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L'invasion tumorale nécessite la dégradation préalable
de la matrice extracellulaire (MEC) normale. Les protéases qui
dégradent cette matrice ont donc un rôle primordial dans
la progression tumorale. Outre leur rôle dans la dégradation
de la MEC, ces enzymes modulent aussi la progression tumorale en augmentant
la biodisponibilité de facteurs de croissance liés à
la matrice, en modifiant les interactions entre cellules et MEC et l'angiogenèse.
Ces données physiopathologiques, que nous décrirons schématiquement
dans un premier temps, ont ouvert la voie à des applications cliniques
et thérapeutiques exposées dans la seconde partie de cette
revue.
Métalloprotéases et inhibiteurs
de métalloprotéases : notions fondamentales
Protéases matricielles
Deux systèmes protéolytiques, dont les activités
enzymatiques sont intriquées, sont prédominants dans la
progression tumorale : le système du plasminogène et les
métalloprotéases matricielles (MMP) [1, 2]. Plusieurs types
de protéases sont simultanément impliqués au cours
du développement tumoral et s'activent en cascade pour dégrader
les différents composants matriciels. Des chevauchements entre
les différentes cascades permettent de compenser l'absence d'une
voie : aucun phénotype particulier n'est ainsi observé dans
la plupart des modèles de souris déficientes en protéase
[3].
* Le système du plasminogène
Le plasminogène (inactif) est converti en plasmine sous l'action
de deux sérines-protéases : l'urokinase (uPA), activée
après fixation sur des récepteurs membranaires à
l'uPA [2], et le tissue-type plasminogen activator (tPA). Ce mode
d'activation permet une protéolyse précisément localisée
autour des cellules exprimant les différents composants du système
d'activation du plasminogène [4] (figure
1). La plasmine est capable de dégrader divers composants
matriciels, d'activer d'autres protéases (dont les MMP), mais aussi
de libérer de la matrice des cytokines et facteurs de croissance
tels que le transforming growth factor beta 1 (TGFbeta), le basic
fibroblast growth factor (bFGF) et le vascular endothelial growth
factor (VEGF). Les PAI1 et 2 (plasminogen activator inhibitors)
inhibent la transformation du plasminogène en plasmine et il existe
de nombreux inhibiteurs de la plasmine tels que l'alpha2-antiplasmine
ou le TFPI2 (tissue factor pathway inhibitor 2).
* Les métalloprotéases matricielles
Les MMP constituent une famille d'enzymes possédant un ion zinc
dans leur site actif et capables de dégrader tous les types de
protéines de la matrice extracellulaire [1, 5]. Elles sont classées
en fonction de leurs propriétés structurales et fonctionnelles
en cinq sous-groupes (tableau
1). Elles sont régulées par des inhibiteurs physiologiques
(TIMP pour tissue inhibitor of metaloproteinases) dont quatre types
sont décrits actuellement (TIMP1-4). Ces inhibiteurs forment des
complexes avec les MMP latentes et empêchent leur activation.
* Protéolyse péricellulaire : coopération
entre MMP et sérine-protéases
L'activation de la cascade enzymatique a deux points de départ
principaux : l'activation du plasminogène ou de la MMP2 (grâce
à la MT1-MMP) à la surface cellulaire, les deux systèmes
se chevauchant par la suite (figure
2). La plasmine et les MMP coopèrent dans la dégradation
matricielle grâce à leurs spécificités différentes
pour les substrats protéiques. Ainsi, la plasmine peut dégrader
les glycoprotéines fixées sur des fibres de collagène
et rendre le collagène accessible à l'action des MMP [6].
Protéases stromales et cancer
* Production de protéases matricielles par les tumeurs
Il est actuellement admis que, dans la plupart des tumeurs, les protéases
sont produites majoritairement par les cellules stromales (myofibroblastes)
et les cellules inflammatoires et endothéliales [4, 7] et peu par
les cellules tumorales. Cette production est sous la dépendance
de médiateurs produits par les cellules cancéreuses, et
notamment des cytokines et des facteurs de croissance. Une molécule
induisant la production de protéases (extracellular matrix metalloprotease
inducer ou EMMPRIN) appartenant à la super-famille des immunoglobulines
a aussi récemment été décrite à la
surface des cellules cancéreuses [8].
* Rôle des protéases matricielles dans la progression
tumorale
Le rôle des protéases dans la progression tumorale est
expérimentalement bien établi et repose sur des arguments
obtenus à la fois in vitro et in vivo : corrélation
entre le niveau d'expression de protéases et pouvoir invasif des
cellules tumorales, modulation des propriétés invasives
d'une cellule par transfection avec l'ADNc codant pour une MMP, un TIMP
ou l'uPA, réduction de la croissance tumorale et du potentiel métastatique
dans des modèles animaux par utilisation d'inhibiteurs synthétiques
de MMP, d'anticorps neutralisants ou d'oligonucléotides antisens
[1], et réduction de la tumorigenèse induite par des agents
chimiques chez les souris déficientes en MMP11, en MMP2 et en plasminogène
[9, 10].
* Nouvelles fonctions des protéases
L'activité des métalloprotéases ne se limite pas
au contrôle de l'invasivité tumorale, mais s'étend
à la modulation de la prolifération tumorale et de la migration
cellulaire. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ces effets protéiformes
(figure 3) : la libération
de facteurs de croissance liés à des protéines matricielles
[11], l'activation de facteurs de croissance par dissociation de leur
protéine de liaison (IGF1 et IGF-BP par exemple) [12], le contrôle
de l'apoptose par induction du relargage de Fas-ligand [13, 14], le contrôle
des liaisons entre cellules et matrice par clivage d'intégrines
[15]. L'ensemble de ces actions crée un micro-environnement favorable
au développement tumoral et accroît la mobilité des
cellules cancéreuses. Le système plasmine-uPAR-PAI1 influence
en outre, indépendamment de son activité protéolytique,
l'adhésion, la migration cellulaire et les phénomènes
de chimiotactisme [16]. En effet, des changements conformationnels du
récepteur uPAR sous l'action de la plasmine ou du PAI1 transforment
ce récepteur en un ligand pléiotrophique pour de nombreuses
molécules impliquées dans l'adhésion cellulaire.
Inhibiteurs de protéases et cancer
Une expression accrue de PAI1 a été observée dans
le stroma de plusieurs types de tumeurs (cancer colique, neuroblastome)
et une surexpression stromale de TIMP2 a été notée
dans des tumeurs du sein ou de la vessie. Il est concevable que cette
surexpression ne soit qu'une réaction favorable de l'hôte
contre l'invasion tumorale proportionnelle à l'accroissement de
l'activité protéolytique. Plusieurs arguments expérimentaux
suggèrent cependant que, sous certaines conditions, les inhibiteurs
de protéases favoriseraient l'angiogenèse et/ou la croissance
tumorale.
* Rôle du PAI1 dans l'angiogenèse et la croissance
tumorale
Dans plusieurs modèles expérimentaux (tumeurs induites
chez des souris déficientes en PAI1), le PAI1 apparaît paradoxalement
nécessaire à la croissance et à la vascularisation
tumorale [17], probablement en stabilisant la matrice entourant les néovaisseaux
en cours de formation. En effet, si la protéolyse est nécessaire
à la migration des cellules endothéliales, un excès
de protéolyse empêche leur organisation en néo-vaisseaux
[18]. Ainsi, le PAI1 aurait des effets proangiogéniques à
faible concentration et des effets anti-angiogéniques à
forte concentration. Il représente donc une cible potentielle des
thérapeutiques anti-angiogéniques.
* Rôle des TIMP dans la progression tumorale et l'angiogenèse
Dans différents modèles tumoraux, il est montré
que les TIMP réduisent l'invasion mais aussi la croissance et la
vascularisation tumorale par plusieurs mécanismes parmi lesquels
la réduction de la biodisponibilité des facteurs de croissance
liés à la matrice, le maintien de l'intégrité
des liaisons entre cellules et matrice [19], le blocage de l'angiogenèse
par inhibition de la migration et de la prolifération des cellules
endothéliales [20], la régulation de l'apoptose : le TIMP3
induit l'apoptose de plusieurs variétés de lignées
tumorales, en particulier par stabilisation des récepteurs au TNFalpha
[21]. Néanmoins, leur rôle est parfois ambivalent puisque
le TIMP2 favorise in vitro la prolifération de cellules
leucémiques, lymphomateuses et le TIMP1 exerce des effets anti-apoptotiques
sur certaines lignées cellulaires.
* Rôle du TFPI2 dans l'invasion tumorale
Le TFPI2 recombinant inhibe l'invasion de cellules de fibrosarcome HT-1080
[22]. Cependant, comme pour d'autres inhibiteurs de protéases,
il existe une dualité d'action puisque le TFPI2 est pro-invasif,
spécifiquement pour les cellules de carcinome hépatocellulaire
[23].
Métalloprotéases matricielles
et inhibiteurs de protéases : applications cliniques et thérapeutiques
Toutes ces données expérimentales indiquent que les protéases
interviennent aux différents stades de la progression tumorale
(invasion, processus métastatique, néo-angiogenèse
et prolifération cellulaire). Ces enzymes apparaissent donc comme
des marqueurs pronostiques et des cibles thérapeutiques potentielles.
Protéases matricielles et leurs inhibiteurs
comme facteurs pronostiques
Une forte expression de protéases (ou paradoxalement de leur
inhibiteur) sérique ou intratumorale est habituellement rapportée
dans les tumeurs avancées sans qu'un rapport de cause à
effet ne puisse être établi formellement, cette élévation
pouvant parfois être aspécifique [24]. Le plus intéressant
est l'individualisation par plusieurs études concordantes de l'expression
de protéases comme facteurs prédictifs de récidive
ou de risque métastatique chez les patients ayant bénéficié
d'une résection curatrice d'une tumeur digestive.
* Cancer de l'sophage
La sur-expression tumorale de MT1-MMP, MMP13 [25], MMP1 [26], uPA [27]
et MMP7 est un facteur de mauvais pronostic, corrélé au
risque d'invasion tumorale. L'expression de MMP7 dans une série
de 48 carcinomes épidermoïdes de l'sophage curativement
réséqués paraît un facteur prédictif
indépendant de mauvais pronostic en analyse multivariée
[28] à l'inverse de celle du PAI2, facteur de bon pronostic. Dans
les adénocarcinomes sophagiens, la détection d'uPA
par Elisa dans les tumeurs est un facteur indépendant prédictif
de faible survie dans une série de 54 cancers réséqués
[29].
* Cancer de l'estomac
La détection par immuno-histochimie de PAI1 dans les cancers
gastriques réséqués est un facteur prédictif
indépendant de survie sans récidive et de survie globale
pour Allgayer et al. (203 cancers consécutifs étudiés)
[30], Ganesh et al. (50 cancers consécutifs) [31], Nekarda
et al. (76 résections consécutives curatives de cancer
gastrique) [32]. L'expression élevée d'uPA et du récepteur
à l'uPA sont de mauvais pronostic en analyse univariée [33]
ainsi que l'expression tumorale de MT1-MMP (en analyse multivariée)
pour Mori et al. (68 résections gastriques) [34] et Bando
et al. (127 résections gastriques) [35]. Le caractère
péjoratif de la surexpression du TIMP1 et du TIMP2 est l'objet
de publications contradictoires.
* Cancer colorectal
Le taux sérique de PAI1 est clairement corrélé
au stade de Dukes mais son élévation est aspécifique,
parallèle à l'élévation de la protéine
réactive C [24]. Une augmentation d'expression de l'uPA ou du PAI1
est ainsi notée dans les tumeurs au stade C et D de Dukes mais,
de façon plus intéressante, l'élévation du
rapport uPA/PAI1 est un facteur indépendant de survie en analyse
multivariée, quel que soit le stade de Dukes [36]. Le dosage de
deux autres protéases tumorales a aussi un intérêt
pronostique : la MMP1 (indépendamment du score de Dukes) [37] et
la MMP9 (facteur indépendant de survie sans récidive) [38].
* Cancer du pancréas
Les études sont moins nombreuses dans l'adénocarcinome
du pancréas, mais l'expression de MMP2 et de MMP9 [39] par les
tumeurs est associée à des récidives plus précoces
après chirurgie curatrice. À l'inverse, l'expression de
PAI2 est corrélée à une fréquence moindre
de métastases dans une série de 97 cancers [40].
* Carcinome hépatocellulaire
L'expression de protéases dans les carcinomes hépatocellulaires
a fait l'objet d'études descriptives [41] rarement rapportées
au pronostic. La forte expression d'uPA par les tumeurs paraît cependant
de mauvais pronostic [42].
Utilisation thérapeutique des
inhibiteurs synthétiques de protéases
La première génération d'inhibiteurs synthétiques,
utilisée dès 1992, possédait une très faible
biodisponibilité par voie orale. Parmi ceux-ci, seul le batimastat
(BB94) a fait l'objet d'études cliniques [43] par administration
intrapleurale ou intrapéritonéale. Une étude de phase
I portant sur des ascites néoplasiques d'origine diverse - dont
pancréatique - a montré une bonne tolérance clinique
et biologique avec disparition de l'ascite chez 70 % des patients dans
les 28 jours suivant l'injection et a été confirmée
par une étude de phase II pour les ascites néoplasiques
d'origine ovarienne uniquement. Le développement du batimastat
a été néanmoins stoppé pour toxicité
péritonéale majeure lors d'administrations en l'absence
d'ascite et du fait de l'apparition d'inhibiteurs synthétiques
de métalloprotéases biodisponibles par voie orale, dont
le matimastat qui a fait l'objet de plusieurs essais cliniques.
* Marimastat
Au cours d'une étude préliminaire de phase I chez des
malades inopérables (cancers ovariens, colorectaux, pancréatiques
et prostatiques), un traitement de 28 jours par marimastat a été
associé à une diminution des marqueurs tumoraux sériques
[44]. Une toxicité dose-limitante sous forme de douleurs musculaires
et tendineuses affectant principalement les épaules et les mains
a été mise en évidence. Plusieurs études ont
été ensuite entreprises en oncologie digestive.
- Cancer gastrique. Trente-cinq patients souffrant de cancers
gastriques avancés inopérables traités préalablement
ou non par chimiothérapie, radiothérapie ou chirurgie palliative,
ont été inclus dans une étude de phase I [45]. La
dose initiale proposée était de 50 mg/j, ramenée
à 25 mg/j dès le sixième patient inclus du fait de
la toxicité musculo-tendineuse (arthralgies, myalgies, tendinites)
apparaissant en moyenne 45 j après le début du traitement
chez 37 % des patients. Les autres effets secondaires observés
furent des nausées et des vomissements (10 % des cas) et, chez
4 patients traités pendant 3 mois, la survenue d'une maladie de
Dupuytren. L'efficacité du traitement a été évaluée
sur des critères endoscopiques et histologiques. Les endoscopies
pratiquées à J0 et J28 ne montraient pas de réduction
significative du volume tumoral mais, dans 30 % des cas, une diminution
des manifestations hémorragiques et une involution scléreuse
des tumeurs. Les biopsies analysées chez 25 patients montraient
une augmentation du stroma fibreux tumoral dans un petit nombre des cas.
Ces résultats encourageants ont justifié la réalisation
d'une étude multicentrique de phase III [46] portant sur 369 cancers
gastriques avancés randomisés en deux groupes : marimastat
10 mg/j pendant 6 mois ou placebo. Les effets indésirables ont
été représentés par des douleurs musculaires.
Un gain statistiquement significatif a été observé
dans le groupe marimastat pour la survie médiane (167 versus
135 j) et la survie sans progression. La survie à 1 an était
de 20 % pour le groupe marimastat (14 % dans le groupe placebo), la réponse
étant meilleure chez les patients ayant préalablement reçu
une chimiothérapie et en l'absence de métastases.
- Cancer du pancréas. Une étude de phase III a
débuté dans les cancers du pancréas non résécables
comparant en première ligne la gemcitabine et le marimastat en
monothérapie [47], mais elle a été interrompue du
fait de résultats intermédiaires très en faveur du
bras gemcitabine. L'administration concomitante de gemcitabine et de marimastat
dans les cancers pancréatiques inopérables fait actuellement
l'objet d'une étude de phase I [48]. Il ne semble pas exister sur
les résultats préliminaires de toxicité supplémentaire
et il a été observé 2 réponses objectives
et une stabilisation des lésions chez 6 des 11 patients inclus.
- Cancer du côlon. L'utilisation du marimastat en phase
I à forte dose dans des cancers colorectaux avancés [49]
s'est accompagnée d'une diminution significative du taux sérique
d'ACE (antigène carcino-embryonnaire) en cours de traitement. Des
études de doses sont en cours en association avec le 5-fluoro-uracile
et l'acide folinique.
* Bayer 12-9566
Cet inhibiteur sélectif des MMP2, 9, 3 et 13 a une faible toxicité
sous forme d'anémie et de thrombopénie réversibles
et d'augmentation modérée des transaminases sans manifestation
musculo-tendineuse. L'association 5-fluoro-uracile et acide folinique
est bien tolérée sans surtoxicité [50]. Une étude
comparant Bayer 12-9566 versus gemcitabine en première ligne
dans les cancers inopérables du pancréas a inclus 277 patients
[51]. La survie sans progression était de 3,5 mois pour la gemcitabine
(versus 1,7) et la médiane de survie également en
faveur de la gemcitabine (6,4 versus 3,2 mois).
* CGS-27023A (MM-1270)
Cet inhibiteur non sélectif des MMP a pour principales toxicités
des douleurs musculaires et des rashs maculopapuleux. Étudié
en association au 5-fluoro-uracile et à l'acide folinique chez
20 patients souffrant de cancers coliques métastatiques, sa tolérance
a été bonne malgré des rashs chez 8 patients [52].
Une stabilisation des lésions a été obtenue chez
10 patients et une réponse partielle chez 2.
* Autres inhibiteurs synthétiques
Le prinomastat (AG-3340), le BMS-275291 (D-2163) et le métastat
sont étudiés en phase I dans des tumeurs avancées
solides, en particulier prostatiques. Leur tolérance est bonne
malgré de rares manifestations articulaires et cutanées.
Quel avenir pour les
inhibiteurs de protéases en oncologie ?
Les différents essais montrent dans l'ensemble des résultats
modestes souvent considérés comme décevants. Cette
déception est à nuancer du fait de résultats encourageants
obtenus dans certains cancers (allongement dans plusieurs essais de la
survie sans progression) et de la bonne tolérance de ces drogues,
même si des effets secondaires sont théoriquement envisageables
tels que des perturbations des mécanismes de cicatrisation et des
interactions avec des processus physiologiques (blocage de l'action de
l'enzyme de conversion de l'angiotensine, modification de la disponibilité
de cytokines...).
La principale difficulté sera de trouver la place de ces médicaments
dans l'arsenal thérapeutique anticancéreux et d'entreprendre
des études adaptées à leurs propriétés
potentielles. Les inhibiteurs de métalloprotéases sont en
effet principalement des agents cytostatiques, on ne peut donc attendre
de leur utilisation des résultats (et des effets secondaires) comparables
à ceux observés pour une chimiothérapie cytolytique.
Ils ne doivent pas être considérés comme concurrents
des drogues cytolytiques mais être utilisés en association
synergique, comme le suggèrent des travaux expérimentaux.
Les études comparant marimastat et gemcitabine en monothérapie
dans le cancer du pancréas sont ainsi critiquables, surtout si
le critère d'analyse (la réponse tumorale objective) est
inadéquat pour une drogue cytostatique.
Les indications et les modes d'utilisation des inhibiteurs de protéases
commencent cependant à s'éclaircir et devraient être
précisés par de futures études :
- Utilisation préférentielle dans les tumeurs très
vascularisées, invasives et à fort potentiel métastatique.
Les inhibiteurs de protéases pourraient empêcher le passage
de la forme in situ à la forme invasive, réduire
le risque de récidive locale après chirurgie d'exérèse,
diminuer le risque métastatique. Les études disponibles
actuellement ne peuvent répondre à ces questions puisque
le traitement est administré à un stade déjà
métastatique...
- Utilisation en association potentialisatrice avec la chimio et/ou
la radiothérapie, en adjuvant chez les patients à fort risque
de récidive (cancer du pancréas, hépatocarcinome)
ou en néoadjuvant pour prévenir le risque métastatique
et accroître l'opérabilité des tumeurs (cancer du
rectum, cancer de l'sophage).
- La chronologie d'administration par rapport aux drogues conventionnelles
reste à déterminer et devrait faire l'objet des futurs protocoles
d'études.
Les inhibiteurs de protéases en oncologie doivent encore manifestement
trouver leur place dans les protocoles thérapeutiques anticancéreux.
Néanmoins, les résultats spectaculaires obtenus dans les
modèles précliniques, en particulier en association avec
des drogues cytotoxiques, et les résultats préliminaires
des études cliniques, encouragent à poursuivre le développement
de ces nouveaux agents anticancéreux.
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