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Le test respiratoire à l'hydrogène en gastroentérologie


Hépato-Gastro. Volume 5, Number 1, 53-5, Janvier - Février 1998, Technique


Résumé  

Author(s) : Bernard Flourié.

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ARTICLE

Dans les années 1970-1980, deux Américains ­ M.D. Levitt et J.H. Bond ­ travaillaient pour la NASA afin de limiter les gaz intestinaux émis par les astronautes. On ignore si ces travaux ont bénéficié aux astronautes ou à leur entourage, mais ils ont permis de connaître la physiologie d'un gaz intestinal, l'hydrogène (H2), et de développer des tests cliniques, les tests respiratoires à l'hydrogène (que seuls les snobs appellent breath tests !).

Principe

La seule source d'H2 dans l'organisme humain est le tube digestif [1]. L'H2 y est produit lors d'un métabolisme particulier réalisé en anaérobiose. Seules les bactéries anaérobies strictes ou aéro-anaérobies facultatives peuvent réaliser ce métabolisme, encore appelé fermentation. Les substrats préférentiels des bactéries fermentaires sont des glucides. Ainsi, il y aura production d'H2 lorsque des bactéries anaérobies strictes ou facultatives dégraderont des glucides. Dans le tube digestif, il y a en permanence une dégradation de glucides endogènes (principalement les glycoprotéines du mucus) ; cela explique qu'il existe une production constante, « basale » d'H2. En ce qui concerne les glucides exogènes, c'est-à-dire alimentaires, ceux-ci peuvent rencontrer des bactéries fermentaires dans le tube digestif de l'homme sain au niveau de la bouche, de l'iléon terminal et du côlon. Dans la bouche, et probablement dans l'iléon, la durée du contact entre le glucide ingéré et les bactéries est courte et les concentrations de bactéries présentes à ces sites sont faibles ; cela explique que les quantités produites d'H2 dans la bouche et l'iléon terminal sont minimes. Dans le côlon, la situation est différente puisque le transit y est lent et les concentrations bactériennes élevées ; le côlon constitue donc le site principal de la production d'H2 chez l'homme sain.

Le devenir de l'hydrogène produit dans le côlon est triple.

a) Une partie diffuse à travers la muqueuse colique vers le sang. C'est cette fraction éliminée par voie respiratoire de façon presque instantanée que l'on mesure au cours du test respiratoire. La quantité d'hydrogène éliminée par voie respiratoire dépend principalement de la quantité produite dans le côlon. Lorsque celle-ci est faible, environ 80 % de l'H2 colique est expiré. Inversement, lorsque la quantité produite est importante, il est vraisemblable que les gaz ou d'autres métabolites fermentaires en excès stimulent la motricité colique et limitent par manque de temps la diffusion de l'H2 vers le sang : environ 80 % de l'H2 produit dans le côlon est alors éliminé dans les gaz rectaux.

b) Une partie variable de l'H2 produit dans le côlon est éliminée dans les gaz rectaux.

c) Enfin, une partie de l'H2 produit dans le côlon sert à réduire un autre gaz issu de la fermentation, le gaz carbonique (CO2) pour produire un troisième gaz fermentaire, le méthane (CH4). En France, environ la moitié de la population possède des bactéries coliques capables de réaliser cette conversion. Chez ces sujets, il y aura moins d'H2 disponible pour l'élimination rectale ou respiratoire.

Applications

Le test respiratoire à l'hydrogène est indiqué :

­ lorsque l'on recherche une malabsorption intestinale d'un glucide,

­ lorsque l'on veut déterminer le temps de transit oro-cæcal,

­ lorsque l'on recherche une pullulation microbienne dans l'intestin grêle.

Réalisation pratique

Le sujet étudié ingère à jeun le glucide testé (50 g dans 250 ml d'eau chez l'adulte, ou 10 g de lactulose dans 100 ml d'eau) ; les gaz exhalés à la fin de l'expiration sont prélevés dans des seringues en plastique par l'intermédiaire d'un embout buccal avant l'ingestion (un prélèvement basal), puis toutes les 30 min pendant 4 h. L'intervalle entre les prélèvements est plus court si l'on mesure le temps de transit oro-cæcal.

Avantages et intérêts

L'interprétation du test est simple. Si l'H2 augmente dans les gaz expirés, c'est qu'il y a eu rencontre entre le glucide ingéré et des bactéries fermentaires.

L'H2 expiré est l'H2 naturel constitutif du glucide ingéré puis fermenté. De plus, la seule source d'H2 est le métabolisme fermentaire ayant lieu dans le tube digestif. Ainsi, l'H2 des glucides ingérés n'a pas besoin d'être marqué pour être reconnu dans les gaz expirés (le test n'utilise ni isotopes stables, ni isotopes radio-actifs).

Les glucides ingérés pour réaliser les tests sont des glucides naturels (glucose, lactose, saccharose) ou synthétiques (lactulose) largement disponibles et peu coûteux.

Le test respiratoire à l'H2 est un test simple, non invasif et peu coûteux. En effet, la concentration en H2 du contenu des seringues prélevé est mesurée par chromatographie gazeuse. Le laboratoire de biochimie peut équiper un chromatographe ou acheter un appareil préparé à cet usage. Le plus couramment utilisé est commercialisé par la firme Quintron (Milwaukee, États-Unis) ; son coût est d'environ 60 000 francs. Le maniement et l'entretien d'un tel appareil sont simples, si bien qu'il peut êre utilisé par l'infirmière au laboratoire d'explorations fonctionnelles digestives.

Indications

a) Le test respiratoire à l'H2 est indiqué lorsque l'on recherche une malabsorption intestinale du lactose (sucre du lait) ou du saccharose. En cas de malabsorption intestinale de ces sucres, une partie de la dose ingérée parvient dans le côlon et l'H2 expiré augmente (figure 1). La malabsorption intestinale du lactose (alactasie, déficit primitif congénital ou acquis en lactase, déficit secondaire à une maladie entérocytaire) est fréquente en France ; celle du saccharose (déficit congénital en sucrase-isomaltase) est exceptionnelle. En cas de suspicion de malabsorption de ces sucres, la sensibilité et la spécificité du test respiratoire sont excellentes et les dosages enzymatiques sur biopsies intestinales ne sont plus pratiqués [2, 3].

b) Le test respiratoire à H2 est indiqué lorsque l'on veut mesurer le temps de transit oro-cæcal [4]. Dans ce cas, on utilise un sucre non absorbable dans l'intestin grêle, le lactulose, et l'on mesure le temps écoulé entre son ingestion et l'augmentation d'H2 dans les gaz expirés qui traduit l'arrivée et la fermentation immédiate dans le cæcum du lactulose (figure 2). Pour réduire la variabilité d'un jour à l'autre de la mesure chez le même sujet, il est préférable de donner le lactulose avec une solution nutritive. De cette façon, l'activité motrice dans l'intestin grêle (de type postprandial) est mieux « standardisée » que si le lactulose est pris à jeun quand l'activité dans l'intestin est cyclique avec alternance de phases de repos moteur et de phases très actives et propulsives. Le lactulose peut également être incorporé dans un repas contenant un marqueur de la vidange gastrique (par exemple l'acide octanoïque marqué au carbone 13) ; de cette façon, sur de simples prélèvements respiratoires, on pourra déterminer la vitesse de vidange gastrique et de transit dans l'intestin grêle en déterminant la courbe du 13CO2 expiré (mesure de la vitesse de vidange gastrique) et celle d'H2 (mesure de l'arrivée cæcale du lactulose).

c) Le test respiratoire à l'H2 est indiqué lorsque l'on recherche une pullulation microbienne dans l'intestin grêle [5]. Le glucide utilisé dans ce cas est le glucose. En effet, ce sucre est absorbé totalement dans l'intestin grêle, sauf dans certaines situations où le temps de transit est très accéléré et/ou la surface d'absorption très réduite (résection intestinale étendue). Le glucose est fermenté dans l'intestin grêle de façon notable lorsque celui-ci est colonisé par des bactéries anaérobies strictes ou aéro-anaérobies facultatives, ce qui se produit en cas de pullulation microbienne du grêle. Le test respiratoire à l'H2 est ainsi positif :

­ si l'intestin grêle est contaminé, le glucose est en partie fermenté et en partie absorbé dans l'intestin grêle (diagnostic de pullulation microbienne, figure 3) ;

­ ou si le glucose non absorbé dans l'intestin grêle arrive dans le côlon (diagnostic de malabsorption intestinale).

En pratique, la précocité de l'augmentation d'H2 dans les gaz expirés ou l'utilisation d'un ralentisseur du transit (6 cg de codéine ingérés 60 min avant le début du test) permettent de séparer ces deux situations. En cas de suspicion de pullulation microbienne, le test respiratoire à l'H2 est réalisé en première intention. Sa sensibilité et sa spécificité pour le diagnostic de pullulation microbienne sont de 78 % à 89 %, à condition d'utiliser les critères de positivité suivants [5] : le test est positif si l'H2 augmente dans les gaz expirés dans les deux premières heures suivant l'ingestion du glucose, de façon maintenue (sur au moins trois prélèvements consécutifs), et d'au moins cinq parties par million (unité de mesure de la concentration d'H2) par rapport à la valeur mesurée la plus basse (qui n'est pas forcément la valeur basale à jeun, la valeur la plus basse pouvant être mesurée à la trentième ou soixantième minute après l'ingestion du glucose). Le tubage jéjunal avec étude bactériologique et antibiogramme pourra être réalisé si le degré de suspicion de pullulation est élevé, le test respiratoire à l'H2 négatif ou si le test est positif et le traitement antibiotique d'épreuve inefficace.

REFERENCES

1. Bond JH, Levitt MD. Use of pulmonary hydrogen (H2) measurements to quantitate carbohydrate malabsorption. J Clin Invest 1972 ; 51 : 1219-25.

2. Flourié B, Florent C, Desjeux JF, Rambaud JC. Déficit en lactase et intolérance au lactose. Cah Nutr Diet 1987 ; 22 : 367-71.

3. Newcomer AD, McGill DB, Thomas PJ, Hofman AF. Prospective comparison of indirect methods for detecting lactase deficiency. N Engl J Med 1975 ; 293 : 1232-6.

4. Read NW, Miles CA, Fisher D, Holgate AM, Kime ND, Mitchell MA, et al. Transit of a meal through the stomach, small intestine, and colon in normal subjects and its role in the pathogenesis of diarrhea. Gastroenterology 1980 ; 79 : 1276-82.

5. Flourié B, Turk J, Lémann M, Florent C, Colimon R, Rambaud JC. Breath hydrogen in bacterial overgrowth. Gastroenterology 1989 ; 96 : 1225


 

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