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Une précédente revue bibliographique (Hépato-Gastro
1993 ; 1 : 63-70) consacrée à la pathologie de l'intestin
grêle s'était efforcée de focaliser sur la maladie
coeliaque et certains états pathologiques apparentés.
La lecture de la littérature entre 1992 et 1994 ne nous a pas semblé
révéler de fait très nouveau quant à la connaissance
de la maladie coeliaque. Quelques mises au point rappellent l'importance
des aspects dits de maladie coeliaque silencieuse ou latente révélés
par des études épidémiologiques, sérologiques
ou biopsiques [1, 2]. Quelques aspects cliniques sont venus s'ajouter
à des faits déjà connus : début aigu de la
maladie au cours de la grossesse où elle se révèle
en particulier par une carence en folates [3]. Les troubles du
métabolisme du cholestérol et de l'apolipoprotéine
B ont été explorés à l'échelle de la
muqueuse [4]. La présence d'anomalies au niveau de la muqueuse
rectale mérite d'être rappelée, car elle offre un
moyen peu invasif de diagnostic histologique [5]. De même,
se confirment les liens étroits entre maladie coeliaque et molécule
HLA DQw2 (constituée d'un hétérodimère DQ
A1*0501/DQ B1*0201). Ceci n'est toujours encore interprété
que comme un déséquilibre de linkage, et la quête
du (ou des) gène(s) de la maladie coeliaque se poursuit. La recherche
d'anomalies et/ou de particularités dans la structure du TCR (récepteur
à l'antigène) des lymphocytes n'a pas (encore ?) apporté
de faits concluants quant à de possibles particularités
du répertoire utilisé par les lymphocytes au cours de la
maladie coeliaque [6]. De la même manière, l'exploration
de la région du chromosome 6 jouxtant le locus HLA DQ n'a pas apporté
de fait décisif. Un des allèles (TAP2-C) des gènes
codant pour les protéines TAP (transporteuses d'antigènes
vers les molécules d'histocompatibilité de classe I) n'était
pas observé dans un groupe de coeliaques, mais n'était pas
exprimé non plus chez 80 % des sujets témoins étudiés
[7].
La structure des protéines du gluten continue de faire l'objet
de recherches [8-10]. Parmi celles-ci, on retiendra une curiosité
: la structure de certaines séquences peptidiques de la gliadine
s'apparenterait à celle d'un agoniste des récepteurs opiacés
delta. Les conséquences pratiques d'une telle observation restent
à évaluer [11].
En revanche, la connaissance des structures fonctionnelles des microvillosités
a considérablement évolué depuis quelques années
et ouvert de multiples perspectives en physiopathologie intestinale. Les
faits pathologiques directement liés à une anomalie primitive
ou secondaire des microvillosités intéressent probablement
plutôt la « gastroentérologie pédiatrique »
mais ils n'en constituent pas moins pour les « gastroentérologues
d'adultes » une source d'information et de réflexion. C'est
pourquoi il a paru utile de consacrer l'essentiel de cette revue bibliographique
à la physiopathologie de la bordure en brosse (figure
1).
La protéine
SGLT1
L'identification de la protéine assurant le cotransport Na+/glucose-galactose
représente une avancée importante des dernières années
[12]. Bien qu'évoquée dès les années
soixante à la suite des travaux de Crane, l'existence d'une protéine
transporteuse du glucose et du galactose n'a été démontrée
que grâce à l'application d'une technique de biologie moléculaire
consistant en l'introduction de mRNA d'intestin de lapin dans des oocytes
de xenopus laevis. Dans ces conditions, les oocytes expriment la
protéine transporteuse à leur surface et deviennent capables
en présence de sodium d'absorber du glucose contre un gradient
de concentration. Ils reproduisent donc les phénomènes connus
au niveau de la bordure en brosse intestinale. Dans un deuxième
temps, il a été possible d'effectuer le clonage de la molécule.
L'ADN recombinant comporte 2 225 paires de bases et code pour une protéine
de 662 (ou 664) résidus aminés. Le gène correspondant
a été localisé sur le chromosome 22(q 13.1) ; il
comporte 110 kilobases et 15 exons.
La protéine transporteuse (dite SGLT1) ne représente que
0,1 % des protéines de la bordure en brosse, ce qui explique en
partie la difficulté de son isolement. Son poids moléculaire
apparent est de 70-75 kDa dans les espèces étudiées.
Le poids moléculaire réel est un peu plus important en raison
d'une glycosylation secondaire et atteindrait 85 kD chez l'homme. On évalue
à 106 le nombre de transporteurs par entérocyte.
La structure de la protéine est particulière, faite de 12
domaines transmembranaires ce qui la rapproche de différentes protéines
transporteuses présentes chez les bactéries et les végétaux
mais qui, curieusement, n'assurent pas toutes un transport obligatoirement
couplé au sodium (figure
2). SGLT1 est une protéine très conservée
à travers les espèces où elle a pu être étudiée
et semble unique de son espèce [13]. L'homologie protéine
humaine/protéine de lapin est de 85 %. Les études immunohistochimiques
confirment que la protéine se localise électivement au niveau
de la bordure en brosse des entérocytes. La structure tertiaire
n'est cependant pas connue. Le schéma de fonctionnement proposé
qui est approximativement celui d'un portillon alternativement ouvert
et fermé paraît proche du modèle proposé par
Schultz (figure 3).
Ce modèle est compatible avec une stoechiométrie Na/glucose
de 2/1, la molécule elle-même se comportant comme un anion
divalent (figure 3).
La stéréospécificité du transporteur bien
connue depuis plusieurs décennies est stricte et intéresse
plus particulièrement le glucose et le galactose ainsi que quelques
analogues du glucose tel que le 3-O-méthyl-glucose très
utilisé en expérimentation, car non métabolisé.
On sait aussi que la fonction est inhibée par la phlorizine [12].
Les facteurs de régulation de l'expression de SGLT1 sont encore
mal connus [14-17]. L'expression de la protéine est faible
au niveau des cryptes (où les cellules entérocytaires sont
peu différenciées) et augmente le long de l'axe villositaire
parallèlement au degré de maturation des entérocytes.
Il existerait également un gradient de densité du transporteur
au long du tractus avec une prédominance jéjunale. L'alimentation
jouerait un rôle avec une augmentation marquée lors de la
prise de glucides [17]. L'augmentation de SGLT1 au cours du diabète
expérimental à la streptozotocine indiquerait que l'insuline
pourrait jouer un rôle régulateur. L'augmentation de SGLT1
pourrait s'accompagner d'une augmentation de la neurotensine circulante,
mais les liens ne sont pas clairs [18]. La GH (hormone de croissance)
qui agit sur les systèmes de transport des acides aminés
serait sans effet sur le taux de SGLT1 [12, 17]. Curieusement
l'augmentation de SGLT1 au cours d'une alimentation hyperglucidique ne
serait pas parallèle, ni consécutive à une augmentation
de l'ARN messager, mais serait plutôt la conséquence d'une
modulation post-traductionnelle ou encore d'une modification du turn-over
de la protéine [16].
Dès ses premières descriptions, la malabsorption du glucose-galactose
avait été rapportée à un déficit en
transporteur. La maladie, rare, est autosomique récessive et touche
plus souvent les filles. Elle se caractérise par une diarrhée
acide congénitale potentiellement mortelle dans les premières
semaines de la vie. Le contrôle de la diarrhée repose sur
l'exclusion du glucose et du galactose. Le caractère sélectif
de la malabsorption est démontré par des études de
perfusion intestinale et par des études in vitro. Celles-ci
objectivent un défaut d'accumulation du glucose dans les cellules
(par opposition à la capacité normale de concentration en
présence de transporteur, capacité qui atteint un facteur
10 à 80 en fonction des expériences). La perfusion intestinale
de glucose n'induit pas de modification du potentiel de membrane au cours
des déficits en SGLT1. En revanche, les activités disaccharidasiques
et l'absorption du fructose sont conservées [19].
Il est maintenant démontré dans quelques cas au moins que
la malabsorption est liée à une anomalie du transporteur
et qu'elle est due à une mutation faux sens en position 92 de l'ADN
(G => A) déterminant un phénotype altéré
(acide aspartique => asparagine en position 28 de la chaîne peptidique)
[20]. Il est possible que cette anomalie située à
l'extrémité NH2 intracytosolique près
de la première hélice transmembranaire empêche l'expression
de la molécule à la surface de la bordure en brosse (figure
2). D'autres anomalies sont potentiellement imaginables.
A noter que les porteurs hétérozygotes de la mutation ne
présentent pas de signes cliniques significatifs, même si
l'accumulation de glucose dans les cellules paraît diminuée.
La protéine
GLUT 2[12]
Identifiée plus récemment, cette molécule correspond
au transporteur des sucres décrit au niveau des membranes latéro-basales
de l'entérocyte. Ce transporteur est Na+ indépendant
et est inhibé par la phlorétine (mais non par la phlorizine)
ainsi que par la cytochalasine B. Son affinité pour les sucres
est relativement faible (Kt entre 20 et 80 mmoles vs 300 µmoles
pour SGLT1). Le transporteur intervient dans l'absorption du D-glucose,
du D-galactose et du D-fructose et correspond en fait à un transport
facilité.
La structure ne comporte pas d'homologie notable avec SGLT1 bien qu'elle
comporte elle aussi 12 domaines transmembranaires. Le poids moléculaire
se situe entre 53 et 61 kD. GLUT 2 est exprimée dans l'intestin
ainsi que dans le foie et le pancréas endocrine. Il n'a pas été
décrit de déficit jusqu'ici. Le gène localisé
sur le chromosome 2(q26) s'étend sur 8 à 35 kb et comporterait
11exons.
La
protéine GLUT 5[12]
Cette molécule assure le transport transmembranaire du fructose.
Le transport (facilité) est Na+ indépendant.
La molécule clonée comprend 501 résidus aminés
et a une homologie de 41 % avec GLUT 2. Elle est exprimée même
si SGLT1 est déficiente. Elle n'a d'affinité ni pour le
glucose ni pour le galactose qui réciproquement n'interfèrent
pas avec l'absorption du fructose.
La molécule est exprimée au niveau du 1/3 supérieur
des villosités jéjunales où on observe après
hybridation in situ une forte teneur en ARNm (supérieure
de 6 fois à la teneur observée dans les cryptes). Le gène
codant pour GLUT 5 a été localisé sur le chromosome
1 (p31). Le rôle pathologique que pourrait jouer une anomalie de
GLUT 5 dans certaines malabsorptions du fructose n'est pas défini.
Des études paraissant indiquer que la malabsorption du fructose
est fréquente sont critiquables dans la mesure où elles
ont eu recours à des doses tests élevées susceptibles
de déborder les capacités physiologiques.
L'absorption du glucose induit des mouvements passifs d'eau qui empruntent
la voie paracellulaire. L'importance de ces mouvements et de ses effets
sur les mouvements de solutés organiques a été étudiée
et évaluée chez l'homme [21].
Malabsorption
des sucres et disaccharidases
L'étude histologique et immunohistologique d'une série
de biopsies issues d'un groupe de nourrissons atteints de diarrhée
acide avec malabsorption des sucres et acidose métabolique montre
que la répartition des activités enzymatiques est irrégulière,
et que les altérations se répartissent volontiers en mosaïque
au long d'une même villosité [22-24]. Les altérations
prédominent sur l'activité lactasique et maltasique alors
que l'activité iso-maltase-saccharase serait conservée.
Ceci pourrait être la conséquence d'une maturation irrégulière
ou d'un turn-over inégal d'un entérocyte à l'autre.
Toutefois, il convient de prendre en compte les altérations histologiques
observées sur bon nombre des biopsies étudiées. La
répartition en mosaïque des activités enzymatiques
serait alors non pas primitive, mais plus simplement secondaire entre
autres à des infections microbiennes. La présence de bactéries
adhérentes telles que les E. coli entéropathogènes
dont on sait qu'elles peuvent déterminer des lésions microvillositaires
majeures, mais réparties de façon irrégulière
d'une cellule à l'autre pourrait alors expliquer une répartition
inégale des enzymes au niveau de la villosité. Toutefois,
d'autres situations telles que le sevrage pourraient aussi induire y compris
au niveau des cryptes, où elles ne s'expriment pas habituellement,
l'expression en mosaïque de certaines activités enzymatiques.
De telles observations pourraient traduire un trouble de la maturation
entérocytaire lors du processus de différenciation. Ce processus
s'effectuant parallèlement au processus de migration des entérocytes
au long de la villosité, soulève d'intéressantes
questions qui ont fait l'objet d'une hypothèse séduisante
[25]. Le passage de la crypte (zone de renouvellement cellulaire
mais de différenciation faible) à la villosité (zone
de différenciation maximale) s'accompagnerait d'une modification
des conditions de l'adhérence cellulaire à la membrane basale
telle que la migration entérocytaire s'en trouverait facilitée.
Mais en même temps la perte de l'expression de certaines molécules
d'adhérence comme l'intégrine alpha4-B1 lorsque la cellule
atteint la bouche des cryptes pourrait servir de déclencheur à
une série de signaux intracellulaires ; ceux-ci stimuleraient à
leur tour soit l'activité transcriptionnelle, soit plutôt
l'activité post-traductionnelle au sein de l'entérocyte.
Les deux éventualités mènent à l'augmentation
de la synthèse des propeptides enzymatiques telle qu'elle est constatée
au cours du processus de différenciation.
L'expression des activités enzymatiques matures à la surface
de la microvillosité est elle-même l'aboutissement d'un processus
de biogenèse complexe [26]. Celui-ci débute au sein
du réticulum endoplasmique par la synthèse de précurseurs
et est suivi d'une glycosylation au sein du système golgien, puis
d'un « adressage » qui oriente de façon élective
une partie des protéines synthétisées soit vers la
membrane latéro-basale, soit vers la membrane microvillositaire.
Les facteurs qui règlent la circulation intracytoplasmique et régissent
la polarisation remarquable de la cellule intestinale ne sont pas connus,
mais impliquent probablement le cytosquelette. L'ensemble de ces phénomènes
permet que soient envisagés cinq types d'anomalies à l'origine
des déficits enzymatiques microvillositaires : (1) accumulation
anormale d'un précurseur au sein du réticulum endoplasmique
; (2) accumulation dans le système golgien ; (3) dégradation
prématurée du précurseur ou de l'enzyme mature ;
(4) mauvais adressage de la protéine vers la surface ; (5) expression
normale d'une enzyme fonctionnellement anormale. Ces considérations
peuvent s'appliquer à la saccharase-isomaltase (SI) et à
la lactase-phlorizine hydrolase (LPH).
La biogenèse de la SI : la SI est synthétisée
sous la forme d'une proenzyme riche en mannose dans le réticulum
endoplasmique, puis subit une glycosylation supplémentaire dans
le Golgi. Elle est ensuite directement transportée vers l'apex
de la cellule. La SI y est activée après clivage en deux
sous-unités sous l'influence de protéases intraluminales
(trypsine ?). Les deux sous-unités ont une forte homologie [27,
28].
Le gène codant pour la SI a été localisé sur
le chromosome 3(q25-26). Des carences en SI ont été décrites
et semblent de deux types : soit absence d'expression de l'enzyme, soit
synthèse d'une protéine anormale bien qu'antigéniquement
comparable à l'enzyme normale (5 phénotypes différents
ont été décrits) [27]. L'anomalie est de
type autosomique récessif. Elle touche inégalement les différentes
populations avec une prédominance chez les Esquimaux (10 % des
individus). Les homozygotes intolérants au saccharose souffrent
d'une diarrhée acide et osmolaire. Les hétérozygotes
ne présentent pas de manifestations significatives même s'ils
ont probablement une activité enzymatique diminuée par rapport
aux sujets « normaux ».
La
lactase ou lactose-phlorétine hydrolase (LPH)
La lactase est formée à partir d'un précurseur
de haut poids moléculaire subissant une glycosylation secondaire.
La séquence des acides aminés a été établie
à partir d'un ADNc. Le précurseur comporte une courte séquence
signal (19 acides aminés) et un propeptide de 849 acides aminés
qui est clivé du précurseur et est différent de la
lactase exprimée à la surface de l'entérocyte. La
molécule mature faite de 1 059 acides aminés (pm 160 kD)
comporte un segment hydrophobe transmembranaire de 19 acides aminés
près de la séquence C-terminale et une séquence cytosolique
de 26 acides aminés. Le processus de maturation mal connu s'effectue
soit au sein du système golgien, soit même immédiatement
avant l'expression en surface [29-32]. L'enzyme qui est la seule
beta-glucosidase de l'organisme a plusieurs spécificités
: activité lactase, phlorizine-hydrolase et glycosyl-céramidase.
Le propeptide qui a une forte homologie avec l'enzyme mature pourrait
lui-même avoir une activité beta-glucosidase.
Le déficit en lactase bien connu depuis plus de trente ans se présente
sous deux formes : carence congénitale et carence « acquise
». La carence congénitale est rare et se caractérise
par l'absence de lactase au niveau de la bordure en brosse, alors que
persiste une protéine intracellulaire. Il y aurait donc un défaut
d'« adressage ».
La carence de type adulte intéresse 80-90 % de la population du
globe. Il se produit en fait une « répression » de la
lactase après le sevrage (phénomène commun à
l'ensemble des mammifères). Le pourquoi de cette « répression
» de l'activité n'est pas établi. Il y a probablement
une diminution de la biosynthèse y compris du précurseur.
Mais l'ARNm présent en forte concentration chez l'animal nouveau-né
est trouvé en quantité notable même chez certains
sujets alactasiques [32]. Ceci évoque un contrôle
post-traductionnel de l'activité lactasique. Une dégradation
prématurée n'est pas exclue. Un défaut de clivage
du propeptide avec une accumulation de la LPH dans le Golgi serait suivi
d'une dégradation au sein des lysosomes.
On sait que des altérations diverses de la muqueuse peuvent induire
une carence transitoire en lactase, y compris chez le nourrisson, par
exemple au décours d'une infection à rotavirus. Plus récemment,
ont été étudiés les effets d'une chimiothérapie
anticancéreuse. Celle-ci a été suivie d'une augmentation
de 30 % de la quantité d'hydrogène expirée après
une prise de lactose. Mais ce déficit « acquis » en lactase
n'a pas eu d'incidence significative sur l'état nutritionnel des
patients [33].
Déficit
en glucoamylase
L'étude de 511 biopsies provenant d'enfants âgés
de 1 mois à 9 ans a permis de découvrir 15 déficits
en glucoamylase [34]. Six sujets avaient des anomalies entérocytaires
associées (maladie coeliaque entre autres). Neuf se présentaient
avec un déficit primaire. Chez ces sujets, l'amylase pancréatique
était normale. Quatre des sujets avaient un test à l'amidon
et aux dextrines anormal ; 3 sur 4 avaient des signes digestifs significatifs
et disparaissant après suppression de l'amidon. L'importance pratique
de tels faits mérite d'autres études.
Effets
de l'âge sur les fonctions de la bordure en brosse
L'effet de l'âge sur la capacité d'absorption du D-glucose
et du D-fructose a été étudié chez l'animal
sur une préparation d'intestin isolé [35]. Sous
alimentation glucidique, on constate que le nombre des molécules
de SGLT1 augmente significativement plus chez l'animal jeune que chez
l'animal âgé. De plus, chez l'animal âgé, cette
capacité d'adaptation se limite aux étages supérieurs
du tractus, alors qu'elle s'étend à l'ensemble du grêle
chez l'animal jeune. Des effets analogues ont été observés
pour les systèmes de transport des acides aminés. L'augmentation
des protéines transporteuses ne paraît pas s'accompagner
d'une augmentation de la masse muqueuse, ni d'une augmentation du turn-over
cellulaire.
Les effets de ces phénomènes sur le poids et la croissance
des animaux ne paraissent pas très considérables. Dans la
pratique, il est possible qu'ils s'intriquent avec une colonisation bactérienne
chronique du grêle dont les effets sont possiblement ambivalents.
La colonisation du grêle peut en effet déterminer des fermentations
anormales simulant une malabsorption des sucres et d'autre part peut influer
sur la structure microvillositaire [36-38]. Ce mécanisme
mixte pourrait être à l'origine des anomalies du breath test
observées aussi bien chez le sujet âgé que chez certains
enfants. Pour ces derniers, une étude réalisée en
milieu tropical montre que la malabsorption (ou la maldigestion) du riz
pourrait intéresser 20 % des enfants de 3 à 5 ans avec des
effets non négligeables sur la croissance [39].
Étant donné l'importance du lait dans l'alimentation humaine,
il est évidemment tentant de vouloir améliorer l'absorption
glucidique chez des sujets présentant un trouble de l'absorption
des sucres en général et un déficit en lactase en
particulier. Une étude conduite chez des intolérants au
lactose et des iléostomisés recevant une supplémentation
en laits fermentés contenant des bacilles lactiques et des bacilles
bifidus tous dotés d'une activité lactasique et d'un pouvoir
de fermentation notables n'a pas mis en évidence de bénéfice
significatif [40].
Transport
des électrolytes et microvillosités
La diarrhée chlorée congénitale correspond à
un défaut sélectif du transport du chlore et se manifeste
sous la forme d'une diarrhée sécrétoire acide grave
[19]. La déshydratation, l'hypochlorémie et l'hypokaliémie
sont constantes. La maladie est familiale. Elle correspond probablement
à une anomalie de l'échangeur Cl&endash;/CO3H&endash;
situé au niveau de la bordure en brosse (figure
4). L'anomalie se limite à la muqueuse iléo-colique
; les autres segments du tube digestif et les tubes rénaux ne présentent
pas de trouble des échanges ioniques. Les autres facteurs de régulation
de la sécrétion active du chlore sont conservés,
y compris la protéine CFTR impliquée dans le contrôle
des canaux chlore et dont les altérations dans la mucoviscidose
sont maintenant bien connues.
Le début de la maladie se produit in utero et ceci permet
le diagnostic ante-natal [41, 42]. On observe en effet un hydramnios
récidivant et, à l'échographie, une accumulation
de liquide dans les anses intestinales du foetus. A la naissance, la distension
de l'abdomen peut à tort orienter vers une occlusion néonatale.
Dans les selles, le taux de chlore atteint 150 mmoles. Le traitement repose
sur une réhydratation visant à compenser les pertes et comportant
entre 3,5 et 6 mmoles de Cl&endash;/kg avec des apports équilibrés
en Na+ et K+ (rapport Na/K entre 2/1 et 6/5).
La diarrhée sodique représente le pendant de la diarrhée
chlorée congénitale [43]. Il semble que l'atteinte
porte sur le mécanisme d'échange Na+/H+
situé sur la bordure en brosse des entérocytes de la muqueuse
iléo-colique (figure
4). La diarrhée est de type sécrétoire
et contient jusqu'à 145 mmoles de sodium par litre d'eau fécale.
Le taux du chlore fécal est relativement bas et les selles ont
un pH alcalin. La réhydratation repose sur l'administration de
citrate de sodium et de solutions du type OMS dont on rappellera qu'elles
contiennent en proportions quelque peu diverses un mélange d'électrolytes
et de glucides.
Les mouvements du potassium bien que largement passifs sont étroitement
dépendants des mouvements du chlore et du sodium. Dans une revue
consacrée à la physiopathologie de la bordure en brosse,
ils trouvent une place naturelle. On peut rappeler que les mouvements
du potassium sont fortement contrôlés par de multiples facteurs
hormonaux. Une importante revue générale y a été
consacrée [44].
Altérations
de l'architecture microvillositaire
Des altérations de la bordure en brosse ont été
largement décrites dans les syndromes d'atrophie du grêle
avec une distorsion et une raréfaction des microvillosités.
De même, sont bien connues les altérations de la bordure
en brosse liées aux infections bactériennes. Toutefois,
l'application des techniques de biologie moléculaire à des
modèles d'étude de la réaction bactérie-cellule
intestinale a permis de démontrer l'importance des signaux métaboliques
induits par le contact entre les bactéries et la surface cellulaire.
Cet aspect de la pathologie microvillositaire a fait l'objet de deux importantes
et passionnantes revues générales impossibles à résumer
ici. Toutes deux mettent l'accent sur les remaniements du cytosquelette,
l'activation de diverses molécules de surface et des protéine
kinases cellulaires liés à l'invasion microbienne [45,
46]. Des faits similaires commencent à être décrits
pour certaines parasitoses. Il en est ainsi pour la giardiase et la cryptosporidiose.
La giardiase dont la prévalence est considérable (5-30 %
des individus ?) serait responsable de 11-45 % des diarrhées chroniques
avec dans ce groupe jusqu'à 50 % de malabsorptions [47].
Les études réalisées sur un modèle animal
montrent que les altérations liées à l'infestation
se produisent en l'absence de réaction inflammatoire, mais qu'elles
sont majorées par l'activation des lymphocytes T. On observe un
raccourcissement et une rupture des microvillosités avec une diminution
de la surface absorbante au contact du disque ventral du parasite. La
souffrance microvillositaire se traduit par une diminution des activités
disaccharidasiques et du cotransport Na+/glucose. Les échanges
Cl&endash; et Na+ ne semblent pas altérés.
Les lésions seraient la conséquence d'une libération
de thiol-protéinase par le parasite [48].
Des études similaires ont été conduites pour la cryptosporidiose
sur un modèle de porcelet axénique [49, 50]. Le
clivage de la membrane trilaminaire des microvillosités si particulier
à la cryptosporidiose permettait de prévoir une altération
des fonctions d'absorption. De fait, on note sur le modèle expérimental
proposé une altération du cotransport Na+/glucose.
Une anomalie du transport du NaCl a été mise en évidence
également, mais seulement après stimulation par des prostanoïdes.
L'ensemble des faits évoqués ci-dessus attire l'attention
sur la plasticité des microvillosités et les remaniements
permanents dont elles font l'objet. Un travail étudiant l'effet
d'une lectine de haricot est à cet égard très démonstratif
[51]. Le contact avec la lectine détermine un remaniement
de la morphologie des microvillosités qui se raréfient,
fusionnent et tendent à s'hypertrophier. L'étude au microscope
con-focal permet de montrer que cela s'accompagne d'un remaniement des
filaments d'actine. Le tout est réversible lorsque cesse le contact
avec la lectine. Dans la mesure où nombre d'aliments contiennent
des lectines (protéines ayant une affinité particulière
pour les structures glycoprotidiques de la surface cellulaire), dans la
mesure où des facteurs d'adhérence bactériens et
parasitaires se comportent également comme des lectines, on conçoit
l'intérêt de ces constatations par rapport à l'expression
des fonctions microvillositaires.
L'atrophie des microvillosités représente un aspect
particulièrement frappant des troubles de l'architecture et de
la morphogenèse de la bordure en brosse. La maladie s'inscrit dans
le cadre des diarrhées rebelles graves de l'enfant. Une revue colligeant
23 cas et quelques autres publications apportent de nombreuses précisions
[52-54]. La maladie est probablement familiale et touche plutôt
les filles. Elle se caractérise par une grande diarrhée
sécrétoire contenant 50-120 mM de Na+, 50-100
mM de Cl&endash; et 20-80 mM de K+. La plupart des
enfants meurent entre 3 et 9 mois.
Les altérations histologiques sont relativement univoques : atrophie
villositaire et atrophie des cryptes, mais surtout accumulation de granules
PAS+ dans les cellules intestinales, présence de grains
de sécrétion dans le cytoplasme des entérocytes et
présence d'inclusions faites de microvillosités « internalisées
». La microscopie électronique apporte des précisions
supplémentaires. Dans les cryptes, les cellules contiennent des
vésicules cerclées d'une membrane et contenant un matériel
dense (granules sécrétoires). La bordure en brosse est initialement
intacte, mais au fur et à mesure de la migration cellulaire s'observent
un raccourcissement et une tendance à l'évanouissement des
microvillosités. Le cytoplasme semble recouvrir la bordure en brosse
qui paraît s'invaginer pour former des vésicules dont la
face interne est bordée de microvillosités. Les enzymes
de la bordure en brosse sont diminuées de façon variable.
Le cotransport Na+/glucose serait conservé. La signification
des aspects observés reste discutée : internalisation et
autophagie des microvillosités ? ou stockage intracellulaire et
trouble de la morphogenèse des microvillosités ? Les microtubules
qui normalement participent à l'adressage ne semblent pas en cause.
La villine et d'autres protéines participant à la structuration
des microvillosités sont normales. La biosynthèse et les
étapes translationnelles et post-translationnelles des enzymes
de la bordure en brosse paraissent normales. Les lysosomes sont normaux.
Le trafic enzymatique intracellulaire ne paraît pas perturbé.
Mais la présence précoce de grains PAS+ suggère
malgré tout qu'il existe un trouble du transport intracellulaire
et que celui-ci pourrait porter sur une protéine exposée
non à la surface microvillositaire mais au niveau de la face latéro-basale
de l'entérocyte [55].
A noter que l'on a proposé l'utilisation d'anticorps anti-antigène
carcino-embryonnaire dans le cadre du diagnostic [56]. Quant au
traitement de la maladie jusqu'ici considéré comme désespérant
(réhydratation et somatostatine), il pourrait bénéficier
de la transplantation intestinale. Un cas de transplantation réussie
a montré qu'il n'y avait pas de récidive sur le transplant
[57].
Cette revue ne se voulant pas exhaustive, n'a pas pris en compte les anomalies
des mécanismes de transport des acides aminés et des peptides
qui du reste induisent assez peu de troubles digestifs et dont la complexité
mériterait une revue en soi. On ne fera que mentionner le transport
des sels biliaires où le clonage du transporteur sodium dépendant
a été réalisé [58]. Localisé
au niveau de l'iléon, il est composé d'une chaîne
peptidique de 348 acides aminés avec 7 domaines transmembranaires
et trois sites de glycosylation. L'étude du métabolisme
des sels biliaires s'enrichit par ailleurs d'un nouvel acide biliaire
de synthèse dont il conviendra d'évaluer l'intérêt
diagnostique et thérapeutique [59]. Il est probable que
la place réelle de la malabsorption congénitale ou acquise
des sels biliaires sera précisée dans les années
à venir*.
Il est également bien évident que le cadre des diarrhées
graves rebelles déborde largement les descriptions faites ci-dessus.
Certaines diarrhées graves s'inscrivent dans un contexte de désordres
métaboliques ou mitochondriaux [60, 61]. D'autres s'intègrent
au cadre des déficits immunitaires (défaut d'expression
des molécules du complexe majeur d'histocompatibilité, déficits
primaires ou acquis portant sur les cellules B et plus encore sur les
cellules T). Dans ces derniers cas, les rapports de causalité qui
unissent désordres immunitaires et atrophie villositaire et/ou
microvillositaire passent par des mécanismes qui mettent en jeu
outre les fonctions proprement entérocytaires l'ensemble des fonctions
du système immunitaire associé à l'intestin avec
son rôle trophique, son rôle de surveillance, de tolérogenèse
et de rejet [62-64]. Il s'agit d'un thème considérable
dont on entrevoit qu'il ouvre aux gastro-entérologues un vaste
champ d'étude et, pour les lecteurs d'Hépato-Gastro,
la perspective d'une série de compléments à la présente
revue bibliographique.
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*Note ajoutée aux épreuves
Une mise au point est parue sur ce sujet alors que le présent travail
était sous presse. Voir Mailliard ME, Stevens BR, Mann GE. Aminoacid
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