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Maladie cœliaque : prise en charge initiale et suivi


Hépato-Gastro. Volume 13, Number 5, 369-77, Septembre-Octobre 2006, Mini-revue


Résumé  

Author(s) : Tamara Matysiak-Budnik, Nadine Cerf-Bensussan, Christophe Cellier , Inserm U793, Paris, France, Université Paris Descartes, Faculté de Médecine René Descartes, IFR 94, Paris, France, APHP, hôpital Cochin-Hôtel Dieu, Paris, France, APHP, hôpital Européen Georges Pompidou, Paris, France.

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ARTICLE

Auteur(s) : Tamara Matysiak-Budnik1,2,3, Nadine Cerf-Bensussan1,2, Christophe Cellier1,2,4

1Inserm U793, Paris, France
2Université Paris Descartes, Faculté de Médecine René Descartes, IFR 94, Paris, France
3APHP, hôpital Cochin-Hôtel Dieu, Paris, France
4APHP, hôpital Européen Georges Pompidou, Paris, France

La maladie cœliaque (MC) est une entéropathie auto-immune induite par la gliadine, l’antigène alimentaire dérivé du gluten, chez des sujets génétiquement prédisposés. Classiquement, elle se manifeste par une diarrhée chronique accompagnée d’un syndrome de malabsorption et d’un amaigrissement mais les formes frustes, avec des signes cliniques moins francs ou atypiques (dyspepsie ou syndrome du côlon irritable, aphtose buccale, douleurs osseuses, polyneuropathie) sont fréquentes. Le diagnostic de la MC est basé sur l’examen anatomopathologique des biopsies duodénales montrant une atrophie villositaire de degré variable avec une augmentation du nombre des lymphocytes intraépithéliaux (LIE), et sur des tests sérologiques témoignant de la présence d’anticorps sériques spécifiques de MC, anti-gliadine, anti-endomysium et anti-transglutaminase. L’amélioration clinique avec la normalisation de l’histologie duodénale et des tests sérologiques sous régime sans gluten (RSG) confirment le diagnostic. Le RSG est en effet le seul traitement efficace et actuellement disponible de la MC. Il repose sur un régime d’exclusion très contraignant mais nécessaire pour prévenir les complications : maladies auto-immunes, ostéoporose, infertilité et complications malignes (lymphome de type T).De nombreuses études réalisées au cours des dernières années, ont permis de mieux comprendre la pathogénie de la MC [1, 2], de reconnaître la richesse de ses formes cliniques et histologiques [3], et surtout de rendre compte de sa prévalence beaucoup plus élevée que celle suggérée auparavant, atteignant 1 % en Europe ou aux États-Unis [4, 5]. L’introduction de nouveaux tests diagnostiques, plus sensibles et plus spécifiques, a apporté des outils performants de diagnostic, de dépistage et de suivi de la MC.Alors que les critères diagnostiques de la MC et les principes de son traitement sont bien codifiés [6], les modalités et la fréquence du suivi post-diagnostique n’ont pas fait l’objet d’un consensus. Le but de cette revue est de proposer une approche clinique de la prise en charge initiale et du suivi des malades cœliaques. Il s’agit d’une proposition basée sur des données de la littérature et sur l’expérience personnelle des auteurs et non sur des recommandations consensuelles, non existantes dans ce domaine.La prise en charge d’un patient chez lequel la MC vient d’être diagnostiquée, comprend la réalisation d’un bilan clinique et biologique complet, l’instauration d’un RSG avec l’aide d’un diététicien spécialisé, la mise en contact avec une association locale de soutien aux malades cœliaques, l’instauration d’un suivi régulier à long terme et l’organisation d’un dépistage sérologique pour les apparentés ( (figure 1) ).

Bilan clinique et biologique complet

Le bilan initial de la MC vise à rechercher une malabsorption et d’éventuelles complications comme l’ostéoporose et des maladies auto-immunes associées. Il devrait être réalisé avant de commencer le RSG chez tous les patients chez lesquels le diagnostic de la MC, basé sur la présence d’une atrophie villositaire au niveau des biopsies duodénales et la positivité d’anticorps circulants spécifiques de la MC, vient d’être posé. Il comprend : un examen physique avec évaluation du statut nutritionnel et d’éventuels signes de complications ou des maladies autoimmunes associées, des tests biologiques à la recherche de carences (hémogramme, bilan ferrique, taux sérique de folates et de vitamine B12, calcémie, phosphatémie, magnésémie, zinc sérique, taux d’albumine sérique), dosage pondéral des immunoglobulines à la recherche d’un déficit en IgA qui touche 4 % environ des patients cœliaques, bilan hépatique (l’augmentation des transaminases est retrouvée chez la moitié des patients cœliaques), bilan thyroïdien (TSH, anticorps antithyroïde) et détection d’auto-anticorps (antinucléaires, anti-tissus) à la recherche d’une thyroïdite autoimmune ou d’autres maladies auto-immunes parfois associées à la MC, et ostéodensitométrie osseuse pour détecter une éventuelle ostéopénie ou ostéoporose.

Place de l’ostéodensitométrie dans le bilan de la MC

La déminéralisation osseuse est une complication fréquente de la MC, retrouvée chez 50 % environ des patients cœliaques non traités, qu’ils soient symptomatiques ou non. De nombreuses études, qui ont montré une diminution de la densité osseuse chez les enfants et les adultes cœliaques par rapport aux témoins [7-9] et son retour à la normal sous RSG bien conduit [8, 10-13], une augmentation du risque de fractures liées à l’ostéoporose [14], et un risque d’ostéopénie sévère chez les patients cœliaques [15, 16], justifient la réalisation systématique d’une ostéodensitométrie chez tous les patients cœliaques au moment du diagnostic. Il convient de noter, cependant, que les résultats d’une étude récente, montrant une faible (≈10 %) prévalence d’ostéoporose chez les patients cœliaques au diagnostic, ne sont pas en faveur de cette approche [17]. L’incidence des fractures chez les patients cœliaques n’est pas bien établie mais il semble raisonnable de penser que la déminéralisation osseuse devrait augmenter le risque de fractures chez ces patients, comme elle le fait dans la population générale [18]. Par ailleurs, la mise en évidence d’une ostéopénie est un argument important pour motiver le RSG, en particulier chez les sujets jeunes et peu symptomatiques.

Instauration du traitement

Le but global du traitement dans la MC est de soulager les symptômes, d’obtenir une régression des lésions muqueuses intestinales, de corriger les anomalies biologiques en particulier la malabsorption et ses conséquences, et de prévenir le risque des complications néoplasiques à long terme notamment celui de lymphome intestinal [19].

Régime sans gluten

Le traitement actuel de la MC repose sur un régime sans gluten à vie. Ce régime permet dans la plupart des cas d’obtenir la guérison clinique et la normalisation histologique et de prévenir les complications. La non-observance du RSG s’accompagne en revanche d’une augmentation de la morbidité et de la mortalité chez les patients cœliaques par augmentation du risque des complications : infertilité, anémie ferriprive, pathologies osseuses et néoplasiques, en particulier risque de lymphome intestinal [20-22]. Le taux de mortalité est augmenté chez les patients cœliaques non traités [20, 23], mais il est proche de celui de la population générale chez les patients traités.

Le RSG consiste à supprimer de l’alimentation tous les ingrédients contenant l’une des céréales toxiques, le blé, le seigle et l’orge, et à substituer d’autres céréales, en particulier le riz et le maïs (tableau 1( Tableau 1 )). Il est admis que l’avoine n’est pas toxique pour 95 % des patients cœliaques mais il existe néanmoins un petit sous-groupe (5 %) de patients pour lesquels l’avoine peut être nocive. Par sécurité, il semble donc raisonnable de conseiller aux malades d’éliminer l’avoine de leur alimentation. Le RSG signifie une élimination complète du gluten de l’alimentation car mêmes des traces peuvent être toxiques. La dose quotidienne de gluten « tolérable » n’est pas définie, elle varie sûrement d’un patient à l’autre, mais elle est certainement très basse, correspondant aux milligrammes de gluten (10 à 100 mg) par jour, qui pourraient être consommés sans danger [24].

En théorie, le RSG paraît simple, mais en pratique, son application est contraignante et constitue un véritable défit pour les malades, car le gluten est présent dans de nombreuses préparations alimentaires, leur suppression rend le suivi du régime difficile, notamment par la perte de convivialité voire l’exclusion sociale que ces règles diététiques peuvent entraîner, et par le coût des produits de substitution. En plus, si la présence du gluten est évidente dans le pain et les pâtes alimentaires, de nombreux produits de l’industrie agroalimentaire (plats cuisinés, glaces, chocolat ou diverses sauces) peuvent aussi en contenir. Le malade cœliaque doit apprendre à lire les étiquettes des aliments pour détecter la présence de traces de gluten. L’information et l’éducation des malades adultes et de leur famille sont indispensables. Il appartient au médecin de convaincre et de motiver les patients sur la rigueur du RSG. Il est important d’expliquer au patient, en utilisant un langage clair et compréhensible et en évitant de le menacer ou de le terrifier, l’importance d’une adhésion parfaite au RSG, même en l’absence de symptômes, et les risques encourus au cas de non- ou mauvaise observance du régime. Ensuite, le patient devrait être dirigé vers une consultation diététique spécialisée qui joue un rôle primordial dans la prise en charge de la MC. Un diététicien spécialisé dans la MC évalue le statut et les habitudes alimentaires du patient, explique les principes et les aspects pratiques du RSG tout en essayant d’adapter ce régime au style de vie du patient. Il est important de prendre en compte l’impact psychologique et émotionnel que le diagnostic de la MC et l’imposition d’un RSG à vie peuvent avoir. Le but des premières consultations, aussi bien médicales que diététiques, n’est pas seulement d’informer et d’éduquer le patient, mais également de le rassurer et de le convaincre qu’il est possible de mener une vie active professionnelle et sociale quasiment normale tout en suivant correctement le RSG. La consultation diététique devrait avoir lieu au début du traitement, 2 à 3 mois après l’instauration du RSG pour vérifier une bonne observance du régime et discuter les difficultés rencontrées par le patient dans la mise en route du RSG, et ensuite à l’occasion du premier bilan de suivi, 1 an après le diagnostic et l’instauration du régime. Ensuite, la fréquence de cette consultation dépendra de la réponse clinique et biologique au traitement. Elle sera évidemment plus fréquente dans les cas de non-réponse et chez les patients éprouvant des difficultés à suivre le RSG.

Un certificat confirmant le diagnostic de la MC doit être délivré à chaque patient afin qu’il puisse bénéficier d’une prise en charge partielle des produits sans gluten par la sécurité sociale (cette mesure entrée en vigueur en 1996), à la hauteur de 45 euros/mois.

Le régime sans gluten est pauvre en fibres, il est donc conseillé aux malades d’enrichir leur régime en riz complet, pommes de terre et légumes entiers. Les patients devraient être également encouragés à consommer des aliments riches en fer et en folates, surtout si des carences sont présentes.
Tableau 1 A) Grains interdits et autorisés au RSG ; B) Aliments autorisés au RSG.

A

Grains interdits au RSG

Grains autorisés au RSG

Orge

Riz

Blé

Maïs

Seigle

Soja

Son

Sarrasin

Couscous

Manioc

Blé dur

Sorgho

Blé kamut

Tapioca

Blé spelt

Kasha

Millet

Avoinea

B Aliments autorisés au RSG

Pommes de terre

Oeufs

Laits, fromage, yaourts

Viandes

Charcuteries non panées

Produits de la mer : poissons, crustacés

Légumes verts

Fruits frais

aPeut être toxique pour certains patients.

Traitement de l’ostéopénie et de l’ostéoporose

Le principe du traitement des complications osseuses chez les patients cœliaques est le RSG strict qui à lui seul permet d’obtenir une normalisation de la minéralisation osseuse en 1 à 2 ans après l’introduction du régime. Plus tôt le RSG est instauré dans l’évolution du déficit osseux au cours de la MC, plus rapide et plus complète est la normalisation de la masse osseuse. Le risque potentiel de fractures devrait être expliqué aux patients et des conseils généraux concernant l’exercice physique, l’interdiction du tabac et de l’excès d’alcool, devraient leur être fournis. Des apports adéquats en calcium (1 500 mg/jour) devraient être assurés, et en cas d’apports insuffisants, une supplémentation en calcium devrait être instaurée. Le déficit en vitamine D devrait être recherché et traité. Dans certains cas de déminéralisation osseuse très sévère, comme chez une femme ménopausée ou encore chez un sujet traité par corticothérapie, il peut être nécessaire de réaliser un bilan phosphocalcique plus complexe et de discuter un traitement complémentaire par des biphosphonates. Dans tous les cas, l’importance capitale d’une adhésion stricte au RSG doit être soulignée.

Traitements complémentaires

Il convient de compenser les carences, surtout au début du RSG. En fonction des besoins, en plus du calcium et de la vitamine D, une supplémentation en fer, folates, vitamine B12 ou vitamines liposolubles (ADEK), peut être indiquée. De plus, au début du RSG, il peut être utile d’instaurer un régime pauvre en lactose car l’atrophie villositaire peut entraîner un déficit en lactase de la bordure en brosse. En effet, l’ingestion de produits laitiers peut aggraver les symptômes gastro-intestinaux en raison d’un déficit secondaire en lactase chez les malades cœliaques non traités et présentant des lésions intestinales diffuses. Toutefois, la tolérance de ces produits est rapidement améliorée par le RSG sauf s’il existe un déficit primitif en lactase associé. Ce régime peut être abandonné, une fois la muqueuse duodénale restaurée.

Mise en contact avec une association de soutien aux malades cœliaques

L’adhésion aux associations de malades doit être encouragée. En France, il s’agit de l’Association française des intolérants au gluten (AFDIAG) dont la vocation est de soutenir, informer et défendre les malades cœliaques et les personnes atteintes d’une dermatite herpétiforme, la forme cutanée de la MC. L’AFDIAG aide les patients cœliaques à mieux connaître leur maladie et à suivre le RSG grâce à la mise à jour de la liste des produits autorisés et à la diffusion de recettes culinaires sans gluten. Elle offre aux patients un soutien psychologique, indispensable en particulier dans la phase initiale de la maladie et de la mise en place du RSG. Elle est épaulée par le Groupe français d’études et de recherche sur la maladie cœliaque (GERMC) qui réunit les spécialistes de la MC en France (gastroentérologues adultes et pédiatres, dermatologues, chercheurs, anatomopathologistes, biologistes et diététiciens). On peut contacter l’AFDIAG par son site internet : www.afdiag.org.

Instauration d’un suivi régulier

Après le diagnostic de la MC, la première visite de suivi devrait être proposée dans les 2 à 3 mois suivant l’introduction du RSG ( (figure 1) ). Son but est de rediscuter le RSG avec le patient et de le motiver quant à la nécessité de poursuivre ce régime, d’évaluer le statut clinique et de vérifier son amélioration, et de rechercher d’éventuels signes cliniques de complications de la MC et des maladies (auto-immunes) associées. Cette visite devrait être complétée d’une consultation diététique dont le but est de rediscuter les points pratiques du RSG, d’aborder les problèmes de la vie quotidienne liés à ce régime et d’essayer d’apporter les solutions à ces problèmes.

La deuxième visite de suivi sera programmée 1 an environ après l’introduction du RSG. Cette visite est associée au premier bilan de contrôle de l’efficacité du traitement. La période de 12 mois environ est dans la plupart des cas suffisante pour obtenir une régression des anomalies histologiques, sérologiques et des complications osseuses. Le bilan comprend un examen clinique, une endoscopie avec biopsies duodénales destinées à l’examen anatomopathologique, et le bilan biologique complet à la recherche de signes biologiques de malabsorption et d’anticorps spécifiques de la MC. Une ostéodensitométrie de contrôle devrait être réalisée chez les patients qui ont présenté une déminéralisation osseuse au diagnostic, elle n’est pas indiquée dans le cas d’une ostéodensitométrie initiale normale.

L’interprétation des résultats histologiques

Conformément aux critères diagnostiques, les lésions muqueuses devraient régresser en réponse au RSG. Les données scientifiques concernant le temps nécessaire à la régression de l’atrophie villositaire dans la MC sont limitées. On considère généralement que cette atrophie régresse en 6 à 12 mois, et donc le premier contrôle histologique après 1 an de RSG semble justifié. Cependant, le temps nécessaire à la repousse villositaire peut être plus long, et peut notamment dépendre de l’intensité des lésions initiales. Il faut donc admettre que la guérison peut être parfois plus lente et prendre 12 à 24 mois ou plus. D’autre part, il convient de noter que la disparition de l’atrophie sous un traitement bien conduit ne signifie pas une normalisation totale de l’histologie duodénale. En effet, chez la plupart des patients cœliaques traités, on observe une légère augmentation des LIE. Il s’agit d’un stigmate constant de la MC, qui se maintient même chez les patients en rémission complète sous un RSG parfaitement bien suivi.

Valeur des tests sérologiques dans la MC

Les anticorps anti-gliadine, à cause de leur faible sensibilité et spécificité, ne sont plus recommandés dans le diagnostic ni dans le suivi de la MC. Les anticorps IgA anti-endomysium (anti-EM) et anti-transglutaminase (anti-TG) ont une très bonne spécificité et sensibilité et selon de nombreuses études, leur présence corrèle bien avec le degré d’atrophie. Cependant, il convient de noter que, d’une part, il existe des patients cœliaques séronégatifs, cette séronégativité étant plus fréquemment constatée chez les fumeurs [25], et d’autre part, certaines études ont montré une valeur limitée des anti-EM et anti-TG dans le diagnostic de la MC [26, 27], en particulier dans les cas de lésions partielles ou minimes. Les taux des IgA anti-EM et anti-TG reviennent la normale après 6 à 12 mois de RSG bien suivi. La normalisation des anti- EM quand ils sont positifs avant le RSG est un indice fiable de bonne observance du RSG. La persistance d’anticorps circulants anti-EM ou anti-TG plaide fortement en faveur d’écarts au RSG [28]. Cependant, l’absence d’anticorps n’exclut pas l’existence d’écarts mineurs et d’autre part, la persistance d’anticorps, particulièrement d’anti-EM, qui pourrait être liée à la persistance d’un clone T devenu antigène-indépendant, est parfois rapportée chez de rares patients au RSG bien suivi. Chez les patients diabétiques de type 1, les anti-EM et anti-TG peuvent rester positifs même en présence d’un RSG bien suivi, et ne constituent donc pas un bon moyen pour mesurer l’observance dans cette situation [29].

Les anticorps IgA anti-actine ont été récemment proposés pour mesurer l’observance. Selon une étude récente, ils corrélaient bien avec le degré d’atrophie et en plus, ils disparaissent plus rapidement (après 5 mois environ) que les autres anticorps sous un RSG [30]. Leur place dans le diagnostic et le suivi de la MC reste à confirmer.

Enfin, chez les patients déficients en IgA (4 % environ de tous les malades cœliaques), les tests sérologiques doivent être basés sur la recherche des IgG anti-gliadine et des IgG anti-endomysium qui sont moins sensibles et moins spécifiques que leurs correspondants IgA.

Toutes ces données indiquent, que les tests sérologiques, même s’ils constituent un outil très pratique (car non-invasif), et puissant dans le diagnostic et le suivi de la MC, ne sont pas dépourvus d’un risque de résultat faussement positif ou négatif, et donc devraient être toujours interprétés avec prudence, en prenant en compte tous les autres éléments cliniques et biologiques.

Au terme du premier bilan d’évaluation à 1 an, une bonne réponse thérapeutique (et un bon suivi du régime) peut être constatée en l’absence de symptômes (sous un RSG bien suivi, les symptômes disparaissent rapidement, des jours voire des semaines après l’introduction du régime) et de carences, en l’absence d’anticorps sériques spécifiques de la MC, et surtout en l’absence d’atrophie villositaire à l’examen anatomopathologique des biopsies duodénales. Dans cette situation favorable, on peut proposer au patient une visite de suivi annuelle, associée chaque fois à un bilan biologique (recherche des carences) et sérologique. Chez les patients qui restent toujours asymptomatiques, cette visite annuelle peut être maintenue pendant les 5 premières années, et ensuite, sa fréquence peut être diminuée à une visite tous les 5 ans. L’apparition des symptômes, impose toujours la réalisation d’un bilan complet, biologique, endoscopique et anatomopathologique ( (figure 1) ).

Organisation d’un dépistage systématique chez les apparentés

Une fois le diagnostic de la MC confirmée, il est recommandé de proposer aux patients cœliaques un dépistage systématique de la MC chez leurs apparentés. Cette attitude est justifiée, d’une part, par le risque augmenté de complications de la MC à long terme, telles que le lymphome, les maladies auto-immunes et la déminéralisation osseuse, existant chez les patients ceoliaques silencieux non-traités, et d’autre part, par la fréquence plus élevée de la MC dans des familles de patients cœliaques. Le risque de MC chez les apparentés au premier degré est de 10-20 % et celui chez les apparentés au second degré est de 2-3 % (4) par rapport à 1 % dans la population générale. Ce risque accru justifie la réalisation d’un test de dépistage (sérologie) surtout chez les apparentés au premier degré et pourrait également être envisagé, en fonction du contexte (antécédents de symptômes « suspects » dans le passé, présence de signes cliniques de complications, etc.), chez les apparentés au second degré.

Que faire devant une MC « résistante » au RSG ?

En l’absence d’une amélioration clinique, histologique ou biologique après 6 à 12 mois de RSG, les principales causes de la « non-réponse » au RSG qui devraient être envisagées sont un diagnostic erroné, une mauvaise observance, la présence de pathologies associées, et l’apparition des complications graves de la MC, type lymphome intestinal ou sprue réfractaire (tableau 2)( Tableau 2 ).

Diagnostic erroné

Chez un patient « cœliaque » ne répondant pas au RSG, il faut toujours envisager la possibilité d’une erreur diagnostique. Il convient d’exclure d’autres causes d’atrophie villositaire, dont les principales sont listées dans le tableau 3( Tableau 3 ). La présence d’anticorps circulants antigliadine, anti-EM ou anti-TG avant l’instauration du RSG, le statut HLA QD2 ou DQ8 et une amélioration clinique et/ou histologique initiale après l’introduction du RSG, plaident en faveur de MC. L’augmentation des lymphocytes intra-épithéliaux (LIE) (> de 30/100 cellules épithéliales) est observée chez la quasi-totalité des patients cœliaques, mais peut être également observée dans d’autres maladies (tableau 3). Les patients ayant une MC résistante au traitement devraient être adressés aux centres de référence pour une prise en charge spécialisée.
Tableau 2 Causes de non-réponse au RSG.

Diagnostic erroné (tableau 3)

Mauvaise observance +++

Maladies associées à la MC

Lymphome intestinal

Sprue réfractaire


Tableau 3 Autres causes que MC d’atrophie villositaire persistante (adapté de Daum et al, 2005).

LIE augmentés

– sprue collagènea

– giardiase

– sprue tropicale

– diarrhée post-infectieuse

– intolérance aux protéines (lait)

LIE normaux

– tuberculose

– Sida

– déficit immunitaire commun variable

– maladie de Whipple

– entérite post-radique

– maladie de Crohn

– gastoentérique à éosinophiles

– maladie immuno-proliférative intestinale

– entéropathie auto-immunea

aPeuvent être associées à la MC.

Mauvaise observance

La mauvaise observance est probablement la cause la plus fréquente de la non-réponse au RSG. Elle est rapportée chez 50 % environ des patients cœliaques adultes [28]. L’élément principal dans cette situation est de motiver le patient quant à l’importance du RSG et de l’adresser à une consultation diététique.

Comment peut-on vérifier l’observance ?

Il existe trois moyens principaux pour vérifier l’observance :
  • faire une enquête alimentaire approfondie par un diététicien expérimenté dans la MC et le RSG ;
  • mesurer le taux des anticorps sériques spécifiques de la MC ;
  • réaliser un examen histologique des biopsies duodénales, qui constitue toujours la référence dans l’évaluation de l’observance.

Récemment, un rôle possible de la capsule endoscopique qui permet d’observer les villosités, a été évoqué dans l’évaluation de l’adhésion au RSG, mais sa place dans cette indication reste à confirmer (31).

En cas de non-réponse au RSG, il convient d’abord de réadresser le patient à la consultation diététique spécialisée, pour d’une part, évaluer à l’aide d’un questionnaire alimentaire détaillé et spécifique la vraie consommation de gluten, et d’autre part, pour expliquer au patient comment adhérer au régime. La détermination du patient joue un rôle important, les patients symptomatiques ont tendance à mieux suivre leur régime que les patients silencieux, les adolescents suivent habituellement très mal leur régime. Il revient au médecin traitant ainsi qu’au gastroentérologue d’expliquer aux malades tous les enjeux de ce traitement et les risques qu’ils courent en consommant du gluten.

La combinaison de l’histoire diététique avec la mesure d’anticorps circulants constitue un bon moyen de mesure de l’observance.

Il n’en reste pas moins que le test le plus spécifique et le plus sensible pour le suivi du régime est l’examen anatomopathologique des biopsies duodénales, qui devrait être proposé en cas de doute diagnostique et après avoir épuisé tous les autres moyens non invasifs d’évaluation de l’observance.

Pathologies associées

En présence d’une diarrhée persistante sans atrophie, il convient de rechercher les anomalies qui peuvent être associées à la MC, comme la colite microscopique, l’insuffisance pancréatique exocrine, le déficit secondaire en lactase, la pullulation bactérienne, la colite inflammatoire, les troubles fonctionnels intestinaux ou même l’incontinence anale [32].

Lymphome intestinal

La persistance ou l’aggravation des symptômes cliniques, l’amaigrissement, l’apparition de fièvre, de douleurs abdominales, de sueurs nocturnes, d’un rush cutané, ou d’un saignement digestif occulte, et dans le bilan biologique, d’une augmentation de LDH et de β-2 microglobuline et d’une hyperéosinophilie, devrait faire penser à une complication rare mais redoutable de la MC, le lymphome intestinal EATL (Enteropathy-associated T-cell lymphoma). Dans la plupart des cas, il s’agit d’un lymphome de type T, dont le traitement n’est pas codifié et le pronostic sombre. Dans ce cas, il est urgent de procéder à un bilan d’imagerie complet (endoscopie haute et basse, transit du grêle, TDM, vidéo-capsule, entéroscopie à double ballon, PET-scan, ponction guidée, laparotomie exploratrice) pour rechercher des lésions lymphomateuses intestinales et obtenir du matériel pour l’examen anatomopathologique. Le patient devrait être le plus tôt possible adressé aux centres spécialisés pour la prise en charge.

Sprue réfractaire

Le dernier diagnostic à envisager dans le cas d’une MC ne répondant pas au RSG, est celui d’une sprue réfractaire (SR). Il s’agit d’un diagnostic d’exclusion, après que toutes les autres causes de la non-réponse, listées ci-dessus, ont été écartées. La SR est définie comme un syndrome de malabsorption sévère avec atrophie villositaire, évocateur d’une MC mais résistant de manière primitive ou secondaire à un RSG strict depuis plus de 6 mois [33]. Le diagnostic de la SR est relativement simple quand il s’agit d’une MC connue, avec un syndrome de malabsorption et une atrophie villositaire régressant auparavant sous RSG. Dans d’autres cas, il est important d’exclure toutes les autres causes de malabsorption et de confirmer le diagnostic de MC en utilisant notamment le génotypage (> 99 % de patients cœliaques présentent des molécules HLA DQ2/DQ8), dont le résultat est doté d’une très forte valeur prédictive négative. Deux types de SR peuvent être distingués : le type I sans cellules T aberrantes, et le type II associé à la présence des cellules T aberrantes, qui peuvent être détectées par une étude d’immuno-histochimie et par une analyse en cytométrie de flux, caractérisées par l’absence de l’expression de marqueurs de lymphocytes T de surface et souvent associé à une monoclonalité des lymphocytes T. Ce deuxième type porte un risque particulièrement important de transformation en lymphome T [21]. La SR nécessite une prise en charge spécialisée et donc tous les patients avec cette suspicion devraient être au plus vite adressés aux centres spécialisés.

Références

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