du patient ;
  • la possibilité de soustraire électroniquement les images liées aux matières résiduelles, ce qui, potentiellement, supprimerait la nécessité d’une préparation colique et augmenterait l’acceptabilité de l’examen. La sensibilité pour la détection de polypes d’au moins 8 mm sans préparation préalable était de 89,9 % dans le travail de Iannaccone et al. [8] ;
  • l’apparition de logiciels (CAD pour computer assisted diagnosis) censés détecter les polypes : le « diagnostic assisté par ordinateur », à l’étude.

Coloscopie virtuelle par colo-IRM

Le coloscanner, malgré ses résultats encourageants, reste une technique irradiante dont la répétition chez un même individu suscite des réserves. Une autre technique d’imagerie virtuelle s’est développée : la colo-IRM. Les premières études endoluminales du côlon en IRM chez l’homme datent de 1997-1998 [9, 10].

Description

Tout comme pour le coloscanner, le côlon doit être distendu par un liquide ou un gaz, et son contenu doit être homogène. Une préparation colique est donc nécessaire pour supprimer le signal du contenu fécal normal du côlon. Deux méthodes sont possibles : soit la purge « classique » utilisée pour la coloscopie, associée le jour de l’examen à un remplissage colique rétrograde, soit le marquage des selles qui permet de rendre le signal des selles identiques à celui du lavement réalisé avant l’examen. Deux possibilités de marquage existent : soit celle « des selles blanches dans un côlon blanc » à l’aide d’une prise orale de gadolinium associée à une opacification rétrograde utilisant un chelate de gadolinium dilué, soit celle « des selles noires dans un côlon noir » en utilisant de la baryte per os comme pour le lavement précédant l’examen. La susceptibilité majeure aux mouvements des séquences 3D en écho de gradient rend indispensable l’injection intraveineuse d’antispasmodiques (scopolamine et/ou glucagon).

Les modalités pratiques d’acquisition des images ont fait l’objet de développements récents. Le principe des séquences d’acquisition est proche de celui de l’angio-IRM 3D. La lumière colique, comme celle du vaisseau, est rehaussée par un agent de contraste. Le remplissage colique rétrograde est suivi en temps réel par une coupe épaisse coronale 2D en écho de gradient toutes les deux secondes et arrêté dès que le contraste atteint la valvule de Bauhin. L’acquisition coronale 3D en écho de gradient et en apnée est réalisée en décubitus et en procubitus pour s’affranchir de l’air résiduel en cas d’opacification rétrograde par un chelate de gadolinium. Le patient doit pouvoir maintenir une apnée de 10 à 20 secondes. Le but de cette séquence est d’obtenir un hypersignal franc de la lumière colique. Ce contraste optimal est à la base des possibilités de reconstruction et notamment d’endoscopie virtuelle. Un produit de contraste est le plus souvent injecté en intraveineux afin d’améliorer l’analyse pariétale intrinsèque. Le patient doit pouvoir contenir l’opacification colique pendant 20 à 25 minutes [11]. La durée totale de l’examen (temps de mobilisation de la salle d’IRM) est de 45 minutes [11].

L’analyse repose sur les coupes natives, les reconstructions multiplanaires et l’endoscopie virtuelle. Différents logiciels de reconstruction volumique et de navigation sont disponibles. En cas de doute en endoscopie virtuelle, l’analyse des coupes natives et multiplanaires en regard est indispensable pour préciser l’image observée : air, matières ou lésion. L’utilisation de l’endoscopie virtuelle semble améliorer la sensibilité et la spécificité pour le diagnostic des polypes [12]. Le temps d’interprétation est en moyenne de 30 minutes [13] et diminue avec l’expérience du radiologue [14]. Les figures 3 et 4 représentent des exemples d’images de colo-IRM.

Performances

Les performances diagnostiques de la colo-IRM pour le dépistage des polypes colorectaux paraissent intéressantes [11, 15, 16], mais l’expérience est beaucoup plus limitée qu’en coloscanner. Le tableau 1 reprend les résultats des trois principales études sur le sujet. La plus grande étude menée sur 200 patients [11] montre, en analyse par patient, une bonne spécificité (de 95 à 97 % selon le radiologue) mais une sensibilité ne dépassant pas 67 % pour la détection de polypes de plus de 10 mm. La variabilité interobservateurs semble importante comme le montrent les travaux de Florié et al. et Achiam et al. [11, 15] où une double lecture par deux radiologues différents était réalisée. Dans ce dernier travail, la sensibilité passe de 58,3 à 91,7 % selon le radiologue qui effectue l’interprétation de l’examen.

Les performances diagnostiques de la colo-IRM pour les polypes supracentimétriques paraissent proches de celles du coloscanner. Sa résolution spatiale serait moindre pour des lésions infracentimétriques, toutefois, aucune étude comparative directe des deux techniques n’a été réalisée à ce jour.

Tableau 1 Résultats des trois principales études comparant la coloscopie optique et la colo-IRM pour la détection de polypes coliques en analyse par patient.

Nombre de patients

Colo-IRM sensibilité (%)

Colo-IRM spécificité (%)

Ajaj et al., Gut 2003, lésions > 5 mm

122

93

100

Florie et al., Radiology 2007, lésions > 10 mm, 2 radiologues

200

58-67

95-97

Achiam et al., Abdom Imaging 2008, lésions > 10 mm, 2 radiologues

56

58,3-91,7

91,4-100

Limites

Les limites de cet examen sont :
  • l’existence d’artefacts : les faux-positifs, liés à des matières résiduelles non marquées ou à une valvule proéminente, les faux-négatifs pouvant correspondre à des lésions planes, aux polypes pédiculés mobiles et donc confondus avec des selles ; les artefacts de mouvements liés soit à une apnée trop courte (< 20 secondes), soit aux mouvements intrinsèques du côlon ;
  • l’impossibilité de réaliser des biopsies ou l’exérèse des polypes visualisés ;
  • la nécessité d’un certain degré d’expertise ;
  • le coût de l’examen est plus élevé que celui du côlon-scanner, d’environ 250 euros ;
  • la durée de l’examen est importante (quatre fois plus qu’un coloscanner) ce qui, combiné à l’accessibilité encore limitée à l’IRM en France, constitue une importante limite au développement de la technique.

Perspectives

La colo-IRM est actuellement en phase d’évaluation clinique. Son caractère non irradiant est séduisant comparé au coloscanner. Dans le futur, les progrès technologiques (hypergradients, etc.) permettront d’améliorer encore la résolution spatiale, et une aide informatisée au diagnostic est également en cours de développement.

Capsule colique

Description

La capsule colique utilise la même technologie que la vidéocapsule du grêle et de l’œsophage. Plusieurs caractéristiques la distinguent des deux dernières : sa longueur et son diamètre plus importants (11 × 31 mm), la présence de deux caméras localisées à ses deux extrémités, chacune enregistrant quatre images par seconde et son autonomie qui est d’environ dix heures. Un programme de mise en route différée (de deux heures) peut être utilisé afin d’économiser l’énergie avant d’atteindre le côlon.

La préparation colique dérive de la préparation classique pour coloscopie par PEG afin d’assurer la propreté du côlon mais aussi la propulsion de la capsule le long du cadre colique. Le régime doit être léger les quelques jours précédant l’examen, des agents prokinétiques dits « boosters » (phosphate de sodium) et des laxatifs (suppositoire de Bisacodyl®) sont utilisés. Avec cette procédure, la propreté du côlon a été considérée bonne à excellente chez 85 % des patients [17]. Après un à deux boosters, 78 % des capsules avaient été évacuées et toutes les capsules non évacuées étaient localisées dans le sigmoïde [17]. La capsule restait environ 175 ± 130 minutes dans le côlon [17]. Le temps d’analyse des films était d’environ une heure à raison de 7 à 12 images par seconde [18]. Des exemples d’images de capsule colique sont représentés (figures 5 et 6)).

Performances

Seules deux études pilotes [17, 18] ont été publiées sous forme d’article original. Une étude multicentrique européenne [19] a été présentée oralement à la session de mai 2008 du congrès américain d’hépatogastroentérologie. Toutes ces études ont montré la faisabilité et la sécurité de la technique. Les résultats sont les suivants : dans l’étude de Schoofs et al. [18], la sensibilité était de 60 %, la spécificité de 73 %, la valeur prédictive positive (VPP) de 46 % et la valeur prédictive négative (VPN) de 83 % pour la détection de lésion significative définie comme la présence de polypes de plus de 6 mm et/ou de plus de trois polypes. La concordance interobservateur concernant la détection de ces lésions significatives était de 80 %.

L’étude multicentrique européenne, portant sur 320 patients, retrouvait des valeurs de sensibilité, spécificité, VPP et VPN respectivement de 64, 84, 60 et 86 % pour la détection de polypes supérieurs à 6 mm [19]. Aucune complication sévère n’avait été observée.

Limites

Les performances sont actuellement loin de celles de la coloscopie. Il existe probablement une courbe d’apprentissage, comme le suggère l’amélioration des résultats après relecture par un panel d’expert [17]. Les valeurs de sensibilité, spécificité, VPP et VPN pour la détection d’un polype, quel qu’il soit, passent respectivement de 56 à 76 %, de 69 à 100 %, de 57 à 100 % et de 67 à 78 % entre la lecture première par les investigateurs des différents centres et la lecture par un panel d’experts. Cette deuxième lecture n’est évidemment pas envisageable en pratique clinique courante.

Une autre limite est la difficulté technique de mesurer précisément la taille des lésions observées. Celle-ci pourrait être influencée par la distance entre la capsule et la lésion.

Enfin, le coût actuel de l’examen reste élevé, de l’ordre de 700 euros.

Perspectives

La capsule colique est en cours d’évaluation dans le cadre de protocoles d’études ; il n’existe pour le moment aucune indication de cet examen en pratique clinique courante. Sa place future sera à préciser par rapport aux autres techniques d’exploration du côlon.

Endoscopes « alternatifs »

Afin d’améliorer la compliance et de diminuer l’incidence des complications liées à l’endoscopie, des modifications de notre coloscope « standard » ont été proposées. Il s’agit uniquement à l’heure actuelle de dispositifs commerciaux, n’existant qu’à l’état de prototypes.

Aer-O-scope™

Description

L’Aer-O-Scope™ (GI View, Ramat Gan, Israël) se compose d’une colonne d’endoscopie et d’un endoscope à usage unique. Ce dernier comprend un introducteur rectal, un câble d’alimentation et une partie optique incluse dans un ballon dit « ballon véhicule » servant de véhicule au scope (figure 7). L’introducteur rectal est un tube de silicone de 19 mm de diamètre pourvu d’un ballon de silicone attaché à sa surface externe. Il est placé dans l’anus puis le rectum, et son ballon insufflé. Le ballon de silicone évite l’expulsion de gaz. Le « ballon véhicule » est poussé à travers l’introducteur puis est également gonflé. Une caméra fait saillie à l’extrémité distale de ce ballon qui épouse la forme du côlon. Sa vision a une amplitude de 180° dite fish eye.

La progression se fait par insufflation de CO2 (figure 8) : l’espace entre le ballon véhicule et le ballon introducteur est insufflé par du CO2 par l’intermédiaire de l’orifice distal de l’introducteur rectal. Quand la pression de CO2 est assez élevée, le ballon véhicule progresse dans le côlon, attirant le câble d’alimentation. Les pressions à l’intérieur, devant et derrière le ballon véhicule sont constamment mesurées par des capteurs de pression et transmises à la station centrale. L’ordinateur ajuste continuellement les niveaux de pression des trois compartiments afin de ne pas dépasser une pression maximale de 54 mbar. L’opérateur peut choisir de réduire la pression à tout moment. Une fois que le cæcum est atteint, le mode retour est enclenché à partir de la station centrale. La pression à l’intérieur et derrière le ballon est réduite, alors que la pression dans le côlon devant le ballon est augmentée par insufflation de CO2. Le gradient de pression créée permet le retour du ballon vers le rectum.

L’apprentissage de cet examen est simple. Il ne nécessite pas d’anesthésie générale et peut donc être réalisé au cabinet par un gastroentérologue ou délégué à une infirmière.

Performances

Seules trois études préliminaires sont rapportées dans la littérature : deux sur des cochons [20, 21], une sur des sujets sains [22]. Deux études, dont celle chez l’homme, sont des études de faisabilité portant respectivement sur 20 porcs et 12 sujets sains. Aucun effet indésirable n’a été observé, notamment aucune perforation colique lors de la coloscopie standard de contrôle. Dans l’étude portant sur des sujets sains, le cæcum était atteint dans 83 % des cas. L’étude d’Arber et al. [20] consistait en particulier à visualiser des billes de métal de 2,5, 3,5 et 9 mm de grand axe au sein d’un côlon de porc ex vivo d’une longueur de deux mètres par six gastroentérologues différents. La sensibilité de l’Aer-O-Scope™ pour la détection des billes de métal avec exacte appréciation de leur taille était de 85,5 %.

Limites

La mise au point de cette technique n’est pas encore achevée, elle ne permet pas de s’affranchir de la préparation colique classique et son évaluation est pour le moment embryonnaire, en particulier sur les questions clés : le taux d’intubation cæcale, l’inconfort/acceptabilité de l’examen et la performance diagnostique.

Perspectives

Il s’agit, en revanche, d’un concept novateur et potentiellement performant. La procédure, déléguée à une infirmière, économiserait du temps médical.

Invendoscope™ (Invendo Medical)

Description

L’Invendoscope™ (Invendo Medical, Kissing, Allemagne) est un coloscope « portable » muni d’une gaine ou manchon à usage unique (figure 9). Il comprend une optique, un déflecteur électrohydraulique permettant la modification de l’orientation dans l’espace de l’optique, un système motorisé de propulsion, une gaine du coloscope à manchon inversé, un port pour le canal opérateur et pour l’aspiration et une connexion à l’unité centrale. La figure 10 représente schématiquement les parties fonctionnelles de l’Invendoscope™. L’angle de vision est de 120°. Les possibilités de béquillage sont de 180° dans toutes les directions. Le diamètre externe est de 15 mm, le canal opérateur est de 3,5 mm. Deux prototypes de longueur différente sont disponibles : le prototype 1 mesure 170 cm, le prototype 2 mesure 180 ou 200 cm.

L’endoscope Invendo™ SC 40 n’est pas poussé ou tiré manuellement mais est « conduit » par le médecin grâce à une unité de contrôle. Une télécommande lui permet de guider l’endoscope dans la direction appropriée par l’intermédiaire du déflecteur électrohydraulique. Le manchon inversé comporte une partie externe fixe et une partie interne mobile. La partie interne progresse dans le côlon et devient externe au fur et à mesure de la progression. Les avantages théoriques de cette technique pour les patients sont une meilleure tolérance-acceptabilité et la possibilité de non-sédation. Par ailleurs, la gaine stérile du coloscope est jetable, il n’y a donc pas de risque infectieux et pas de reprocessing.

Performances

Une étude préliminaire de faisabilité chez le porc a été conduite ainsi qu’une étude de faisabilité chez 34 volontaires sains [23]. Le taux d’intubation cæcale était de 82 %. La durée moyenne de progression jusqu’au cæcum 20 à 26 minutes selon le type d’Invendoscope™ utilisé (170 cm et 180/200 cm). Aucune sédation n’était utilisée lors de l’examen.

Limites

L’évaluation de cette technique est, comme pour l’Aer-O-Scope™, quasi-nulle. Beaucoup de questions (taux d’intubation cæcale, inconfort/acceptabilité de l’examen, performance diagnostique) restent sans réponse.

Coloscope CathCam™ dirigé par un fil guide

Il s’agit d’un endoscope plus flexible et plus léger qu’un coloscope standard. La progression se fait le long d’un fil guide sous forme de boucle.

Une étude préliminaire animale et une étude sur l’homme ont été réalisées [24]. Cette dernière incluait 14 patients dont la coloscopie avait été incomplète. L’examen était réalisé sous anesthésie générale (midazolam). Le cæcum a pu être atteint chez 12 des 14 patients, soit un taux d’intubation cæcale de 86 %. La durée moyenne d’intubation cæcale était de 24 minutes (3-105 minutes). Aucune complication n’avait été observée.

Coloscopie assistée par ordinateur : système endoscopique NeoGuide™ (NES)

Le NES permet d’épouser la forme du côlon grâce à une carte informatisée créée en temps réel au fur et à mesure de la progression de l’endoscope. Le but est de diminuer les forces latérales exercées sur la paroi colique par l’endoscope. La console du NES comprend un écran vidéo, une source lumineuse, une insufflation et des moteurs contrôlant les segments du coloscope.

Ce modèle de coloscope possède deux capteurs de position : un situé à l’extrémité distale de l’endoscope et un externe placé au niveau de l’anus. Après insertion, le coloscope NES est avancé manuellement par l’endoscopiste. Les deux capteurs fournissent des informations au poste de contrôle qui adapte alors la position de chaque segment du coloscope introduit dans le tube digestif.

Deux études préliminaires chez le porc ont montré la faisabilité de la technique. La seule étude chez l’homme incluait 11 patients [25]. L’examen était réalisé sous anesthésie générale (midazolam, propofol). Un patient a été exclu du fait d’une préparation médiocre. Le cæcum a été atteint chez les dix patients restants (soit un taux d’intubation cæcale de 91 %) et l’iléon chez neuf patients. La durée médiane d’intubation cæcale était de 20,5 minutes. Aucune complication n’a été observée. Le laboratoire a toutefois suspendu le développement de ce système.

Conclusion

De nombreuses alternatives à la coloscopie optique standard sont apparues ces dernières années ou sont en « gésine » : coloscopie virtuelle par coloscanner ou colo-IRM, capsule colique, « améliorations » du coloscope optique standard, etc. Les coloscopes « alternatifs », en particulier, n’en sont qu’à leurs balbutiements. Les caractéristiques de ces méthodes d’exploration du côlon sont très différentes d’une technique à l’autre, et leur place et leurs indications respectives restent à définir. Seules des études comparatives extensives portant sur des technologies parvenues à maturité, comme cela est en cours avec le coloscanner, permettront de les définir.

Références

1 Fenlon HM, Nunes DP, Schroy 3rd PC, Barish MA, Clarke PD, Ferrucci JT. A comparison of virtual and conventional colonoscopy for the detection of colorectal polyps. N Engl J Med 1999 ; 341 : 1496-503.

2 Zalis ME, Barish MA, Choi JR, Dachman AH, Fenlon HM, Ferrucci JT, et al. CT colonography reporting and data system: a consensus proposal. Radiology 2005 ; 236 : 3-9.

3 Mulhall BP, Veerappan GR, Jackson JL. Meta-analysis: computed tomographic colonography. Ann Intern Med 2005 ; 142 : 635-50.

4 Cotton PB, Durkalski VL, Pineau BC, Palesch YY, Mauldin PD, Hoffman B, et al. Computed tomographic colonography (virtual colonoscopy): a multicenter comparison with standard colonoscopy for detection of colorectal neoplasia. JAMA 2004 ; 291 : 1713-9.

5 Pickhardt PJ, Choi JR, Hwang I, Butler JA, Puckett ML, Hildebrandt HA, et al. Computed tomographic virtual colonoscopy to screen for colorectal neoplasia in asymptomatic adults. N Engl J Med 2003 ; 349 : 2191-200.

6 Rockey DC, Paulson E, Niedzwiecki D, Davis W, Bosworth HB, Sanders L, et al. Analysis of air contrast barium enema, computed tomographic colonography, and colonoscopy: prospective comparison. Lancet 2005 ; 365 : 305-11.

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