ARTICLE
Quelle que soit la technique utilisée pour le traitement
du reflux gastro-sophagien, le but et les indications sont actuellement
les mêmes : il s'agit de réduire, voire d'arrêter,
la prise d'inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) chez des patients
présentant un reflux gastro-sophagien dépendant des
IPP, mais sans dyskinésie sophagienne, sans hernie hiatale
et en l'absence de muqueuse de Barrett. Les symptômes doivent être
calmés par les IPP.
En raison de son caractère uniquement endoluminal, le traitement
endoscopique ne peut pas corriger la hernie hiatale et, pour l'instant,
en raison de l'incertitude concernant la durabilité de ces effets,
il ne peut pas être recommandé pour un patient présentant
un sophage de Barrett. Le traitement endoscopique est donc positionné
comme une alternative au traitement chirurgical correcteur du reflux,
un peu moins efficace mais de réalisation plus simple, avec moins
d'effets secondaires. Eventuellement, il pourrait servir de test thérapeutique
avant la réalisation d'un traitement chirurgical.
Les différentes techniques peuvent être classées
en trois catégories : la suture, l'injection ou l'implantation
de matière synthétique, l'hyperthermie.
Suture endoscopique
La suture endoscopique est la technique la plus populaire actuellement
et, sur le papier, la plus séduisante. Elle vise à reproduire
a minima le traitement chirurgical : il s'agit de créer
une valve muqueuse par des points réalisés à partir
de la lumière digestive, le tout sous contrôle endoscopique.
La suture présente théoriquement plusieurs avantages : 1)
elle est adaptable à chaque cas : le nombre de points et leur positionnement
sont fonction des conditions anatomiques ; 2) elle est théoriquement
réversible par section des points, et des effets secondaires à
long terme ne sont pas suspectés comme pour l'hyperthermie que
nous verrons plus loin ; 3) si une chirurgie se révèle néanmoins
nécessaire, elle n'est pas gênée par le traitement
endoscopique.
Quatre types de suture dérivés du matériel laparoscopique
sont proposés ou au moins annoncés : Bard, Wilson-Cook,
NDO, Boston Scientific.
Suture Bard (figures
1 à 5)
L'évaluation de la suture Bard est la plus avancée, ayant
fait l'objet d'une étude nord-américaine (64 patients),
qui a conduit à son approbation par la Food and Drug Administration
(FDA), et d'une étude anglo-suédoise (142 patients). Le
procédé, mis au point par Paul Swain après un long
développement, est ingénieux, mais il peut apparaître
d'emblée complexe et un peu fastidieux : la préparation
du matériel est assez longue, en particulier le calibrage du système
de ponction ; plusieurs passages d'endoscope sont nécessaires,
ce qui impose le positionnement au préalable d'un overtube ; enfin,
deux endoscopes et deux colonnes d'endoscopie sont indispensables. Cependant,
après une phase de familiarisation, la technique devient rapidement
aisée : elle est faite de plusieurs étapes bien codifiées
pour lesquelles le rôle de l'assistant est très important.
Le temps endoscopique est de l'ordre de 40 minutes après une dizaine
de traitements et pourrait descendre à 20 minutes pour les experts.
Le principe est le suivant : la paroi digestive est aspirée dans
une capsule creuse fixée à l'extrémité de
l'endoscope et est transpercée par une aiguille. Cette aiguille
contient une petite pièce métallique reliée à
un fil. La petite pièce métallique et le fil franchissent
ainsi la paroi et sont ramenés à la bouche. Est ainsi créé
un point. Le même fil est utilisé pour créer un second
point selon la même technique. Les deux points sont alors rapprochés
et réunis par 4 à 6 nuds pour former une suture ou
plicature. Ils sont réalisés en dehors de la bouche, en
extracorporel, selon un procédé utilisé en chirurgie
laparoscopique. Les nuds sont glissés par la bouche et l'sophage
grâce à un pousse-nuds qui est une petite pièce
en plastique fixée à l'extrémité du deuxième
endoscope. Dans quelques mois, une petite bague métallique resserrera
les fils et simplifiera considérablement la technique en remplaçant
les nuds [1]. Enfin, les deux fils sont sectionnés en un
temps à l'aide d'un coupe-fil ingénieux introduit dans le
canal opérateur de l'endoscope. Est ainsi créée une
plicature. Il est conseillé de réaliser deux plicatures.
Ces plicatures sont grossièrement centrées dans le prolongement
de la petite courbure et sont disposées de deux façons :
soit horizontalement au niveau de la ligne Z (suture circonférentielle),
soit verticalement (suture linéaire), la première suture
étant située à 2 cm sous la ligne Z et la deuxième
au niveau de la ligne Z. La disposition verticale est la plus employée
: un troisième point peut être placé dans le même
axe plus en aval dans l'estomac. Le résultat est mieux analysé
en rétrovision dans l'estomac que de face : de face, le cardia
paraît simplement plus étroit et les points sont assez mal
vus mais, en rétrovision, ils sont nettement visibles et reproduisent
grossièrement la valve du traitement chirurgical.
Quels sont les résultats ? L'étude nord-américaine
en a fait l'objet d'une publication en avril dans Gastrointestinal
Endoscopy [2]. Soixante-quatre patients ont été traités,
31 par suture circonférentielle et 33 par suture linéaire
; ils ont été suivis 6 mois. Les critères d'inclusion
comportaient, outre les critères précédemment cités
(symptômes dépendants du traitement anti-sécrétoire
ou anti-acide, absence de hernie hiatale), l'absence d'sophagite
de grade supérieur à 2 et l'absence d'obésité.
Onze patients ont eu une deuxième séance de suture. Pour
13 patients, les données étaient incomplètes à
6 mois. Les opérateurs n'avaient réalisé que des
sutures chez l'animal avant de participer à l'étude, ce
qui explique que le temps moyen de suture a été long, de
68 minutes.
La fréquence et l'intensité du pyrosis, la fréquence
des régurgitations ont été diminuées de façon
significative à 3 mois et à 6 mois. Bien qu'il n'ait pas
été observé de différence significative concernant
la pression du sphincter inférieur de l'sophage, le pourcentage
de temps passé à pH < 4 (9,6 versus 8,5) et le
nombre d'épisodes à pH < 4 (158 versus 117) ont
été abaissés de façon significative. Soixante-quatre
pour cent des patients prenaient, à 3 et 6 mois, moins de 4 doses
d'anti-sécrétoires, d'anti-acides ou de prokinétiques
par mois. Il faut reconnaître que la publication est peu précise
quant au type de médicaments utilisés avant et après
la suture, ce qui diminue beaucoup son intérêt et affaiblit
l'analyse des résultats de la méthode.
Les effets secondaires ont été une pharyngite (31 %),
des vomissements (14 %), des douleurs abdominales (14 %), des douleurs
thoraciques (16 %), des effractions muqueuses (3 %), une hypoxie (6 %),
un hémorragie spontanément résolutive (3 %) et une
perforation (douleur et fièvre avec emphysème médiastinal)
qui a été traitée de façon conservatrice.
Une perforation a également été observée dans
la série de Park et al. [3] et a nécessité
un traitement chirurgical. Il n'y a pas d'explication définitive
à ce type de complication. Une hypothèse est que le fil
peut déchirer les tissus s'il est trop tendu, par frottement par
exemple dans l'overtube. D'où la nécessité de conduire
encore des études de morbidité. Une étude française
multicentrique de type loi Huriet a débuté en prenant comme
critère d'évaluation la morbidité précoce.
La seconde incertitude concerne la durabilité de la méthode.
Cette durabilité est très probablement liée à
la profondeur des points, un point limité à la sous-muqueuse
ayant plus de risque d'être éliminé qu'un point transmural.
Il n'est pas possible de connaître évidemment chez l'homme
la profondeur de pénétration des points. Si on fait référence
à l'expérience de la mucosectomie, il est probable que le
tissu aspiré dans la capsule ne comporte que la muqueuse et la
sous-muqueuse et que la plupart des points ne concerne que ces deux couches
et ne sont pas transmuraux. D'où un risque d'élimination
des points. D'ailleurs, la localisation essentiellement sous-muqueuse
des points a été confirmée par une étude sur
l'estomac de porc [4]. Certains ont proposé de compléter
la suture par une électrocoagulation pour augmenter sa durabilité
[5].
Swain et Park ont conduit une étude anglo-suédoise sur
la suture et ont présenté leur série aux congrès
de l'American Gastroenterological Association (AGA) en 2000 et en 2001
[3]. Swain, qui a inventé le matériel, a effectué
ses premiers essais il y a plus de 5 ans, et la durée du suivi
est la principale caractéristique de cette série dans laquelle
142 patients ont été traités par suture linéaire.
Le temps moyen de la procédure a été de 30 minutes.
Le suivi a été de 3 mois à 5 ans. Le score de DeMeester
a été abaissé de façon significative et, en
manométrie, la longueur médiane du sphincter inférieur
de l'sophage est passée de 2 à 3 cm (p < 0,05)
et la pression de ce sphincter de 5 à 8 mmHg (p < 0,05). Le
temps passé à pH < 4 a diminué de 8,4 % à
2,7 % (p < 0,05). Une réduction ou un arrêt de la prise
d'inhibiteurs de la pompe à protons ont été observés
chez 84 % des patients. Les effets secondaires ont été une
perforation déjà citée plus haut, une hypoxie, deux
hémorragies mineures et trois dysphagies transitoires. L'absence
de dysphagie dans l'étude de Filipi et al. [2] et son caractère
transitoire dans l'étude de Park et al. [3] constituent
évidemment un avantage par rapport à la méthode chirurgicale.
Les résultats de la série anglo-suédoise doivent
être interprétés avec précaution, car la lecture
comparée des résumés de l'AGA 2000 et de ceux de
l'AGA 2001 fait craindre beaucoup d'approximations dans leur recueil.
Rajman et al. [6], dans une étude multicentrique américaine
récemment présentée à l'AGA, ont élargi
les indications : ils ont traité des patients avec une hernie hiatale
de plus de 2 cm de hauteur ou avec un sophage de Barrett. Il n'a
pas été observé de différences significatives
de résultats dans le groupe aux indications plus classiques, mais
il faut noter que les effectifs étaient faibles.
Suture Wilson-Cook (figures
6 et 7)
Pour l'instant, ce système a fait l'objet d'études expérimentales
sur les animaux mais n'a pas été utilisé chez l'homme.
Le protocole d'évaluation clinique devrait débuter avant
la fin de l'année 2001. Par rapport au système Bard, la
structure Wilson-Cook paraît plus simple à préparer
et à utiliser et le contrôle visuel sera probablement meilleur.
Le matériel comporte deux accessoires : un crochet passe-fils et
une pince serre-nuds. Le tissu est positionné dans le crochet,
éventuellement en utilisant une aspiration. L'aiguille traverse
le tissu et va récupérer un fil situé à l'extrémité
du crochet : une fois l'aiguille revenue en arrière, le fil passe
à travers le tissu. L'avantage de ce système est qu'il est
possible de faire un deuxième point immédiatement après,
donc une plicature, sans retirer le crochet. Une fois la plicature amorcée,
le crochet est retiré et la pince sert alors à resserrer
la plicature à l'aide d'un anneau métallique bloquant les
fils. Les études chez le porc ou sur simulateur animal montrent
que le contrôle visuel n'est pas gêné par la présence
de matériel à l'extrémité de l'endoscope et
est de bonne qualité. Reste maintenant à savoir si les points
seront suffisamment profonds.
Système NDO (figure
8)
Par rapport aux deux matériels précédents, le système
NDO paraît d'emblée plus agressif et plus ambitieux, en permettant
la réalisation de points transmuraux, donc théoriquement
plus durables. Par ailleurs, il constitue le premier modèle de
ce que pourrait être l'endoscope thérapeutique du futur,
à savoir qu'il se présente à peu près comme
un endoscope à deux bras indépendants. Il comporte un bras
béquillable muni de la pince ou plicateur et un canal pour laisser
passer un endoscope standard. Au milieu du plicateur, un système
de « tire-bouchon » vient prendre et attirer l'angle de His.
Puis le plicateur positionne automatiquement deux points transmuraux entre
l'estomac et l'sophage. Un endoscope est inséré à
travers le système pour contrôler le bon positionnement du
plicateur en rétrovision.
Ce matériel a été testé chez l'animal, puis
sur le cadavre [7]. Cinq patients ont été traités
en Inde sans morbidité immédiate. La localisation transmurale
des points et l'apparente simplicité du système pourraient
en faire le système de référence. Pourquoi pas ?
Suture Boston Scientific
Ce matériel a été élaboré par l'université
de Tübingen en Allemagne. Comme pour le procédé précédent,
il est difficile de parler de suture : il s'agit plutôt d'une plicature
obtenue par positionnement de 4 à 8 clips biodégradables
au niveau du cardia. Le système comporte un applicateur qui est
glissé jusqu'au niveau du cardia. L'endoscope de 6 mm de diamètre
passe à travers l'applicateur et sert seulement à contrôler
en rétrovision le bon positionnement des clips. Les clips sont
longs et resserrent la paroi gastrique contre la paroi sophagienne
pour créer un accolement et finalement une espèce de manchon
de la paroi sophagienne dans la cavité gastrique. Pour l'instant,
seules des études ont été conduites chez 10 babouins
[8] : 1 est décédé d'un abcès médiastinal
à 6 jours, 8 présentent encore des clips en place et une
valve endoscopique à 6 semaines.
Injection et implantation de matériel
Enteryx® (figure
9)
Le produit est commercialisé par Enteric Medical Technologies,
société californienne, en collaboration avec Boston Scientific.
Il est identique en composition à l'Embolyx® qui
est utilisé pour l'embolisation de malformations vasculaires ou
de tumeurs hypervasculaires cérébrales. Il s'agit d'un polymère
biocompatible (employé pour la fabrication des membranes de filtration
et des emballages de nourriture) qui se présente sous forme de
poudre. Avant injection, cette poudre est dissoute dans du diméthyl-sulfoxide
(DMSO). Après injection, ce DMSO diffuse rapidement dans les tissus
et le sang, entraînant la précipitation du polymère
en une masse molle spongieuse. Du tantale micronisé est ajouté
au polymère pour le rendre radio-opaque. Des études expérimentales
sur les effets secondaires ont été conduites chez 19 chiens.
Les animaux sont restés apparemment sains jusqu'à leur sacrifice,
et en particulier 3 chiens ont survécu 1 an. Les injections extramurales,
intrapéritonéales ou sous-séreuses n'ont pas entraîné
de réaction locale. Les injections intrapariétales ont entraîné
une encapsulation du produit au sein d'une réaction fibrosante
modérée. Ces résultats ont été reproduits
chez 12 miniporcs : la réponse tissulaire pariétale a évolué
de la réaction inflammatoire aiguë à une fibrose modérée
encapsulant des dépôts de produit. Les premiers essais cliniques
ont eu lieu à Bruxelles et ont été menés par
J. Deviere.
L'injection est pratiquée sous un double contrôle endoscopique
et fluoroscopique : le produit est injecté à l'aide d'une
aiguille, type aiguille à varice, assez profondément et
avec suffisamment de pression sur l'aiguille pour atteindre la couche
musculaire. La paroi est ponctionnée un peu au-dessus de la ligne
Z pour que le produit soit libéré en profondeur à
la hauteur de la ligne Z. J. Deviere recommande de bien contrôler
endoscopiquement le point d'injection : théoriquement, il ne faut
pas observer de diffusion sous-muqueuse du produit (qui est noir et facile
à voir). J. Deviere a eu la surprise d'observer en fluoroscopie,
chez les premiers patients, la formation d'un anneau ou d'une ébauche
d'anneau transversal à hauteur du cardia qui pourrait correspondre
à la diffusion du produit dans la couche musculaire circulaire
du cardia, et donc dans le sphincter. Cet anneau n'est pas toujours obtenu
et il est trop tôt pour dire s'il y a une corrélation entre
son obtention et les résultats cliniques les plus favorables. Son
aspect est cependant assez démonstratif pour que l'on recommande
de l'obtenir si possible. Quatre à 8 cc de produit sont injectés
si nécessaire en plusieurs points. Il faut reconnaître que
l'injection est relativement aléatoire et il n'est pas rare d'observer
des injections extrapariétales dont on ne sait pas si elles sont
efficaces. Si l'anneau n'est pas obtenu, J. Deviere essaye de répartir
dans le cardia circonférentiellement des flaques de produit radio-opaque.
Le produit agit soit simplement par phénomène de compression
élastique de la lumière, soit par gêne au fonctionnement
du sphincter en partie en raison de la fibrose. Le lieu d'injection pourrait
être plus précis en se guidant par échoendoscopie
: c'est ce qui a été réalisé chez un patient
à l'hôpital Édouard-Herriot. J. Deviere a rapporté,
à l'AGA 2001, une série de 28 traitements réalisés
en collaboration avec G. Costamagna à Rome [9]. Quinze patients
ont été revus à 6 mois : 8 avaient présenté
des douleurs transitoires après l'injection. La manométrie
a révélé un effet significatif du traitement sur
la pression du sphincter inférieur de l'sophage. Onze patients
sur 15 ont arrêté les IPP et 4 en ont réduit la posologie.
Il semble que le produit ait tendance à se résorber avec
le temps : après un suivi de 4 à 12 mois, 9 patients ont
perdu plus de la moitié du produit injecté et 2 plus de
75 %. Les caractéristiques de cette technique sont sa simplicité
de réalisation, son absence d'effets secondaires significatifs
et, semble-t-il, la persistance de ses effets malgré la régression
de l'image fluoroscopique. Une étude prospective de type loi Huriet
est en cours en France.
Endonetics
Son principe est différent de celui de l'Enteryx®.
Il ne s'agit pas véritablement d'une injection, mais plutôt
d'une implantation : le produit, proposé par une autre firme californienne,
se présente sous la forme d'un cylindre de gel capable de se répandre
par hydratation. La technique consiste d'abord à faire une ouverture
dans la muqueuse sophagienne un peu au-dessus de la ligne Z. Puis,
en utilisant un dispositif positionné autour de l'endoscope, le
cylindre est introduit dans cette ouverture dans la couche sous-muqueuse
de façon longitudinale. Trois à quatre cylindres sont ainsi
disposés en parallèle à la hauteur de la ligne Z.
Le produit semble agir plutôt par effet d'obstacle au reflux.
À l'AGA 2001, Easter et al. [10] ont présenté
les résultats d'une étude expérimentale chez 39 porcs
surveillés après implantation pendant 7 à 168 jours.
Le taux de succès d'insertion a été de 99 % (160/162).
Aucun effet secondaire n'a été observé. Le problème
avec ce produit est le risque de migration endoluminale qui a été
cependant modérée : 84 % des implants sont restés
stables. L'avantage est la conséquence de ce problème :
il est facile de retirer le produit si nécessaire par simple section
de la muqueuse ; c'est ce qui a été réalisé
13 fois sans difficulté. L'examen histologique a montré,
comme avec l'Enteryx®, une encapsulation du produit dans
une fibrose modérée. Les études cliniques démarrent
: 5 patients ont été traités par P. Fockens à
Amsterdam. La seule information disponible est qu'il n'y a pas eu d'effets
secondaires importants.
Plexiglas (polyméthylméthacrylate)
Le principe est le même que celui de l'Endonetics : il s'agit
d'implantations de microsphères de plexiglas dans la couche sous-muqueuse
de la partie basse de l'sophage. Ce produit crée un barrage
au reflux. Il a été élaboré et évalué
par une équipe grecque. Une publication récente [11] a porté
sur une série de 10 patients, les microsphères ayant été
injectées à travers une aiguille. Cinq ou 6 injections ont
été pratiquées à 1 ou 2 cm en amont de la
ligne Z. Une baisse du score clinique de sévérité
du reflux (score de DeMeester et Gerd symptom score) et une amélioration
de la pHmétrie ont été notées. Sept patients
ne prenaient plus de traitement médical et aucun effet secondaire
sérieux n'a été signalé : ont été
seulement notées des douleurs transitoires chez 2 patients, une
hémorragie spontanément résolutive chez un patient
et une dysphagie transitoire chez un patient.
Cette procédure est celle qui suscite le plus de discussions
et d'interrogations. S'agit-il de la technique qui va s'imposer de par
sa simplicité de réalisation ou, au contraire, d'une technique
trop agressive et dont les effets secondaires vont arrêter le développement
?
La sonde (Stretta® de la firme Curon) comporte une extrémité
de type bougie, un assemblage fait d'un ballon, d'un panier et de 4 électrodes
positionnées de façon radiale autour du ballon. Le ballon
est placé à 2 cm au-dessous de la ligne Z et est gonflé.
Les 4 électrodes sont alors déployées dans la couche
musculaire de la paroi. Elles sont activées et la température
est contrôlée pour atteindre 85 °C pendant que la muqueuse
est refroidie à 30 °C par un circuit d'eau. En tournant et
en déplaçant la sonde, 12 à 15 lésions sont
créées chez le patient sur une hauteur de 4 cm.
L'hyperthermie par radiofréquence induit l'apparition d'une fibrose
extensive de la paroi, qui réduirait la souplesse du sphincter
et pourrait aussi détruire les réseaux nerveux à
l'origine des relaxations transitoires du SIO. Cette technique a fait
l'objet d'une étude nord-américaine (119 patients), qui
a permis son approbation par la FDA ; une étude multicentrique
européenne va débuter. Dans une publication récente
dans Gastrointestinal Endoscopy, Triadafilopoulos et al.
[12] rapportent des résultats après 6 mois de suivi chez
47 patients. Les scores de reflux et de qualité de vie SF-36 ont
été significativement améliorés. La manométrie
n'a montré aucun changement significatif concernant la pression
moyenne et la longueur du SIO ainsi que l'amplitude des ondes péristaltiques.
Mais le temps à pH < 4 a été abaissé de
façon significative (11,7 % avant, 4,8 % après). Quatre-vingt-sept
pour cent des patients ont arrêté les IPP. Plus récemment,
à l'AGA 2001 lors d'une revue des traitements endoscopiques, Triadafilopoulos
a présenté une série de 119 patients avec des résultats
un peu moins bons : 83 patients ont été revus à 12
mois avec un taux d'arrêt des IPP de 66 %. Enfin, si l'étude
nord-américaine ne rapporte que des complications précoces
mineures (érosions superficielles ou plaie longitudinale, fièvre,
odynophagie) chez 8,4 % des patients, certains rapports de la FDA signalent
des complications graves à type de perforations létales.
La morbidité précoce, mais également tardive de la
méthode reste encore à évaluer. L'hyperthermie a
l'avantage de sa simplicité mais la fibrose inquiète : ne
va-t-elle pas gêner la chirurgie et ne pourrait-elle pas à
long terme générer une pseudoachalasie ? Si la morbidité
se révèle négligeable, cette technique a de bonnes
chances d'avoir du succès en raison de sa simplicité d'utilisation.
CONCLUSION
Nous avons vu que les principes utilisés pour le traitement endoscopique
du reflux gastro-sophagien sont très variés. Il y
a donc quelques chances pour qu'au moins une de ces techniques devienne
un élément de routine du traitement du reflux gastro-sophagien.
Les conditions indispensables pour qu'une technique soit intéressante
face à la cure chirurgicale du reflux sont une simplicité
d'utilisation et une absence de morbidité.
Pour chacune des techniques présentées plus haut, il faut
encore conduire une évaluation de la morbidité précoce
et tardive, de la durabilité et donc de l'efficacité à
long terme. Nous ne disposons pas d'études randomisées méthode
endoscopique ± traitement médical contre traitement médical
seul. Il est peu probable que les comités d'éthique acceptent
une étude optimale qui comparerait les effets du traitement endoscopique
aux effets d'un traitement endoscopique placebo.
Le prix du matériel, que ce soit de suture, d'injection ou d'hyperthermie,
est d'environ 12 000 F pour une séance. Il est évident,
compte tenu des coûts respectifs des traitements endoscopique et
médicamenteux, que la durée des effets doit largement dépasser
une année pour que le traitement endoscopique soit intéressant
sur le plan économique. Des études coût/efficacité
sont donc aussi nécessaires.
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