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Traitement à la demande du reflex gastro‐œsophagien : le pour et le contre


Hépato-Gastro. Volume 10, Number 5, 385-91, Septembre 2003, Controverse



Author(s) : Thierry Vallot, Guillaume Cadiot , Service Hépato‐gastroentérologie, CHU Bichat‐Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris. E‐mail : thierry.vallotbch.ap‐hop‐paris. Service Hépato‐gastroentérologie, hôpital Robert‐Debré, 51092 Reims Cedex. E‐mail : gcadiotchu‐reims.fr .

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ARTICLE

Auteur(s) : Thierry Vallot1, Guillaume Cadiot2

1 Service Hépato-gastroentérologie, CHU Bichat-Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris. E-mail : thierry.vallot@bch.ap-hop-paris. 
2
Service Hépato-gastroentérologie, hôpital Robert-Debré, 51092 Reims Cedex. E-mail : gcadiot@chu-reims.fr

Le traitement à la demande par les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) doit être une alternative aux traitements intermittent ou continu qui étaient les deux seules stratégies jusque-là recommandées dans la prise en charge au long cours du reflux gastro-œsophagien (RGO) sans œsophagite ou avec œsophagite modérée mais sans endobrachyœsophage (EBO) [1]. Plusieurs arguments viennent appuyer cette position : 
– Le pyrosis sans œsophagite ou avec œsophagite modérée représente plus de 80 % des affections des malades ayant recours aux soins pour RGO. Quand on prend en compte la prévalence très élevée du RGO dans la population et qu'on sait que le coût du médicament représente près de 50 % des coûts directs engendrés par ces malades, on comprend facilement l'importance du poids financier de cette pathologie et la nécessité qu'il y a de rechercher la stratégie la plus efficiente [2, 3].
– L'évolution de cette forme de RGO vers une œsophagite sévère, une complication ou EBO est rare (moins de 5 % des cas). Tout le monde aujourd'hui s'accorde à reconnaître que, si la sévérité du RGO et de ses conséquences est très variable d'un malade à l'autre, elle reste très stable au cours du temps chez un même malade, comme si elle était fixée au moment du diagnostic [4]. Aussi, la prévention des lésions sévères ou de celle de la dégénérescence d'un EBO ne peut être retenue comme objectif thérapeutique dans cette forme de RGO simple sans œsophagite ou avec œsophagite modérée sans EBO.
– Il existe un consensus fort pour considérer le soulagement des symptômes en vue de rétablir une qualité de vie optimale comme l'objectif unique du traitement dans cette forme de RGO [1]. Le critère principal de jugement de l'effet du traitement doit donc être la satisfaction des malades et l'effet sur la qualité de vie.
– Enfin, il n'existe aujourd'hui aucune donnée qui puisse laisser penser que les modalités du traitement, qu'il s'agisse du traitement initial ou du traitement au long cours, aient une quelconque influence sur le cours naturel de la maladie à compter du moment où il est interrompu.
– Au cours de l'année, l'évolution des symptômes est épisodique et discontinue dans plus de 80 % des cas [5]. Au cours de la semaine, plus de 90 % des malades ont des symptômes moins de 3 jours par semaine ou variables d'une semaine à l'autre. Aussi la fréquence des symptômes est très fluctuante et, même en cas de symptômes rapprochés, elle est rarement continue. Dans ces conditions, les traitements continus et intermittents sont le plus souvent inadaptés.
En réalité le cœur du débat aujourd'hui n'est pas de savoir si le traitement à la demande a une place dans la prise en charge de certaines formes de reflux, puisque la conférence de consensus sur le RGO de l'adulte de 1999 [1] avait déjà admis que les malades qui avaient des symptômes très espacés pouvaient avoir recours à l'automédication avec des anti-acides, des alginates ou des anti-H2 faiblement dosés mais de savoir si les IPP et les anti-H2 peuvent être utilisés dans une stratégie de traitement à la demande et si cette stratégie peut se défendre chez les malades qui ont des symptômes rapprochés. En théorie, le médicament idéal pour un traitement à la demande du pyrosis agit rapidement, a une longue durée d'action sur 24 heures, est très bien toléré, permet d'obtenir une réponse thérapeutique constante, n'est donc pas soumis à des variations inter-individuelles pharmacodynamiques et peut être prescrit sans risque d'interférence avec les autres médicaments [2]. Longtemps les IPP ont été récusés dans cette indication, du fait de la lenteur d'obtention du plein effet anti-sécrétoire qui n'atteint son maximum qu'au troisième jour de traitement alors que les anti-H2, lorsqu'ils sont associés à un produit neutralisant l'acidité, permettent d'obtenir une élévation quasi immédiate du pH intra-gastrique. Il n'y a pas d'étude qui permette de comparer l'effet des IPP et des anti-H2 sur le pH intragastrique dès le premier jour de traitement. S'il est vrai que les IPP n'atteignent leur pleine puissance qu'en 3 jours, la collection des résultats de pH-métrie intragastrique publiés a montré que la réduction de l'acidité intragastrique sur 24 heures et le pourcentage de temps passé au-dessus de pH 4 sur 24 heures obtenus dès la première prise d'IPP étaient équivalents, voire supérieurs à ceux des anti-H2 pleine dose (figure 1). Certes, l'effet sur le pH intragastrique après l'ingestion orale n'est pas immédiat, comme avec les anti-H2 effervescent, mais l'utilité d'une telle rapidité par rapport à celle d'une longue durée d'action est discutable. En effet, le pyrosis est le plus souvent une douleur brève disparaissant avant même que le malade ait pu prendre son médicament ; en revanche, un antisécrétoire à longue durée d'action permettra d'éviter la répétition des épisodes douloureux au cours du nycthémère et par conséquent la répétition des prises de médicament. La prise en compte du nombre de comprimés consommés par jour est un élément important pour juger de l'efficacité du traitement. De plus, Johnsson et al. [6], analysant les horaires de prises des comprimés par les malades, faisaient remarquer qu'ils se situaient majoritairement dans des tranches horaires assez étroites comme si l'horaire des prises était fixe et indépendant de l'horaire même des symptômes. 
En fait, la vraie question est de savoir si les IPP en prise à la demande permettent de satisfaire les malades. 
Chez des malades présentant des symptômes de reflux sans œsophagite, l'oméprazole 10 ou 20 mg en prise à la demande était, à 6 mois, plus efficace en termes de satisfaction des patients que la prise d'anti-acide [7]. Deux études faites avec l'ésoméprazole 20 [8, 9] ou 40 mg [9] confirment cette efficacité ; en revanche, aucune différence n'était observée entre les doses de 20 et 40 mg [9]. Dans ces études, le nombre moyen de prises de comprimés par jour sur 6 mois était compris entre 0,2 et 0,4. Les résultats de l'étude de Johnsson et al. [6] comparant oméprazole 20 mg et lanzoprazole 30 mg sont un peu différents, car le nombre de comprimés consommés par jour était en moyenne plus élevé mais les malades avaient l'autorisation de consommer jusqu'à 2 comprimés par jour alors que, dans les autres études, ce nombre était limité à 1 [7-9]. Une étude française multicentrique [10] a montré que ce pourcentage des patients soulagés à 6 mois avec le rabéprazole 10 mg à la demande n'était pas significativement différent de celui obtenu avec un traitement continu (figure 2). Les résultats dans le groupe traitement à la demande étaient obtenus avec une consommation moyenne de 0,3 comprimé par jour, toute consommation d'anti-acide étant interdite. On peut en déduire que le coût moyen du traitement mensuel d'un malade soulagé (efficience) par rabéprazole 10 mg à la demande est deux fois et demie moins élevé que celui du traitement continu.
Aucune étude ne compare l'effet des anti-H2 et des IPP. On peut simplement noter qu'il fallait en moyenne une consommation de 1,2 comprimé par jour de ranitidine 150 mg pour obtenir la satisfaction des malades, ce qui est quasiment le triple du nombre de comprimés consommés dans le traitement à la demande par les IPP [11]. Quand on considère le prix unitaire de ces médicaments, le traitement à la demande par les IPP apparaît donc plus efficient que le traitement à la demande par les anti-H2
La dernière réticence à l'utilisation des IPP dans le traitement à la demande est la possibilité d'interférence médicamenteuse qui rend difficile l'adaptation de la posologie des médicaments co-prescrits. S'il est vrai que tous les IPP, en raison de leur métabolisme hépatique, peuvent modifier à des degrés divers l'activité de certaines voies enzymatiques du cytochrome P450, d'après les fiches de transparences publiées dans le Vidal 2003, seule l'interférence de l'ésoméprazole avec le cytochrome 2C19 est à prendre en compte en pratique chez les malades qui consomment des médicaments normalement éliminés par ce système, à savoir le diazépam, le citalopram, l'imipramine, la clomipramine et la phénytoïne [12]. Les autres interférences médicamenteuses sont indépendantes du métabolisme hépatique et dépendent uniquement de l'action des IPP sur le pH gastrique, elles sont donc communes à tous les anti-sécrétoires et concernent les médicaments dont l'absorption est pH-dépendante, c'est-à-dire le kétoconazole et la digoxine. Le nombre de malades traités par ces médicaments étant très limité, le risque d'interférence médicamenteuse n'est pas un obstacle au développement d'une stratégie de traitement à la demande par les IPP chez la majorité des malades.

Conclusion

Chez les malades sans œsophagite ou avec œsophagite modérée, le traitement à la demande par les IPP est efficace. Il apparaît plus efficient que le traitement continu et certaines données laissent penser qu'il est également plus efficient que le traitement par les anti-H2. Le traitement à la demande par les IPP doit donc être proposé systématiquement en première intention à la fin du traitement initial. C'est le seul moyen d'adapter le traitement aux fluctuations naturelles des symptômes de RGO, d'identifier les patients qui ont réellement besoin d'un traitement continu tout en leur permettant d'en bénéficier d'emblée puisque le traitement continu n'est autre qu'un traitement à la demande quotidien.

Références

1. Conférence de consensus franco-belge sur le reflux gastroœsophagien de l'adulte, Paris 1999. Hépato-Gastro 1999 ; 6 (suppl. 2) : 3-19.

2. Bytzer P. On-demand therapy for gastroœsophageal reflux disease. Eur J Gastroenterol Hepatol 2001 ; 13 : S19-S22.

3. Bardhan KD. Intermittent and on-demand use of proton pump inhibitors in the management of symptomatic gastrœsophageal reflux disease. Am J Gastroenterol 2003 : 98 : S40-S48.

4. Fass R, Ofman JJ. Gastrœsophageal disease : should we adopt a new conceptual framework ? Am J Gastroenterol 2002 ; 97 : 1901-9.

5. Vallot T, Bruley Des Varannes S, Grimaud JC, Ruszniewski P, Richard A. Epidémiologie du reflux gastro-œsophagien en médecine générale : facteurs prédictifs de la consommation de soins sur un an. Gastroenterol Clin Biol 1999 ; 23 : 1139-44.

6. Johnsson F, Moun B, Vilien M, Grove O, Simren M, Thoring M. On-demand treatment in patients with œsophagitis and reflux symptoms : comparaison of lansoprazole and omeprazole. Scand J Gastroenterol 2002 ; 37 : 642.

7. Lind T, Havelund T, Lundell L, Glise H, Lauritsen K, Pedersen SA, et al. On demand therapy with omeprazole for the long term management of patients with heartburn without œsophagitis : a placebo-controlled randomized trial. Aliment Pharmacol Ther 1999 ; 13 : 907-14.

8. Talley NJ, Lauritsen K, Tunturi-hihnala H, Lind T, Moum B, Bang C, et al. Esomeprazole 20 mg maintains symptom control in endoscopy-negative gastro-œsophageal reflux disease : a controlled trial of « on-demand » therapy for 6 months. Aliment Pharmacol Ther 2001 ; 15 : 347-54.

9. Talley NJ, Venables TL, Green JRB, Armstrong D, O'Kane KPJ, Giaffer M, et al. Esomeprazole 40 mg and 20 mg is efficacious in the long-term management of patients with endoscopy-negative gastro-œsophageal reflux disease : a placebo-controlled trial of on-demand therapy for 6 months. Eur J Gastroenterol Hepatol 2002 ; 14 : 857-63.

10. Bour B, Chousterman M, Labayle D, Nalet B, Nouel O, Pariente A. et al. On-demand maintenance treatment with rabeprazole (RAB) 10 mg : an effective alternative continuous therapy for patients with frequent gastrœsophageal reflux symptomatic relapses. Gastroenterology 2003 ; 124 : A-229.

11. Wilhelmsen I, Hatlebakk JG, Olafsson S, Berstad A. On demand therapy of reflux œsophagitis a prospective study of symptoms, patient satisfaction and quality of life. Aliment Pharmacol Ther 1999 ; 13 : 1035-40.

12. Andersson T, Hassan-Alin M, Hasselgren G, Rohss K. Drug interactions studies with esomeprazole, the (S)-isomer of omeprazole. Clin Pharmacokinet 2001 ; 40 : 523-37.

Les modalités de prise en charge du reflux gastro-œsophagien (RGO) ont été récemment définies par la conférence de consensus sur le RGO de l'adulte [1]. Ses objectifs sont : le retour à une qualité de vie normale, le soulagement des symptômes de RGO, la prévention des récidives et la prévention des complications [1]. Le traitement à la demande des symptômes du RGO répond-il à ces objectifs ? Dans ce texte, seul sera pris en considération le traitement par les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Les IPP ayant fait l'objet de comparaisons au placebo avec cette modalité thérapeutique sont l'oméprazole [2], l'ésoméprazole [3, 4] et le rabéprazole [5]. Une étude a comparé l'oméprazole au lansoprazole [6]. Toutes ces études ont été faites sur une période de 6 mois chez des malades sans œsophagite ou, plus rarement, avec œsophagite non sévère.

Le traitement à la demande améliore-t-il la qualité de vie ?

Curieusement, une seule étude a évalué les effets du traitement à la demande des symptômes de RGO par les IPP sur la qualité de vie [2]. Cette étude, comparant 2 doses d'oméprazole (10 et 20 mg) au placebo, n'a pas montré de différence d'évolution de l'indice de qualité de vie entre les trois groupes, tout au moins selon le mode de présentation choisi, à savoir en comparant séparément les malades de chaque groupe thérapeutique pour lesquels le traitement a été un succès et les groupes en échec (figure 3). Les résultats de la comparaison de tous les malades de chaque bras thérapeutique n'ont pas été donnés. De ce fait, on peut penser qu'ils n'étaient pas favorables aux groupes IPP. Ces résultats inattendus sont peut-être liés à l'efficacité du traitement par anti-acides qui était autorisé en cas de symptômes ou à l'efficacité « modérée » de cette modalité thérapeutique.

Le traitement à la demande par IPP soulage-t-il rapidement les symptômes de RGO ?

Le traitement à la demande n'est pris qu'en cas de symptômes, le malade espérant une disparition rapide (voire immédiate) de ceux-ci. Les IPP ne paraissent pas être les médicaments les plus adaptés à cet objectif thérapeutique. En effet, l'apparition de l'effet symptomatique des IPP est tardive. Dans une étude comparant le lansoprazole 30 mg à l'oméprazole 20 mg, le taux de suppression totale du pyrosis le premier jour du traitement n'était que de 33 % avec le lansoprazole et de 25 % avec l'oméprazole [7]. Il fallait 7 jours de traitement pour que plus de la moitié des malades note une disparition complète du pyrosis sur cette période. La lenteur d'installation de l'effet symptomatique des IPP est liée à leur mécanisme d'action [8]. Il faut au minimum 3 jours pour obtenir le plein effet antisécrétoire. Il y a de plus des variations dans l'effet antisécrétoire chez un individu donné et d'un individu à un autre : diminution de l'effet antisécrétoire la nuit, observé avec tous les IPP (nocturnal acid break through) [9], variations en fonction de la prise alimentaire, par exemple, l'effet antisécrétoire d'une prise unique de lansoprazole 30 mg était significativement plus important si ce traitement était pris 30 minutes avant le petit déjeuner que 30 minutes après [10], diminution de l'effet antisécrétoire des IPP en l'absence d'infection à Helicobacter pylori [11]. Tout cela peut bien sûr avoir des conséquences sur l'effet symptomatique des IPP, surtout quand ils sont administrés en prises unique ou peu nombreuses.

Le traitement à la demande prévient-il les récidives symptomatiques ?

La réponse est là aussi négative du fait même du concept du traitement à la demande qui est d'attendre les symptômes pour traiter et de ne pas traiter en l'absence de symptômes. Cette attitude pourrait-elle néanmoins réduire les risques de récidive des symptômes ou retarder leur réapparition ? Il n'en est rien, l'effet des IPP sur la sécrétion gastrique n'est pas rémanent et le reflux évalué par la pH-métrie œsophagienne de 24 heures réapparaît dans les 24 heures qui suivent l'arrêt des IPP [12].

Le traitement à la demande prévient-il les complications ?

Il n'y a pas d'étude faite chez des malades ayant une œsophagite sévère ou compliquée, situation dans laquelle la conférence de consensus a clairement recommandé le traitement continu par IPP à la dose permettant la cicatrisation de l'œsophagite [1]. Dans cette situation, le traitement à la demande n'est pas indiqué. La question de la sécurité du traitement à la demande se pose par contre en cas de muqueuse de Barrett. En effet, il existe des arguments suggérant qu'un mauvais contrôle du reflux (acide et biliaire) favoriserait la carcinogenèse de la muqueuse du Barrett. Une étude utilisant un indice de prolifération cellulaire en tant que marqueur de risque de dégénérescence a montré que la réduction insuffisante du reflux acide mesuré par pH-métrie après 6 mois de traitement par IPP était associée à l'absence de réduction de cet indice de prolifération mesuré en muqueuse de Barrett avant et après traitement, alors qu'un contrôle satisfaisant du reflux était associé à une réduction significative de cet indice (figure 4) [13]. Une autre étude a utilisé l'expression de la cyclo-oxygénase 2 (COX2) en tant que marqueur de la carcinogenèse, la COX2 étant impliquée dans la croissance cellulaire et son expression étant corrélée au degré de dysplasie [14]. Dans ce travail, des biopsies de muqueuse de Barrett étaient exposées de façon intermittente à de l'acide ou à des sels biliaires, tel qu'on peut le voir en cas de RGO intermittent. L'expression de la COX2 était significativement augmentée en cas d'exposition intermittente à l'acide ou aux sels biliaires par rapport à des biopsies non exposées [14]. Ces deux études suggèrent ainsi qu'un reflux insuffisamment contrôlé, tel que celui observé en cas de traitement à la demande, expose au risque de dégénérescence de la muqueuse de Barrett.

Une efficacité « modeste »

Dans toutes les études publiées, le critère de jugement principal était le désir de rester dans l'étude [2-5]. Ce critère est critiquable, le critère pertinent dont on attendait l'évaluation étant bien sûr l'effet sur les symptômes. De plus, les résultats des études sont ensuite indiqués de façon simplifiée en « succès » et « échec » ; ce mode de présentation est tendancieux car on a bien sûr tendance à extrapoler à un effet thérapeutique qui n'est pas le critère de jugement évalué. Malgré ces artifices, on est frappé par le peu de différence avec le groupe placebo : par exemple 48 % de « succès » dans le groupe placebo contre 85 % dans le groupe esoméprazole 20 mg dans l'étude de Talley et al. [3]. Cela rejoint la réflexion faite dans la partie de ce texte concernant la qualité de vie : l'effet des anti-acides (autorisés en cas de symptômes persistants) semble très important et l'efficacité réelle du traitement à la demande qui est en fait assez difficile à évaluer de façon objective n'est peut-être que modeste.
Dans les essais comparant les IPP au placebo, le nombre moyen de prises du médicament est naturellement plus bas dans le groupe IPP que dans le groupe placebo ; toutefois la différence n'est parfois pas toujours spectaculaire : par exemple dans l'étude de Talley et al. [3], 0,34 prise/j dans le groupe esoméprazole 20 mg contre 0,41 dans le groupe placebo. Si on ajoute le nombre moyen de prises d'anti-acide (0,39 prise/j dans le groupe IPP et 1,06/j dans le groupe placebo), on observe que les malades des groupes IPP consomment des médicaments (IPP ou anti-acides) en moyenne près de 3 jours sur 4. On obtient exactement les mêmes chiffres dans une étude comparant l'oméprazole 20 mg au lansoprazole 30 mg et qui autorisait la prise de 2 doses quotidiennes d'IPP mais pas d'anti-acide en cas de persistance des symptômes : le nombre moyen de prises du traitement était 0,71 dans le groupe oméprazole et 0,73 prise/j dans le groupe lansoprazole, c'est-à-dire 3 jours sur 4  ! Le mode de consommation des traitements se rapproche donc de celui du traitement continu.

Traitement à la demande ou traitement continu ?

Toutes les études ont inclus des populations de malades très sélectionnées ayant des symptômes typiques de RGO, très fréquents (> 4 jours par semaine dans la plupart des études) et disparaissant rapidement sous IPP : il s'agit tout à fait de la population à qui on proposerait un traitement continu par IPP  !
L'étude attendue, à savoir la comparaison du traitement à la demande au traitement continu, a été faite avec le rabéprazole 10 mg [15]. À 6 mois, le taux de sortie d'étude était de 18,3 % dans le groupe traitement à la demande contre 12,3 % dans le groupe traitement continu ; le taux de succès était supérieur avec le traitement à la demande (86,4 % versus 74,6 %), mais pas de façon significative (p = 0,065). La qualité de vie n'a pas été évaluée.
Intuitivement, la meilleure indication du traitement à la demande semble être les symptômes de RGO typiques peu fréquents ; toutefois, ce traitement n'a pas été évalué dans cette indication. Dans le groupe de malades ayant des symptômes fréquents, le traitement à la demande n'est pas convaincant : peu de différences avec le placebo (en fait le traitement anti-acides), prises médicamenteuses fréquentes (presque autant qu'avec le traitement continu) et pas de prévention de la récidive des symptômes. Dans cette situation, le traitement continu est certainement le traitement de choix, d'autant plus que, même si cela n'a pas été étudié, il est très probable que la qualité de vie est bien meilleure avec le traitement continu.

Références

1. Conférence de consensus. Reflux gastro-œsophagien de l'adulte : diagnostic et traitement. Gastroenterol Clin Biol 1999 ; 23 : 56-65.

2. Lind T, Havelund T, Lundell L, Glise H, Lauritsen K, Pedersen SA, et al. On demand therapy with omeprazole for the long-term management of patients with heartburn without oesophagitis – a placebo-controlled randomized trial. Aliment Pharmacol Ther 1999 ; 13 : 907-14.

3. Talley NJ, Lauritsen K, Tunturi-hihnala H, Lind T, Moum B, Bang C, et al. Esomeprazole 20 mg maintains symptom control in endoscopy-negative gastro-oesophageal reflux disease : a controlled trial of « on-demand » therapy for 6 months. Aliment Pharmacol Ther 2001 ; 15 : 347-54.

4. Talley NJ, Venables TL, Green JRB, Armstrong D, O'Kane KPJ, Giaffer M, et al. Esomeprazole 40 mg and 20 mg is efficacious in the long-term management of patients with endoscopy-negative gastro-oesophageal reflux disease : a placebo-controlled trial of on-demand therapy for 6 months. Eur J Gastroenterol Hepatol 2002 ; 14 : 857-63.

5. Bytzer P, Blum AL, de Herdt D. On-demand rabeprazole therapy provides heartburn control in long-term management of nonerosive reflux disease (NERD). AGA 2003 (sous presse).

6. Johnsson F, Moum B, Vilien M, Grove O, Simren M, Thoring M. On-demand treatment in patients with oesophagitis and reflux symptoms : comparison of lansoprazole and omeprazole. Scand J Gastroenterol 2002 ; 37 : 642-7.

7. Richter JE, Kahrilas PJ, Sontag SJ, Kovacs TOG, Huang B, Pencyla JL. Comparing lansoprazole and omeprazole in onset of heartburn relief : results of a randomized, controlled trial in erosive esophagitis patients. Am J Gastroenterol 2001 ; 96 : 3089-98.

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15.  Bour B, Chousterman M, Labayle D, Nalet B, Nouel O, Pariente A, et al. On-demand maintenance treatment with rabeprazole (RAB) 10 mg : an effective alternative continuous therapy for patients with frequent gastroesophageal reflux symptomatic relapses. Gastroenterology 2003 ; 124 : A-229.


 

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