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New strategies from IBD patients: "menu fixe or à la carte"


Hépato-Gastro. Volume 16, 3-6, Maladie de Crohn : vers une « rémission profonde » en 2009, Éditorial

DOI : 10.1684/hpg.2009.0299


Author(s) : Xavier Roblin , Service de gastroentérologie, CHU St Etienne.

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ARTICLE

Auteur(s) : Xavier Roblin

Service de gastroentérologie, CHU St Etienne

Si le Congrès américain de Gastroentérologie a été décevant cette année sur le plan de la prise en charge thérapeutique (pas d’élément très novateur, pas d’essai majeur), le Congrès européen a été très important.

L’année 2007 a été dominée par la stratégie Top down [1] dans la maladie de Crohn (MC). L’année 2008 aura été marquée par les résultats de SONIC [2] et de STORI [3]. Chacune de ces études rapportées plus longuement dans les articles qui vont suivre avait pour but d’appréhender la place de l’infliximab chez le patient cortico-dépendant (essai SONIC), ou sa durée optimale de prescription en cas de maladie de Crohn (MC) (essai STORI). Les données se sont tellement enrichies que le traitement à la « carte » deviendra sans doute le gold standard dans notre prise en charge.

Quatre grands thèmes seront abordés dans ce numéro.

Quel objectif thérapeutique doit-on obtenir chez les patients MICI ?

Il n’y a pas si longtemps, c’était le patient que l’on traitait sans chercher à obtenir une cicatrisation muqueuse. Alors doit-on l’obtenir ?

Les études s’accumulent pour montrer l’importance de cet objectif dans l’avenir du patient. Rutgeerts et al. [4] avaient rapporté les résultats sur le suivi des patients sous infliximab dans l’essai ACCENT 1 et ayant obtenu ou non une cicatrisation muqueuse. La figure 1 résume les résultats très favorables à l’obtention d’une cicatrisation muqueuse. Froslie et al. [5] ont rapporté les résultats d’une étude de cohorte de MICI inclus avant l’ère des biothérapies. Pour la recto-colite ulcéro-hémorragique (RCH), l’obtention d’une cicatrisation muqueuse était associée à une diminution du risque de colectomie dans le suivi (p = 0,02). Pour la maladie de Crohn, la cicatrisation muqueuse était associée à une diminution du recours à la colectomie dans le suivi (p = 0,02). La figure 2 résume ces résultats. Dans l’essai STORI [3] l’obtention d’une cicatrisation muqueuse était un facteur prédictif de non-rechute à l’arrêt de l’infliximab après un an de traitement par infliximab, associé ou non à l’AZA, dont au moins 6 mois de rémission sans corticoïdes.

Si l’obtention de la cicatrisation muqueuse est en train de devenir un objectif thérapeutique majeur, doit-on la rechercher chez un patient en rémission clinique ? En son absence doit-on changer de traitement ?

Aucune de ces questions n’a de réponse actuelle, et il n’est pas concevable de changer de thérapeutique si un patient n’a pas de symptôme alors qu’il ne présente pas de cicatrisation muqueuse.

Le choix de notre traitement de départ devra impérativement prendre en compte la probabilité de cicatrisation muqueuse de nos patients porteurs de MC.

Quelle stratégie proposer afin d’optimiser notre prise en charge dans la maladie de Crohn ?

Deux stratégies se sont sans doute renforcées ces derniers temps. La stratégie Top down et la stratégie Bridge.

La stratégie Top down [1] a été rapportée il y a peu : 64 patients avaient eu une stratégie « ascendante » classique, 65 autres ayant une bithérapie optimale d’emblée. À 2 ans, les taux de survie sans rechute et de cicatrisation muqueuse étaient supérieurs significativement dans le bras Top down (figure 3). La question actuelle est surtout : qui doit justifier de ce type de prise en charge ? L’essai SONIC pourrait être comparé à une stratégie Top down retardée au cours de la maladie de Crohn. En effet, le but de l’étude était de comparer 3 schémas thérapeutiques chez les patients ne répondant pas de manière significative à une corticothérapie (corticodépendance ou résistance ou récidive multiple) et chez des patients naïfs d’immunosuppresseurs. L’association azathioprine-infliximab était plus efficace que l’infliximab seul qui lui-même était plus efficace que l’azathioprine seule en termes de rémission sans corticoïdes et de cicatrisation muqueuse.

La stratégie Bridge a été étudiée par le GETAID [6]. Ils s’agissaient de patients corticodépendants naïfs ou non d’azathioprine. Un bridge par trois injections d’infliximab ou de placebo était proposé. À un an, les taux de rémission clinique sans corticoïdes étaient supérieurs dans le groupe infliximab (p = 0,003) mais la différence n’était plus significative à S54 lorsque les auteurs comparaient les résultats des deux bras dans les sous-groupes naïfs et déjà sous AZA avant l’inclusion. L’idée dans ce travail du bridge d’infliximab était intéressante mais peut-être que la durée du bridge était trop courte. L’essai STORI [3] avait pour but d’apprécier l’évolutivité après arrêt de l’infliximab, de patients sous bithérapie azathioprine-infliximab et en rémission depuis au moins 6 mois. Les résultats dans ces formes de maladie de Crohn luminale sont très intéressants car 55 % des patients pourtant en échec d’azathioprine avant l’infliximab, restent en rémission à un an sous azathioprine seule (figure 4). Alors faut-il prescrire un bridge long et si oui combien de temps ?

Faut-il associer un immunosuppresseur à une biothérapie comme l’infliximab ?

Les études montrant l’intérêt de continuer la bithérapie [2, 3] sont aussi importantes que celles indiquant la possibilité d’un arrêt plus précoce [7, 8]. Le travail rapporté par Van Assche et al. [7] a inclus 80 patients porteurs de maladie de Crohn sous azathioprine-infliximab depuis 6 mois et en rémission clinique. Un groupe (40 patients) a continué la bithérapie pendant que l’autre (40 patients) a été traité par infliximab seul. À 2 ans, les taux de récidives étaient identiques dans les deux bras. Depuis, beaucoup de praticiens arrêtent l’azathioprine à 6 mois. Cet essai, malgré tout, n’apporte pas de certitude absolue. La méthodologie n’est pas parfaite (essai ouvert de faible puissance). Les taux d’infliximab sérique sont surtout plus bas en l’absence d’azthioprine à 2 ans. L’avenir dira si cette donnée pharmacologique sera ou non associée à une augmentation des récidives cliniques à plus long terme.

Bénéfice/risque des différentes stratégies à proposer

Les dommages collatéraux sont inéluctables dans ces stratégies plus ou moins agressives précoces ce qui montre bien l’importance du chapitre sur ce thème. L’obtention d’une monothérapie, si elle est possible, est capitale afin de diminuer les risques d’infections opportunistes et peut-être de lymphomes. Toruner et al [8] ont rapporté les facteurs de risque d’infections opportunistes dans une étude cas contrôle. L’utilisation d’une monothérapie a augmenté ce risque (OR = 2,65 ; IC 95 : 1,45-4,82 ; T = 0,01) mais la présence d’une bithérapie le multipliait : OR = 9,66 ; IC 95 : 3,31-28,19 ; p < 0,001).

Actuellement, il est donc impossible de proposer un algorithme de prise en charge unique aux patients. Le traitement à la carte deviendra la règle dans l’avenir. Il faudra maintenant mieux déterminer les probabilités de réponse à chacun de ces différents traitements et clarifier les objectifs à obtenir.

Références

1 D’Haens G, Baert F, van Assche G, Caenepeel P, Vergauwe P, Tuynman H, et al., Belgian Inflammatory Bowel Disease Research Group. North-Holland Gut Club. Early combined immunosuppression or conventional management in patients with newly diagnosed Crohn’s disease : an open randomised trial. Lancet 2008 ; 371 : 660-7.

2 Sandborn WJ, Rutgeerts P, Reinisch W, Kornbluth A, Lichtiger S, D’Haens G, et al. Sonic : a randomized, double-blind, controlled trial comparing infliximab and infliximab plus azathioprine to azathioprine in patients with Crohn’s disease naïve to immunomodulators and biologic therapy. Am J Gastroenterol 2008 ; 103 (S1) : S436 ; [Abstract 1117].

3 Louis E, Vernier-Massouille G, Grimaud J, Bouhnik Y, Laharie D, Dupas JL, et al. Infliximab discontinuation in Crohn’s disease patients in stable remission on combined therapy with immunosuppressor : interim analysis of a prospective cohort study. GUT 2008 ; 57 (Suppl 2) : A66.

4 Rutgeerts P, Diamond RH, Bala M, Olson A, Lichtenstein GR, Bao W, et al. Scheduled maintenance treatment with infliximab is superior to episodic treatment for the healing of mucosal ulceration associated with Crohn’s disease. Gastrointest Endosc 2006 ; 63 : 433-42.

5 Frøslie KF, Jahnsen J, Moum BA, Vatn MH. IBSEN Group. Mucosal healing in inflammatory bowel disease : results from a Norwegian population-based cohort. Gastroenterology 2007 ; 133 : 412-22.

6 Lémann M, Mary JY, Duclos B, Veyrac M, Dupas JL, Delchier JC, et al. Groupe d’Etude Therapeutique des Affections Inflammatoires du Tube Digestif (GETAID). Infliximab plus azathioprine for steroid-dependent Crohn’s disease patients : a randomized placebo-controlled trial. Gastroenterology 2006 ; 130 : 1054-61.

7 Van Assche G, Magdelaine-Beuzelin C, D’Haens G, Baert F, Noman M, Vermeire S, et al. Withdrawal of immunosuppression in Crohn’s disease treated with scheduled infliximab maintenance : a randomized trial. Gastroenterology 2008 ; 134 : 1861-8.

8 Toruner M, Loftus Jr. EV, Harmsen WS, Zinsmeister AR, Orenstein R, Sandborn WJ, et al. Risk factors for opportunistic infections in patients with inflammatory bowel disease. Gastroenterology 2008 ; 134 : 929-36.


 

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