ARTICLE
Compte tenu de l'importance du contrôle neurologique de
l'appareil rectosphinctérien, l'incontinence anale et la constipation
sont deux symptômes particulièrement fréquents chez
les patients souffrant de pathologie neurologique.
Physiologie de la continence et de la
défécation
La musculature lisse de l'appareil rectosphinctérien est soumise,
comme celle du reste de l'appareil digestif, à l'influence de deux
structures nerveuses distinctes : le système nerveux intrinsèque
et le système nerveux extrinsèque [1].
L'innervation intrinsèque de l'appareil anorectal est constituée
de plexus situés dans la sous-muqueuse (plexus de Meissner ou plexus
sous-muqueux) et entre les deux couches de la musculeuse (plexus d'Auerbach
ou plexus myentériques). Ces plexus se présentent sous la
forme d'un réseau constitué de ganglions reliés entre
eux par des faisceaux nerveux contenant des prolongements axoniques de
neurones intramuraux et des fibres nerveuses d'origine extrinsèque.
L'innervation extrinsèque est constituée d'une innervation
motrice efférente, sympathique et parasympathique, et d'une innervation
afférente sensitive (figure
1). La commande nerveuse sympathique est inhibitrice pour le rectum
et excitatrice pour le sphincter anal interne. Le système sympathique
joue un rôle important dans le maintien de la continence fécale
puisque la pression anale au repos est quasiment exclusivement liée
à l'activité permanente du sphincter anal interne. Le système
parasympathique est essentiellement excitateur pour le rectum et est responsable
de la contraction de la musculature rectale qui joue un rôle essentiel
dans l'activité propulsive du rectum au moment de la défécation.
L'innervation afférente en provenance du rectum emprunte la voie
des nerfs pelviens et splanchniques lombaires.
La musculature striée du plancher pelvien est innervée
par les nerfs pudendaux (figure
1). La commande volontaire des muscles périnéaux
pourrait se situer dans les lobes frontaux qui assureraient le contrôle
de la contraction anale externe par des voies descendantes pyramidales.
Par ailleurs, d'autres voies provenant du cortex cérébral
et effectuant un relais au niveau des zones de la substance réticulée
du tronc cérébral ont été identifiées.
Chez les sujets sans lésion neurologique
La partie terminale du tube digestif comporte (figure
2) :
- une partie qui a la capacité de s'adapter à son contenu
grâce à sa distensibilité (sa compliance) : rôle
capacitif du rectum ;
- une partie qui oppose une résistance à l'écoulement
des matières ou des gaz : rôle résistif du releveur
de l'anus et des sphincters.
L'arrivée de matières dans l'ampoule rectale provoque
la distension de la paroi rectale, une élévation de la pression
intrarectale et une sensation de besoin exonérateur lorsque cette
pression dépasse 30 cm d'eau. Cette stimulation des tensiorécepteurs
est à l'origine de phénomènes réflexes simultanés
(figure 3) :
- Relâchement du sphincter interne lisse : c'est le réflexe
rectoanal inhibiteur permettant au contenu rectal de pénétrer
dans la partie haute du canal anal. Cette zone richement innervée
va permettre la discrimination du contenu rectal (gaz, selles liquides,
solides). L'amplitude et la durée de cette relaxation sont d'autant
plus importantes que le volume de distension rectale est grand. La présence
du réflexe rectoanal inhibiteur dépend de l'intégrité
des plexus nerveux intrinsèques, mais sa modulation en fonction
du volume de distension rectale dépend du système nerveux
extrinsèque, en particulier parasympathique.
- Contraction du sphincter externe strié simultanée, ou
réflexe rectoanal excitateur, qui évite l'issue de matières
ou de gaz par l'anus au moment où la partie haute du canal anal
est relâchée. Il s'agit d'un réflexe conditionné,
absent avant l'apprentissage de la propreté.
Dès lors, le sujet est capable volontairement de satisfaire ou
non le besoin exonérateur. Si le sujet choisit la défécation,
en plus des phénomènes réflexes, des phénomènes
volontaires vont entrer en jeu de façon à augmenter les
phénomènes propulsifs (contraction des muscles de la paroi
rectale, fermeture de la charnière rectosigmoïdienne, augmentation
de la pression intra-abdominale) et à diminuer les résistances
à l'évacuation des matières (ouverture sphinctérienne,
relâchement de la sangle des releveurs et disparition de l'angulation
anorectale). La synergie entre la propulsion des matières et la
disparition de la résistance à leur progression serait due
à un centre de la défécation situé dans le
tronc cérébral, sous le contrôle de centres corticaux
et sous-corticaux. Si le sujet choisit la continence, la contraction réflexe
du sphincter anal externe est renforcée par une contraction volontaire
du sphincter externe et du releveur. Il en résulte une remontée
des matières dans le rectum. L'effort de contraction ne peut être
maintenu plus d'une minute. Il est donc indispensable que le besoin s'atténue
ou disparaisse, faute de quoi la continence n'est plus assurée
: c'est là qu'intervient le rôle capacitif du rectum qui
va pouvoir s'adapter à son contenu grâce à sa distensibilité.
Au repos, la continence anale est assurée majoritairement par le
sphincter anal interne responsable du maintien du tonus anal (50 à
100 cm d'eau alors que la pression rectale est de l'ordre de 5 cm d'eau).
Chez les sujets avec lésion neurologique
Plusieurs anomalies peuvent être responsables d'un trouble de
la défécation chez un patient ayant une lésion neurologique
:
- un trouble de la perception du besoin qui favorise l'accumulation
des matières intrarectales ;
- une dyssynergie rectosphinctérienne lorsqu'il existe
une atteinte neurologique centrale. La dyssynergie rectosphinctérienne
correspond à la contraction paradoxale du sphincter strié
de l'anus et du muscle puborectal (dyssynergie striée) (figure
4) et du sphincter lisse anal (dyssynergie lisse) au moment de
la défécation. Cette dyssynergie rectosphinctérienne
crée un obstacle à la défécation. Elle est
secondaire à une atteinte du système nerveux central entre
le centre coordonnateur de la défécation (vraisemblablement
situé dans une structure pontique à proximité du
centre de la miction) et les systèmes parasympathique, sympathique
et somatique responsables de l'innervation de l'appareil anorectal ;
- une paralysie rectale dans les atteintes neurologiques périphériques
responsable d'une diminution des forces propulsives au moment de la défécation.
Les troubles de la continence anale, chez les patients ayant une pathologie
neurologique, peuvent être secondaires :
- au trouble de la perception rectale ; les patients n'étant
pas informés de l'arrivée de matières dans l'ampoule
rectale ne peuvent pas avoir un comportement adapté permettant
de maintenir la continence ;
- à l'absence de commande volontaire du sphincter anal externe
et du muscle puborectal qui participe à la continence anale
au repos, mais surtout permet de maintenir la continence dans les situations
« d'urgence » (toux, rire, éternuement, diarrhée...)
;
- à l'absence de réflexe rectoanal excitateur au moment
de l'arrivée des matières dans l'ampoule rectale.
Prévalence des
troubles anorectaux
Compte tenu de l'importance du contrôle neurologique dans le fonctionnement
anorectal, il n'est pas étonnant de constater la fréquence
des troubles anorectaux chez les patients souffrant de maladie neurologique.
Dans une étude concernant 280 patients ayant une sclérose
en plaques, 43 % des patients se plaignaient de constipation, 25 % d'incontinence
fécale de façon au moins hebdomadaire et 68 % présentaient
au moins un trouble anorectal (constipation et/ou incontinence) [2].
Les principales pathologies neurologiques centrales concernées
sont la sclérose en plaques, les accidents vasculaires cérébraux,
la maladie de Parkinson, l'atrophie multiloculaire systémique,
la démence, les lésions cérébrales ou médullaires
vasculaires, traumatiques, tumorales ; les principales pathologies neurologiques
périphériques concernées sont les pathologies radiculaires
traumatiques, par hernie discale ou canal lombaire étroit, malformatives
(spina bifida), les atteintes plexiques, les neuropathies telles que la
neuropathie diabétique.
Chez les patients ayant une maladie neurologique, l'association entre
troubles urinaires et anorectaux est fréquente. Chia et al.
[3] ont démontré que 52 % des patients consultant pour un
trouble urinaire lié à une sclérose en plaques souffraient
d'au moins un symptôme anorectal, qu'il s'agisse d'incontinence
fécale et/ou de constipation.
Trouble anorectal révélateur d'une
maladie neurologique
Les similitudes entre les contrôles neurologiques des appareils
anorectal et vésicosphinctérien laissent présager
que les troubles anorectaux, au même titre que les troubles urinaires,
peuvent révéler une pathologie neurologique. Dans leur étude
concernant les troubles anorectaux des patients ayant une sclérose
en plaques, Hinds et al. [2] ont remarqué que la constipation
avait précédé le diagnostic de sclérose en
plaques dans 45 % des cas. Il n'est pas impossible que la constipation
ait été un symptôme précurseur de la maladie
neurologique. Au vu des résultats manométriques observés
chez des patients présentant une pathologie neurologique connue,
Sun et al. [4] ont suggéré qu'une pathologie neurologique
pouvait être suspectée chez 10 % des patients adressés
pour manométrie anorectale en raison d'une incontinence fécale
isolée, et cela malgré un bilan radiologique normal. Enfin,
nous avons exposé le cas de 4 patients dont la maladie neurologique
a été révélée par des difficultés
d'exonération des matières et/ou une incontinence fécale
[5]. Dans notre expérience, ces 4 patients représentaient
moins de 2 % des patients consultant pour les mêmes symptômes
pendant la même période. Il est néanmoins probable
que ce chiffre soit sous-estimé car, d'une part nous n'avons pas
recherché de façon systématique l'existence d'une
maladie neurologique et que, d'autre part, nous n'avons retenu que les
patients pour lesquels le diagnostic de pathologie neurologique a pu être
confirmé, ce qui a parfois demandé plusieurs années
de suivi.
Certains arguments cliniques et/ou manométriques doivent faire
rechercher une pathologie neurologique chez des patients souffrant de
troubles anorectaux. Il s'agit :
- De l'association avec des troubles urinaires, incontinence
et/ou dysurie (en particulier s'il existe des contractions vésicales
désinhibées et/ou une dyssynergie vésicosphinctérienne
au bilan urodynamique), avec des troubles sexuels [5]. Ces symptômes
doivent être systématiquement recherchés car ils ne
sont pas forcément signalés d'emblée par les patients.
- D'un examen clinique neurologique général et/ou périnéal
perturbé. En dehors de la motricité et des troubles
de la sensibilité du périnée, il est important d'explorer
les réflexes périnéaux. Les principaux réflexes
périnéaux du cône médullaire sont le réflexe
anal (S4), ou contraction du sphincter en réponse à une
piqûre ou à un étirement de la marge anale, et le
réflexe bulbo-caverneux et bulbo-anal (S3), ou contraction des
muscles périnéaux et du sphincter anal en réponse
à un pincement du gland. Ainsi, dans l'étude de Bardoux
et al. [5], parmi les 4 patients étudiés, un patient
avait une hypoesthésie périnéale, une absence de
commande volontaire périnéale et des réflexes périnéaux
absents (diagnostic final : neurinome de la première vertèbre
lombaire). Un autre patient présentait une amyotrophie sévère
des 4 membres ainsi qu'une fatigabilité musculaire (diagnostic
final : neuropathie à l'amiodarone).
- D'anomalies à la manométrie anorectale. Une contraction
volontaire du sphincter anal externe absente ou très faible (en
l'absence d'anomalie anatomique du sphincter dépistée échographiquement),
un trouble de la sensibilité rectale, des réflexes rectoanaux
inhibiteurs non corrélés avec le volume de distension rectale,
une absence de réflexe rectoanal excitateur et, enfin, une dyssynergie
rectosphinctérienne sont des arguments en faveur d'une pathologie
neurologique sous-jacente et permettent, parfois, d'orienter vers une
origine centrale ou périphérique de la lésion [4-7].
Les tests électrophysiologiques périnéaux peuvent
permettrent de confirmer cette hypothèse.
Conduite à tenir devant des
troubles anorectaux secondaires à une pathologie neurologique
Constipation terminale
On distingue la constipation terminale, qui correspond à des
difficultés d'évacuation du contenu intrarectal, et la constipation
de transit où il n'existe pas de difficulté à évacuer
le contenu rectal mais un ralentissement de la propulsion des matières
dans le côlon. Nous n'aborderons que la constipation terminale,
qui est liée à un dysfonctionnement de l'appareil anorectal,
et nous nous placerons dans la situation où la maladie neurologique
est connue.
Dans cette situation, il peut être utile de se poser un certain
nombre de questions pour la prise en charge du patient (figure
5).
* Existe-t-il une autre cause possible, responsable de la constipation
terminale du patient ?
En dehors des lésions obstructives tumorales diagnostiquées
à l'endoscopie, certaines anomalies anatomiques, telles qu'une
rectocèle, un prolapsus rectal extériorisé ou une
procidence rectale (non extériorisée), peuvent être
responsables de constipation terminale. Il n'est pas rare d'observer ces
anomalies chez les patients ayant une pathologique neurologique, en particulier
lorsqu'il existe une paralysie vésicale ou une dyssynergie vésicosphinctérienne
: les efforts de poussées abdominales chroniques, répétés,
effectués par les patients pour uriner, exposent au risque de survenue
de ces troubles de la statique pelvienne. Cela est particulièrement
vrai chez les patients présentant des troubles périnéaux
secondaires à une atteinte neurologique périphérique,
car les efforts de poussée s'exercent alors sur un périnée
hypotonique, ce qui favorise la descente périnéale et les
troubles de la statique pelvienne.
Le diagnostic de ces désordres anatomiques est le plus souvent
clinique, mais il est possible de s'aider d'une défécographie
et/ou d'une rectoscopie à tube rigide (pour la visualisation d'une
procidence rectale).
La décision de la cure chirurgicale de ces troubles de la statique
pelvienne doit être discutée après avoir effectué
un bilan complet de la fonction anorectale, et en particulier de la compétence
sphinctérienne (manométrie anorectale, tests électrophysiologiques
périnéaux). En effet, si des anomalies, telles que la rectocèle
ou la procidence rectale, ont un rôle obstructif en ce qui concerne
l'évacuation des matières, elles peuvent également
participer à la continence fécale de l'individu. La cure
chirurgicale expose alors le patient à l'apparition, ou à
l'aggravation, d'une incontinence fécale en postopératoire.
On peut émettre l'hypothèse qu'une dyssynergie rectosphinctérienne
n'est pas forcément liée à la pathologie neurologique
du patient, mais peut être d'origine comportementale. Lorsqu'une
dyssynergie rectosphinctérienne est d'origine comportementale,
on emploie le terme d'anisme (par analogie à vaginisme). Il s'agit
de la même anomalie (contraction paradoxale du sphincter anal externe
au cours d'un effort de défécation), mais non liée
à un trouble de la commande neurologique sphinctérienne
et pouvant être corrigée par une rééducation
périnéale telle que le biofeedback [8]. L'anisme
est le plus souvent secondaire à un événement de
vie stressant (deuil, chômage, agression sexuelle et/ou physique...)
[8]. On peut penser qu'un événement stressant, tel que l'annonce
d'une pathologie neurologique, peut être à l'origine d'un
anisme, source de constipation terminale. Il est donc important, devant
une dyssynergie rectosphinctérienne, de s'assurer de l'origine
neurologique ou non neurologique du trouble. Une contraction volontaire
du sphincter anal externe et une perception rectale normales à
la manométrie anorectale, la normalité des tests électrophysiologiques
périnéaux sont en faveur d'un anisme et orientent vers la
prescription d'une rééducation périnéale par
biofeedback [9].
* Quel traitement est le plus adapté pour le patient ?
La connaissance du mécanisme physiopathologique responsable de
la constipation terminale permettra d'orienter le traitement. La défécation
réflexe persiste le plus souvent chez les patients ayant une pathologie
neurologique centrale. La persistance du réflexe exonérateur
permet d'obtenir une vacuité rectale soit par déclenchement
digital, soit par mise en place quotidienne d'un suppositoire (suppositoire
à dégagement gazeux type Eductyl®). Lorsqu'il
s'agit d'un patient ayant une pathologie neurologique périphérique,
les traitements locaux (suppositoires, petits lavements évacuateurs
à l'eau) sont utilisés. Quel que soit le type de pathologie
neurologique du patient, il ne faut pas oublier qu'une constipation de
transit est très fréquemment associée à la
constipation terminale. Un laxatif oral, en ramollissant les selles, facilitera
leur exonération.
Il faudra demander au patient d'être vigilant quant à la
régularité de son transit intestinal. Il doit avoir une
selle quotidienne, même s'il ne ressent pas de besoin exonérateur,
et effectuer un lavement à l'eau (1,5 à 2 litres) s'il a
eu peu ou pas de selles pendant 3 jours consécutifs. Un calendrier
des selles aidera à l'évaluation du transit intestinal des
patients.
Incontinence anale (figure
6)
* Existe-t-il une constipation associée ?
La première étape de la prise en charge d'une incontinence
anale chez un patient ayant une maladie neurologique consiste à
éliminer une incontinence « par regorgement » secondaire
à un fécalome rectosigmoïdien. Compte tenu des difficultés
d'exonération des matières associées à la
constipation de transit, le fécalome rectosigmoïdien est particulièrement
fréquent chez ces patients. En cas de fécalome, il est nécessaire
de vider le côlon et le rectum à l'aide d'un traitement oral
et par lavements à l'eau. Cette préparation est comparable
à celle utilisée en vue de la réalisation d'une coloscopie.
Il n'est pas rare que l'incontinence disparaisse après vidange
colorectale. Dans ce cas, la prévention de la réapparition
d'un fécalome peut être suffisante pour traiter l'incontinence.
* Existe-t-il des facteurs associés favorisant l'incontinence
anale ?
Le plus souvent, le traitement de l'incontinence anale vise à
trouver un équilibre entre constipation et déficit des moyens
de continence. L'obtention d'une vacuité rectale permet souvent
une bonne continence. On utilisera pour cela les moyens précédemment
cités dans le § Constipation terminale.
Plus rarement, il peut exister une diarrhée associée à
l'incontinence. Le traitement adapté de la cause de la diarrhée
est alors une priorité car il peut améliorer ou faire disparaître
l'incontinence (les selles liquides étant beaucoup plus difficiles
à retenir que les selles solides). L'utilisation d'un traitement
anti-diarrhéique peut alors être préconisée.
Il faudra cependant vérifier que ce traitement n'entraîne
pas l'apparition d'un fécalome, lui-même responsable d'incontinence.
* L'incontinence anale est-elle accessible à une rééducation
périnéale ?
La rééducation périnéale aura pour objectif
d'améliorer la compétence du sphincter anal externe (travail
de l'amplitude, de la durée et de la vitesse de la contraction
volontaire) et la perception du besoin exonérateur.
Il est possible de proposer une rééducation périnéale
aux patients présentant une pathologie neurologique centrale et/ou
périphérique (spina bifida, sclérose en plaques,
neuropathie diabétique...) responsable de l'incontinence anale.
Les résultats du biofeedback associé à un
traitement médical conventionnel (règles hygiénodiététiques,
traitement de la constipation) peuvent être intéressants
chez ces patients [10, 11]. Il semble que les patients accessibles à
ce type de traitement soient ceux qui conservent un seuil de perception
rectale inférieur à 60 ml et ont une commande volontaire
périnéale non nulle [11]. En l'absence de perception rectale
du besoin exonérateur (seuil > 60 ml) et lorsque la contraction
volontaire sphinctérienne est nulle, le risque d'échec thérapeutique
est important. Il est probable que, compte tenu de la maladie neurologique,
les patients aient besoin d'un nombre de séances plus élevé
que les autres (supérieur à 10).
L'efficacité de l'électrostimulation anale ou vaginale
pour le traitement de l'incontinence anale n'a jusqu'à présent
pas été prouvée [12]. Néanmoins, il semble
que l'électrostimulation permette de modifier l'innervation sphinctérienne
[13]. Aussi, l'électrostimulation est conseillée lorsque
la contraction du sphincter anal est faible (< 50 cm d'eau à
la manométrie anorectale) et lorsque le patient a des difficultés
à sélectionner uniquement le sphincter anal lors des efforts
de contraction volontaire. Lorsqu'il existe une lésion neurologique
périphérique récente avec potentiels de régénération,
le recours à l'électrostimulation est déconseillé
[14].
* Existe-t-il un traitement chirurgical adapté à
l'incontinence anale ?
Les lésions sphinctériennes anatomiques dépistées
par une échographie endoanale ne sont pas rares. Les causes les
plus fréquentes sont, chez la femme, les accouchements par voie
vaginale (surtout avec utilisation de forceps) et, chez l'homme, la chirurgie
coloproctologique. Ces lésions, si elles ne sont pas trop étendues,
sont accessibles à une chirurgie de réparation (sphinctérorraphie).
Il est possible de mettre en évidence de telles lésions
chez des patients neurologiques. Néanmoins, l'existence d'une pathologie
neurologique sous-jacente est un facteur de mauvais pronostic pour la
cure chirurgicale de la lésion sphinctérienne [15]. Il est
important, avant d'envisager la cure chirurgicale, d'évaluer la
contribution respective de la lésion sphinctérienne et de
la maladie neurologique dans l'apparition de l'incontinence. Il paraît
justifié de prévenir le patient du plus mauvais pronostic
de la cure chirurgicale de l'incontinence anale compte tenu de sa maladie
neurologique.
Prolapsus rectal extériorisé
Le prolapsus rectal est à l'origine d'une constipation terminale
mais peut provoquer également une incontinence anale par étirement
sphinctérien et/ou par réflexes rectoanaux inhibiteurs spontanés.
Il n'est pas rare que le traitement chirurgical du prolapsus fasse disparaître
l'incontinence, bien que cela soit plus aléatoire lorsqu'il existe
une pathologie neurologique potentiellement responsable de l'incontinence.
La cure chirurgicale du prolapsus peut être tentée, mais
il est essentiel de s'assurer de l'absence de constipation de transit
associée par un temps de transit colique aux marqueurs radio-opaques
car la rectopexie peut considérablement aggraver une constipation
qui devient particulièrement difficile à traiter. Si le
temps de transit colique est allongé, la rectopexie sera complétée
par une résection colique.
Transpositions musculaires et sphincter artificiel
En cas d'échec des traitements précédents, les
transpositions musculaires stimulées ou le sphincter artificiel
(figure 7) constituent
une alternative thérapeutique. Les transpositions musculaires consistent
à effectuer la transposition du muscle droit interne de la cuisse
(graciloplastie) ou du grand fessier en position péri-anale pour
remplacer le sphincter anal externe déficient. Le muscle transposé
est ensuite stimulé (graciloplastie électrostimulée).
Ces deux techniques semblent apporter des résultats très
intéressants sur la continence anale (60 % à 80 % de bons
résultats en fonction des équipes). En revanche, il est
important de prévenir le patient que ces traitements ne le dispenseront
pas du traitement de sa constipation qu'il faudra éventuellement
renforcer compte tenu de l'implantation d'un matériel « dyschésiant
».
Stomies
Le lavement antérograde par une caecostomie ou une colostomie
continente d'amont (intervention de Malone) avec réalisation des
lavements évacuateurs tous les 1 à 2 jours peut permettre
d'obtenir un contrôle de la continence anale, particulièrement
lorsque l'incontinence anale s'accompagne d'une constipation difficile
à traiter médicalement.
Chez les patients incontinents anaux ayant une pathologie neurologique,
la colostomie reste parfois la seule solution thérapeutique.
CONCLUSION Les
troubles anorectaux sont particulièrement fréquents chez les
patients présentant une pathologie neurologique qu'ils peuvent, par
ailleurs, révéler. Leur traitement fait partie intégrante
de la prise en charge de ces patients, car, outre le handicap qu'ils constituent,
ils sont susceptibles d'avoir des répercussions sur le fonctionnement
vésicosphinctérien. Ainsi, les fécalomes coliques et/ou
rectaux peuvent aggraver une incontinence urinaire et/ou favoriser des infections
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