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Quantification d'acides nucléiques par PCR fluorogénique : PCR quantitative en temps réel


Hépato-Gastro. Volume 9, Number 6, 455-8, Novembre - Décembre 2002, Glossaire


Résumé  

Author(s) : Marc G. DENIS, Laboratoire de biochimie spécialisée et Inserm U. 539, institut de biologie, 9, quai Moncousu, 44093 Nantes Cedex..

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ARTICLE

Les modifications associées à la survie, à la prolifération ou à la différenciation de cellules s'accompagnent de variations de l'expression de gènes. Aussi, depuis de nombreuses années, et dans de nombreux domaines de la biologie, la possibilité de quantifier l'expression de ces gènes joue un rôle majeur. Plus récemment, des applications diagnostiques fondées sur la quantification d'acides nucléiques ont pu être élaborées, comme la détection de bactéries et de virus, le dépistage de certains cancers...

Plusieurs méthodes permettent de quantifier les acides nucléiques. Les plus anciennes correspondent à l'hybridation d'acides nucléiques sur une membrane appelée northern-blot (hybridation d'ARN) ou southern-blot (hybridation d'ADN). D'autres méthodes ont ensuite été développées, mais toutes ces techniques nécessitent une quantité importante de matériel d'étude. En revanche, les techniques mettant en jeu une amplification d'acides nucléiques par polymérisation en chaîne d'ADN (PCR) présentent une sensibilité et une spécificité telles que de nombreuses applications en biologie médicale ont pu être développées à partir d'échantillons de faible taille, notamment en hépato-gastroentérologie [1].

La PCR conventionnelle est une technique en point final. Les données sont obtenues en fin de réaction, au niveau d'une phase de saturation dite « plateau ». À ce stade, certains des composés de la réaction deviennent limitants et la quantité de matériel amplifié ne reflète pas la quantité d'acides nucléiques de l'échantillon initial. La figure 1 illustre ce phénomène. Des échantillons ont été dilués en série, et l'amplification d'un gène (ici la beta2-microglobuline) a été réalisée par 35 cycles d'amplification. Les produits d'amplification ont ensuite été analysés par électrophorèse. La figure 1 montre clairement que les signaux obtenus sont semblables, bien que l'échantillon n° 1 contienne 125 fois plus de cible que l'échantillon n° 4.

Les appareillages utilisés pour la PCR dite en temps réel (PCR-TR) permettent, en plus de l'amplification, d'effectuer des mesures de fluorescence au cours de chaque cycle de la PCR. L'amplification est visualisée par une courbe de détection en temps réel. Celle-ci montre l'augmentation du signal fluorescent au fur et à mesure du nombre de cycles écoulés. Dans notre exemple, la fluorescence est la même dans les 4 échantillons après 35 cycles (figure 1, B), ce qui est concordant avec le résultat de l'électrophorèse. En revanche, à des phases plus précoces de l'amplification, des différences peuvent être observées facilement. La PCR-TR collige les données d'amplification au point de départ de la phase exponentielle de la PCR et permet par conséquent une quantification beaucoup plus fiable que les autres techniques.

Principe de la quantification

Les résultats de l'amplification, par l'intermédiaire de la mesure de fluorescence, sont collectés à chaque cycle. Ils sont analysés lors des phases précoces de la PCR en assignant un seuil arbitraire (seuil de détection ou threshold) qui correspond à l'intensité de fluorescence significativement plus élevée que le niveau de base. Le point d'intersection entre la courbe d'amplification et la ligne seuil est défini comme le Ct (cycle seuil ou cycle threshold). Plus la concentration en cible d'un échantillon est grande, plus son Ct est faible. Une valeur de Ct est ainsi déterminée pour chacun des points de la gamme standard permettant de réaliser une courbe d'étalonnage (figure 1, C). La quantité de cibles dans l'échantillon à analyser est simplement déduite de son Ct en se reportant sur cette courbe d'étalonnage. Ces calculs sont réalisés par des logiciels dédiés. La gamme étalon peut être réalisée à l'aide de dilutions d'un plasmide contenant le gène cible, ou de l'ADN extrait d'un nombre déterminé de cellules.

Génération de la fluorescence

La quantification se fait par mesure d'un signal fluorescent. Plusieurs procédés permettent de générer cette fluorescence.

Le SYBR GreenTM est une molécule qui se fixe uniquement à l'ADN double brin. Sa forme non liée est très faiblement fluorescente (figure 2, A), alors que sa liaison à l'ADN double brin lui permet d'émettre, après excitation, une fluorescence intense (figure 2, B). Pendant la phase d'élongation de la PCR, le nombre de molécules de SYBR GreenTM liées à l'ADN synthétisé augmente, ce qui se traduit par une augmentation de la fluorescence. La fluorescence du SYBR GreenTM est enregistrée à la fin de chaque cycle. Comme la quantité d'ADN augmente au cours de l'amplification, le taux de fluorescence mesurée augmente proportionnellement.

L'utilisation de sondes fluorescentes est également très répandue. Le principe du transfert d'énergie est utilisé. Quand le spectre d'émission d'un fluorophore (donneur) chevauche le spectre d'excitation d'un autre fluorophore (accepteur), l'excitation du donneur induit la fluorescence de l'accepteur. Ce phénomène est extrêmement dépendant de la distance entre le donneur et l'accepteur. Il existe plusieurs types de sondes. Les plus couramment utilisées sont les sondes d'hydrolyse et les sondes d'hybridation.

Sondes d'hydrolyse

Ce sont les sondes les plus utilisées aujourd'hui. Cette méthode est fondée sur l'utilisation de l'activité exonucléasique de l'ADN polymérase (c'est-à-dire sa capacité à dégrader des molécules d'ADN à partir des extrémités) et sur l'utilisation d'une sonde doublement marquée avec un absorbeur d'énergie (A) et un rapporteur (R). Lorsque le rapporteur est excité, le transfert d'énergie s'effectue. L'absorbeur émet une lumière, mais pas le rapporteur (figure 2, C). Pendant l'amplification, l'activité exonucléasique de la polymérase dégrade la sonde hybridée sur la séquence cible, entraînant un éloignement des deux fluorophores (figure 2, D). Le rapporteur peut alors émettre une fluorescence proportionnelle au nombre de copies du gène amplifié.

Sondes d'hybridation

Le test d'hybridation nécessite l'utilisation de deux sondes différentes : une sonde donneur d'énergie A et une sonde B qui l'accepte. Elles sont conçues pour reconnaître deux séquences adjacentes sur le fragment d'ADN amplifié et de telle sorte qu'elles soient distantes de quelques bases. En l'absence d'ADN cible spécifique, l'éloignement spatial de ces deux sondes ne permet pas de transfert d'énergie de A vers B et, dans ce cas, seul A émet une fluorescence (figure 2, E). Au cours de l'amplification, les deux sondes s'hybrident sur le fragment amplifié. La proximité de ces deux molécules permet alors, après l'excitation du marqueur A, un transfert d'énergie entraînant une émission de fluorescence de B (figure 2, F). Seule la fluorescence de B est mesurée en fin de phase d'hybridation de la PCR. La quantité de fluorescence émise est là aussi proportionnelle à la quantité d'amplicons synthétisés.

Applications en hépato-gastroentérologie

Ces techniques sont aujourd'hui utilisées communément dans la plupart des laboratoires de recherche afin d'analyser l'expression de gènes et d'étudier leur régulation. À côté de ces applications en recherche fondamentale, le diagnostic commence à bénéficier de cette nouvelle technologie. L'utilisation clinique la plus courante de la PCR quantitative en temps réel aujourd'hui réside dans la détection et la quantification d'organismes infectieux. En hépato-gastroentérologie, citons par exemple la détection d'Escherichia coli entéro-hémorragique [2], la mesure de la densité en Helicobacter pylori de la muqueuse gastrique [3] et la quantification du virus de l'hépatite C dans le sérum de patients [4].

L'oncologie est également un domaine ou l'utilisation de la PCR-TR se développe rapidement. Une étude récente montre l'existence d'une corrélation entre l'expression de la thymidilate synthétase, déterminée par PCR quantitative, avec la survie des patients traités par 5-fluoro-uracil et oxaliplatine [5]. Enfin, plusieurs travaux portant sur la détection et la quantification de cellules de cancers gastriques ou coliques dans le sang ou les ganglions lymphatiques ont été rapportés.

Conclusion

Les techniques de quantification par PCR en temps réel présentent de nombreux avantages par rapport aux techniques classiques de quantification. C'est la première méthode de quantification d'acides nucléiques à être précise, reproductible et standardisable. Les automates réalisent l'amplification, la détection de la fluorescence et l'analyse des résultats dans un laps de temps extrêmement court (généralement entre 60 et 90 min). Il n'y a plus d'analyse des produits de PCR par électrophorèse. Toute la réaction se réalise dans un tube qui n'est pas ouvert, ce qui minimise les risques de contamination. Cette technologie est adaptée à la quantification d'ADN et d'ARN. Dans ce dernier cas, la rétrotranscription et l'amplification peuvent être réalisées soit séparément, soit dans le même tube en une seule réaction. La mise au point des techniques est généralement simple et rapide et la réalisation des PCR-TR permet d'analyser un grand nombre d'échantillons en même temps. La zone de linéarité de réponse est très grande, couvrant une région allant d'un facteur 1 à 108. Le SYBR GreenTM est de coût peu élevé. Les méthodes utilisant des sondes sont plus difficiles à optimiser mais sont plus spécifiques du fait de l'hybridation de la (ou des) sondes. Le prix d'achat d'un appareil dédié varie entre 50 000 et 100 000 euros.

Références

1. Denis MG, Lustenberger P. Amplification élective d'ADN par PCR : applications en hépato-gastroentérologie. Hépato-Gastro 1995 ; 1 : 49-57.

2. Bellin T, Pulz M, Matussek A, Hempen HG, Gunzer F. Rapid detection of enterohemorrhagic Escherichia coli by real-time PCR with fluorescent hybridization probes. J Clin Microbiol 2001 ; 39 : 370-4.

3. Kobayashi D, Eishi Y, Ohkusa T, Ishige I, Suzuki T, Minami J, et al. Gastric mucosal density of Helicobacter pylori estimated by real-time PCR compared with results of urea breath test and histological grading. J Med Microbiol 2002 ; 51 : 305-11.

4. Enomoto M, Nishiguchi S, Shiomi S, Tanaka M, Yokogawa T, Fukuda K, et al. Changes in serum levels of hepatitis C virus genotype 1b monitored by real-time quantitative polymerase chain reaction as a predictor of long term response to interferon-alpha treatment. Am J Gastroenterol 2002 ; 97 : 420-46.

5. Shirota Y, Stoehlmacher J, Brabender J, Xiong YP, Uetake H, Danenberg KD, et al. ERCC1 and thymidylate synthase mRNA levels predict survival for colorectal cancer patients receiving combination oxaliplatin and fluorouracil chemotherapy. J Clin Oncol 2001 ; 19 : 4298-304.


 

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