Home > Journals > Medicine > Hépato-Gastro > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Hépato-Gastro
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Traitement chirurgical des métastases hépatiques et de la tumeur primitive colorectale après chimiothérapie néo-adjuvante


Hépato-Gastro. Volume 15, Number 3, 199-206, Mai-Juin 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2008.0210

Résumé  

Author(s) : Gilles Mentha, Pietro Majno, Laura Rubbia-Brandt , Services de Transplantation et de Chirurgie Viscérale, Service de Pathologie Clinique *, Hôpitaux Universitaires de Genève, Services de Transplantation et de Chirurgie Viscérale, Hôpitaux Universitaires de Genève, 24, rue Micheli-du-Crest, 1211 Genève 14.

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Gilles Mentha, Pietro Majno, Laura Rubbia-Brandt

Services de Transplantation et de Chirurgie Viscérale, Service de Pathologie Clinique *, Hôpitaux Universitaires de Genève
Services de Transplantation et de Chirurgie Viscérale, Hôpitaux Universitaires de Genève, 24, rue Micheli-du-Crest, 1211 Genève 14

Le cancer colorectal est le troisième cancer en termes de fréquence dans le monde occidental. Il représente donc un problème important de santé publique. Environ 25 % des patients ont des métastases hépatiques (synchrones) au moment du diagnostic et 25 % des patients vont développer des métastases (dites métachrones) pendant l’évolution de leur maladie. Le décès sera, pour la majorité des patients porteurs de métastases hépatiques, causé par les métastases hépatiques.

Le cancer colorectal associé à des métastases hépatiques (MHCR) est déjà une maladie systémique. En conséquence, le traitement devrait donc être systémique qu’il soit oncologique, immunologique ou biologique. Dans ces conditions, la chirurgie d’exérèse semble a priori un acte disproportionné. Toutefois, l’expérience internationale a montré que des cas sporadiques de résection ont apporté la surprise de longues survies et parfois de guérisons. Wagner et al. [1] avait montré déjà en 1984 que des malades très sélectionnés avaient 25 % de chance d’être vivants 5 ans après résection de leurs métastases hépatiques. Pendant la décennie suivante où les agents utilisés en chimiothérapie restaient le 5-fluororouracil (5-FU) associé à la leucovorine (LV) avec un taux de réponse inférieur à 25 %, la survie des patients n’a pas progressé significativement.

Ces 10 dernières années des progrès considérables sont survenus dans trois domaines différents ayant contribué, réunis, à augmenter le taux de résection de 10 à 20-30 % et permettant à 38 %-63 % des patients suivant leurs facteurs de risque initiaux d’être en vie à 5 ans du diagnostic initial [2]. Ces 3 domaines sont la chimiothérapie avec 4 nouveaux agents et leurs combinaisons multiples, l’embolisation portale et la radiofréquence en radiologie interventionnelle et enfin une approche chirurgicale plus élaborée par les améliorations techniques et du matériel utilisé, par l’utilisation de procédés de transplantation du foie (donneur vivant, bipartition) et une meilleure connaissance des clampages et de la régénération hépatique.

La chimiothérapie néoadjuvante : avantages et inconvénients

L’irinotécan, un inhibiteur de la topoisomérase I, ou l’oxaliplatine, un complexe non néphrotoxique d’une nouvelle classe de platine associé au 5-FU-LV (combinaisons respectivement nommées Folfiri et Folfox) ont montré un taux de réponse radiologique partiel ou total chez 40 à 50 % des patients [3, 4]. Cette efficacité a permis à des malades ne pouvant être réséqués initialement de le devenir avec un objectif curatif dans un nombre non négligeable de cas (16 % ou 53 parmi 330 patients) dans l’étude initiale du groupe de l’hôpital Paul Brousse [5]. De plus, ces patients avaient une survie à 5 ans supérieure à 30%. L’utilisation de ces médicaments en association (irinotécan-oxaliplatine-5FU-LV) a montré une augmentation du taux de réponse allant jusqu’à 78 % dans une étude multicentrique suisse [6]. D’autres études ont montré également une augmentation du taux de réponse et de la survie médiane jusqu’à 26 mois. Récemment, deux anticorps monoclonaux ont été introduits : le cetuximab, un anticorps monoclonal chimérique recombinant dirigé spécifiquement contre le récepteur épidermique du facteur de croissance (EGFR) et le bevacizumab, un anticorps monoclonal humanisé recombinant qui se lie sélectivement au facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF) et inhibe son activité biologique. L’efficacité grandissante de la chimiothérapie systémique avec l’arrivée de ces nouveaux agents biologiques laisse espérer que de plus en plus de malades vont pouvoir bénéficier d’une résection curative de leurs métastases hépatiques après chimiothérapie néo-adjuvante [7].

Cependant, un des revers de la médaille de ces combinaisons de chimiothérapie très efficaces est que des métastases disparaissent pendant le traitement et qu’elles ne sont pas retrouvées lors de la chirurgie malgré l’échographie peropératoire. En effet, disparition radiologique ne veut pas dire disparition histologique des cellules cancéreuses. Une étude française récente [8] a montré que du tissu cancéreux macroscopique ou microscopique résiduel persistait dans 83 %, c’est-à-dire dans 55 métastases sur les 66 qui avaient totalement disparu à l’imagerie. Dans une autre étude après chimiothérapie néo-adjuvante, seuls 4,5 % des patients n’avaient plus de cellules tumorales résiduelles dans l’ensemble de leurs métastases hépatiques [9]. Dans notre expérience, la résonance magnétique nucléaire avec un produit de contraste spécifique (Teslascan) a été plus performante que le CT scan pour détecter les métastases hépatiques qui ont répondu à la chimiothérapie. Ces études suggèrent que la résection de tous les nodules tumoraux est indispensable pour éviter une récidive locale et la nécessité d’aller en salle d’opération avec le scanner initial qui a précédé la chimiothérapie.

L’autre effet collatéral de la chimiothérapie néoadjuvante est la toxicité objectivée sur le parenchyme hépatique non tumoral. Le premier est le syndrome d’obstruction des sinusoïdes (SOS) qui a été montré être en relation principalement avec l’oxaliplatine [10]. L’image histologique est une congestion érythrocytaire dans les sinusoïdes et peut être accompagnée d’une fibrose périsinusoïdienne et d’une occlusion fibrotique de la veinule de drainage. L’image histologique correspond macroscopiquement au « foie de chimio » ou « blue liver » terme utilisé aux États-Unis. La forme ultime, la plus grave, correspond à l’hyperplasie nodulaire régénérative. Il est probable que le foie régénère moins bien dans cette situation et la prudence s’impose en cas de résection hépatique majeure (une embolisation portale préopératoire pour débuter la régénération hépatique du parenchyme devant rester en place peut être nécessaire voire indispensable). L’autre toxicité observée est une forme de stéato-hépatite qui apparaît liée à l’administration d’irinotécan. La stéato-hépatite liée à la chimiothérapie (CASH = chemotherapy associated steatohepatitis) a été définie par la présence combinée d’une stéatose sévère, d’une inflammation lobulaire et d’une ballonisation des hépatocytes [11]. La présence d’une stéato-hépatite a été liée à une augmentation de la mortalité postopératoire et principalement de la mortalité due à une insuffisance hépato-cellulaire survenant dans les 90 jours (14,7 %) en comparaison avec les malades chez lesquels la stéato-hépatite était absente (1,6 %). Cependant la stéato-hépatite a été rarement observée après chimiothérapie en Europe et l’on peut se demander si la présence de stéatose initiale avec un index de poids corporel augmenté n’est pas un facteur de risque plus répandu aux États-Unis.

Les progrès de la radiologie interventionnelle

Depuis plus de 50 ans, il avait été montré expérimentalement qu’un hémi-foie déprivé de sang portal s’atrophie alors que le foie restant avec un flux portal augmenté va s’hypertrophier. Makuuchi et al. ont utilisé l’embolisation portale (EP) réalisée par voie percutanée depuis 1982 comme technique prorégénérative avant une hépatectomie majeure pour cancer [12]. Depuis lors, cette technique grevée de peu de complications est utilisée par tous les radiologues interventionnels à travers le monde et est devenue disponible dans tous les centres spécialisés en chirurgie hépatobiliaire. Le volume du foie résiduel est calculé sur la base d’un CT scan tridimensionnel. L’hépatectomie large est généralement réalisée 4 à 6 semaines après l’EP suite à un nouveau Ct scan tridimensionnel. Les indications à l’EP, qui est le plus souvent utilisée pour emboliser la branche portale droite, dépendent de la qualité du parenchyme hépatique (foie normal, SOS, stéatose, fibrose, cirrhose, etc.), du volume du foie restant après l’hépatectomie théorique en fonction du poids du patient. Généralement, sur un parenchyme normal, une EP préopératoire est indiquée quand le parenchyme restant en place est inférieur à 30 % du foie total. Lorsqu’un patient a subi de nombreux cycles de chimiothérapie avec d’éventuelles lésions du parenchyme hépatique, un volume résiduel minimal de 40 % est suggéré pour diminuer le risque d’insuffisance hépatique postopératoire. Dans une étude française portant sur 30 patients porteurs de MHCR non résécables en raison d’un foie résiduel trop petit après l’hépatectomie nécessaire mesuré au CT scan, l’EP a permis d’augmenter le volume du foie résiduel de 26-37 % permettant une résection à but curatif chez tous les malades [13]. Les radiologues interventionnels entraînés peuvent également emboliser les branches portales du segment IV, ne laissant perméables que les branches portales des segments I, II et III en vue d’une hépatectomie droite élargie au segment IV. Lorsqu’il existe une ou des métastases dans le foie devant s’hypertrophier après EP, il semble préférable de traiter ces métastases en même temps que l’EP par radiofréquence percutanée ou procéder à une hépatectomie en 2 temps afin d’éviter la possibilité d’une croissance rapide et éventuellement induite des métastases [14].

La radiofréquence (RF) ou ablation thermique locale des tumeurs du foie est devenue populaire par sa facilité d’utilisation et sa relative efficacité pour la destruction des petits carcinomes hépatocellulaires sur cirrhose. Cependant, pour le traitement des MHCR, sa place n’est pas encore bien définie. La RF peut être utilisée soit à la place de la chirurgie, soit comme complément à l’EP pour détruire la ou les métastases résiduelles dans le parenchyme hépatique devant s’hypertrophier et rester en place après hépatectomie large, soit lors de récidives après chirurgie. La littérature actuelle suggère que l’indication de la RF dans le cadre des MHCR doit être limitée aux patients ayant au maximum 3 nodules de moins de 3 cm [15]. Dans une étude portant sur la radiofréquence percutanée des MHCR, un contrôle local des métastases a été obtenu chez 78 % des nodules < 2,6 cm mais chez seulement 47 % des nodules entre 2,6 et 4 cm et 32 % pour les nodules > 4 cm [16]. Enfin, la localisation anatomique des lésions est également une limitation à l’utilisation de la RF. A la proximité d’un vaisseau principal, l’effet thermique de brûlure de la lésion est diminué par le refroidissement du flux sanguin et augmente d’autant le risque d’une destruction incomplète. De même, le risque de brûlure thermique iatrogène est augmenté au contact d’une voie biliaire ou d’un organe extra-hépatique. En raison du taux important de récidive locale et des limitations anatomiques ci-dessus, la RF n’a actuellement pas de place chez les patients avec des métastases hépatiques résécables en dehors d’études prospectives randomisées [17]. La place de la RF pour le traitement des MHCR apparaît limitée ; pourtant, nous avons trouvé utile cette technique par voie percutanée pour traiter des récidives précoces après chirurgie détectée sous forme de petites lésions : ceci parce qu’il n’est pas nécessaire d’arrêter la chimiothérapie pour traiter ces malades et, d’autre part, parce que ce traitement permet un « test par le temps » qui permet de sélectionner des patients avec une biologie tumorale agressive qui ne pourront pas bénéficier d’une nouvelle chirurgie itérative.

Les progrès de la chirurgie

La chirurgie hépatique a progressé considérablement grâce aux techniques avancées de transplantation hépatique, aux clampages sélectifs et aux connaissances sur la régénération du foie. Les tumeurs proches de structures vasculaires ou biliaires peuvent être réséquées avec précision grâce à ces techniques et à l’aide du dissecteur ultrason, de la coagulation au gaz argon et une pression veineuse centrale basse. Les techniques de la bipartition du foie, du donneur vivant adulte (ablation du foie droit) et enfant (ablation du lobe gauche) qui sont réalisées sans transfusion ont permis de rendre les chirurgiens accoutumés aux reconstructions vasculaires et à réaliser la parenchymotomie hépatique sans clampage et sans transfusion. L’exclusion vasculaire totale du foie n’est maintenant plus utilisée que pour les tumeurs au contact ou envahissant les veines sus-hépatiques [18]. L’échographie peropératoire avec des appareils très performants permet, d’une part, une localisation précise des petites lésions et, d’autre part, de les réséquer avec une marge de sécurité suffisante tout en épargnant le parenchyme hépatique, technique que nous avons appelé la « métastasectomie radicale » (figure 1A,1B). L’effet principal de l’utilisation de l’ensemble de ces techniques est la diminution de la mortalité péri-opératoire malgré l’augmentation du nombre d’hépatectomies larges, d’hépatectomies itératives et de l’âge des patients. Par exemple, nous avons déploré 5 décès sur les 651 dernières hépatectomies électives (0,8 %) toutes indications confondues dans notre centre. Une mortalité inférieure à 2 % est maintenant observée dans la plupart des centres hépato-biliaires expérimentés. Dans cette série, deux patients sur 3 n’ont pas été transfusés ce qui semble également influencer le pronostic à long terme [19].

L’ensemble de ces progrès couplés avec une approche multidisciplinaire a, d’une part, amélioré le taux de résection mais également le pronostic à long terme des patients porteurs de MHCR. L’attitude thérapeutique face aux malades chez lesquels des MHCR synchrones sont découvertes à un stade déjà avancé est sujet à discussion. Malgré le fait que 25 % des patients ont des métastases hépatiques synchrones, il n’y a pas de critères bien définis pour déterminer s’il faut faire une chimiothérapie néo-adjuvante ou opérer ces malades d’emblée si tout le tissu tumoral peut être réséqué, les opérer en un seul temps ou en 2 temps et dans ce dernier cas, faut-il réséquer la tumeur primitive ou les métastases hépatiques en premier ?

Chimiothérapie néo-adjuvante ou résection d’emblée ?

Actuellement, il n’y a pas d’étude prospective randomisée qui ait montré un bénéfice de survie à long terme bien qu’une étude soit actuellement en cours. Une étude rétrospective japonaise et le registre européen des métastases hépatiques (LiverMetSurvey) ont montré un avantage de survie à long terme pour des malades ayant plus que 4 métastases, traités par chimiothérapie néo-adjuvante [20]. D’autre part, en utilisant des combinaisons de chimiothérapie comprenant le cetuximab ou le bevacizumab, des taux de réponse de l’ordre de 75-80 % sont maintenant possibles. Pour les 20-25 % des malades non répondeurs, il est peu probable que la chirurgie puisse beaucoup les aider et améliorer leur pronostic comme l’avait montré Adam et al. [21]. D’autre part, en utilisant un score histologique de régression tumorale, notre groupe a montré que les patients avec pas ou peu de réponse avaient un intervalle sans récidive tumorale moindre à 3 ans et une moins bonne survie à 5 ans [9]. Pour toutes ces raisons, nous proposons actuellement une chimiothérapie néo-adjuvante à tous les patients porteurs de plusieurs métastases synchrones, même facilement opérables, s’ils peuvent supporter une chimiothérapie efficace (cave : âge > 75 ans, antécédents cardiaques, dénutrition, etc.). Un avantage constaté même chez des patients avec une seule métastase synchrone a été la réduction de la taille de la métastase transformant une hépatectomie large en une segmentectomie, économisant du parenchyme fonctionnel et permettant une résection simultanée de la tumeur primitive et de la métastase.

Chirurgie en un ou deux temps ?

Réaliser l’exérèse de tout le tissu tumoral en un seul temps présente l’avantage d’une unique opération avec un seul séjour hospitalier pour le patient. Le coût apparaît également moins important. Cependant, le risque de morbidité et de mortalité des 2 gestes est cumulé et la plupart des auteurs recommandent de ne pas additionner une hépatectomie large avec une résection du rectum difficile. D’autre part, il faut tenir compte d’éventuelles lésions de la chimiothérapie néo-adjuvante (SOS, CASH), de l’âge et de la condition générale du patient pour ne pas cumuler les risques. Enfin, dans chaque étude, il a été conclu que la survie à long terme était similaire entre la chirurgie en un ou 2 temps bien que les patients avaient moins de métastases, moins de métastases bilobaires et moins de résections larges dans le groupe en un temps [22, 23]. Généralement on retrouve également plus de tumeurs primitives localisées sur le côlon droit ou transverse dans le groupe de chirurgie en un temps. La chirurgie en un temps ne semble pas avoir d’avantages sur la survie à long terme. Elle ne doit être réalisée que par des équipes entraînées en chirurgie colorectale et en chirurgie hépatique et faite selon les règles carcinologiques en vigueur pour les 2 gestes qui doivent être réalisés avec un but curatif. La chirurgie simultanée ne doit pas être un objectif en soi avec le risque de faire un des 2 gestes « en passant », mais l’équipe multidisciplinaire doit avoir comme seul objectif la survie à long terme.

Traitement des métastases hépatiques ou de la tumeur primitive en premier ?

Le traitement standard a longtemps consisté en la résection de la tumeur primitive pour éviter les complications obstructive, infectieuse ou hémorragique, puis d’une chimiothérapie adjuvante et, en cas de réponse effective, de la résection des métastases hépatiques quelques mois plus tard. Cependant, peu de patients pouvaient effectivement bénéficier de cette approche car les réponses étaient rares ceci pour plusieurs raisons.

1) Pendant le traitement chirurgical de la tumeur primitive, les patients ne peuvent pas recevoir de chimiothérapie et si une complication infectieuse survient, le traitement en est d’autant retardé. Le taux de fuite anastomotique de la chirurgie rectale est de l’ordre de 6-15 % et a été observé même plus élevé (19 %) dans une étude récente prospective et multicentrique [24]. D’autre part, le taux de complications varie entre 30 et 50 %. Le taux de fuite de la chirurgie colique est moins élevé mais reste cependant de l’ordre de 3-5 %. Si une complication survient, le patient porteur de métastases hépatiques a un risque accru de progression de ses métastases lié à l’état immunosuppressif engendré par l’intervention chirurgicale et par l’infection. Enfin, lors de tumeur rectale basse, une radio-chimiothérapie du pelvis est nécessaire pour les stades T3 ou N1, traitement qui n’a pas d’efficacité sur les MHCR et ne peut être administré dans le même temps que la chimiothérapie néoadjuvante efficace sur les MHCR qui est d’autant retardée.

Une progression rapide de métastases après ablation de la tumeur primitive a été observée dans plusieurs modèles de souris [25]. La perte de l’inhibition par la tumeur primitive de l’angiogenèse dont dépendent les métastases pour se développer a été suggérée comme facteur causal de ce phénomène. Récemment, il a été observé que la densité vasculaire dans les MHCR augmentait chez l’homme après l’ablation de la tumeur primitive et ce même groupe a montré que cette augmentation de la densité vasculaire avait un effet positif sur la croissance des MHCR [26]. Bien que l’importance clinique de ces phénomènes soit encore mal évaluée, ils peuvent suggérer qu’il est préférable d’enlever les métastases hépatiques avant ou en même temps que la tumeur primitive.

Avec l’objectif d’éviter ces problèmes potentiels, nous avons, pour des patients porteurs de métastases hépatiques avancées et synchrones et d’une tumeur primitive colorectale non obstructive, débuté le traitement par une chimiothérapie première avec un haut taux d’efficacité sur les métastases (OCFL), suivi par la résection de tout le tissu tumoral hépatique, ensuite par une radiothérapie pelvienne lorsqu’elle était indiquée avant la résection de la tumeur primitive. L’objectif de cette stratégie inversée était de contrôler la maladie tumorale hépatique en même temps que la tumeur primitive, en optimisant les chances d’une résection curative hépatique et en permettant la réalisation d’une radiochimiothérapie pelvienne sans inquiétude de progression des MHCR avant la résection de la tumeur primitive. Nous avons sélectionné des patients ayant des facteurs de mauvais pronostic sur une échelle de 0 à 5 connue et validée aux États-Unis, en Europe et en Australie. Les patients qui avaient de 3 à 5 critères de gravité avaient été considérés comme de bons candidats pour bénéficier de nouveaux traitements car leur espérance de vie ne dépassait pas 40 % à 3 ans [27].

Dans notre étude [28] portant sur 20 malades avec des métastases hépatiques avancées et traités selon cette stratégie, nous avons observé une survie en intention de traiter de 71 % à 3 ans et chez les 16 malades (80 %) chez lesquels nous avons pu réaliser le programme de traitement complet de 89 % de survie à 3 ans. Ces chiffres -même si on compte les 4 malades (taux de résection de 80 %) qui n’ont pas répondu suffisamment à la chimiothérapie- se comparent favorablement au 40 % de survie attendue à 3 ans. Ces malades avaient une maladie bilobaire hépatique dans 70 % des cas avec une médiane de plus de 5 métastases et plusieurs ont été traités par embolisation portale préopératoire ou par une hépatectomie en 2 temps. Pour les 4 malades qui n’avaient pas répondu suffisamment à la chimiothérapie, 3 sont décédés dans l’année qui a suivi, ce qui suggère qu’ils ont évité une opération inutile. Ensuite, après avoir enlevé toutes les métastases hépatiques chez les 16 autres, le traitement de la tumeur primitive a pu être effectué sans l’inquiétude que les MHCR progressent au-delà de la possibilité de toute résection en particulier en cas de complications infectieuses de la chirurgie colorectale. Sur un plan pratique, dès que l’antigène carcino-embryonnaire (ACE) est à la baisse et que les MHCR sont jugées résécables, la résection hépatique est programmée 2 à 3 semaines après la dernière chimiothérapie. Quatre à 6 semaines après la résection hépatique, la résection colorectale est effectuée sauf si une radiothérapie pelvienne a été indiquée. L’objectif est d’utiliser une chimiothérapie très efficace mais de courte durée afin de diminuer sa toxicité avant la chirurgie. D’autre part, la « fenêtre chirurgicale » semble limitée chez ces patients avec une maladie avancée et les cellules tumorales résistantes à la chimiothérapie risquent de progresser rapidement si les métastases ne sont pas réséquées comme nous l’avons observé histologiquement avec la présence d’un halo de cellules tumorales invasives entourant une métastase qui avait initialement très bien répondu. Nous avons appelé cette entité le « halo dangereux » (figure 2).

Conclusion

Le traitement des métastases hépatiques synchrones du cancer colorectal a considérablement changé, orienté plus fréquemment vers une stratégie curative malgré une maladie avancée, avec un espoir de survie des malades plus important oscillant entre 35 et 63 % à 5 ans suivant leur gravité initiale. Les progrès de la chimiothérapie néoadjuvante avec un taux de réponse approchant les 80 %, l’utilisation de l’embolisation portale préopératoire et de la radiofréquence, les raffinements de la technique chirurgicale et la possibilité de la chirurgie hépatique en 2 temps ont permis à plus de malades de bénéficier d’une chirurgie R0 et d’un espoir de longue rémission. Devant la complexité des possibilités thérapeutiques, un colloque multidisciplinaire est indispensable pour définir la meilleure stratégie de traitement pour un patient donné.

Références

1 Wagner JS, Adson MA, Van Heerden JA, Adson MH, Ilstrup DM. The natural history of hepatic metastases form colorectal cancer. A comparison with resective treatment. Ann Surg 1984 ; 199 : 502-8.

2 Andres A, Majno PE, Morel P, Rubbia-Brandt L, Giostra E, Gervaz P, et al. Improved long-term outcome of surgery for advanced colorectal liver metastases : reasons and implications for management on the basis of a severity score. Ann Surg Oncol 2008 ; 15 : 134-43.

3 Douillard JY, Cunningham D, Roth A. Irinotecan combined with fluorouracil compared with fluorouracil alone as first-line treatment for metastatic colorectal cancer : a multicentre randomized trial. Lancet 2000 ; 355 : 1041-7.

4 de Gramont A, Figer A, Seymour M. Leucovorin and fluorouracil with or without oxaliplatin as first-line treatment in advanced colorectal cancer. J Clin Oncol 2000 ; 18 : 2938-47.

5 Bismuth H, Adam R, Levi F. Resection of nonresectable liver metastases from colorectal cancer after neoadjuvant chemotherapy. Ann Surg 1996 ; 224 : 509-20.

6 Seium Y, Stupp R, Ruhstaller T, et al. Oxaliplatin combined with irinotecan and 5-fluorouracil /leucovorin (OCFL) in metastatic colorectal cancer : a phase I-II study. Ann Oncol 2005 ; 16 : 762-6.

7 Van Cutsem E. Progress with biological agents in metastatic colorectal cancer leads to many challenges. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 3325-7.

8 Benoist S, Brouquet A, Penna C. Complete response of colorectal liver metastases after chemotherapy : does it mean cure? J Clin Oncol 2006 ; 24 : 3939-45.

9 Rubbia-Brandt L, Giostra E, Brezault C. Importance of histological tumour response assessment in predicting the outcome in patients with colorectal liver metastases treated with neo-adjuvant chemotherapy followed by liver surgery. Ann Oncol 2007 ; 18 : 299-304.

10 Rubbia-Brandt L, Audard V, Sartoretti P. Severe hepatic sinusoidal obstruction associated with oxaliplatin-based chemotherapy in patients with metastatic colorectal cancer. Ann Oncol 2004 ; 15 : 460-6.

11 Vauthey JN, Pawlik TM, Ribeiro D. Chemotherapy regimen predicts steatohepatitis and an increase in 90-day mortality after surgery for hepatic colorectal metastases. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 2065-72.

12 Makuuchi M, Le Thai B, Takayasu K. Preoperative portal embolization to increase safety of major hepatectomy for hilar bile duct carcinoma : a preliminary report. Surgery 1990 ; 107 : 521-7.

13 Azoulay D, Castaing D, Smail A. Resection of nonresectable liver metastases from colorectal cancer after percutaneous portal vein embolization. Ann Surg 2000 ; 231 : 480-6.

14 Kokudo N, Tada K, Seki M. Proliferative activity of intrahepatic colorectal metastases after pre-operative hemihepatic portal vein embolization. Hepatology 2001 ; 34 : 267-72.

15 Berber E, Pelley R, Siperstein AE. Predictors of survival after radiofrequency thermal ablation of colorectal cancer metastases to the liver : a prospective study. J Clin Oncol 2005 ; 23 : 1358-64.

16 Solbiati L, Livraghi T, Goldberg SN. Percutaneous radiofrequency ablation of hepatic metastases from colorectal cancer : long-term results in 117 patients. Radiology 2001 ; 221 : 159-66.

17 Mulier S, Ni Y, Jamart J, Ruers T, Marchal G, Michel L. Local recurrence after hepatic radiofrequency coagulation. Multivariate meta-analysis and review of contributing factors. Ann Surg 2005 ; 242 : 158-71.

18 Berney T, Mentha G, Morel P. Total vascular exclusion of the liver for the resection of lesions in contact with the vena cava or the hepatic veins. Br J Surg 1998 ; 85 : 485-8.

19 Kooby DA, Stockman J, Ben-Porat L. Influence of transfusions on perioperative and long-term outcome in patients following hepatic resection for colorectal metastases. Ann Surg 2003 ; 237 : 860-9.

20 Adam R. Colorectal cancer with synchronous liver metastases. Brit J Surg 2007 ; 94 : 129-31.

21 Adam R, Pascal G, Castaing D. Tumor progression while on chemotherapy. A contraindication to liver resection for multiple colorectal metastases? Ann Surg 2004 ; 240 : 1052-64.

22 Weber JC, Bachellier P, Oussoultzoglou E, Jaeck D. Simultaneous resection of colorectal primary tumour and synchronous liver metastases. Br J Surg 2003 ; 90 : 956-62.

23 Chua HK, Sondenaa K, Tsiotos GG, Larson DR, Wolff BG, Nagorney DM. Concurrent versus stage colectomy and hepatectomy for primary colorectal cancer with synchronous hepatic metastases. Dis Colon Rectum 2004 ; 47 : 1310-6.

24 Matthiessen P, Hallböök O, Rutegard J, Simert G, Sjödahl R. Defunctioning stoma reduces symptomatic anastomotic leakage after low anterior resection of the rectum for cancer. A randomized multicenter trial. Ann Surg 2007 ; 246 : 207-14.

25 O’Reilly MS, Holmgren L, Shing Y. Angiostatin : a novel angiogenesis inhibitor that mediates the suppression of metastases by a Lewis lung carcinoma. Cell 1994 ; 79 : 315-28.

26 Peeters CFJM, de Waal RMW, Wobbes T, Westphal JR, Ruers TJM. Outgrowth of human liver metastases after resection of the primary colorectal tumour : a shift in the balance between apoptosis and proliferation. Int J Cancer 2006 ; 119 : 1249-53.

27 Fong Y, Fortner J, Sun RL, Brennan MF, Blumgart LH. Clinical score for predicting recurrence after hepatic resection for metastatic colorectal cancer : analysis of 1001 consecutive cases. Ann Surg 1999 ; 230 : 309-18.

28 Mentha G, Majno PE, Andres A, Rubbia-Brandt L, Morel P, Roth AD. Neoadjuvant chemotherapy and resection of advanced synchronous liver metastases before treatment of the colorectal primary. Br J Surg 2006 ; 93 : 872-8.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]