Home > Journals > Medicine > Hépato-Gastro > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Hépato-Gastro
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

À venir.


Hépato-Gastro. Volume 14, 42-8, Numéro spécial: Actualités MICI, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2007.0049

Résumé  

Author(s) : Florent Gonzalez, Laurent Peyrin-Biroulet , Service d’Hépato-Gastroentérologie, CHU Lille, Unité U795, Physiopathologie des MICI, CHU Lille, Service d’Hépato-Gastroentérologie, CHU Nancy.

ARTICLE

Auteur(s) : Florent Gonzalez1,2, Laurent Peyrin-Biroulet2,3

1Service d’Hépato-Gastroentérologie, CHU Lille
2Unité U795, Physiopathologie des MICI, CHU Lille
3Service d’Hépato-Gastroentérologie, CHU Nancy

L’efficacité des corticoïdes d’action systémique en traitement des poussées modérées à sévères de MC a été établie par deux grands essais multicentriques randomisés contre placebo [1, 2]. Dans le premier essai, 60 % de rémissions étaient observées après 17 semaines de traitement contre 30 % dans le groupe placebo [1]. Dans le second essai, 83 % des malades traités étaient en rémission à la 18e semaine contre 38 % dans le groupe placebo [2].

Dernières recommandations sur l’usage des corticoïdes dans le traitement de la maladie de Crohn

Les corticoïdes d’action systémique

En l’absence d’étude dose-efficacité, la posologie initiale des corticoïdes ne fait pas l’objet d’un consensus : 0,75 mg/kg/jour sont recommandés dans les pays anglo-saxons contre 1 mg/kg/jour en Europe. Les protocoles de décroissance varient également selon les équipes. Un essai qui comparait un mode de décroissance rapide (4 semaines) à un mode de décroissance lent (12 semaines) n’a pas observé de différence en termes de rechute à 6 mois et de sevrage en corticoïdes [3]. Dans une autre étude, l’évaluation endoscopique de l’efficacité de la corticothérapie, non corrélée à la rémission clinique, n’était pas utile à l’adaptation du mode de décroissance [4]. En pratique, le schéma de traitement et de décroissance des corticoïdes proposé par le Groupe d’études thérapeutiques des affections inflammatoires du tube digestif (GETAID) est le suivant : débuter à la dose d’attaque de 1 mg/kg/jour d’équivalent prednisone sans dépasser 80 mg/jour jusqu’à obtention d’une rémission clinique au maximum en 7 semaines, puis diminuer les corticoïdes par paliers de 10 mg/semaine jusqu’à 20 mg/jour, puis par paliers de 5 mg/semaine jusqu’au sevrage complet [4]. Dans les poussées sévères, il est souvent préconisé de recourir à la voie parentérale, bien que sa supériorité sur la voie orale n’ait pas été formellement démontrée. Une fois la rémission obtenue médicalement ou chirurgicalement, les corticoïdes d’action systémique ne sont plus indiqués en traitement de fond. En effet, une méta-analyse récente qui regroupait 4 essais randomisés réalisés en double aveugle contre placebo avec un suivi d’au moins 24 mois, a clairement démontré que l’usage de corticoïdes chez des malades avec MC quiescente ne réduisait pas le risque de rechute [5].

Les recommandations de l’European Crohn’s and Colitis Organization (ECCO) pour le traitement des poussées de MC ont été établies en fonction du degré de gravité de la poussée et du niveau de l’atteinte digestive [6]. Une corticothérapie systémique doit être proposée en 1re intention en cas de poussée modérée à sévère de maladie colique ou de poussée sévère de maladie iléo-cæcale. En cas de poussée légère de maladie colique, les aminosalicylés peuvent être essayés, une corticothérapie systémique étant indiquée en cas d’échec. En cas de poussée légère à modérée de MC iléo-cæcale, les corticoïdes d’action locale, mieux tolérés en raison d’un faible passage systémique, seront préférés aux corticoïdes d’action systémique qui ne seront prescrits qu’en cas d’échec du budésonide. En cas d’atteinte œso-gastro-duodénale [7] ou d’atteinte extra-digestive de MC, une corticothérapie systémique peut être proposée bien que son efficacité n’ait jamais été rigoureusement évaluée dans ces indications marginales. Enfin, les corticoïdes d’action systémique seront prescrits en cas de poussée de MC survenant en cours de grossesse, en l’absence de tout autre traitement efficace qui ne soit pas contre-indiqué chez la femme enceinte.

Les corticoïdes d’action locale

Les corticoïdes à libération intestinale retardée ont été développés dans le but de diminuer les effets secondaires fréquemment associés aux corticoïdes d’action systémique. Le budésonide à la dose de 9 mg/jour a montré son intérêt dans le traitement de la MC active iléo-cæcale dans une méta-analyse récente [8]. Le budésonide était supérieur au placebo (OR = 2,85, IC 95 % = 1,67–4,87) et à la mésalazine à la posologie de 4 g/jour (OR = 2,80, IC 95 % = 1,50-5,20) pour induire une rémission. Les résultats du budésonide étaient inférieurs à ceux obtenus avec la prednisone ou la prednisolone (OR = 0,69, IC 95 % = 0,51– 0,95). En revanche, en comparaison avec la prednisone, les effets secondaires cortico-induits étaient statistiquement plus rares avec le budésonide (OR = 0,38, IC 95 % = 0,28–0,53).

C’est en raison de cette meilleure tolérance qu’il a été suggéré de remplacer les corticoïdes d’action systémique par le budésonide chez les malades atteints de MC iléo-cæcale corticodépendante [9]. Dans cette étude en double aveugle, pour une efficacité similaire, le nombre d’effets secondaires cortico-induits était divisé par 2 après substitution de la prednisolone (à des doses inférieures ou égales à 30 mg/jour) par le budésonide (à la dose de 6 mg/jour). Après un traitement d’attaque par le budésonide à la dose de 9 mg/jour, une fois la rémission obtenue, la posologie du budésonide peut être diminuée à 6 mg/jour [10] et maintenue pendant une durée maximale de 9 mois. En revanche, le budésonide n’a pas sa place pour le maintien de la rémission, qu’elle ait été obtenue médicalement ou chirurgicalement. Plusieurs études et méta-analyses ont démontré que ce traitement ne réduisait pas le risque de rechute chez les malades avec une MC iléo-cæcale quiescente [10-13]. L’ECCO recommande donc le budésonide en traitement de 1re intention des poussées légères à modérées de MC iléo-cæcale [6].

Les formes rectales de corticoïdes

L’efficacité des formes rectales (mousses ou lavements) dans les atteintes coliques distales de MC n’a pas été évaluée. Si par analogie avec la rectocolite hémorragique elles semblent pouvoir être essayées dans cette indication [14], elles ne font cependant l’objet d’aucune recommandation.

La place des corticoïdes par rapport aux biothérapies doit-elle évoluer ?

La diffusion des thérapies immunosuppressives (azathioprine) dans les années 1990 et l’avènement récent des biothérapies ciblées (infliximab) — traitements capables de traiter les formes réfractaires de MC, d’obtenir une cicatrisation des lésions et de maintenir durablement la rémission — ont conduit à une évolution progressive des objectifs thérapeutiques. De l’objectif prioritaire qui fut de réduire la mortalité liée aux complications sévères de la maladie [15], le but du traitement a ensuite été d’éviter le recours à la chirurgie et à l’hospitalisation. Les stratégies thérapeutiques actuelles se fixent des ambitions encore nouvelles : obtenir la cicatrisation complète des lésions, offrir aux malades dès la première poussée une qualité de vie normale et durable et, enfin, assurer un rapport « coût/efficacité » satisfaisant en termes de dépenses de santé. Cette évolution des objectifs thérapeutiques a conduit certains auteurs à reconsidérer la stratégie thérapeutique classique reposant sur une approche pyramidale au profit d’une stratégie descendante [16-19]. La stratégie ascendante classique, dite stratégie « step up », consiste à adapter progressivement le traitement à la sévérité et à l’évolution de la maladie et à ne réserver l’usage des immunosuppresseurs et/ou des biothérapies ciblées qu’aux cas d’échec ou de dépendance aux corticoïdes. La stratégie descendante, dite stratégie « top down », vise, à l’inverse, à utiliser d’amblée, dès la première poussée, les biothérapies ciblées, associées ou non aux thérapies immunosuppressives, dans le but de modifier l’histoire naturelle de la maladie. En dehors de quelques exceptions, la stratégie top down se passerait donc complètement des corticoïdes.

Arguments en faveur de la stratégie descendante (top down)

La stratégie ascendante n’a pas modifié l’histoire naturelle de la maladie de Crohn

Différentes études rétrospectives et analyses de la littérature ont montré que la stratégie d’escalade thérapeutique (step up) n’a pas modifié l’histoire naturelle de la MC, puisque les risques d’évolution vers une forme sténosante ou fistulisante et de recours à la chirurgie n’avaient pas diminué [20-23]. Si le nombre de malades traités par chirurgie pour une complication inaugurale de la maladie (occlusion, péritonite) semble par nature incompressible, chez un malade traité par corticoïdes pour une MC, la probabilité cumulative de chirurgie à un an reste extrêmement élevée (38 %) [24].

Les anti-TNF sont efficaces pour la mise et le maintien en rémission dans la maladie de Crohn réfractaire

A ce jour, plus de 10 larges essais multicentriques randomisés contre placebo ont démontré que les molécules anti-TNF (infliximab, adalumumab, certolizumab) étaient efficaces pour la mise en rémission et son maintien dans les formes modérées à sévères de MC réfractaire au traitement conventionnel [25]. L’infliximab s’est révélé efficace aussi bien dans les formes luminales que dans les formes fistulisantes de MC [26]. Les taux d’hospitalisation et de recours à la chirurgie étaient plus bas chez les malades traités par anti-TNF que dans les groupes placebo. La qualité de vie était également meilleure sous anti-TNF que sous placebo.

Un nouvel objectif thérapeutique : la cicatrisation muqueuse endoscopique

Si l’interruption d’un traitement d’attaque efficace conduit généralement à une rechute précoce, c’est que la MC évolue par poussées séparées d’intervalles pauci-symptomatiques durant lesquels persiste une activité inflammatoire histologique. Cette inflammation chronique infraclinique peut évoluer vers des sténoses fibreuses et/ou des fistules de révélation parfois tardive, au stade de complications. Ces constatations encouragent à exiger des nouveaux traitements de la MC une cicatrisation endoscopique (voire histologique) complète des lésions. Quelques études préliminaires soutiennent ce nouvel objectif thérapeutique. La sévérité des lésions endoscopiques observées après chirurgie serait, par exemple, prédictive de la précocité de la rechute postopératoire [27], et une cicatrisation intestinale complète sous traitement médical prédirait une rechute plus tardive [28]. Contrairement aux corticoïdes, il apparaît que la cicatrisation endoscopique constitue un objectif thérapeutique à la portée de l’azathioprine [29, 30] et de l’infliximab [31, 32].

Une forte proportion de malades évolue vers la sévérité, conduisant à recourir tôt ou tard aux immunosuppresseurs et/ou aux biothérapies

Dans une étude récente, sur 1 123 malades atteints de maladie de Crohn, 85,2 % évoluaient vers une forme « handicapante » de MC sur une période de 5 ans après le diagnostic [33]. Une MC « handicapante » était définie arbitrairement par l’un des critères suivants : > 2 traitements par corticoïdes et/ou une corticodépendance ; nécessité d’une nouvelle hospitalisation après le diagnostic ; > 12 mois de symptômes handicapants de la maladie en temps cumulé ; nécessité d’un traitement immunosuppresseur ; nécessité d’un traitement chirurgical. Les auteurs s’interrogeaient légitimement sur l’opportunité d’un traitement précoce et plus intense (stratégie top down) pour les malades chez qui certains facteurs prédictifs d’évolution défavorable pouvaient être identifiés dès la première poussée (âge < 40 ans, atteinte périnéale, et recours aux corticoïdes d’action systémique dès la première poussée).

Les anti-TNF sont-ils mieux tolérés que les corticoïdes ?

Cinquante pour-cent environ des malades sous corticoïdes se plaignent d’effets secondaires qui peuvent être classés en 3 groupes selon la phase du traitement pendant laquelle ils apparaissent [6] : A) les effets secondaires précoces surviennent en début de traitement et sont la conséquence d’une imprégnation stéroïdienne supraphysiologique. Ces manifestations sont principalement d’ordre cosmétique (acné, faciès cushingoïde, œdèmes), neuropsychiques (insomnie, troubles de l’humeur) et métaboliques (diabète) ; B) les effets secondaires retardés sont la conséquence d’une utilisation prolongée des corticoïdes (généralement > 12 semaines). Ils associent principalement : ostéoporose et risque fracturaire, ostéonécrose aseptique de hanche, cataracte postérieure, atrophie musculaire, retard de croissance chez l’enfant, et susceptibilité aux infections. Plusieurs études chirurgicales ont clairement démontré l’importance du risque infectieux chez les malades traités par corticoïdes avant chirurgie. Dans une série de 159 malades, la corticothérapie multipliait ainsi le risque de sepsis postopératoire par 3,7 (IC 95 % = 1,2–11), à l’inverse du traitement par thiopurines (OR = 1,7, IC 95 % = 0,7 – 9,6) [34] ; C) de plus, certains effets secondaires des corticoïdes peuvent s’observer à l’arrêt de la corticothérapie ; un syndrome d’insuffisance surrénalienne est notamment à craindre en cas d’arrêt brutal des corticoïdes. La survenue d’une corticodépendance définie par une rechute des symptômes digestifs de MC à la faveur d’une diminution de la dose journalière de corticoïdes ou survenant moins de trois mois après leur arrêt complet peut aussi être observée. Enfin, d’après les données issues du registre nord-américain TREAT ayant inclus 6 290 patients avec une MC, la prednisone serait un facteur de risque indépendant de survenue d’infections sévères chez ces malades, contrairement à l’infliximab [35]. Même si ces résultats peuvent paraître surprenants, notamment concernant l’absence de relation entre infliximab et infections sévères, ils permettent de rappeler le risque accru d’infections sévères associé à l’usage des corticoïdes au cours de la MC.

En résumé, plusieurs arguments sont en faveur de la stratégie top down pour le traitement de la MC, ce d’autant que cette stratégie est sur le point d’être validée dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, maladie aux multiples analogies avec la MC [36-39].

Arguments contre la stratégie descendante (top down)

Le risque infectieux sous anti-TNF

A l’inverse du traitement par thiopurines au cours duquel une surmortalité par infections sévères n’a jamais été démontrée, les anti-TNF exposent à des risques infectieux graves dont la fréquence a pu être estimée dans de larges cohortes de malades [40, 41]. Quatre pour-cent d’événements infectieux sévères directement imputables à l’infliximab (20 cas dont 4 décès) ont été observés dans une cohorte de 500 malades suivis pour MC dans un centre de référence sur une période médiane de 17 mois [40]. Les risques infectieux sont multiples : sepsis sévères, mais également infections opportunistes, telles que l’aspergillose [42] et la réactivation de tuberculose [43] – même si ce risque peut être significativement diminué par le suivi scrupuleux des dernières recommandations [44].

Le surrisque de lymphomes associés aux anti-TNF

La dernière méta-analyse ayant évalué la tolérance des anti-TNF au cours de la polyarthrite rhumatoïde observe sous traitement une multiplication du risque de tumeur maligne d’un facteur 3,3 (IC 95 % = 1,2-9) ce qui correspond à 1 cas de tumeur déclarée pour 154 malades traités [45]. Ces données sont cependant difficilement extrapolables à la MC, les sujets atteints de polyarthrite rhumatoïde présentant un risque spontanément élevé de lymphomes. Les tumeurs observées sont principalement des lymphomes liés à une réactivation du virus d’Epstein-Barr, comme avec les lymphomes décrits au cours du traitement par thiopurines [46]. Récemment, 6 cas de lymphomes T hépato-spléniques rapportés dans la population pédiatrique suggèrent que l’association thiopurines-infliximab pourrait encore augmenter le risque de lymphome, et incitent à la vigilance [47].

L’effet de l’infliximab n’est que suspensif

L’efficacité clinique de l’infliximab semble limitée à la période de traitement. De même, la cicatrisation endoscopique des lésions obtenue sous anti-TNF disparaît le plus souvent à l’arrêt du traitement : l’effet de l’infliximab n’est donc que suspensif. De plus, seuls 20 à 30 % des malades sont en rémission clinique sous anti-TNF après un an de traitement [49]. On peut, en outre, observer une perte d’efficacité au cours du temps qui peut être rattachée au développement d’anticorps anti-infliximab diminuant ainsi l’infliximabémie et qui serait diminuée par l’association avec un traitement immunosuppresseur [48]. Enfin, l’efficacité des anti-TNF au-delà d’un an n’est quant à elle pas connue même si aujourd’hui la littérature nous permet d’avoir des résultats au long court sur des cohortes réduites.

Le risque avec la stratégie top down de traiter des malades qui auraient eu une évolution bénigne durable

Il s’agit là d’un point essentiel à prendre en compte si l’on opte pour une stratégie top down. En effet, il a été montré qu’un tiers seulement des malades maintenait un niveau d’activité de la maladie élevé, que la MC était à l’origine d’une incapacité au travail transitoire chez seulement 1 malade sur 2, et qu’enfin, moins de 50 % des malades devaient recourir à une corticothérapie systémique durant leur vie [50-52]. Mais dans ce cas, la qualité de vie des patients gravement altérée doit nous diriger dans nos choix thérapeutiques, la corticothérapie et les immunosuppresseurs étant souvent mal tolérés, la prise en charge par anti-TNF alpha permet aux patients de se reconstruire ou de maintenir un niveau de vie normal.

Résultats des premières études ayant testé la stratégie descendante (top down)

Les premières études ayant évalué la stratégie descendante dans le traitement de la MC ont été réalisées chez l’enfant [53-55]. L’épargne en corticoïdes constitue un enjeu majeur en pathologie pédiatrique compte tenu du risque de retard de croissance. Une première étude randomisée contre placebo qui avait inclus 55 enfants montrait, avec un recul de 18 mois, l’intérêt d’introduire d’emblée, dès la première poussée de MC d’intensité modérée à sévère, l’azathioprine en association avec le traitement habituel par corticoïdes [53]. Cette stratégie top down induisait une épargne significative en corticoïdes en termes de dose cumulative et de durée de traitement et diminuait le taux de rechute. L’infliximab constitue chez l’enfant un traitement d’épargne des corticoïdes efficace [56]. Des données préliminaires récentes suggèrent qu’un traitement précoce par infliximab pourrait modifier l’histoire de la maladie en induisant une cicatrisation des lésions, en restaurant la croissance et en prolongeant la réponse [54, 55]. Certains auteurs considèrent dès à présent qu’un traitement d’attaque par infliximab associé aux thiopurines pourrait constituer la meilleure stratégie thérapeutique de la MC de diagnostic récent [57].

Chez l’adulte, une seule étude a comparé la stratégie ascendante à la stratégie descendante [19]. Dans ce travail récent, disponible uniquement sous forme d’abstract, 129 malades avec maladie de Crohn active (CDAI > 220) diagnostiquée depuis moins de 4 ans et naïfs vis-à-vis des corticoïdes, de l’azathioprine, du méthotrexate et de l’infliximab, ont été randomisés en 2 groupes et suivis pendant 24 mois. Le groupe step up était d’emblée traité par corticoïdes, puis, en cas de rechute, par azathioprine ou méthotrexate, puis par perfusions épisodiques d’infliximab en cas de nouvelle rechute, et enfin par corticoïdes en cas d’inefficacité. Dans le groupe top down, 3 perfusions d’infliximab étaient administrées d’emblée aux malades en association avec l’azathioprine. En cas de rechute, le traitement consistait en un traitement épisodique par infliximab, puis par corticoïdes en cas d’inefficacité. Quarante-neuf malades ont bénéficié d’une endoscopie de contrôle au 24e mois. L’efficacité de la stratégie top down diminuait au cours du temps en termes de rémission clinique sans corticoïdes ni chirurgie. Alors qu’à 6 mois et à 1 an, environ 2/3 des malades du groupe top down étaient en rémission sans corticoïdes ni chirurgie (versus 1/3 dans le groupe step up, p < 0,05), plus aucune différence n’était observée entre les 2 groupes à 18 et 24 mois (environ 1 malade sur 2 étaient en rémission sans corticoïdes ni chirurgie à 2 ans, ceci quel que soit le groupe de traitement considéré). Toutefois, il faut noter qu’à l’issue des 2 ans de suivi, la probabilité de rechute était significativement plus faible avec la stratégie top down (p = 0,018 versus la stratégie step up). De plus, 73 % des malades du groupe top down présentaient une cicatrisation endoscopique complète, contre 30 % des malades du groupe step up (p = 0,003). Ces résultats encourageants méritent néanmoins confirmation.

Conclusion

Les corticoïdes ont-ils encore une place dans la prise en charge des patients avec une MC ? Une réponse sans équivoque : oui. Comme l’a rappelé le dernier consensus, les corticoïdes d’action systémique ou locale restent utiles dans les poussées modérées et sévères de la maladie. A ce titre, ils font donc pleinement partie de l’arsenal thérapeutique actuellement à notre disposition dans la MC. Il faut cependant souligner qu’ils sont inutiles pour le maintien de la rémission et que le sevrage en corticoïdes est l’un des objectifs thérapeutiques majeurs dans la MC. Devant une MC corticodépendante ou corticorésistante, il est actuellement recommandé de débuter un traitement par immunosuppresseurs (type azathioprine) et/ou anti-TNF (type infliximab). Pourquoi ne pas débuter d’emblée, lors de la première poussée de MC, une telle association qui s’est révélée si efficace dans le traitement de la MC modérée à sévère-réfractaire ? Tout d’abord parce qu’aucun essai clinique avec une méthodologie rigoureuse n’a pu démontrer la supériorité d’une telle stratégie sur l’approche classique (escalade thérapeutique progressive). Par ailleurs, la tolérance des anti-TNF, avec au premier plan le risque infectieux et peut-être un surrisque de lymphomes, pourrait limiter leur emploi au long cours. Ce d’autant plus que ces molécules n’ont qu’un effet suspensif et que leur efficacité au-delà d’1 an n’est toujours pas connue. Enfin, le risque de traiter avec la stratégie top down des malades qui auraient eu une évolution bénigne durable ne peut être négligé. Alors que les experts continuent de s’opposer sur la stratégie à adopter dans la MC (step up versus top down), le rapport bénéfice/risque de chaque stratégie devrait plus que jamais se retrouver au centre des débats. L’avenir est probablement à un traitement « à la carte » ; la stratégie top down pourrait alors être réservée à un groupe sélectionné de malades avec des facteurs pronostiques évolutifs péjoratifs, comme suggéré récemment par l’étude de Beaugerie et al. [33].

Références

1 Summers RW, Switz DM, Sessions JT, Becktel JM, Best WR, Kern Jr. F, et al. National cooperative Crohn’s disease study group : results of drug treatment. Gastroenterology 1979 ; 77 : 847-69.

2 Malchow H, Ewe K, Brandes JW, Goebell H, Ehms H, Sommer H, et al. European co-operative Crohn’s disease study (ECCDS) : results of drug treatment. Gastroenterology 1984 ; 86 : 249-66.

3 Brignola C, De Simone G, Belloli C, Iannone P, Belluzzi A, Gionchetti P, et al. Steroid treatment in active Crohn’s disease : a comparison between two regimens of different duration. Aliment Pharmacol Ther 1994 ; 8 : 465-8.

4 Modigliani R, Mary JY, Simon JF, Cortot A, Soulé JC, Gendre JP, et al., and the Groupe d’Etude Thérapeutique des Affections Inflammatoires Digestives (GETAID). Clinical, biological, and endoscopic picture of attacks of Crohn’s disease. Gastroenterology 1990 ; 98 : 811-818 ; Site internet : http://www.getaid.org (rubrique « Les fiches techniques MICI »).

5 Steinhart AH, Ewe K, Griffiths AM, Modigliani R, Thomsen OO. Corticosteroids for maintaining remission of Crohn’s disease. Cochrane Library, Issue 4 Oxford : Update Software, 2003.

6 Travis SP, Stange EF, Lemann M, Oresland T, Chowers Y, Forbes A, et al. European evidence based consensus on the diagnosis and management of Crohn’s disease : current management. Gut 2006 ; 55 : 16-35.

7 Tremaine WJ. Gastroduodenal Crohn’s disease : medical management. Inflamm Bowel Dis 2003 ; 9 : 127-8.

8 Otley A, Steinhart AH. Budesonide for induction of remission in Crohn’s disease. Wiley : Cochrane Library, Issue 4 Chichester, 2005.

9 Cortot A, Colombel JF, Rutgeerts P, Lauritsen K, Malchow H, Hamling J, et al. Switch from systemic steroids to budesonide in steroid dependent patients with inactive Crohn’s disease. Gut 2001 ; 48 : 186-90.

10 Sandborn WJ, Lofberg R, Feagan BJ, Hanauer SB, Campieri M, Greenberg GR. Budesonide for maintenance of remission in patients with Crohn’s disease in medically induced remission : a predetermined pooled analysis of four randomized, double-blind, placebo-controlled trials. Am J Gastroenterol 2005 ; 100 : 1780-7.

11 Papi C, Luchetti R, Montanti S, Gili L, Montanti S, Koch M, et al. Budesonide in the treatment of Crohn’s disease : a meta-analysis. Aliment Pharmacol Ther 2000 ; 14 : 1419-28.

12 Simms L, Steinhart AH. Budesonide for maintenance of remission in Crohn’s disease. Cochrane Library, Issue 4 Oxford : Update Software, 2001.

13 Green JR, Lobo AJ, Giaffer M, Travis S, Watkins HC. Freedom Investigator group. Maintenance of Crohn’s disease over 12 months : fixed versus flexible dosing regimen using budesonide controlled ileal release capsules. Aliment Pharmacol Ther 2001 ; 15 : 1331-41.

14 Seksik P, Contou JF, Ducrotte P, Faucheron JL, de Parades V. The treatment of distal ulcerative colitis. Gastroenterol Clin Biol 2004 ; 28 : 964-73.

15 Jess T, Winther KV, Munkholm P, Langholz E, Binder V. Mortality and causes of death in Crohn’s disease : follow-up of a population-based cohort in Copenhagen County, Denmark. Gastroenterology 2002 ; 122 : 1808-14.

16 Hanauer SB. Top-down versus step-up approaches to chronic inflammatory bowel disease : presumed innocent or presumed guilty. Nat Clin Pract Gastroenterol Hepatol 2005 ; 2 : 493.

17 Caprilli R, Angelucci E, Cocco A. Early or late guided missile in the treatment of Crohn’s disease? Dig Liver Dis 2005 ; 37 : 973-9.

18 Hanauer SB. Crohn’s disease : step up or top down therapy. Best Pract Res Clin Gastroenterol 2003 ; 17 : 131-7.

19 Hommes D, Baert F, van Assche G, Caenepeel F, Vergauwe P, Tuynman H, et al. Gastroenterology 2006 ; 128 : A108.

20 Michelassi F, Balestracci T, Chappell R, Block GE. Primary and recurrent Crohn’s disease. Experience with 1379 patients. Ann Surg 1991 ; 214 : 230-8.

21 Cosnes J, Nion-Larmurier I, Beaugerie L, Afchain P, Tiret E, Gendre J-P. Impact of the increasing useofimmunosuppressants in Crohn’s diseaseon the need for intestinal surgery. Gut 2005 ; 54 : 237-41.

22 Wolters FL, Russel MG, Stockbrugger RW. Systematic review : has disease outcome in Crohn’s disease changed during the last four decades? Aliment Pharmacol Ther 2004 ; 20 : 483-96.

23 Sands BE, Arsenault JE, Rosen MJ, Alsahli M, Bailen L, Banks P, et al. Risk of early surgery for Crohn’s disease : implications for early treatment strategies. Am J Gastroenterol 2003 ; 98 : 2712-8.

24 Faubion WA, Loftus EV, Harmsen WS, Zinsmeister AR, Sandborn WJ. The natural history of corticosteroid therapy for inflammatory bowel disease : a population-based study. Gastroenterology 2001 ; 121 : 255-60.

25 Sandborn WJ. New concepts in anti-tumor necrosis factor therapy for inflammatory bowel disease. Rev Gastroenterol Disord 2005 ; 5 : 10-8.

26 Rutgeerts P, Van Assche G, Vermeire S. Review article : Infliximab therapy for inflammatory bowel disease--seven years on. Aliment Pharmacol Ther 2006 ; 23 : 451-63.

27 D’Haens G, Van Deventer S, Van Hogezand R, Chalmers D, Kothe C, Baert F, et al. Endoscopicand histologicalhealing withinfliximab antitumor necrosis factor antibodies in Crohn’s disease :AEuropeanmulticenter trial. Gastroenterology 1999 ; 116 : 1029-34.

28 Rutgeerts P, Feagan BG, Lichtenstein GR, Mayer LF, Schreiber S, Colombel JF, et al. Comparison of scheduled and episodic treatment strategies of infliximab in Crohn’s disease. Gastroenterology 2004 ; 126 : 402-13.

29 D’Hans G, Geboes K, Rutgeerts P. Endoscopic and histologic healing of Crohn’s (ileo-) colitis with azathioprine. Gastrointest Endosc 1999 ; 50 : 667-71.

30 D’Hans G, Geboes K, Ponette E, Penninckx F, Rutgeerts P. Healing of severe recurrent ileitis with azathioprine therapy in patients with Crohn’s disease. Gastroenterology 1997 ; 112 : 1475-81.

31 D’Hans G, Van Deventer S, Van Hogezand R, Chalmers D, Kothe C, Baert F, et al. Endoscopic and histological healing with infliximab anti-tumor necrosis factor antibodies in Crohn’s disease : A European multicenter trial. Gastroenterology 1999 ; 116 : 1029-34.

32 Hanauer SB, Feagan BG, Lichtenstein GR, Mayer LF, Schreiber S, Colombel JF, et al. Maintenance infliximab in Crohn’s disease : the ACCENT I randomized trial. Lancet 2002 ; 359 : 1541-9.

33 Beaugerie L, Seksik P, Nion-Larmurier I, Gendre JP, Cosnes J. Predictors of disabling Crohn’s disease. Gastroenterology 2006 ; 130 : 650-6.

34 Aberra FN, Lewis JD, Hass D, Rombeau JL, Osborne B, Lichtenstein GR. Corticosteroids and immunomodulators : postoperative infectious complication risk in inflammatory bowel disease patients. Gastroenterology 2003 ; 125 : 320-6.

35 Lichtenstein GR, Feagan BG, Cohen RD, Salzberg BA, Diamond RH, Chen DM, et al. Serious infections and mortality in association with therapies for Crohn’s disease : TREAT registry. Clin Gastroenterol Hepatol 2006 ; 4 : 621-30.

36 Genovese MC, Bathon JM, Fleischmann RM, Moreland LW, Martin RW, Whitmore JB, et al. Longterm safety, efficacy, and radiographic outcome with etanercept treatment in patients with early rheumatoid arthritis. J Rheumatol 2005 ; 32 : 1232-42.

37 Chen YF, Jobanputra P, Barton P, Jowett S, Bryan S, Clark W, et al. A systematic review of the effectiveness of adalimumab, etanercept and infliximab for the treatment of rheumatoid arthritis in adults and an economic evaluation of their cost-effectiveness. Health Technol Assess 2006 ; 10 : 1-248.

38 Breedveld FC, Emery P, Keystone E, Patel K, Furst DE, Kalden JR, et al. Infliximab in active early rheumatoid arthritis. Ann Rheum Dis 2004 ; 63 : 149-55.

39 St Clair EW, van der Heijde DM, Smolen JS, Maini RN, Bathon JM, Emery P. Combination of infliximab and methotrexate therapy for early rheumatoid arthritis : a randomized, controlled trial. Arthritis Rheum 2004 ; 50 : 3432-43.

40 Colombel JF, Loftus EV, Tremaine WJ, Egan LJ, Harmsen WS, Schleck CD, et al. The safety profile of infliximab in patients with Crohn’s disease : the Mayo clinic experiencein 500 patients. Gastroenterology 2004 ; 126 : 19-31.

41 Ljung T, Karlen P, Schmidt D, Hellstrom PM, Lapidus A, Janczewska I. Infliximab in inflammatory bowel disease : clinical outcome in a population based cohort from Stockholm County. Gut 2004 ; 53 : 849-53.

42 Warris A, Bjorneklett A, Gaustad P. Invasivepulmonary aspergillosis associated withinfliximab therapy. N Engl J Med 2001 ; 344 : 1099-100.

43 Keane J, Gershon S, Wise RP, Mirabile-Levens E, Kasznica J, Schwieterman WD, et al. Tuberculosis associated with infliximab,a tumor necrosis factor alpha-neutralizing agent. N Engl J Med 2001 ; 345 : 1098-104.

44 Strady C, Brochot P, Ainine K, Jegou J, Remy G, Eschard J-P. Tuberculosis during treatment by TNFalpha-inhibitors. Presse Med 2006 ; 35 : 1765-72.

45 Bongartz T, Sutton AJ, Sweeting MJ, Buchan I, Matteson EL, Montori V. Anti-TNF antibody therapy in rheumatoid arthritis and the risk of serious infections and malignancies : systematic review and meta-analysis of rare harmful effects in randomized controlled trials. JAMA 2006 ; 295 : 2275-85.

46 Dayharsh GA, Loftus EV, Sandborn WJ, Tremaine WJ, Zinsmeister AR, Witzig TE, et al. Epstein-Barr viruspositivelymphoma in patients with inflammatory bowel disease treated with azathioprine or 6-mercaptopurine. Gastroenterology 2002 ; 122 : 72-7.

47 http ://agmed. sante.gouv.fr/.

48 Baert F, Noman M, Vermeire S, Van Assche G, D’ Haens G, Carbonez A, et al. Influence of immunogenicity on the long-term efficacy of infliximab in Crohn’s disease. N Engl J Med 2003 ; 348 : 601-8.

49 Peyrin-Biroulet L, Deltenre P, Stalgis C, Sandborn WJ, Colombel JF. Achieving long-term maintenance of remission in Crohn’s disease : are all anti-TNF created equal? Gut 2006 ; 55 : A131.

50 Munkholm P, Langholz E, Davidsen M, Binder V. Disease activity courses in a regional cohort of Crohn’s disease patients. Scand J Gastroenterol 1995 ; 30 : 699-706.

51 Silverstein MD, Loftus EV, Sandborn WJ, Tremaine WJ, Feagan BG, Nietert PJ, et al. Clinical course and costs of care for Crohn’s disease : Markov model analysis of a population-based cohort. Gastroenterology 1999 ; 117 : 49-57.

52 Faubion WA, Loftus EV, Harmsen WS, Zinsmeister AR, Sandborn WJ. The natural history of corticosteroid therapy for inflammatory bowel disease : a population-based study. Gastroenterology 2001 ; 121 : 255-60.

53 Markowitz J, Grancher K, Kohn N, Lesser M, Daum F. A multicenter trial of 6-mercaptopurine and prednisone in children withnewly diagnosed Crohn’s disease. Gastroenterology 2000 ; 119 : 895-902.

54 Lionetti P, Bronzini F, Salvestrini C, Bascietto C, Canani RB, De Angelis GL, et al. Response to infliximab is related to disease duration in paediatric Crohn’s disease. Aliment Pharmacol Ther 2003 ; 18 : 425-31.

55 Borrelli O, Bascietto C, Viola F, Bueno de Mesquita M, Barbato M, Mancini V, et al. Infliximab heals intestinal inflammatory lesions and restores growth in children with Crohn’s disease. Dig Liver Dis 2004 ; 36 : 342-7.

56 Lamireau T, Cezard JP, Dabadie A, Goulet O, Lachaux A, Turck D. Efficacy and tolerance of infliximab in children and adolescents with Crohn’s disease. Inflamm Bowel Dis 2004 ; 10 : 745-50.

57 Grand RJ. Inverting the therapeutic triangle. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2005 ; 40 : S50-S52.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]