ARTICLE
Chez un sujet possédant des anticorps dirigés
contre le virus de l'hépatite C (VHC) mis en évidence par
deux tests sérologiques Elisa de troisième génération
et présentant une hypertransaminasémie, l'indication de
ponction biopsie du foie est toujours posée afin de rechercher
des signes histologiques d'hépatite chronique et d'initialiser
le traitement par interféron alpha. Chez certains malades, plus
rares, les transaminases sont normales de façon répétée,
c'est-à-dire lors de trois dosages successifs en 6 mois au moins.
Des études préliminaires ont montré que la biopsie
mettait en évidence des lésions d'hépatite chronique
dans une proportion notable des patients de ce type. La conduite à
tenir lorsque les transaminases sont strictement normales n'est pas encore
totalement codifiée. Toutefois, le test le plus discriminant pour
prédire l'existence de lésions d'hépatite chronique
semble être la présence de l'ARN du VHC évaluée
par PCR dans le sérum. Les questions suivantes sont tout de même
actuellement posées : 1) Existe-t-il des symptômes cliniques
et/ou un examen biologique discriminant permettant de poser l'indication
d'une ponction-biopsie hépatique ? 2) Les examens virologiques
sont-ils utiles chez ces patients ? 3) Quelles sont les lésions
histologiques observées ? 4) Y a-t-il une indication de traitement
par l'interféron et quel en est le résultat ?
Les
symptômes cliniques et les autres examens biologiques
Il ne semble pas exister de caractéristique épidémiologique
et/ou clinique permettant de discriminer les patients ayant des anticorps
anti-VHC et des transaminases normales de ceux ayant une hypertransaminasémie.
Le mode de contamination ne semble pas différent ainsi que la durée
du portage ou de l'infection et la gravité des signes cliniques
en particulier de l'asthénie [1]. Parmi les examens biologiques,
il n'existe pas non plus de test discriminant ; il n'a pas été
constaté de différence statistiquement significative en
ce qui concerne l'activité sérique des phosphatases alcalines
ou de la gamma-glutamyl-transpeptidase, la concentration sérique
de bilirubine et/ou d'albumine [1]. Il n'existe pas non plus de différence
en ce qui concerne la prévalence respective des anticorps anti-tissus
ou d'une cryoglobulinémie mixte. En revanche, la normalité
de l'ALAT s'accompagne presque toujours d'une normalité de l'ASAT.
Seul, récemment, le dosage de l'alpha glutathion S-transférase
a été proposé comme marqueur sensible des lésions
hépatiques car elle était augmentée dans une étude
chez 11 des 19 patients (58 %) atteints d'hépatite chronique avec
des transaminases normales [2] ; il n'existait toutefois pas de corrélation
avec la virémie, ni avec le score de Knodell.
Les
examens virologiques
Chez les patients à transaminases normales, la recherche de l'ARN
du VHC dans le sérum par PCR qualitative a été positive
dans 50 % à 65 % des cas selon les études [3-5]. Par la
technique des ADN branchés (méthode de 1re génération)
avec un seuil de 3,5.105 Eq génomes/ml, l'ARN du VHC
est mis en évidence dans le sérum dans environ 60 % des
cas [1]. La quantification de l'ARN du VHC dans le sérum a été
moins étudiée. La concentration de virus circulant est habituellement
faible, estimée en moyenne entre 3,5 et 6,9.105 Eq génomes/ml
dans une étude [1] par la technique des ADN branchés. Il
ne semble pas que la charge virale, qui reste relativement faible, soit
plus élevée en cas d'hypertransaminasémie modérée
inférieure à 1,5 ou 2 N que lorsque les transaminases sont
normales.
Un résultat positif de l'immunoblot ne permet pas de prédire
la présence d'une hépatite chronique. Quand le résultat
de l'immunoblot est indéterminé (une seule bande positive),
la recherche de l'ARN du VHC par PCR dans le sérum est négative
chez les sujets à transaminases normales [6]. La PCR dans le sérum
est supérieure à l'immunoblot pour prédire l'infection
à VHC [7]. Cependant, il semble exister un lien entre le nombre
de bandes positives des immunoblots et la présence du virus en
circulation. Les pourcentages de sujets virémiques dans une étude
française étaient respectivement de 27 %, 60 % ou 93 % selon
que 2, 3 ou 4 bandes étaient positives [6]. Enfin, comme l'a rapporté
notre groupe, la détection des IgM dirigés contre la capside
du VHC est bien corrélée à la présence d'une
virémie [8].
Aucun génotype particulier n'a été rapporté
chez ces patients. Dans les études américaines la prévalence
respective des génotypes 1a et 1b était de 38 % et 33 %
[1], alors que, dans les études japonaises, elle était de
0 % et 74 % [4, 9]. En France, les différences de génotypes
sont liées à l'âge et au sexe [6]. Les sujets de moins
de 40 ans sont infectés majoritairement par les génotypes
1a ou 3 et ceux de plus de 40 ans par les génotypes 1b ou 2a. Ces
observations sont similaires à celles faites en cas d'hépatite
chronique avec hypertransaminasémie.
Les
lésions histologiques
La présence de lésions d'hépatite chronique a été
rapportée dans 40 % ou 80 % des cas mais le foie est normal à
la biopsie dans 10 % à 15 % des cas [1, 3, 4, 9]. Les lésions
d'hépatite chronique sont le plus souvent modérées
associant une nécrose périportale minime, une infiltration
inflammatoire et une fibrose de l'espace porte et de la région
périportale. Le score de Knodell est habituellement voisin de 5,
mais avec des extrêmes allant de 1 et 13 [1]. Les lésions
de fibrose sont de faible intensité ou absentes. Dans toutes les
études, l'intensité des lésions est plus faible que
celle observée chez les patients ayant une hypertransamina-sémie.
De plus, l'intensité des lésions est plus grande lorsque
la recherche de l'ARN du VHC par PCR est positive. Toutefois, lorsque
la recherche de l'ARN du VHC par PCR est négative, si le foie est
normal dans environ 30 % des cas, il existe des signes d'hépatite
chronique chez près de 40 % des patients. Le score de Knodell se
situe alors plutôt autour de 3 ou 4 [1]. Pour l'ensemble des patients,
la différence du score porte principalement sur un moindre score
de nécrose lobulaire mais aussi sur les trois autres paramètres,
c'est-à-dire la nécrose péri-portale, l'inflammation
portale et la fibrose.
Le
traitement
L'effet de l'interféron alpha, chez les patients ayant une hépatite
virale chronique C avec transaminases normales, n'a pour l'instant été
évalué en France que dans une seule étude pilote
[10] effectuée chez un nombre limité de malades : un effet
de l'interféron était observé sur la virémie
C chez certains d'entre eux, mais l'effectif était trop faible
pour conclure à l'intérêt d'un tel traitement. Une
seule étude contrôlée a été récemment
publiée uniquement sous forme de résumé [11]. Elle
incluait 30 patients ayant des transaminases normales à 3 dosages
successifs dans une période de 6 mois et des signes histologiques
d'hépatite chronique. La posologie de l'interféron était
de 3 MUI SC 3 fois par semaine pendant 6 mois. Aucune différence
statistiquement significative n'était observée à
la fin de la période de traitement et à la fin de la période
de surveillance ; de plus une réascension des transaminases était
constatée chez 6 patients traités dont 3 durant le traitement
et, chez 3 autres, 3 mois après l'arrêt du traitement, contre
1 dans le groupe témoin (p < 0,02). Cette étude contrôlée
n'incite donc pas au traitement de ces patients mais, compte tenu du faible
effectif, elle mérite d'être confirmée par une étude
contrôlée et randomisée de plus grande ampleur. L'effectif
nécessaire pour ce type d'étude est d'environ 174 patients.
CONCLUSION Chez
les patients ayant un résultat de test Elisa anti-VHC positif mais
des transaminases rigoureusement normales, il paraît donc actuellement
logique de proposer une biopsie hépatique en cas de détection
de l'ARN du VHC par PCR dans le sérum (figure
1). Si cette recherche est négative, la guérison est
très probable mais il peut exister des faux négatifs de la
PCR et on peut proposer de surveiller les transaminases et l'ARN du VHC
une à deux fois par an, au moins pendant les deux premières
années. La quantification de la virémie pourrait permettre
de mieux encore discriminer les patients avec lésions histologiques
notables. Certains marqueurs biochimiques pourraient, dans l'avenir, être
intéressants dans l'évaluation de ces malades, en particulier
le dosage de l'alpha glutathion S-transférase. Toutefois, si l'intérêt
d'effectuer une biopsie hépatique pour préciser l'intensité
des lésions histologiques paraît utile en cas de positivité
de la PCR, l'intérêt d'effectuer un traitement reste à
préciser par des études contrôlées et randomisées.REFERENCES 1. Shakil
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