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Diagnostic et dépistage de la dénutrition chez le patient adulte hospitalisé


Hépato-Gastro. Volume 11, Number 5, 369-77, Septembre-Octobre 2004, Mini-revue



Author(s) : Pascal Crenn , Jean-Claude Melchior , Département de médecine aiguë spécialisée, hôpital Raymond-Poincaré, 104 boulevard Raymond-Poincaré, 92380 Garches, CLAN central AP-HP, P. Crenn.

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ARTICLE

Auteur(s) :, Pascal Crenn*, Jean-Claude Melchior

Département de médecine aiguë spécialisée, hôpital Raymond-Poincaré, 104 boulevard Raymond-Poincaré, 92380 Garches, CLAN central AP-HP
*P. Crenn

Dans la pratique hospitalière, les hépato-gastroentérologues sont les intervenants médicaux les plus sollicités pour les problèmes de dénutrition et de carences nutritionnelles. Les éléments du dépistage initial de la dénutrition – qui devraient être connus de l’ensemble des acteurs soignants – doivent être simples et cliniques, complétés, chez les malades à risque, d’une évaluation plus fine qui permettra de poser à temps l’indication d’un support nutritionnel adapté. Une stratégie globale simple, fiable et facile à mettre en œuvre, peut être proposée, adaptable à toutes les structures de soins.

Définition

Le terme dénutrition est un mot d’origine latine qui signifie désassimilation : c’est le phénomène par lequel les principes constitutifs des organes vivants se séparent de ces derniers et passent à l’état de résidus. En pratique, la dénutrition est un état de déficit en énergie, en protéines ou en n’importe quel autre macro- ou micro-nutriment spécifique, produisant un changement mesurable des fonctions corporelles et/ou de la composition corporelle, associé à une aggravation du pronostic des maladies. Il y a dénutrition lorsque le bilan protéique, influencé négativement par un bilan énergétique négatif, devient insuffisant pour répondre aux besoins métaboliques de l’organisme. Elle est l’aboutissement de l’amaigrissement, volontaire ou non. Elle s’accompagne d’une diminution de la masse maigre, notamment de la masse dite « cellulaire active », de la masse musculaire et d’une altération d’une ou plusieurs fonctions physiologiques, notamment musculaire, immunitaire, de cicatrisation et de la vie de relation ou psychique. Ces altérations dépendent plus de la réduction nette des ingesta, si la durée est supérieure à 7 jours, que de la masse proprement dite ; elles peuvent donc être observées de façon précoce au cours de la dénutrition. La dénutrition sévère avec diminution patente des masses musculaire et cellulaire active et cachexie est l’aboutissement préterminal d’une dénutrition méconnue et non traitée [1]. Le décès intervient lorsque la perte protéique atteint environ 50 % de la masse protéique normale.

Dans la langue française, le terme malnutrition, d’origine anglaise, désigne une perturbation qualitative de l’état nutritionnel, quel qu’en soit le sens (excès ou déplétion), mais il est souvent utilisé à tort, par analogie à la langue anglaise, comme synonyme de dénutrition.

Difficultés diagnostiques, éléments de physiopathologie

La dénutrition résulte d’un bilan négatif, de durée variable, entre apports nutritionnels et besoins métaboliques, notamment protéino-énergétique, ces derniers pouvant être normaux ou augmentés et/ou associés à des pertes accrues. Elle est due le plus souvent à une diminution des apports avec mobilisation des réserves énergétiques et utilisation de la masse maigre musculaire à des fins énergétiques. L’existence de besoins augmentés et/ou de pertes accrues accélère sa vitesse de survenue et modifie son expression clinique dans le sens d’une prédominance protéique [2, 3]. Du fait d’un continuum physiopathologique (( figure 1 )) et d’une présentation clinique et biologique multiforme, la dénutrition peut être difficile à diagnostiquer et donc à dépister.

Dénutrition par réduction des apports (starvation des auteurs Anglo-Saxons)

Les études épidémiologiques réalisées dans les pays en voie de développement ont permis d’identifier deux formes de dénutrition, l’une globale, protéino-énergétique ou marasme, d’évolution chronique [4], l’autre à prédominance protéique ou kwashiorkor, d’évolution subaiguë. Ces situations ont pu être transposées dans les pays occidentaux [5], où la carence d’apport « isolée » la plus caractéristique est représentée par l’anorexie mentale, qui entraîne une dénutrition de type marasme [5]. La réduction des apports conduit ainsi à une érosion de la masse maigre et à une diminution de la masse grasse, d’autant plus rapide que la carence est importante. En cas de jeûne total, de type grève de la faim, la synthèse accrue de corps cétoniques, à partir des lipides, supplée partiellement aux besoins des tissus gluco-dépendants, notamment cerveau et moelle osseuse. Ce processus induit, après la première semaine de jeûne, une perte de masse maigre musculaire moins rapide par diminution de la protéolyse. Une insuline basse, une cortisolémie et une glucagonémie élevées permettent l’adaptation à cette situation [6]. Parallèlement, les dépenses énergétiques de l’organisme sont réduites de 5 à 15 % par kilo de masse maigre.

Les situations caractérisées essentiellement par la réduction des apports, dites anorexiantes, se rencontrent, avec une fréquence et une intensité variables, dans :

  • - de nombreuses pathologies chroniques : syndromes algiques, dépressifs, de maldigestion ou de malabsorption, cirrhose évoluée, alcoolisme, sida, cancers (notamment ORL et du tractus digestif supérieur), bronchopneumopathie, insuffisance rénale…
  • - comme conséquence de thérapeutiques lourdes : chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie ;
  • - chez les personnes âgées et dans le quart-monde : isolement social, problèmes de dentition, polymédication, insuffisance de ressources...

Dans toutes ces situations, hypermétabolisme ou pertes accrues peuvent aussi être observés à des degrés variables.

Dénutrition par hypermétabolisme

L’hypermétabolisme, associé à l’insuffisance des apports oraux, est une caractéristique des états d’agression : brûlure, polytraumatisme, infection, syndromes inflammatoires, suite de chirurgie lourde… La dénutrition, fréquemment aiguë ou subaiguë, est alors plus protéique qu’énergétique et la perte de masse musculaire, accélérée par l’immobilisation, est de survenue rapide, accompagnée d’une hypoalbuminémie à valeur pronostique [5, 7] et aboutissant dans un délai variable à la cachexie [1]. L’hypermétabolisme est secondaire à des réactions immuno-neuroendocriniennes [6]. Ces dernières sont associées à la sécrétion de facteurs cachectisants (en particulier le TNFα) et d’interleukines synthétisés par la tumeur et par les cellules immunitaires de l’hôte. Cet hypermétabolisme a pour but de satisfaire l’augmentation des besoins énergétiques secondaires à la synthèse protéique, notamment des protéines de l’inflammation, et à la réparation des tissus lésés (hématopoïèse, cicatrisation, brûlure…). Le bilan protéique négatif est dû à l’équilibre négatif entre l’augmentation de la synthèse protéique et celle, plus forte, de la protéolyse, laquelle est cependant freinée par un apport nutritionnel complet et adapté. L’utilisation des acides aminés à des fins néoglucogéniques (synthèse de glucose à partir de précurseurs non glucidiques) entraîne une azoturie qui peut atteindre 20 g/j, soit un équivalent protéique de 125 g (20 x 6,25), ce qui représente environ 500 g de masse musculaire. Ces situations hypermétaboliques entraînent également une consommation accrue ou des pertes augmentées de certains acides aminés, dits alors conditionnellement essentiels (telle la glutamine), de minéraux, notamment potassium, magnésium et phosphore, et de micronutriments (vitamines et oligo-éléments) qui réduisent la synthèse protéique et le rendement énergétique.

Classification de la dénutrition

Deux types clinicobiologiques de dénutrition peuvent ainsi être schématiquement distinguées dans les hôpitaux [5] (( figure 1 )).
  • - une forme marasmique pure, associée à une carence d’apport équilibrée, caractérisée par un poids corporel inférieur à 80 % du poids idéal sans perturbation biologique ;
  • - une forme hypoalbuminémique, souvent associée aux états de stress métabolique inflammatoire et à la phase aiguë de la réaction de l’hôte à l’agression. Le taux de mortalité est alors multiplié par 4, les infections nosocomiales par 2,5 et la durée de séjour est augmentée de 30 %. Elle est caractérisée par l’association de trois des quatre critères suivants : albuminémie inférieure à 30 g/L, transferrine inférieure à 2,2 g/L, transthyrétine (TTR ou préalbumine) inférieure à 0,17 g/L et nombre de lymphocytes totaux inférieur à 1 250/mm3 ou bien par l’association de deux critères majeurs : albuminémie inférieure à 20 g/L et transferrine < 1 g/L. Tous les tableaux si situant entre ces deux extrêmes associent les signes des deux syndromes et classent les malades dans la forme intermédiaire mixte. Les conséquences médicales en sont un allongement de la durée d’hospitalisation et une augmentation du risque d’infections nosocomiales [2, 5, 8].

Complication de la dénutrition

Une dénutrition significative est responsable d’une morbidité et d’une mortalité accrues qui se traduisent par une prolongation du séjour hospitalier, source d’une augmentation des dépenses de santé [2]. Cela souligne l’aspect crucial de son diagnostic, de son dépistage et de sa prise en charge. Il est très important de connaître les anomalies cliniquement significatives que peut engendrer ou favoriser  la dénutrition :
  • - défaut de cicatrisation : absence de prise de greffe de peau (brûlé), fistules postopératoires, escarres…,
  • - immunodépression (notamment sur la fonction lymphocytaire T et les sécrétions muqueuses d’immunoglobulines) qui se manifeste par des infections plus fréquentes et plus sévères, notamment broncho-pulmonaires, intestinales ou de tissus lésés (par exemple abcès de paroi postopératoire) et par un défaut de réponse vaccinale (classique dans le tiers-monde, chez l’enfant et le sujet âgé) ; l’infection favorisée par la malnutrition contribue à générer un cercle vicieux qui majore le trouble nutritionnel [9] ;
  • - défaillance musculaire respiratoire ou cardiaque, retard de la vidange gastrique ;
  • - altération des fonctions intellectuelles ; une irritabilité et une tendance dépressive peuvent aussi être présentes ;
  • - aménorrhée (par hypogonadisme central), hypothermie, hypoglycémie, acrosyndrome vasculaire…,
  • - et, selon l’étiologie de la dénutrition, peuvent être au premier plan des carences minérales ou en micronutriments : iléus paralytique d’une hypokaliémie, Gayet-Wernicke du déficit en vitamine B1, pellagre (dermatose photosensible et neuropathie…) du déficit en vitamine PP, pancytopénie du déficit en folates, acrodermatitis enteropathica du déficit sévère en zinc (non rares dans les hépatopathies et entéropathies), neuropathie périphérique et/ou centrale des carences vitaminiques B1, B12 et plus rarement E (en cas de malabsorption), ostéoporomalacie avec fractures pathologiques par déficit prolongé en calcium et en vitamine D [8]…

Outils diagnostiques

Ils sont cliniques, biologiques et construits sous forme d’indices multifactoriels.

L’anamnèse pondérale (données déclaratives) semi-récente (3 à 6 derniers mois) et récente (2 dernières semaines) précisant le poids de référence pré-morbide, ainsi que le recueil du niveau semi-quantitatif (médical) récent des ingesta (normaux, réduits, nuls) sont des données clés faisant partie de l’évaluation de l’état nutritionnel. Il est également nécessaire de disposer de l’enquête alimentaire quantitative diététique en macronutriments jugée sur la prise orale des 3 à 7 derniers jours. La recherche d’une modification de l’activité physique, par rapport aux activités usuelles, doit être notée ainsi qu’une modification des capacités de mémorisation. Des signes associés de carence en minéraux et en micronutriments (crampes, paresthésies, douleurs osseuses, etc.) sont à rechercher.

Le poids (en kg, mesuré par une balance de qualité médicale) et, chaque fois que cela est possible, la taille (en cm) vérifiés doivent être systématiquement notés à l’entrée à l’hôpital. Le degré d’amaigrissement, non volontaire, est alors exprimé en pourcentage du poids usuel. Toute perte de poids supérieure à 5 % est significative ; elle traduit une dénutrition modérée et sévère lorsqu’elle atteint respectivement 10 % et 20 %. En cas de rétention hydrosodée, l’existence d’œdèmes mous, blancs, déclives, prenant le godet (du discret œdème pré-tibial à l’anasarque, notamment chez le malade de réanimation) surestime le poids et sous-estime le degré de dénutrition. Même en l’absence clinique d’œdème, il existe une augmentation de l’eau extracellulaire, parallèle au degré de sévérité de la dénutrition chronique. Le poids (en kg) divisé par la taille au carré (m2) (P/T2) constitue l’indice de masse corporelle (IMC) de Quetelet ou body mass index (BMI), dont les valeurs normales sont comprises entre 20 et 25 kg/m2. Associé à un amaigrissement, un IMC entre 20 et 18,5 traduit un risque de dénutrition, entre 18,5 et 16 une dénutrition modérée, entre 13 et 16 une dénutrition sévère et inférieur à 13 une dénutrition grave avec augmentation significative du risque de décès à court terme [4, 10]. Chez l’homme et chez la femme, une courbe en U relie le risque de décès à l’IMC, le risque le plus faible étant compris entre 20 et 25 (zone de normalité pondérale). Chez le sujet âgé, en raison notamment de la cyphose ou de tassements vertébraux, la taille exacte peut être difficile à déterminer : on peut alors utiliser à la place de celle-ci la hauteur du genou ou l’envergure sterno-digitale.

L’examen physique permet de reconnaître soit un risque de dénutrition [11], soit une dénutrition « établie » [12]. Le risque de dénutrition peut être évoqué, en présence d’une pathologie chronique, devant une réduction des ingesta égale ou supérieure à 50 % des besoins et égale ou supérieure à 7 jours. Dans ce cas, la perte de poids involontaire et récente peut ne pas dépasser 5 à 10 % du poids usuel. Ce risque est indépendant de l’IMC. Dans la dénutrition « établie », l’indice clinique le plus utile, qui permet d’évaluer l’état nutritionnel et de porter l’indication éventuelle à une assistance nutritive, est celui de Detsky : il est subjectif, clinique, global et classe les patients en trois catégories d’état nutritionnel (normal, dénutri sévère et état intermédiaire ou dénutrition modérée) (tableau 1( Tableau 1 )) [12]. Cet indice a, après apprentissage, pour le diagnostic de ces trois classes, une bonne reproductibilité entre observateurs indépendants ; il a une meilleure valeur prédictive positive ou négative des complications postopératoires que des variables biologiques nutritionnelles isolées ou associées à l’anthropométrie (plis cutanés). Il associe le calcul du pourcentage d’amaigrissement, le niveau d’activité (fonction musculaire réduite à l’effort, appréciée au testing musculaire ou au dynamomètre) et les ingesta récents, à la recherche clinique anthropométrique d’une amyotrophie (quadriceps, fessiers, deltoïdes…), du pannicule adipeux sous-cutané (plis cutanés), ainsi que la présence d’œdèmes et le degré d’hypermétabolisme. L’examen cardiaque, neurologique, cutanéomuqueux et des phanères (cheveux secs, perte des cheveux, ongles striés et déforés, desquamations, hyperpigmentation cutanée, peau sèche, folliculite, chéilite, muqueuses, notamment gencives, hémorragiques, acrocyanose…) ainsi que l’état dentaire apportent des arguments en faveur de carences minérales, en vitamines ou oligo-éléments. Des œdèmes et une hépatomégalie molle (stéatose) sont deux signes cardinaux d’une dénutrition protéique prédominante (kwashiorkor) et leur absence, en présence d’un amaigrissement notable, est en faveur d’une dénutrition à prédominance énergétique (marasme). Des troubles digestifs (anorexie, dysphagie, odynophagie, lenteur de digestion, pesanteur épigastrique post-prandiale, diarrhée et/ou constipation) peuvent être en rapport avec la dénutrition, indépendamment de sa cause.

Aucun marqueur biologique sérique n’est spécifique de la dénutrition dont la cause influence l’interprétation des résultats [7, 13]. Les syndromes inflammatoires, les pathologies hépatiques et les modifications des secteurs hydriques de l’organisme peuvent faire varier ces marqueurs. L’albumine, la transthyrétine, la transferrine et la retinol binding protein (RBP) sont des protéines exclusivement synthétisées par le foie. Leur synthèse est dépendante de l’état nutritionnel et leurs concentrations circulantes diminuent lors d’une dénutrition et augmentent lors de la renutrition. Leur sensibilité à la dénutrition, et surtout à la renutrition, est d’autant meilleure que leur demi-vie est courte : 12 h pour la RBP, 48 h pour la transthyrétine, 8 jours pour la transferrine, 20 jours pour l’albumine. Les protéines marqueurs de l’état nutritionnel voient leur synthèse inhibée par les cytokines, en particulier l’interleukine 6, dont les sécrétions sont très augmentées lors des processus inflammatoires et ce, même en l’absence de dénutrition « établie ». Ainsi, à la détermination de la concentration plasmatique d’une protéine marqueur de l’état nutritionnel doit être systématiquement associée celle d’une protéine de la réaction inflammatoire.

Pour la pratique clinique, on peut retenir :

  • - l’albumine est un marqueur pronostique global [7] et, lorsqu’elle est basse, moins de 30 à 35 g/L, elle fait passer le degré de dénutrition de modérée à sévère [14] ; l’albuminémie doit être mesurée par immunonéphélométrie spécifique et non estimée à partir de l’électrophorèse des protides sériques ;
  • - la transthyrétinémie est un marqueur du niveau des ingesta et partant d’anabolisme qui indique ce déficit pour un seuil inférieur à 0,2 g/L ou 0,3 g/L chez l’insuffisant rénal [13] ; il est donc intéressant de la confronter à l’estimation (déclarative) des ingesta ; elle remonte dès le 5e jour d’une renutrition efficace ;
  • - une protéine de la réaction inflammatoire spécifique, protéine C réactive (CRP) ou α1-glycoprotéine acide (orosomucoïde) ;
  • - la créatininémie : il est utile de l’interpréter selon, bien entendu, la fonction rénale, mais aussi la masse musculaire, car elle diminue parallèlement au degré d’amyotrophie.

Le dosage de la transferrine n’a aucun intérêt car l’existence fréquente d’une anémie ferriprive et/ou d’une inflammation contrebalance ses variations secondaires à la dénutrition. D’autres marqueurs sont utilisés en recherche, notamment la 3-méthylhistidine urinaire pour la dégradation et l’IGF1 pour synthèse musculaire. L’IGF1 circulante est abaissée en cas de restriction alimentaire protéique ou calorique (résistance à l’hormone de croissance). Parmi les anomalies endocriniennes, le syndrome de basse T3 (avec une TSH sérique normale ainsi que, le plus souvent, la T4) est commun aux dénutritions avancées et aux états hypermétaboliques.

La détermination des concentrations plasmatiques des minéraux (calcium, phosphore, magnésium) et, plus rarement, celle des oligo-éléments (fer, zinc, sélénium…) et vitamines (25-OH-D3, B12, acide folique…) est pratiquée selon l’orientation clinique. Dans les situations de désordre hydro-électrolytique et de pertes réduites ou accrues, les bilans sodé et potassique doivent être vérifiés.
Tableau 1 Évaluation clinique subjective globale de l’état nutritionnel (dit indice de Detsky). Adapté de Detsky et al. [12].

Histoire

1) Perte de poids des 6 derniers mois ( % poids de forme) (entourer)

> 10 %

Evolution pondérale des 2 dernières semaines (entourer)

Prise de poids

Poids stable

Perte de poids

2) Modification de la prise alimentaire (versus ingesta habituel)

(entourer)

Pas de changement

Modifications : depuis combien de temps : ……. (semaines)

(entourer)

Type :

diminution nette

jeûne

> 2 semaines (entourer)

Aucun nausées vomissements diarrhée anorexie

4) Capacités fonctionnelles (entourer)

Normales

perturbées : durée :……………(semaines)

Type (entourer) :

Travaille presque normalement

Garde quelques activités

Reste au lit le plus souvent

5) Degré d’agression (stress métabolique : dépense énergétique attendue)

(entourer)

Normale

Peu augmentée

Très augmentée

Examen clinique : normal (0), modérée (1), net (2), sévère (3)

• Perte de masse grasse (plis cutanés quadricipital, tricipital, supra-iliaque, sous-scapulaire)

• Perte musculaire (quadriceps, fessiers, deltoïde)

• Œdèmes (prétibial, chevilles, lombes, ascite)

Classement (3 stades)

• A = état nutritionnel normal (absence de symptôme)

• B = dénutrition modérée ou potentielle (intermédiaire entre A et C)

• C = dénutrition sévère (forte présence de symptômes)

Outils retenus pour le dépistage de la dénutrition à l’hôpital

La multiplicité des méthodes de diagnostic de la dénutrition et l’insuffisance de sa prise en compte dans la pratique de tous les jours ont conduit en 2002 un groupe d’experts (sous l’égide du Cnanes (Comité national alimentation nutrition des établissements de santé) à proposer, à la demande de la DHOS (Direction de l’hospitalisation et de l’offre de soins), dans le cadre du PNNS (Plan national nutrition santé), une stratégie globale de dépistage et de diagnostic de la dénutrition à l’aide d’outils simples et applicables à toute structure de soins [15] :
  • - l’indice de masse corporelle (on parlera de dénutrition probable quand il est inférieur à 18,5 ou 21 pour le sujet âgé de plus de 75 ans) ;
  • - la perte de poids avant l’admission involontaire de 5 % en 1 mois ou 10 % en 6 mois ;
  • - les paramètres biologiques suivants: albuminémie (intégré dans le NRI ou nutritional risk index ou indice de Buzby), transthyrétine, CRP (pour l’agression) ;
  • - des indices nutritionnels (NRI pour l’adulte et MNA ou mini nutritional assessment après 75 ans).

L’ensemble de ces paramètres permet de construire des algorithmes décisionnels (figures 2 et 3). Les experts mandatés par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), incluant la Société nationale française de gastroentérologie (SNFGE), ont proposé (recommandations professionnelles) fin 2003 des outils de diagnostic et de dépistage similaires [16], ne différant que par des valeurs seuils parfois légèrement différentes. Il convient de souligner que, malgré leur intérêt [17], les diverses méthodes de mesure de la composition corporelle (notamment anthropométrie, impédancemétrie…) n’ont pas été retenues pour le dépistage de la dénutrition.

Il est important de rappeler que pour l’IMC il existe deux pièges diagnostiques. Les faux positifs sont représentés par la maigreur (dite constitutionnelle) : elle n’est pas synonyme de dénutrition car, si l’IMC est bas, compris le plus souvent entre 20 et 16, il n’y a ni amaigrissement, ni réduction patente des ingesta, ni signes carentiels objectifs. Les faux négatifs sont plus nombreux : l’IMC reste supérieur à 25 et l’amaigrissement non volontaire (musculaire) est masqué par la persistance d’une masse adipeuse sous-cutanée normale ou augmentée : on peut donc être obèse et dénutri.

Les deux indices nutritionnels pronostiques retenus sont :

  • - le NRI (nutritional risk index ou indice de Buzby) :> 97,5 % (pas de dénutrition), 83,5 % < NRI < 97,5 % (dénutrition modérée), NRI < 83,5 % (dénutrition grave) ;
  • - > 75 ans) [18] ; il est proposé de remplir un MNA de dépistage (6 items : MNA-SF) et, si le score est inférieur à 12, de remplir le MNA complet (12 items supplémentaires).

Stratégie de dépistage en milieu hospitalier

Quatre algorithmes (adulte, sujet âgé, sujet agressé, enfants) ont été établis et validés, applicables aux adultes hospitalisés en service d’aigu ou soins de suite, aux sujets âgés de plus de 75 ans, aux malades de soins intensifs ou de réanimation, à la pédiatrie. Nous présenterons ici les algorithmes des adultes hospitalisés en service d’aigu ou de soins de suite (( figure 2 )) ainsi qu’en soins intensifs (( figure 3 )). Pour l’adulte (hors réanimation), le principe de cette démarche est la suivante :
  • - Évaluer le premier jour de l’hospitalisation tous les malades sur des outils cliniques simples : une perte de poids (2,5 kg ou 10 %) et/ou un IMC inférieur à 18,5 signe l’existence d’une dénutrition probable et conduit à un dosage de l’albumine plasmatique. L’IMC peut être déterminé simplement par une réglette spécifique (Nutrimètre®) [15].
  • - Calculer l’indice de Buzby (NRI) dès le deuxième jour pour les malades suspects de dénutrition sur la première évaluation, par la réglette [15]> 97,5 %) malgré un poids bas et de diagnostiquer les malades gravement dénutris (NRI < 83,5 %) pour lesquels une assistance nutritionnelle doit être envisagée sans tarder, quelle que soit la pathologie sous-jacente ; les malades ayant une dénutrition modérée (NRI entre 83,5 et 97,5 %) doivent être l’objet d’une attention particulière, d’une intervention diététique et d’une surveillance étroite de l’évolution de leur état nutritionnel, tenant compte des facteurs de comorbidité liés à la pathologie, à l’âge et à la durée d’hospitalisation dont la prolongation ne peut qu’aggraver l’état nutritionnel.
  • - Réévaluer l’état nutritionnel après une semaine pour les malades dont l’hospitalisation se prolonge.

Conclusion

Malgré la multiplicité et l’apparente complexité des outils diagnostiques de la dénutrition et une physiopathologie complexe, il est possible d’en simplifier l’usage et de proposer une stratégie applicable à tous les malades dans toute structure de soins. Cette stratégie simple pourrait permettre, par sa mise en place, de réduire les conséquences hospitalières de la dénutrition sur la mortalité et la morbidité qui lui sont associées et de réduire les surcoûts hospitaliers de la dénutrition qui, bien que parfaitement démontrés, sont encore trop souvent ignorés des soignants [19]. Par ailleurs, dans le cadre de la T2A (tarification à l’activité) applicable aux hôpitaux dès 2004, le codage du diagnostic de dénutrition -considéré comme une comorbidité sévère- dans la description de l’activité permet une valorisation sensible et donc des ressources allouées. À titre d’exemple, une tumeur maligne gastrique procure en moyenne 1230 points ISA. La présence d’une dénutrition, selon les critères définis précédemment, présente plus d’une fois sur deux, permet un gain de 510 points ISA et fait changer de GHM (groupe homogène de malade) : la reconnaissance de la dénutrition a donc un impact économique et pratique majeur pour la reconnaissance et le développement futur de l’activité professionnelle hospitalière en hépato-gastroentérologie.

Références

1 Kotler DP. Cachexia. Ann Intern Med 2000 ; 133 : 622-34.

2 Green CJ. Existence, causes and consequences of disease-related malnutrition in the hospital and the community, and clinical and financial benefits of nutritional intervention. Clin Nutr 1999 ; 18(S2) : 3-28.

3 Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer. Bonnes pratiques diététiques en cancérologie : dénutrition et évaluation nutritionnelle. Nutr Clin Metab 2002 ; 16 : 97-124.

4 Collins S. The limit of human adaptation to starvation. Nature Med 1995 ; 1 : 810-4.

5 Mac Clave S, Mitoraj TE, Thielheier KA, Greenburg RA. Differentiating subtypes (hypoalbuminemic vs. marasmic) of protein-calorie malnutrition: incidence and clinical significance in a university hospital setting. J Parent Enteral Nutr 1992 ; 16 : 337-42.

6 Schwartz MW, Seeley RJ. Neuroendocrine responses to starvation and weight loss. N Engl J Med 1997 ; 336 : 1802-11.

7 Klein S. The myth of serum albumin as a measure of nutritional status. Gastroenterology 1990 ; 99 : 1845-51.

8 Expertise collective. Carences nutritionnelles : étiologies et dépistage. Paris : les éditions Inserm, 1999.

9 Chandra RK. Nutrition, immunity and infection : present knowledge and future directions. Lancet 1983 ; i : 688-91.

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11 Reilly HM, Martineau JK, Moran A, Kennedy H. Nutritional screening-evaluation and implementation of a simple risk score. Clin Nutr 1995 ; 14 : 268-73.

12 Detsky AS, McLaughin JR, Bakker JP, Jonsthon N, Whittaker S, Mendelson RA. What is subjective assessment of nutritional status. J Parent Enteral Nutr 1987 ; 11 : 8-13.

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14 Buzby GP, Mullen JL, Matthews DC. Pronostic nutritional index in gastrointestinal surgery. Am J Surg 1980 ; 139 : 160-7.

15 www.nutrimetre.org

16 www.anaes.fr/anaes/Publications.nsf/nPDFFile/RE_LILF-5TQDUN/$File/Denutrition_recos.pdf

17 Pichard C, Kyle UG, Morabia A, Perrier A, Vermeulen B, Unger P. Nutritional assessment: lean body mass depletion at hospital admission is associated with an increased length of stay. Am J Clin Nutr 2004 ; 79 : 613-9.

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