Home > Journals > Medicine > Hépato-Gastro > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Hépato-Gastro
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

La fatigue : physiopathologie et implications en gastroentérologie


Hépato-Gastro. Volume 11, Number 5, 327-9, Septembre-Octobre 2004, Éditorial



Author(s) : Thierry Piche, Jean Giudicelli, Marie-Christine Saint-Paul , Pierre-Michel Huet, Jean-François Demarquay, François-Xavier Caroli-Bosc, Albert Tran , Hépato-gastroentérologie, Hôpital de l’Archet 2, BP 3079, 06202 Nice Cedex 3., Laboratoire de biochimie, Hôpital de l’Archet 2, BP 3079, 06202 Nice Cedex 3, Laboratoire d’anatomopathologie, Hôpital de l’Archet 2, BP 3079, 06202 Nice Cedex 3, T. Piche.

ARTICLE

Auteur(s) :, Thierry Piche1,*, Jean Giudicelli2, Marie-Christine Saint-Paul3, Pierre-Michel Huet1, Jean-François Demarquay1, François-Xavier Caroli-Bosc1, Albert Tran1

1Hépato-gastroentérologie, Hôpital de l’Archet 2, BP 3079, 06202 Nice Cedex 3.
2Laboratoire de biochimie, Hôpital de l’Archet 2, BP 3079, 06202 Nice Cedex 3
3Laboratoire d’anatomopathologie, Hôpital de l’Archet 2, BP 3079, 06202 Nice Cedex 3
*T. Piche

La fatigue est un déterminant majeur de la qualité de vie chez l’homme. Il s’agit du septième symptôme répertorié en médecine et sa prévalence varierait de 14 à 24 % dans la population générale [1]. La pratique clinique suffit à montrer qu’elle est associée à de nombreuses pathologies digestives. Les exemples les plus démonstratifs sont l’hépatite chronique C et la cirrhose biliaire primitive dont elle est souvent le seul symptôme décrit. La fatigue est aussi très souvent rapportée par les malades atteints de troubles fonctionnels intestinaux, de reflux gastro-œsophagien ou encore de maladies inflammatoires du tube digestif.Sa grande subjectivité a longtemps freiné toute approche scientifique rigoureuse, ce qui explique la méconnaissance de sa physiopathologie et la pauvreté des moyens thérapeutiques actuellement disponibles. Il faut attendre 1994 pour que le Fatigue Impact Scale (FIS), un auto-questionnaire spécifique qui mesure l’impact de la fatigue sur trois domaines de la qualité de vie (cognitif, physique et psychosocial), soit mis au point et validé dans une cohorte de malades atteints de fibromyalgie et d’hypertension artérielle [2]. La version française du FIS a été validée plus récemment en gastroentérologie chez des malades porteurs d’une cirrhose biliaire primitive dont la fatigue était comparée à celle d’une cohorte de donneurs de sang à Montréal [3]. Par la suite, l’utilisation de ce questionnaire a permis de confirmer que la fatigue était un symptôme dominant au cours de plusieurs pathologies digestives comme l’hépatite chronique C [4, 5] ou, plus récemment, chez des malades porteurs d’un syndrome de l’intestin irritable [données personnelles non publiées].La physiopathologie de la fatigue chez l’homme est largement méconnue mais de nombreux arguments plaident en faveur d’une médiation centrale. L’axe hypothalamo-corticosurrénalien (HCS) a été le plus étudié en raison de l’intensité de la fatigue qu’on peut observer après surrénalectomie bilatérale ou dans de la maladie d’Addison. Dans des modèles animaux de cholestase obtenue après ligature du cholédoque chez le rat, Swain et Maric ont observé une réduction de la production hypothalamique de corticotrophine et de cortisol en réponse au stress [6]. En revanche, les données animales n’ont pas été confirmées de manière nette chez l’homme. Au cours du syndrome de fatigue chronique (SFC), de nombreuses études se sont intéressées au fonctionnement de l’axe HCS avec des résultats divergents. L’interprétation de ces travaux est souvent délicate en raison des différentes méthodes utilisées pour tester la fonctionnalité de l’axe HCS, des difficultés pour définir et mesurer la fatigue, de la coexistence d’une dépression ou d’anxiété et, enfin, de facteurs confondants comme la prise de certains médicaments, l’existence de troubles du sommeil, la méconnaissance de la durée de la maladie ou l’impact de l’exercice physique régulier. Quelques travaux préliminaires suggèrent qu’une baisse de la production centrale d’opioïdes pourrait limiter la production d’ACTH et de β-endorphines et expliquer certains symptômes observés au cours du SFC [7]. Récemment, Torpy et al. ont identifié une nouvelle mutation dans le gène qui contrôle la production de cortisol binding globulin (CBG). Dans ce travail effectué chez des malades atteints d’un SFC, 86 % des sujets hétérozygotes et les deux tiers des sujets homozygotes étaient fatigués [8].Au niveau du système nerveux central, il existe des interactions complexes entre l’axe HCS et le système sérotoninergique. De nombreuses études ont montré que les glucocorticoïdes ont un effet inhibiteur sur la neurotransmission centrale sérotoninergique [9], alors que la sécrétion de corticotrophine induite par un stress est stimulée par la sérotonine [10]. Chez l’animal, la fatigue provoquée par des efforts physiques d’endurance a été associée à une augmentation de la sérotonine au niveau du système nerveux central [11]. Deux travaux ont mis en évidence une réponse sérotoninergique exagérée chez des sujets atteints d’un SFC [12, 13]. Plus récemment, Dinan et al. [14] ont comparé l’effet de l’administration de l’isapirone, un agoniste partiel des récepteurs 5HT1, sur les taux plasmatiques d’ACTH et de cortisol chez des malades avec SFC et des volontaires sains. Dans cette étude, l’isapirone augmentait significativement les taux plasmatiques d’ACTH chez les sujets sains mais pas chez les malades avec SFC. Wilson et al. [15] ont montré que, chez des athlètes, des exercices d’endurance étaient limités après administration d’un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (la paroxétine), qui agit comme un agoniste sérotoninergique. L’ondansetron, un antagoniste sélectif des récepteurs 5HT3, s’est montré efficace pour traiter la fatigue chez des malades porteurs d’un SFC [16].La leptine est un autre candidat pressenti pour la régulation de la fatigue. Dans les travaux de Cleare et al. [17, 18], l’administration de faibles doses d’hydrocortisone (5 à 10 mg) réduisait significativement l’intensité de la fatigue de malades atteints d’un SFC et des taux élevés de leptine différenciaient les répondeurs des non répondeurs au traitement par hydrocortisone. Au cours de l’hépatite chronique C ou de la cirrhose biliaire primitive, il a été montré que les taux sériques de leptine étaient plus élevés chez les malades que chez des témoins sans hépatopathie et que l’intensité de la fatigue était corrélée de manière significative aux taux sériques de leptine [5]. Très récemment, nous avons observé les mêmes résultats dans une cohorte de 40 malades porteurs de troubles fonctionnels intestinaux (TFI) qui se plaignaient d’une fatigue chronique [données personnelles non publiées]. Les mécanismes qui permettent à la leptine de moduler la fatigue sont inconnus. Un mécanisme indirect est probable car des relations entre la leptine circulante, la neurotransmission sérotoninergique [19, 20] et l’axe HCS ont été mises en évidences [21].Une anomalie de la sécrétion de certaines cytokines pourrait intervenir dans la régulation de la fatigue observée au cours des hépatopathies chroniques chez l’homme. Dans le travail de Gershon et al. [22] mené chez 78 malades porteurs d’une hépatite chronique C, une augmentation significative des taux plasmatiques d’interleukine 1 était observée chez 4 %, de l’interleukine 6 chez 30 % et du TNFα chez 45 %. En revanche, la sévérité de la fatigue n’était pas corrélée aux taux sériques de ces cytokines. Dans notre série de malades atteints d’hépatite C, nous avons observé une augmentation des taux sériques de TNFα, un sécrétagogue de la leptine, mais cette augmentation n’était pas corrélée à l’intensité de la fatigue [5]. L’interleukine 1β est un stimulus connu de la sérotonine. Chez l’homme, il a été montré que la privation de sommeil et l’asthénie étaient associées à l’inversion du rythme de sa sécrétion [23].La substance P est un neuropeptide qui joue un rôle important dans certains désordres affectifs chez l’homme [24]. Haddjeri et Bilier [25] ont montré que l’administration d’antagonistes des récepteurs de la neurokinine de type 1 (NK1) sur lesquels agit la substance P réduisait la dépression et l’anxiété, dont on connaît les relations étroites avec la fatigue. Dans leur étude, l’antagoniste des récepteurs NK1 augmentait le degré d’activation de certains récepteurs centraux à la sérotonine.La possibilité de mesurer la fatigue de manière objective et une meilleure compréhension de ses mécanismes physiopathologiques laissent entrevoir des possibilités thérapeutiques spécifiques et des perspectives cliniques intéressantes en hépatogastroentérologie. Au cours de l’hépatite chronique C par exemple, nous avons récemment montré, chez 36 malades naïfs de tout traitement antiviral et sans autre facteur de comorbidité associé, comme la dépression ou la consommation de médicaments, que l’administration d’ondansetron pendant un mois, un antagoniste sélectif des récepteurs 5HT3, améliorait significativement les scores de fatigue et de dépression et que cet effet persistait 1 mois après l’arrêt du traitement [données personnelles non publiées]. Si l’efficacité de l’ondansetron était confirmée sur une plus grande série de malades, les antagonistes des récepteurs 5HT3 mériteraient d’être évalués en association aux traitements antiviraux dont l’observance est souvent limitée par l’asthénie. Au cours des troubles fonctionnels intestinaux, la mauvaise qualité de vie des malades dépend étroitement du degré de fatigue et de l’intensité des symptômes digestifs [26]. Les antagonistes des récepteurs 5HT3 comme l’alosetron ont vu leur développement arrêté à cause de la survenue de colites ischémiques et l’évaluation de ces agents pharmacologiques sur la fatigue dans les TFI est illusoire. En revanche, les antagonistes des récepteurs de la neurokinine 1 constituent une piste intéressante puisqu’ils ont des effets stimulants sur la motricité colique [27] et influencent favorablement certains affects comme l’anxiété ou la dépression [25].La fatigue est un symptôme invalidant qui a trop longtemps été négligé en raison de sa grande subjectivité. Son évaluation est maintenant possible et, en dépit d’une pathogénie multifactorielle, certains agents pharmacologiques comme les antagonistes des récepteurs 5HT3 et de la neurokinine 1 sont actuellement en cours d’évaluation dans plusieurs pathologies digestives…

Références

1 Kroenke MD, Wood DR, Mangelsdorff AD, Meier NJ, Powell JB. Chronic fatigue in primary care. JAMA 1988 ; 260 : 929-34.

2 Fisk JD, Pontrefact A, Ritvo PF, Ross L, Haase DA, Marrie TJ, et al. Measuring the functional impact of fatigue: initial validation of the fatigue impact scale. Can J Neurol Sci 1994 ; 21 : 9-14.

3 Huet PM, Deslauriers J, Tran A, Faucher C, Charbonneau J. Impact of fatigue on the quality of life of patients with primary biliary cirrhosis. Am J Gastroenterol 2000 ; 95 : 760-7.

4 Hassoun Z, Huet PM, Willems B. Assessment of fatigue in patients with chronic hepatitis C using the fatigue impact scale (FIS). Hepatology 2000 ; 32 : 280A.

5 Piche T, Gelsi E, Schneider SM, Hébuterne X, Giudicelli J, Ferrua B, et al. Fatigue is associated with high circulating leptin levels in chronic hepatitis C. Gut 2002 ; 51 : 434-9.

6 Swain MG, Maric M. Defective corticotropin-releasing hormone mediated neuroendocrine and behavioral responses in cholestatic rats: implications for cholestatic liver disease-related sickness behaviors. Hepatology 1995 ; 22 : 1560-4.

7 Conti F, Pittoni V, Sacerdote P, Priori R, Meroni PL, Valesini G. Decreased immunoreactive beta-endorphin in mononuclear leucocyte from patients with chronic fatigue syndrome. Clin Exp Rheumatol 1998 ; 16 : 729-32.

8 Torpy DJ, Bachman AW, Grice JE, Fitzgerald SP, Phillips PJ, Whitworth SA. Familial corticosteroid-binding globulin deficiency due to a novel noll mutation: association with fatigue and relative hypotension. J Clin Endocrinol Metab 2001 ; 86 : 3692-700.

9 De Kloet E, Sybesma H, Reul J. Selective control by corticosterone of serotonin-1 receptors capacity in raphe-hippocampal system. Neuroendocrinology 1986 ; 42 : 513-21.

10 Delbende C, Delarue C, Lefebvre H, Bunel DT, Szafarczyk A. Glucocorticoids, transmitters and stress. Br J Psychiatry 1992 ; 15 : 24-5.

11 Bailey S, Davis J, Ahlborn E. Neuroendocrine and substrate responses to altered brain 5-HT activity during prolonged exercise to fatigue. J Apll Physiol 1993 ; 74 : 3006-12.

12 Cleare AJ, Bearn J, Allain T, McGregor A, Wessely S, Murray RM, et al. Contrasting neuroendocrine responses in depression and chronic fatigue syndrome. J Affect Disord 1995 ; 34 : 283-9.

13 Sharpe M, Hawton K, Clements A, Cowen PJ. Increased brain serotonin function in men with chronic fatigue syndrome. Br Med J 1997 ; 315 : 164-5.

14 Dinan TG, Majeed T, Lavelle E, Scott LV, Berti C, Behan P. Blunted serotonin-mediated activation of the hypothalamic-pituitary-adrenal axis in chronic fatigue syndrome. Psychoneuroendocrinology 1997 ; 22 : 261-7.

15 Wilson WM, Maughan RJ. Evidence for a possible role of 5-hydroxytryptamine in the genesis of fatigue in man : administration of paroxetine, a 5-HT re-uptake inhibitor, reduces the capacity to perform prolonged exercise. Exp Physiol 1992 ; 77 : 921-4.

16 Spath M, Welzel D, Farber L. Treatment of chronic fatigue syndrome with 5-HT3 receptor antagonists-preliminary results. Scand J Rheumatol 2000 ; 113 : 72-7.

17 Cleare AJ, Heap E, Malhi GS, Wessely S, O’Keane V, Miell J. Low-dose hydrocortisone in chronic fatigue syndrome: a randomised crossover trial. Lancet 1999 ; 353 : 455-8.

18 Cleare AJ, Soodkdeo S, Jones J, O’Keane V, MieLl J. Plasma leptin in chronic fatigue syndrome, and a placebo-controlled study of the effects of low-dose hydrocortisone on leptin secretion. J Clin Rheumatol 2001 ; 5 : 56-9.

19 Yamada J, Ujikawa M, Sugimoto Y. Serum leptin levels after central and systemic injection of a serotonin precursor, 5-hydroxytryptophan, in mice. Eur J Pharmacol 2000 ; 406 : 159-62.

20 Calapai G, Corica F, Corsonello A, Sautebin L, DiRosa M, Campo GM, et al. Leptin increases serotonin turnover by inhibition of brain nitric oxide synthesis. J Clin Invest 1999 ; 104 : 975-82.

21 Licinio J, Manzoros C, Negrao AB, Cizza G, Wong ML, Bongiorno PB, et al. Human leptin levels are pulsatile and inversely related to pituitary-adrenal function. Nature Med 1997 ; 3 : 575-9.

22 Gershon AS, Margulies M, Gorczynski RM, Heathcote EJ. Serum cytokine values and fatigue in chronic hepatitis C. J Viral Hepat 2000 ; 7 : 397-402.

23 Heiser P, Dickhaus B, Opper C, Schreiber W, Clement HW, Hasse C, et al. Platelet serotonin and interleukin-1 beta after sleep deprivation and recovery sleep in human. J Neural Transm 1997 ; 104 : 1049-58.

24 Herpfer I, Lieb K. Substance P and substance P receptor antagonists in the pathogenesis and treatment of affective disorders. World J Biol Psychiatry 2003 ; 4 : 56-63.

25 Haddjeri N, Bilier P. Sustained blockade of neurokinin-1 receptors enhances serotonin neurotransmission. Biol Psychiatry 2001 ; 50 : 191-9.

26 Gralnek IM, Hays RD, Kilbourne A, Nabiloff B, Mayer EA. The impact of irritable bowel syndrome on health-related quality of life. Gastroenterology 2000 ; 119 : 654-60.

27 Okano S, Nagaya H, Ikeura Y, Natsugari H, Inatomi N. Effects of TAK-637, a novel neurokinin-1 receptor antagonist, on colonic function in vivo. J Pharmacol Exp Ther 2001 ; 298 : 559-64.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]