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Gastrokinetic drugs


Hépato-Gastro. Volume 16, Number 2, 129-35, mars-avril 2009, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2009.0290

Résumé   Summary  

Author(s) : Thierry Piche , Pôle digestif et explorations fonctionnelles digestives, CHU de Nice, 06003 Nice, France.

Summary : Very few prokinetic drugs have a proven clinical effect. This situation is partly due to an insufficient knowledge of the physiopathological mecanisms of the functional digestive disorders and their symptoms. Available drugs are most often agonists or antagonists targeted at specific receptors that do not have sustained effects. Dopamine, serotonin, motilin and cholecystokinin receptors have all been targeted for the development of the pharmacological agents that will be reviewed here.

Keywords : prokinetic drug, 5-HT, dopamine, motilin, cholecystokinin

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Thierry Piche

Pôle digestif et explorations fonctionnelles digestives, CHU de Nice, 06003 Nice, France

Les gastrokinétiques favorisent ou augmentent la coordination des contractions musculaires qui permettent d’accélérer la progression du contenu luminal dans l’intestin. Plusieurs agents pharmacologiques influencent la motricité gastro-intestinale et ont été évalués pour traiter les symptômes associés au reflux gastro-œsophagien, à la gastroparésie (idiopathique et/ou secondaire) (tableau 1), à la dyspepsie fonctionnelle ou à la pseudo-obstruction intestinale chronique idiopathique. Les gastrokinétiques comprennent plusieurs classes de médicaments, avec chacune un mécanisme d’action distinct et des effets secondaires propres. Ces médicaments s’adressent le plus souvent à des pathologies qui restent définies par des critères cliniques et dont la physiopathologie est multifactorielle, ce qui explique souvent une efficacité limitée en pratique clinique. Le développement des futurs gastrokinétiques devra être guidé par le choix approprié des explorations fonctionnelles qui permettra de sélectionner les meilleurs répondeurs à ces traitements.

Dopamine

La dopamine est présente en grande quantité au niveau du tube digestif chez de nombreux mammifères. Les récepteurs à la dopamine sont les récepteurs D1 et D2, les récepteurs D1 étant localisés essentiellement au niveau des cellules effectrices en situation postsynaptique, les récepteurs D2 à la fois en post- et présynaptique. L’activation des récepteurs musculaires D2 a un effet relaxant sur le sphincter inférieur de l’œsophage, le fundus et l’antre réduisant le tonus gastrique et la coordination antroduodénale. L’activation des récepteurs favorise également l’inhibition de la libération d’acétylcholine par les motoneurones cholinergiques. L’inhibition de l’activité motrice rétrograde, associée aux vomissements, contribue à l’effet prokinétique des agents antidopaminergiques. La figure 1 représente les interactions entre les voies dopaminergiques et sérotoninergiques.

Dompéridone

Le dompéridone est un dérivé des butyrophénones dont l’effet prokinétique passe en partie par une inhibition des récepteurs dopaminergiques D2. Chez l’animal, le blocage des récepteurs D2 par le dompéridone augmente la coordination antroduodénale et limite le ralentissement de la motricité gastrique, stimulée par la dopamine [1]. Toujours chez l’animal, le sulpiride et l’alizapride, deux autres antagonistes des récepteurs D2, inhibent les effets gastro-intestinaux induits par l’apomorphine [2]. L’amélioration des symptômes sous dompéridone n’est pas directement liée à son effet sur la vidange gastrique mais aussi à son action sur les ondes lentes gastriques. L’effet prokinétique du dompéridone s’épuise avec le temps. Comme la barrière hématoméningée est relativement imperméable au dompéridone, ses effets secondaires centraux sont limités, comparés aux agents benzamides substitués, représentés par le bromopride, le clebopride, le levosulpiride et le métoclopramide, et l’augmentation des posologies peut être plus rapide. La dose usuelle de dompéridone est de 10 mg avant les repas, avec une dose supplémentaire le soir au coucher. Une hyperprolactinémie, des perturbations du cycle menstruel et la galactorrhée sont liées à l’action antidopaminergique. Le tableau 2 indique les affinités de ces différents agents pharmacologiques sur leurs récepteurs.

Les prokinétiques antidopaminergiques sont essentiellement utilisés dans le traitement des troubles de la motricité digestive comme la dyspepsie, la gastroparésie d’origine diabétique et la prévention des nausées et des vomissements. Une augmentation significative de la consommation de ces agents pharmacologiques a été observée dans tous les pays du monde depuis le retrait du marché du cisapride. Dans une méta-analyse récente [3], Moayyedi et al. estiment que l’efficacité des antidopaminergiques sur les symptômes dyspeptiques n’est pas clairement démontrée. Sturm et al. [4] sont parvenus aux mêmes conclusions dans la gastroparésie, avec une efficacité un peu supérieure pour le dompéridone comparé au métoclopramide. Dans une autre méta-analyse [5], le dompéridone était significativement plus efficace que le placebo pour traiter les symptômes dyspeptiques, mais le critère de jugement concernait l’amélioration globale par les investigateurs. Les propriétés sérotoninergiques qu’ont certains antidopaminergiques, comme le levosulpiride et le métoclopramide, pourraient expliquer leur meilleure activité prokinétique [6]. Dans un essai multicentrique randomisé contre placebo ayant évalué 1 298 malades avec une dyspepsie, le levosulpiride était plus efficace que le dompéridone, le métoclopramide ou le placebo [7]. De plus, dans une autre étude portant sur 30 malades ayant une dyspepsie et une gastroparésie, le levosulpiride était plus efficace que le cisapride pour raccourcir le temps de vidange gastrique et améliorer les scores symptomatiques. Quelques études récentes ont également montré que certains antidopaminergiques, comme le levosulpiride et le dompéridone, pouvaient influencer l’hypersensibilité viscérale et diminuer les scores de perceptions symptomatiques chez des malades dyspeptiques [8].

Tableau 1 Étiologie des gastroparésies.

Idiopathique

Diabète

Chirurgie digestive haute

Troubles alimentaires

Reflux gastro-œsophagien

Médicaments (atropine, lithium, opiacés, tricycliques, L-dopa, β agonistes, inhibiteurs calciques, phénothiazines)

Insuffisance rénale chronique

Hypertension portale

Tumeur intra-abdominale

Dystrophie myotonique

Sclérodermie



Tableau 2 Affinité des butyrophénones et des benzamides sur leurs récepteurs.

Antagoniste D2

Agoniste 5-HT4

Antagoniste 5-HT3

Butyrophénones

Dompéridone

++ (0,3-3,4 nM)

-

-

Benzamide

Levosulpiride

++ (27-134 nM)

+

±

Métoclopramide

++ (9 nM)

+

+

Clebopride

++(2 nM)

?

?

Bromopride

++ (14 nM)

?

?

Itopride

L’itopride est un antagoniste des récepteurs dopaminergiques D2 et un inhibiteur de l’acétylcholinestérase dont l’effet sur les symptômes associés à la dyspepsie fonctionnelle est encourageant [9]. Son mécanisme d’action dépendrait essentiellement de l’amélioration de la vidange de l’estomac induite par l’inhibition de l’acétylcholinestérase.

Métoclopramide

Le métoclopramide est un benzamide substitué qui a un effet antagoniste des récepteurs à la dopamine de type D2, et dont l’effet prokinétique est limité à la partie proximale de l’intestin. Le métoclopramide est habituellement utilisé pour améliorer la vidange de l’estomac en raison de son effet agoniste partiel des récepteurs sérotoninergiques 5-HT4. Ses effets prokinétiques sont liés à une facilitation de l’activité entérique cholinergique et nitrergique qui inhibe le réflexe péristaltique (récepteurs 5-HT4). Les effets anti-émétiques du métoclopramide dépendent de l’inhibition des récepteurs D2 centraux au niveau de l’area postrema. L’inhibition de ces récepteurs est également responsable de ses effets secondaires. Le médicament est disponible sous forme de comprimés et peut être administré par voie parentérale, en particulier quand les symptômes sont sévères. Quelques études contrôlées indiquent que le métoclopramide serait efficace sur les symptômes associés à la gastroparésie diabétique [10, 11]. En revanche, son utilité en traitement d’entretien n’est pas documentée. Son utilisation comme anti-émétique s’est considérablement réduite depuis l’introduction des antagonistes sérotoninergiques 5-HT3 (ondansétron, granisétron, tropisétron, dolasétron).

Agonistes des récepteurs 5-HT4

Structure et fonctions

Les récepteurs 5-HT4 sont des petites protéines G dont l’activation permet d’augmenter les concentrations intracellulaires d’AMPc et d’activer la protéine kinase A. Il existe de nombreux variants des récepteurs 5-HT4 en fonction des espèces, dépendant essentiellement de la longueur de la portion C-terminale intracellulaire. Les sous-types, 5-HT4(a), 5-HT4(b), 5-HT4(c), 5-HT4(d), sont présents dans le tube digestif [12]. Ces différents sous-types ont des portions C-terminales relativement longues, et leur activité constitutionnelle est réduite comparée aux autres récepteurs centraux (5-HT4(e et f)). Les récepteurs 5-HT4 ont été identifiés sur les terminaisons des neurones myentériques et les cellules musculaires lisses du tube digestif. Les agonistes des récepteurs 5-HT4 stimulent la sécrétion d’acétylcholine par les neurones myentériques et favorisent la contraction des cellules musculaires lisses. Les récepteurs 5-HT4 sont également situés sur les terminaisons des fibres des neuronales intrinsèques d’où ils initient les réflexes moteurs entériques [13].

Cisapride

Le cisapride est un agoniste des récepteurs 5-HT4 qui a été retiré du marché en raison de ses effets secondaires cardiaques, l’agent étant responsable d’une augmentation de l’intervalle QT dose-dépendante et d’arythmies cardiaques [14]. La libération d’acétylcholine à partir des fibres nerveuses myentériques est à l’origine de ses effets prokinétiques puissants qui associent une stimulation des contractions antrales et duodénales, de la coordination antroduodénale et une accélération de la vidange gastrique et du temps de transit intestinal. Des données préliminaires suggèrent qu’un agent dérivé du cisapride, l’ATI-7505, dépourvu de toxicité cardiaque et non métabolisé par le cytochrome P450, stimulerait la vidange gastrique.

Tegaserod

Le tegaserod est un agoniste partiel des récepteurs 5-HT4 et 5-HT2b, qui est utilisé dans le traitement de la constipation chez la femme au cours du syndrome de l’intestin irritable [15]. L’importance de l’effet moteur dépend de la concentration tissulaire en récepteurs 5-HT4, l’effet étant d’autant plus marqué que la concentration en récepteurs est faible. Des études expérimentales suggèrent que l’amélioration de la motricité intestinale sous tegaserod serait liée à une augmentation de la fréquence des contractions coliques qui sont plus prolongées [16]. Chez l’homme sain, l’effet gastrokinétique du tegaserod n’est pas démontré [17]. L’observation de 13 cas de colite ischémique sur plus de 11 500 malades traités a fait restreindre l’utilisation du tegaserod chez les patientes porteuses d’un syndrome de l’intestin irritable avec constipation prédominante. Dans ce cas, le tegaserod augmente la fréquence des selles sans modifier significativement la survenue des douleurs abdominales. Des études suggèrent également que le tegaserod pourrait être efficace dans le traitement de la dyspepsie et de la gastroparésie, en améliorant à la fois la vidange et la compliance gastrique. Dans le travail de Degen et al. [17], le tegaserod a été évalué au cours d’un travail randomisé contre placebo en cross-over dans lequel 12 sujets sains recevaient le tegaserod par voie orale ou intraveineuse à la posologie de 6 et 0,6 mg, respectivement. Dans ce travail, le tegaserod augmentait significativement la vidange gastrique et le transit colique. Le temps de transit intestinal était réduit de 30 % par le tegaserod par voie orale et de 37 % après son administration intraveineuse. Dans l’étude de Tack et al. [18], la compliance et la perception de distensions gastriques ont été évaluées chez 19 sujets sains qui recevaient sept jours de tegaserod (2 et 6 mg, trois fois par jour) ou un placebo. Les deux doses de tegaserod accéléraient la vitesse de la relaxation adaptative de l’estomac proximal mais sans influence sur les seuils de perception. L’amélioration de l’effet prokinétique par une meilleure sélectivité pour les récepteurs 5-HT4, comme c’est le cas avec le prucalopride ou le TD-5108, devrait guider le développement ultérieur de cette classe thérapeutique.

Renzapride

Le renzapride est un benzamide substitué qui a un effet agoniste partiel des récepteurs 5-HT4 et antagoniste des récepteurs 5-HT3. Le renzapride a un mode d’action identique au cisapride, mais les effets secondaires cardiaques sont probablement moindres, le blocage des canaux potassiques hERG sur lignées étant dix fois moins important avec le renzapride qu’avec le cisapride [19]. Les effets du renzapride sont d’autant plus marqués que le tissu musculaire évalué contient davantage de récepteurs 5-HT4. Quelques études chez l’animal ont montré que le renzapride pouvait stimuler le péristaltisme intestinal et augmenter la vidange antroduodénale [20]. Dans un essai contrôlé chez seulement neuf diabétiques ayant une neuropathie autonome, il a été montré que le renzapride pouvait accélérer la vidange gastrique, suggérant son intérêt dans cette indication. Une étude ancienne a également montré que le renzapride pouvait améliorer la vidange gastrique sur un petit groupe (neuf) de malades ayant une gastroparésie diabétique [21].

Agonistes des récepteurs à la motiline

Structure et fonctions

La motiline est une hormone de 22 acides aminés exprimée majoritairement par les cellules endocrines de la muqueuse duodénale. La sécrétion de motiline varie de manière cyclique, son augmentation en période interdigestive étant associée aux phases 3 du complexe moteur migrant. La motiline augmente le tonus du sphincter inférieur de l’œsophage et stimule la motricité gastrique, antrale et duodénale par l’activation de ses récepteurs localisés sur les terminaisons nerveuses et les cellules musculaires lisses. Les récepteurs à la motiline sont des petites protéines G dont l’activation induit la synthèse d’IP3, augmente les concentrations intracellulaires en calcium et favorise la contraction musculaire [22].

Érythromycine

L’éythromycine est un antibiotique de la famille des macrolides qui possède un effet agoniste des récepteurs à la motiline. L’érythromycine est utilisée en dehors de son autorisation de mise sur le marché pour faciliter la pose de sondes nasogastriques, améliorer la vidange gastrique au cours de la nutrition entérale, améliorer le contrôle glycémique au cours du diabète et traiter la gastroparésie diabétique [23] (tableau 3). L’érythromycine améliore la vidange gastrique, favorise la survenue de contractions antrales et la coordination antroduodénale mais réduit le volume et la compliance de l’estomac proximal.

Son effet prokinétique diminue avec le temps, induit par une dérégulation des récepteurs à la motiline et peut être surmonté par l’augmentation progressive des doses (50 à 100 mg, trois à quatre fois par jour) jusqu’à la dose maximale de 250 mg par prise. Malgré ses effets prokinétiques, le bénéfice clinique des agonistes de la motiline, et en particulier de l’érythromycine, sur les symptômes dyspeptiques, est mal documenté. Deux études ouvertes ont évalué le bénéfice symptomatique de l’érythromycine chez des malades ayant une gastroparésie postchirurgicale ou en rapport avec une sclérodermie. Dans le travail de Fiorucci et al. [24], les malades recevaient 250 mg d’érythromycine trois fois par jour. La satiété précoce, les douleurs, les nausées et les vomissements étaient évalués par des échelles de Lickert et significativement améliorés chez dix malades sur les 12. Le temps de demi-vidange gastrique évoluait de 119 ± 13 à 47,5 ± 8 minutes. Dans le travail de Ramirez et al. [25], les malades atteints de gastroparésie dans les suites d’une vagotomie et d’une antrectomie pour une maladie ulcéreuse recevaient entre 150 et 200 mg d’érythromicine trois fois par jour, et les symptômes étaient évalués sur une échelle de Lickert à quatre points, trois jours avant et après deux semaines de traitement. Trois des neufs malades avaient une réduction des scores symptomatiques de 11 ± 0,3 à 5,7 ± 0,3, et le temps de demi-vidange était amélioré chez cinq malades sur les sept, diminuant de 146 ± 16 à 87 ± 20 minutes en fin de traitement. Trois études ont analysé la réponse symptomatique au cours de la gastroparésie diabétique. Dans l’étude d’Erbas et al. [26], l’érythromycine et le métoclopramide étaient comparés dans une étude en cross-over à la dose de 10 et 250 mg, trois fois par jour, respectivement, séparés d’une fenêtre thérapeutique de trois semaines. Le score symptomatique médian diminuait de trois points sous métoclopramide et de deux points sous érythromycine sans différence significative. Le temps de demi-vidange diminuait de 102 ± 19 à 70 ± 34 minutes sous métoclopramide et de 66 ± 25 minutes sous érythromycine sans différence significative. Richards et al. [27] ont évalué l’effet de quatre semaines d’érythromycine orale chez 14 malades ayant une gastroparésie idiopathique (dix) ou secondaire à un diabète (quatre) à la dose de 250 à 500 mg quatre fois par jour. Les scores de symptômes étaient mesurés sur une échelle de Lickert à dix points. La vidange gastrique était améliorée d’environ 45 %, mais seulement deux malades reportaient une amélioration symptomatique de plus de 25 %. Un essai randomisé contre placebo a pu évaluer les effets de l’érythromycine chez 12 diabétiques insulinodépendants ayant des symptômes dyspeptiques. Les malades recevaient 250 mg d’érythromycine trois fois par jour ou un placebo pendant deux semaines. Une manométrie antroduodénale était effectuée en fin de traitement. L’érythromycine modifiait significativement les complexes moteurs migrants en allongeant les phases 3 et en réduisant les phases 2. Il n’existait aucune modification symptomatique entre les bras thérapeutiques [28]. En regroupant l’ensemble des malades ayant eu une évaluation symptomatique dans ces cinq études, seulement 11/23 ont présenté une amélioration clinique (48 %).

Bien qu’il y ait très peu d’essais thérapeutiques au cours de la gastroparésie diabétique, l’érythromycine est un gastrokinétique puissant, en particulier quand elle est administrée par voie intraveineuse. Des travaux récents ont également montré que l’administration d’érythromycine par voie intraveineuse, 20 minutes avant la fibroscopie pour hémorragie digestive, améliorait la qualité de l’examen en favorisant l’évacuation gastrique des caillots. Le placement des sondes de nutrition entérale est facilité par l’injection intraveineuse préalable de 200 mg d’érythromycine. Son utilisation à long terme est limitée par son action antibactérienne et sa perte d’efficacité au cours du temps induite par une désensibilisation des récepteurs.

Plus récemment, l’ABT-229, un agoniste des récepteurs de la motiline dépourvu d’effet antibiotique, a été évalué dans des essais thérapeutiques chez des malades ayant une dyspepsie fonctionnelle ou une gastroparésie diabétique [29, 30]. Dans ces travaux, l’ABT-229 s’est avéré inefficace, aggravant même les symptômes, probablement à cause de l’effet inhibiteur sur la compliance gastrique. Des motilides, n’ayant pas d’effet inhibiteur sur l’accommodation gastrique et sans effet de désensibilisation, sont en cours d’évaluation. Le mitemcinal (GM-611) a été envisagé au cours de la gastroparésie diabétique avec un bénéfice clinique de seulement 22 % chez des malades ayant des symptômes modérés [31]. Enfin, l’effet gastrokinétique du KOS-2187 chez le chien mérite d’être confirmé chez l’homme.

Tableau 3 Efficacité de l’érythromycine par voie orale dans la gastroparésie.

Référence

Effectifs

Malades

Design

Posologies (mg)

Symptômes

Temps de demi-vidange, diminution ( %)

Erbas et al. [26]

13

Diabète

Ouvert, cross-over trois semaines

250

+ 11/13

50

Richards et al. [27]

10

Diabète idiopathique

Ouvert quatre semaines

500

+ 2/14 (ITT)

44

Ramirez et al. [25]

9

Vagotomie et antrectomie

Ouvert deux semaines

150

+ 3/9

40

Fiorucci et al. [24]

12

Sclérodermie

Ouvert quatre semaines

250

+ 10/12

60

Samson et al. [28]

12

Diabète

Double insu deux semaines

250

ns

_

Antagonistes des récepteurs de la cholécystokinine

Structures et fonctions

La cholécystokinine (CCK) est secrétée par les cellules endocrines duodénales en réponse à la présence de lipides et/ou d’acides gras, et la CCK circulante inhibe la motricité et la vidange gastrique [32]. Il existe deux types de récepteurs à la CCK (CCK1 et CCK2), mais les récepteurs CCK1 sont les plus représentés au niveau des neurones entériques et des cellules musculaires lisses du tractus gastro-intestinal. Les récepteurs CCK1 sont des petites protéines G dont l’activation augmente la synthèse de diacylglycérol et d’IP3, les concentrations intracellulaires de calcium et favorise la contraction musculaire lisse et une stimulation des fibres nerveuses. Dans l’estomac, ces récepteurs sont présents sur les cellules musculaires lisses et sur les fibres nerveuses afférentes vagales. Chez l’homme, l’injection de CCK provoque un ralentissement de la vidange gastrique qui participe, en partie, à la sensation de satiété.

Loxiglumide-dexloxglumide

Plusieurs études ont montré que le loxiglumide, un antagoniste des récepteurs CCK1, était capable de bloquer les effets inhibiteurs d’un repas lipidique sur la motricité et la vidange gastrique chez le sujet sain. En utilisant le barostat électronique chez des sujets sains, Feinle et al. ont montré que le loxiglumide s’opposait aux effets inhibiteurs des lipides instillés dans le duodénum sur le tonus gastrique et les contractions antrales [33]. Chez le rat, le dexloxiglumide, le R-isomère du loxiglumide, a une forte affinité et sélectivité pour les récepteurs CCK1 et s’oppose aux effets inhibiteurs de la CCK-8 sur la vidange gastrique [34]. Chez le sujet sain, le dexloxiglumide accélère la vidange gastrique ralentie par un repas lipidique et augmente la tolérance de volumes de liquide ingérés [35]. Des données préliminaires indiquent que le dexloxglumide est efficace au cours de la dyspepsie fonctionnelle en diminuant le volume gastrique et les symptômes associés.

Analogues de la ghréline

Plusieurs études ont montré que la ghréline pourrait être efficace chez des malades atteints de dyspepsie fonctionnelle. En effet, il a été montré que la ghréline pouvait augmenter la vidange gastrique chez l’animal ou chez des malades ayant une gastroparésie. Les agonistes des récepteurs de la ghréline sont efficaces au cours de l’iléus postopératoire ou induit par un sepsis pour limiter les symptômes dyspeptiques comme l’anorexie et les vomissements. À ce jour, l’effet prokinétique de la ghréline est limité par ses conséquences délétères sur la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la perte de la sensibilité à l’insuline. Le TZP-101 est un agoniste des récepteurs de la ghréline qui est évalué par voie veineuse dans des essais thérapeutiques de phase 2 et par voie orale dans des études précliniques. Un travail pilote indique que le TZP-101 améliore les symptômes de malades ayant une gastroparésie diabétique.

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