ARTICLE
L'absorption directe des disaccharides et des oligosaccharides dans l'intestin
grêle humain étant négligeable, l'intégralité
de la ration alimentaire glucidique, soit environ 250 g/j, est absorbée
sous forme de monosaccharides, essentiellement de glucose et de fructose.
Les mécanismes de transport trans-entérocytaire de ces deux
molécules sont maintenant bien connus. La physiologie de l'absorption
des glucides ne se résume pas pour autant à celle de l'entérocyte.
Elle doit être en effet envisagée à l'échelle
de l'épithélium intestinal, en tenant compte du rôle
fonctionnel des jonctions intercellulaires. Elle doit aussi expliquer
le transport des monosaccharides absorbés passivement, tels que
certains polyols, introduits récemment dans l'industrie alimentaire.
Mécanismes
d'absorption
Absorption entérocytaire faisant intervenir
une ou plusieurs protéines de transport
Dans ce domaine, le transport commun au D-glucose et au galactose
est le mieux connu (figure 1, [1]).
Le D-glucose pénètre la bordure en brosse du pôle
apical de l'entérocyte, couplé au sodium et à une
protéine cotransporteur du sodium et du glucose-galactose, selon
l'hypothèse initialement formulée par Crane [2]. Le moteur
de cette première étape du transport est le gradient électro-chimique
du sodium, entretenu par la pompe sodium-potassium, située au pôle
baso-latéral de l'entérocyte, et consommatrice d'énergie.
La protéine responsable du cotransport sodium-glucose/galactose
dans l'intestin grêle humain est séquencée et clonée
; elle appartient à la famille des symporteurs. La sortie du glucose
de l'entérocyte se fait grâce à la protéine
GLUT2, appartenant à la famille des transporteurs facilitateurs
[3], dont les cinq actuellement connus portent les noms de GLUT1 à
GLUT5. Globalement, le transport intestinal du glucose est donc actif,
énergie-dépendant, et peut se faire contre un gradient de
concentration. Dans la zone des concentrations intra-luminales physiologiques
post-prandiales maximales de glucose chez l'homme (30 à 50 mmol/l),
le transport actif du glucose n'est pas saturé.
Le schéma actuellement proposé du transport entérocytaire
du fructose dans l'intestin grêle humain est celui d'une diffusion
facilitée, mettant en jeu GLUT5 pour le transport du fructose au
niveau du pôle apical de l'entérocyte [4] et GLUT2 pour l'efflux
de fructose de l'intérieur de l'entérocyte vers l'interstitium.
Le transport du fructose est linéaire en fonction de la concentration
luminale, et n'est pas saturable jusqu'à des concentrations de
200 mM [5].
Le cas du transport intestinal du D-xylose illustre le fait qu'un même
monosaccharide peut être absorbé selon des mécanismes
différents en fonction des espèces. Dans plusieurs espèces
animales, le D-xylose emprunte le transporteur énergie-dépendant
du glucose, couplé au sodium [6]. Il y a alors compétition
entre le D-xylose, le glucose, et le galactose. Chez l'homme, le mécanisme
de transport du D-xylose est différent, bien qu'encore sujet à
controverse [7]. En effet, certaines études avaient suggéré
une réactivité croisée du D-xylose avec les transporteurs
du glucose [8]. Cette hypothèse a été contredite
notamment par le fait que la cinétique d'absorption du D-xylose
n'est pas énergie-dépendante et n'est pas modifiée
en l'absence congénitale de transport actif glucose-galactose [9].
Qu'il y ait ou non transporteur, l'absorption du D-xylose est linéaire
en fonction de la concentration luminale et n'est pas saturable.
Absorption passive
Les transports passifs de molécules en solution entre
deux compartiments séparés par une membrane semi-perméable
sont régis par des lois fondamentales physico-chimiques [10]. A
l'échelon collectif, les mouvements des molécules d'un compartiment
vers l'autre sont définis par un flux (J), dont l'importance est
rapportée à l'unité de temps de mouvement, et de
surface de membrane. Dans un modèle à deux compartiments,
le flux net (Jnet) est la résultante des flux de sens inverse.
D'une façon très générale un flux de molécules
en solution à travers une membrane (J) est déterminé
par une force (X). Le flux est lié quantitativement à la
force motrice par l'équation
J = C.X
dans laquelle C est le coefficient de perméabilité de la
membrane. Dans un modèle à deux compartiments séparés
par une membrane, une molécule en solution dans un solvant aqueux
peut changer de compartiment selon trois processus élémentaires
: la diffusion simple, la migration, et la convection (figure
2). Le moteur de la diffusion simple est constitué par
les mouvements anarchiques spontanés des molécules en solution
et des molécules du solvant (chaos moléculaire thermique).
Un certain nombre de molécules situées à proximité
des pores de la membrane se retrouveront ainsi par hasard dans l'autre
compartiment au bout d'un temps t. S'il y a au départ plus de molécules
dans un compartiment (gradient de concentration), le nombre de molécules
ayant changé de compartiment sera plus important dans le sens du
compartiment le plus chargé de molécules vers le compartiment
le moins chargé. Il y aura ainsi un flux net de molécules
depuis le compartiment où la concentration en soluté est
la plus grande, proportionnel au gradient de concentration du soluté.
Ce processus de diffusion simple reflète la tendance du système
à évoluer vers la position d'équilibre. Le deuxième
processus de migration suppose un champ de force attirant les molécules
en solution depuis un compartiment vers l'autre, indépendamment
des mouvements moléculaires du solvant. Ce champ peut être
par exemple gravitationnel ou électrique. Le troisième processus
de convection résulte d'un flux hydrodynamique du solvant, emportant
avec lui les molécules en solution. Ce flux de convection est souvent
appelé solvent-drag dans la terminologie anglo-saxonne.
Les monosaccharides présumés absorbés passivement
sont ceux pour lesquels aucun transporteur membranaire n'est connu, et
pour lesquels, en l'absence d'absorption nette d'eau, l'absorption du
glucide augmente linéairement avec sa concentration intraluminale,
dans les gammes de concentrations testées. Ce dernier point n'est
pas une preuve définitive, dans l'hypothèse où, comme
dans le cas du fructose [5], le seuil de saturation d'une diffusion facilitée
peut être très élevé. Les monosaccharides présumés
absorbés passivement [11] sont tous les L-énantiomères
des monosaccharides (L-xylose, L-glucose...) et les monosaccharides hydrogénés,
tels que le sorbitol et le mannitol.
Les processus gouvernant l'absorption passive des monosaccharides sont
assimilés dans la littérature à la diffusion simple
et à la convection de molécules en solution traversant la
membrane intestinale par des pores aqueux [12, 13]. Cette hypothèse
suppose que quatre conditions préalables soient remplies : a) hydrosolubilité
complète des monosaccharides dans les gammes de concentrations
intraluminales physiologiques ; b) neutralité électrique
et acidobasique du monosaccharide, rendant théoriquement nul ou
négligeable un processus de migration ; c) lipophilie nulle ou
négligeable du monosaccharide rendant théoriquement impossible
le passage transmembranaire de la molécule via les lipides et/ou
les transporteurs lipidiques de la bordure en brosse ; d) affinité
nulle du monosaccharide pour les transporteurs connus du glucose-galactose
et fructose, et absence de transporteur protéique spécifique.
Les études mathématiques et expérimentales avec membranes
synthétiques ont permis d'établir les équations déterminant
la diffusion simple et la convection. La diffusion simple des monosaccharides
est régie par l'équation [14] :
J diffusion = K (C2 - C1)
dans laquelle C2 et C1 sont les concentrations du monosaccharide de part
et d'autre de la membrane, et K son coefficient de membrane. Ce coefficient
est dépendant de la friction entre molécules de soluté
et de solvant, de la friction entre le solvant et la membrane, et de la
friction entre le soluté et la membrane. Ces deux dernières
frictions sont étroitement liées aux tailles respectives
des molécules de soluté et des pores de la membrane. L'équation
gouvernant la convection est :
J convection soluté = C (1 - sigma)J solvant dans laquelle C est
la concentration du soluté à proximité immédiate
de la membrane, sigma est le coefficient de réflexion de Staverman,
et J solvant le flux trans-membranaire du solvant. Le coefficient de réflexion
de Staverman est le rapport de la pression osmotique réelle qu'exerce
un soluté à travers une membrane semi-perméable sur
la pression osmotique théorique. Il dépend des tailles respectives
des molécules de soluté et des pores de la membrane, et
des frictions entre le soluté, le solvant et le pore, lorsque le
soluté, entraîné par le courant de convection ou solvent-drag,
peut passer à travers le pore. Si la taille du soluté est
égale ou supérieure à celle d'un pore aqueux cylindrique,
le coefficient de réflexion est égal à 1 (figure
3). Si une solution de ce type est ajoutée dans un seul
des deux compartiments, elle y exerce un pouvoir osmotique durable, égal
à son pouvoir osmotique théorique, dans la mesure où
elle ne s'appauvrit pas en soluté. Dans le cas extrême inverse
où la taille du pore est infiniment grande par rapport à
celle du soluté, aucun obstacle ne s'oppose au passage transmembranaire
du soluté, et sigma est voisin de zéro. Des études
in vitro avec membranes synthétiques ont permis de déterminer
le rayon moléculaire utile d'un point de vue hydrodynamique des
monosaccharides [15]. Ce rayon est étroitement lié au poids
moléculaire des molécules. Ainsi, le rayon moléculaire
des pentoses tels que le xylose est de 3,4 Angström pour un poids
moléculaire de l'ordre de 150. Le rayon moléculaire des
hexoses tels que le glucose, le sorbitol et le mannitol est de 4 Angström
pour un poids moléculaire de l'ordre de 180.
* La théorie des pores de l'intestin
humain
Connaissant le rayon moléculaire de l'urée
(2,4 Angström) et des monosaccharides, Fordtran a déterminé
grâce à une étude de perfusion le coefficient de réflexion
du chlorure de sodium, de l'urée et de l'érythritol par
rapport à la muqueuse intestinale, et le rayon des pores de cette
dernière [12]. Le rayon des pores a été ainsi estimé
entre 6 et 9 Angström pour le jéjunum et entre 2 et 4 Angström
pour l'iléon [12]. L'étude plus récente de Fine et
al. [11] a montré que le rayon calculé des pores jéjunaux
variait selon le débit jéjunal presque du simple au double,
allant de 8 à 13 Angström pour des débits de 5 à
20 ml/min. Pour que la convection d'une molécule ait lieu, compte
tenu des frictions, il faut que le rayon des pores soit au moins de l'ordre
du double de celui de la molécule [16]. Le rapport entre le rayon
estimé des pores aqueux et des molécules d'hexoses étant
de l'ordre de 2 dans le jéjunum et inférieur à 2
dans l'iléon, le coefficient de réflexion des hexoses a
été estimé voisin de 1 dans le jéjunum, et
égal à 1 dans l'iléon, ce qui supposerait pour les
hexoses absorbés passivement l'absence ou le caractère négligeable
du flux de convection.
Il convient d'être critique et prudent vis-à-vis de cette
dernière affirmation. D'une part, les estimations initiales de
Fordtran sur la taille des pores jéjunaux partaient du postulat,
reconnu faux depuis [17], de l'absence d'absorption du mannitol dans le
jéjunum humain. D'autre part, même les études les
plus récentes [11] ont eu recours dans leur modélisation
à des hypothèses mathématiques et des simplifications
de la complexité réelle de la physiologie intestinale de
l'homme entier.
* Limites du modèle des pores
In vitro, la transposition de la membrane synthétique
à la muqueuse intestinale est inexacte
(figure 4) : a) il existe, adjacente à toute membrane
biologique, une zone fluide de moindre turbulence, appelée couche
aqueuse immobile, absente dans le cas des membranes synthétiques
; b) la muqueuse intestinale n'est pas assimilable à une membrane
poreuse continue. Les jonctions serrées inter-entérocytaires
représentent un premier support anatomique possible de ces pores.
Ces pores sont plus larges dans le jéjunum que dans l'iléon
[11, 12], et de diamètre décroissant depuis les cryptes
jusqu'aux villosités [18]. L'existence de pores aqueux de la bordure
en brosse des entérocytes, deuxième support anatomique possible
des pores, autorisant un transport trans-entérocytaire des monosaccharides,
est une hypothèse non démontrée [19] ; c) les mouvements
d'eau transmembranaires ne sont pas identiques au niveau des cryptes et
des villosités, puisque, même en cas d'absorption nette d'eau,
il existe une tendance accrue vers l'absorption au niveau des villosités,
déterminée par les flux de sodium, et vers la sécrétion
au niveau des cryptes, déterminée par les flux de chlore.
En passant de la chambre de Ussing à la perfusion in situ,
la physiologie intestinale se complique encore (figure
5) : a) l'épaisseur de la couche aqueuse immobile est évolutive,
en fonction des conditions de flux luminal. Chez l'homme elle était
estimée à 600 mu par une technique électrophysiologique
[20]. Elle serait en fait bien moindre, de l'ordre de 40 mu, lorsqu'elle
est mesurée chez le chien éveillé ou calculée
indirectement à partir des données sur l'absorption du glucose
[21] ; b) la hauteur du débit de progression du flux luminal est
susceptible d'interagir avec les conditions d'absorption des solutés.
Ainsi, le rayon calculé des pores du jéjunum diminue lorsque
le débit de perfusion intestinale augmente [11].
Facteurs
d'absorption des monosaccharides
Interaction digestion-absorption
La digestion des glucides complexes est un prérequis à
l'absorption des monosaccharides, produits terminaux de l'hydrolyse. Elle
peut devenir un facteur limitant de l'absorption, comme dans le cas de
la malabsorption physiologique d'une fraction de l'amidon alimentaire
[22]. Le cas de l'interaction entre la digestion d'un disaccharide et
l'absorption de ses monosaccharides constitutifs est plus complexe. Lorsque
la bordure en brosse entérocytaire contient une enzyme pouvant
digérer rapidement et en abondance le disaccharide ingéré,
la digestion du disaccharide peut devenir dans certaines conditions un
facteur favorisant de l'absorption des produits d'hydrolyse. Cet «
effet disaccharide » [23] a été ainsi démontré
pour le glucose, qui est plus vite absorbé lorsqu'il est perfusé
in situ dans l'intestin grêle sous forme de maltose que de
glucose. L'hypothèse explicative habituellement avancée
est que le glucose est libéré par la maltase dans la couche
aqueuse immobile, au contact de l'entérocyte, et donc davantage
disponible pour l'absorption que s'il se trouvait dans la lumière
intestinale [24]. Inversement, la digestion lente du disaccharide peut
devenir une étape limitante de l'absorption de ses monosaccharides
constitutifs. Ainsi, le maltitol (maltose hydrogéné) est
un substrat accidentel de la maltase, moins vite digéré
que le maltose [25]. Une partie du maltitol est hydrolysée dans
le grêle distal, et il est ainsi probable que le sorbitol libéré
reste disponible pour l'absorption, au contact de la muqueuse, moins longtemps
que lorsqu'il est délivré à l'intestin grêle
d'emblée sous forme de sorbitol libre.
Effets in situ
du glucose sur l'absorption des monosaccharides
L'absorption active du glucose in vivo chez l'homme est
un puissant moteur de l'absorption hydro-sodée. Le facteur déterminant
l'absorption du sodium est le transport couplé glucose-sodium à
travers l'entérocyte [2]. Le mécanisme par lequel l'eau
« suit » secondairement le sodium est moins clair. Le modèle
qui prévaut actuellement est le modèle dit à trois
compartiments imaginé par Curran et Macintosh [26]. La présence
de concentrations croissantes de glucose dans la lumière intestinale
in vivo chez l'homme est corrélée avec un accroissement
dose-dépendant de l'absorption nette de petites molécules
présumées absorbées passivement telles que l'urée
ou le L-xylose [13, 17]. Cet « effet glucose » pourrait être
lié : à une modification des conditions anatomiques du transport
intestinal allant dans le sens d'une meilleure absorption des solutés,
telle qu'une diminution d'épaisseur de la couche aqueuse immobile
et une augmentation de la perméabilité muqueuse et/ou à
un accroissement des flux de solutés absorbés par diffusion
simple et, le cas échéant, par flux de convection.
Aucun argument théorique ou expérimental ne suggère
que la présence de glucose dans la lumière intestinale modifie
l'épaisseur de la couche aqueuse immobile. Par contre, Madara et
Pappenheimer [27] ont montré qu'en présence de glucose les
filaments des jonctions serrées inter-entérocytaires de
muqueuse intestinale animale se contractaient, augmentant ainsi la taille
des pores muqueux et accroissant la perméabilité intestinale.
Pappenheimer a ainsi montré qu'in vivo chez l'animal, la
présence de glucose est corrélée à un accroissement
net de la perméabilité intestinale, permettant ainsi une
absorption passive importante de D-glucose, en plus du transport actif,
mais également d'autres monosaccharides tels que le mannitol [28].
Ce schéma ne semble pas s'appliquer in vivo chez l'homme.
En effet, Fine et al. [17] ont montré que jusqu'à
une concentration intraluminale de glucose de 120 mmol/l, supérieure
aux concentrations physiologiques maximales post-prandiales estimées
de 50 mmol/l [29], la perméabilité intestinale n'était
pas modifiée.
Ainsi l'effet du glucose n'est pas lié à des modifications
des conditions anatomiques du transport des monosaccharides. Il est expliqué
en fait par l'accroissement des flux nets d'absorption des solutés,
lié à l'absorption nette d'eau induite par l'absorption
couplée de glucose et de sodium (figure
6). D'une part, l'absorption nette d'eau a pour conséquence
une augmentation de la concentration de monosaccharide dans la lumière
intestinale, et donc un accroissement de la diffusion simple par élévation
du gradient de concentration. D'autre part, le flux de convection du solvant
entraîne des molécules de soluté, sous réserve
que le coefficient de réflexion de celui-ci soit inférieur
à 1. Fine et al. ont démontré que, dans le
cas du L-xylose, dont le poids moléculaire est de 150, et le rayon
moléculaire de 3,4 Angström, les deux mécanismes représentaient
chacun la moitié environ de l'excédent d'absorption dû
au glucose [13]. L'effet glucose sur l'absorption passive des hexoses,
dont le coefficient de réflexion est présumé voisin
de 1, est incertain. Il est ainsi quantitativement négligeable
dans le cas du sorbitol [30].
Rôle de la vidange gastrique
Après l'ingestion d'une quantité notable de monosaccharides,
la vidange gastrique joue un rôle de volant régulateur, en
délivrant le glucide à l'intestin grêle à un
débit régulier. Les conséquences des variations de
vidange gastrique d'un monosaccharide sur son absorption intestinale sont
différentes selon le type de glucide. Dans le cas du glucose, les
capacités de transport actif entérocytaire sont telles que
l'absorption d'une quantité physiologique ingérée
de glucose est complète, quel que soit le débit de la vidange
gastrique. Tout au plus y aura-t-il répercussion du profil de la
vidange gastrique sur le profil cinétique de l'absorption du glucose,
reflété expérimentalement par les courbes glycémiques.
Inversement, dans le cas de monosaccharides absorbés lentement
et incomplètement comme le sorbitol, l'absorption du glucide est
d'autant plus incomplète que sa vidange gastrique est rapide [31].
Une telle corrélation est sans doute au moins en partie liée
au fait qu'une vidange gastrique rapide du monosaccharide diminue son
temps de contact avec la muqueuse de l'intestin grêle, et réduit
d'autant la probabilité d'une absorption complète.
Absorption
des monosaccharides et nutrition humaine
La ration glucidique alimentaire dans les pays développés
comporte environ 200 g d'amidon, assemblage complexe de molécules
de glucose, dont moins de 10 % sont malabsorbés dans l'intestin
grêle, faute de digestion complète de l'amidon, et non faute
d'absorption des molécules de glucose libérées. Le
glucose est donc de très loin le composant élémentaire
glucidique le plus abondant. Pappenheimer a longtemps suggéré,
d'après des données animales, qu'une fraction importante
du glucose alimentaire était absorbée passivement, entraînée
par son propre transport actif. Cette théorie a été
démentie chez l'homme, où moins de 10 % du glucose perfusé
dans le jéjunum humain à des concentrations physiologiques
post-prandiales (environ 50 mmol/l) sont absorbés passivement [17].
Dans ces conditions, le caractère marginal de l'absorption passive
du glucose est la résultante de l'absence de saturation du transport
actif, et du caractère lent et difficile de l'absorption passive
des hexoses. Le fructose contenu dans les 50 à 100 g de saccharose
(glucose-fructose) ingérés quotidiennement est entièrement
absorbé après digestion du disaccharide. Par contre, pour
des raisons encore mal connues, le fructose sous forme de monosaccharide
(fruits) peut être incomplètement absorbé chez l'homme
sain dès que la dose ingérée dépasse 20 à
30 g. La faible quantité de galactose contenue dans le lactose
est complètement absorbée dès lors que la digestion
préalable du lactose, défaillante chez certains adultes,
a été elle-même complète. Les monosaccharides
hydrogénés (sorbitol, mannitol, xylitol), appartenant à
la famille des polyols ou sucres-alcools, sont utilisés dans l'industrie
agro-alimentaire du fait de leur pouvoir calorigène limité,
de leur pouvoir sucrant proche de celui du saccharose, et de leurs propriétés
physico-chimiques. Tous les monosaccharides de cette famille, qu'ils soient
ingérés intacts ou libérés par l'hydrolyse
de di ou oligo-saccharides, sont absorbés lentement et passivement
(cf. supra) dans l'intestin grêle. Leur malabsorption partielle
est donc physiologique, dès que la dose ingérée dépasse
5 g.
CONCLUSION Le
transport intestinal des monosaccharides pourrait apparaître comme
un domaine élémentaire, acquis, voire dépassé,
de la physiologie intestinale. En fait, la connaissance maintenant complète
du transport entérocytaire actif du glucose est l'arbre qui cache
la forêt. Ainsi, les mécanismes de l'absorption passive des
monosaccharides sont encore très spéculatifs, faute de connaître
l'anatomie fonctionnelle fine de la muqueuse intestinale. Des efforts méritent
d'être consacrés à la recherche dans ce domaine, d'autant
que la quantification de l'absorption passive des glucides est à
la base des mesures de perméabilité intestinale, de plus en
plus utilisées dans l'évaluation pathogénique et thérapeutique
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