ARTICLE
En
dépit de recherches toujours actives, l'hypertension portale garde
beaucoup de ses mystères. La physiopathologie est dominée
par la question du ou des facteurs humoraux responsables de l'hyperkinésie
circulatoire. Le monoxyde d'azote et l'endothéline 1 sont les deux
derniers candidats. L'intérêt de l'échographie Doppler
et de l'échoendoscopie se confirme pour le diagnostic et la surveillance
de ce syndrome. Dans le traitement des hémorragies, on note un regain
d'intérêt pour les vasoconstricteurs. Les deux premières
grandes séries de patients traités par anastomose porto-systémique
intra-hépatique par voie trans-jugulaire ont été publiées.
Ces résultats préliminaires ont suscité un vif engouement
pour cette technique élégante. Mais déjà, les
résultats à plus long terme et les déboires de certaines
équipes incitent à plus de circonspection. Peu de travaux
ont été consacrés à l'ascite et à ses
complications. Dans l'ensemble, ils ne font que confirmer des données
déjà connues, notamment en ce qui concerne la gravité
de l'infection spontanée et du syndrome hépato-rénal.
Physiopathologie
Ce chapitre a fait l'objet d'une revue récente [1]. L'hypertension
portale procède de deux phénomènes : l'augmentation
des résistances à l'écoulement du sang et une hyperkinésie
circulatoire qui associe augmentation du flux sanguin splanchnique et
du débit cardiaque, et diminution de la résistance vasculaire
périphérique. Les recherches se focalisent actuellement
sur le ou les médiateur(s) responsable(s) de cette hyperkinésie
circulatoire. Le monoxyde d'azote (NO) a suscité de nombreux travaux.
Le groupe de R. Groszmann a montré que le NNLA (Nphi-Nitro-L-arginine),
inhibiteur de synthèse du NO, augmentait la pression artérielle
moyenne et la résistance vasculaire systémique, réduisait
l'index cardiaque, le volume plasmatique et l'espace extra-cellulaire
du sodium chez le rat avec ligature partielle de la veine porte [2]. Par
ses effets hémodynamiques, le NNLA s'oppose ainsi à la rétention
hydro-sodée qui accompagne l'hypertension portale. Sur le même
modèle expérimental, les mêmes auteurs [3] ont observé
que le NNLA diminuait le flux sanguin splanchnique en augmentant la résistance
artériolaire splanchnique et porto-collatérale mais ne modifiait
pas la pression veineuse portale. Le NO jouerait donc un rôle dans
l'hyperkinésie et plus particulièrement dans le développement
des collatérales porto-systémiques. L'action du NO pourrait
être potentialisée par d'autres médiateurs, notamment
la prostacycline puisque l'indométacine majore les effets de l'inhibition
de la synthèse du monoxyde d'azote [4].
L'endothéline 1, vasoconstricteur puissant, pourrait également
jouer un rôle dans l'hypertension portale : des récepteurs
spécifiques ont été retrouvés sur les cellules
de Ito et les cellules endothéliales du foie de rat [5]. Elle augmente
la pression veineuse portale chez le rat [6]. Chez les patients porteurs
d'une cirrhose, son taux plasmatique est plus élevé s'il
y a une ascite [7] et des varices oesophagiennes [8] qu'en leur absence.
La deuxième grande question d'actualité est la physiopathologie
de la gastropathie congestive. La description des lésions et la
différence, encore objet de discussions, entre gastropathie congestive
et ectasies vasculaires antrales a fait l'objet d'un éditorial
très détaillé du Journal of Clinical Gastroenterology
[9]. Ses aspects, son évolution et ses complications ont été
décrits chez l'enfant [10]. Des lésions similaires à
celles de la muqueuse gastrique ont été rapportées
au niveau de la muqueuse jénunale [11]. J.F. Bretagne et al.[12]
ont étudié les inter-relations entre gastropathie congestive
et paramètres biologiques, endoscopiques et hémodynamiques
chez des patients porteurs d'une cirrhose alcoolique. Ils ont constaté
que la sévérité des lésions était liée
à l'importance de l'hyperkinésie circulatoire, mais pas
au gradient de pression sus-hépatique, ni aux paramètres
cliniques et biologiques de sévérité de la cirrhose.
La gastropathie congestive s'accompagne d'une diminution de synthèse
hépatique et gastrique de prostaglandine E2 et d'une plus grande
sensibilité à l'éthanol [13]. Utilisant la débitmétrie
laser-Doppler et la spectrophotométrie de reflectance, le groupe
de Barcelone a montré que le propranolol [14], la vasopressine
et la glypressine [15] diminuaient l'hyperhémie caractéristique
de la muqueuse gastrique chez des patients porteurs d'une cirrhose.
Enfin, deux études viennent confirmer ce que savaient déjà
confusément tous les hépato-gastro-entérologues soumis
à des astreintes. Étudiant l'heure de survenue de 744 épisodes
hémorragiques, I. Merrigan et al. [16] mettent en évidence
deux pics de fréquence : 8 heures et 20 heures. Le deuxième
travail [17] retrouve ces deux pics de fréquence (à 9 et
surtout à 22 heures) qui correspondent à des variations
nycthémérales du gradient de pression sus-hépatique.
Explorations
Dans le traitement de l'hypertension portale, l'hépatologue reste
handicapé par l'absence de moyen fiable, reproductible, et non
invasif de mesurer les modifications induites dans l'hémodynamique
splanchnique.
La pression des varices oesophagiennes peut être mesurée
par ponction directe, mais il faut pratiquer ensuite une injection sclérosante
ce qui ne permet pas d'utiliser cette technique de façon répétée,
par exemple pour surveiller l'efficacité d'un traitement médicamenteux.
Ph. Gertsch et al. [18] ont décrit un nouveau procédé
utilisant un ballonnet. Les valeurs obtenues avec cette méthode
et par ponction directe des varices chez 37 patients étaient fortement
corrélées (r = 0,8). La reproductibilité intra- et
inter-observateurs était bonne (r = 0,90 et 0,88, respectivement).
L'utilisation de l'échographie Doppler a fait l'objet d'une revue
générale récente [19] rappelant l'intérêt
de cette méthode pour mesurer le débit portal avec les réserves
d'usage, rechercher des collatérales, surveiller des traitements
médicamenteux et des anastomoses chirurgicales ou radiologiques.
Une étude américaine [20] a confirmé la supériorité
de l'échoendoscopie sur l'endoscopie pour le diagnostic des varices
gastriques. Néanmoins, la signification des anomalies constatées,
notamment en terme de risque hémorragique, reste à établir.
Il est intéressant de rapprocher ce travail de celui de J. Ch.
Letard et al. [21] qui ont observé qu'un flux sanguin portal hépatofuge
chez des patients porteurs d'une cirrhose, s'accompagnait d'une prévalence
plus élevée d'encéphalopathie, et d'anomalies de
la vascularisation gastrique, tandis que la prévalence de varices
oesophagiennes n'était pas modifiée. Ainsi, l'inversion
du flux sanguin portal pourrait jouer un rôle dans la genèse
des anomalies gastriques constatées en échoendoscopie. L'échographie
Doppler pourrait également avoir une valeur pronostique. A. Schmassmann
et al. [22] ont établi un « sonoscore » tenant compte
de la direction du flux sanguin, de sa vélocité, du diamètre
de la veine porte, des variations respiratoires, des collatérales
portosystémiques et de la présence éventuelle d'une
thrombose de la veine porte. Chez les patients dont le « sonoscore
» était supérieur à 4, le taux de récidive
hémorragique fut de 67Ê%, et seulement de 22Ê% chez
ceux dont le score était inférieur à 4. Ce score
est probablement trop complexe pour être utilisé en clinique,
mais ce travail confirme l'intérêt de l'exploration de l'hypertension
portale par échographie Doppler.
La résonance magnétique nucléaire permet la mesure
du flux sanguin portal [23], et serait plus performante que l'échographie
Doppler dans l'évaluation de l'hypertension portale [24]. Il s'agit
donc peut-être d'une méthode d'avenir mais la difficulté
d'accès aux machines dans la plupart des centres limite pour l'instant
son intérêt.
Traitements
Hémorragies
Traitements médicamenteux
Afin de diminuer les effets secondaires de la vasopressine, P. Mac Mathuna
et al. [25] lui ont associé la nifédipine. De fait, les
altérations de la pression artérielle pulmonaire libre et
bloquée étaient diminuées. Mais la nifédipine
ne renforçait pas l'action hypotensive portale de la vasopressine,
contrairement à ce qui est observé avec l'association vasopressine-dérivés
nitrés, qui doit donc être préférée.
La desmopressine est utilisée pour corriger certains troubles de
l'hémostase. R. De Franchis et al. ont donc comparé l'association
terlipressine-desmopressine à la terlipressine seule dans le traitement
des hémorragies variqueuses [26]. L'étude a été
interrompue : non seulement l'adjonction de desmopressine n'augmentait
pas l'effet hémostatique de la terlipressine, mais elle paraissait
la diminuer !
L'octréotide dans le traitement des hémorragies variqueuses
a fait l'objet de deux revues générales [27, 28]. P.A McCormick
et al. [29] ont imaginé de lui adjoindre le métoclopramide,
qui, en augmentant le tonus du sphincter inférieur de l'oesophage,
pourrait réduire le flux sanguin dans les varices oesophagiennes.
En fait, la diminution du débit azygos n'était pas plus
importante avec l'association des deux médicaments qu'avec l'octréotide
seul. Dans une étude multicentrique française, l'octréotide
a été comparé à l'association terlipressine-nitroglycérine
per-cutanée chez 87 patients présentant une hémorragie
active par rupture de varices oesophagiennes ou cardiales. L'efficacité
hémostatique des deux traitements était similaire. Mais
les patients traités par octréotide ont été
moins transfusés et n'ont pas présenté d'effet secondaire
significatif [30]. Enfin en termes d'hémostase, de récidives
hémorragiques à court terme, de consommation de sang, de
durée d'hospitalisation et de mortalité hospitalière,
l'octréotide s'est montré aussi efficace que la sclérothérapie
chez 100 malades porteurs de varices oesophagiennes, hospitalisés
pour hémorragie digestive [31].
Deux nouveaux ß bloquants pourraient être utilisés
dans le traitement électif de l'hypertension portale. Le tertatolol
n'exposerait pas au syndrome de sevrage et respecterait la fonction rénale
[32]. Le nipradilol ajoute à l'effet inhibiteur des récepteurs
ß-adrénergiques, une action vasodilatatrice qui, tout au
moins chez le rat, renforce l'action hypotensive portale [33, 34]. La
bonne tolérance de ce dernier médicament doit être
vérifiée chez l'homme. En effet, l'association d'un vasodilatateur
(le dinitrate d'isosorbide) au propranolol augmente l'effet de ce dernier
sur le gradient de pression sus-hépatique mais aggrave l'ascite
de certains malades [35]. Le groupe de Barcelone [36] a du reste montré
que l'administration de 5 mononitrate d'isosorbide à des patients
cirrhotiques ascitiques stimulait le système rénine-angiotensine-aldostérone
et diminuait le taux de filtration glomérulaire. Ainsi, les vasodilatateurs,
seuls ou en association avec les ß-bloquants, devraient-ils être
réservés aux patients cirrhotiques sans décompensation
oedémato-ascitique.
Il est possible que l'efficacité des traitements médicamenteux
se modifie avec l'âge. Le propranalol et la nitroglycérine
ont moins d'effets hémodynamiques systémiques et splanchniques
chez des rats âgés de 9 mois avec ligature de la veine porte
que chez des animaux de 3 mois. Ce phénomène est lié
à une hyposensibilité cardiaque et vasculaire à la
noradrénaline [37].
Sclérose et ligature endoscopique
Les résultats au long cours d'une étude contrôlée
de la sclérothérapie prophylactique ont confirmé
qu'il n'y avait aucune différence entre les patients traités
et ceux du groupe contrôle, ni pour la prévalence des hémorragies,
ni pour la survie [38]. Dans ce domaine, les patients en attente de transplantation
hépatique constituent peut-être un sous-groupe particulier.
La comparaison de 648 de ces malades traités à titre prophylactique,
à 172 chez lesquels la sclérothérapie avait été
effectuée en urgence à l'occasion d'un épisode hémorragique,
a montré une fréquence beaucoup plus importante d'effets
secondaires chez ces derniers (20Ê% et 2Ê% respectivement)
[39]. Ces résultats devraient être confirmés par une
étude randomisée. Néanmoins, ils incitent à
n'utiliser la sclérose endoscopique à visée hémostatique
qu'avec prudence chez ces patients : beaucoup de ces complications peuvent
contre indiquer temporairement une transplantation et, du fait de la pénurie
de greffons, faire perdre ses chances à un malade.
L'importance de la circulation périoesophagienne pourrait jouer
un rôle déterminant dans les résultats de la sclérothérapie.
Lin et al. [40] ont établi que la tomodensitométrie avait
une sensibilité de 80Ê% et une spécificité
de 100Ê% dans la recherche des grosses collatérales périoesophagiennes,
en confrontant les résultats de cet examen aux données observées
en per-opératoire chez 15 malades traités selon la technique
de Sugiura. Ils ont ensuite comparé les résultats de la
sclérothérapie chez 17 patients où l'examen TDM avait
trouvé de grosses varices péri-oesophagiennes et 42 dépourvus
de ces collatérales. Les premiers ont eu besoin d'un nombre plus
grand de sessions de sclérose et d'une quantité plus importante
de produit sclérosant. Ils ont eu une récurrence des varices
et ont resaigné plus tôt et plus souvent.
Des associations thérapeutiques pourraient renforcer l'efficacité
de la sclérothérapie. Des injections de terlipressine pendant
les 7 jours suivant une rupture de varices oesophagiennes, ont significativement
diminué le risque de récidive hémorragique observé
sous sclérothérapie seule [41]. Deux études ne trouvent
aucun avantage à associer le propranolol à la sclérose
endoscopique [42, 43]. Toutes deux sont asiatiques (Inde et Taiwan) et
ont inclu des malades dont l'hépatopathie n'était pas très
sévère, d'étiologie surtout post-hépatitique
ou dont l'hypertension portale n'était pas liée à
une cirrhose (fibrose portale et cavenome portal), et à distance
de l'épisode hémorragique initial.
La sclérothérapie a été comparée à
d'autres traitements. Dans l'étude de J. Teres et al., elle s'est
montrée plus efficace que le propranolol en terme de probabilité
actuarielle de récidive hémorragique, mais au prix de complications
à la fois plus fréquentes et plus sévères.
La survie, les causes de décès et le nombre d'hospitalisations
étaient similaires dans les deux groupes [44]. Deux équipes
ont confirmé que la ligature élastique permettait une éradication
plus rapide des varices oesophagiennes. Mais l'une [45] conclut à
une plus grande efficacité de la ligature et un taux de complications
similaire pour les deux techniques. Dans l'autre [46], les taux de récidives
n'étaient pas significativement différents entre les deux
groupes (mais cela tient sans doute à un effectif trop faible de
77 malades au total puisque ces taux étaient de 26Ê% et 46Ê%
respectivement après ligature et après sclérose)
; mais les complications furent plus rares après ligature. Les
résultats au long cours de l'étude de L.F. Rikkers et al.
[47] comparant sclérothérapie et chirurgie de dérivation,
plaident en faveur de la chirurgie : récidives hémorragiques
plus rares (17Ê% contre 60Ê%) et survie à 6 ans plus
importante (53Ê% contre 26Ê%). Afin de tenter de réduire
les infections observées après sclérothérapie,
N. Rolando et al. [48] ont traité 100 malades par antibioprophylaxie
ou placebo après tirage au sort. L'incidence des bactériémies
et des infections a été similaire dans les deux groupes.
Enfin, le facteur de croissance épidermique humain recombinant
prévient les ulcères et sténoses de l'oesophage induits
par la sclérothérapie chez le porc [49]. On attend avec
impatience une étude coût-efficacité comparative avec
le sucralfate.
Anastomoses porto-systémiques intra-hépatiques
transjugulaires (TIPS)
De nombreuses séries ouvertes ont été publiées
[50-56]. Les deux plus importantes [50, 51] ont été analysées
par Conn [57] dans Hepatology. Les TIPS ont été utilisés
pour traiter des hémorragies par rupture de varices oesophagiennes,
gastriques [58], stomiales [59], ou ano-rectales [60] par gastropathie
congestive [61], secondaires à une cirrhose ou à un syndrome
de Budd-Chiari [62], dans des conditions d'urgence ou électives,
parfois même extrêmes (néoplasie en phase terminale
[63], hémorragie chez un hémophile sidéen et cirrhotique
[64]). Ces études, dans l'ensemble, montrent la faisabilité
de la méthode y compris dans des conditions d'urgence. L'efficacité
paraît comparable à celle de la chirurgie de dérivation
tant dans les hémorragies que dans l'ascite, au prix d'un mortalité
et d'une morbidité moindres. Ces résultats préliminaires
connus grâce à des communications et des résumés
depuis environ deux ans, ont suscité un vif enthousiasme pour cette
méthode. Des travaux plus récents, non encore publiés,
tempèrent maintenant l'optimisme initial. Une limitation importante
de la technique est un taux élevé d'obstructions : il atteint
environ 30Ê% à un an [56] et jusqu'à 60Ê% à
deux ans. Il ne s'agit donc que d'un traitement temporaire qui devrait
être réservé à des patients dont l'espérance
de vie est brève ou en attente de transplantation [65]. Par ailleurs,
les résultats obtenus par des experts ne sont sans doute pas représentatifs.
Une étude multicentrique américaine rétrospective
[55] constate un taux d'échecs techniques plus important (7Ê%),
la persistance de l'hémorragie chez 6 de 33 patients traités
en urgence (26Ê%) et une mortalité hospitalière élevée
(25Ê%). En reprenant les observations, les auteurs ont constaté
que la mode des TIPS avait conduit à une utilisation insuffisante
des thérapeutiques éprouvées chez 30Ê% à
40Ê% des malades.
L'étude hémodynamique de D. Azoulay et al. [66] a montré
que les TIPS, comme les anastomoses chirurgicales, aggravaient l'hyperkinésie
circulatoire, ce qui doit faire de l'insuffisance cardiaque une contre-indication
relative à leur utilisation. Enfin, des complications léthales
peuvent survenir [67, 68].
Ces anastomoses transjugulaires doivent donc encore être considérées
comme expérimentales et utilisées avec circonspection par
des praticiens rompus aux techniques de la radiologie interventionnelle.
Ascite
La rétention hydro-sodée qui accompagne l'hypertension
portale est généralement considérée comme
une conséquence de la vasodilatation secondaire au développement
des collatérales porto-systémiques [1]. De fait, l'octréotide
administré à des rats dès la ligature partielle de
leur veine porte, augmente la pression artérielle moyenne et la
résistance vasculaire périphérique, réduit
l'espace extracellulaire du sodium, diminue la pression veineuse portale,
le taux sanguin de glucagon et l'activité rénine plasmatique
[69]. Ce médicament n'a pas d'effet sur le métabolisme du
sodium chez les rats témoins. Ce travail est un argument supplémentaire
en faveur des conceptions pathogéniques actuelles. Les patients
ascitiques ont un débit sanguin rénal et une pression de
perfusion rénale inférieurs à ceux de patients cirrhotiques
exempts d'ascite. Mais il n'y a pas de relation entre ces anomalies hémodynamiques
et le degré d'altération des fonctions hépatiques
[70].
Les traitements de l'ascite ont fait l'objet d'une revue générale
récente [71] et les effets rénaux des médicaments
utilisés dans le traitement de l'hypertension portale seuls ou
en association ont été détaillés dans un éditorial
très complet [72].
Bernardi et al. ont étudié les effets d'un traitement progressif
[73]. Le tirage au sort allouait aux patients un régime à
40 ou 120 mmol de sodium par jour. Parallèlement, tout diurétique
était arrêté pendant 7 jours. Le traitement comportait
ensuite des doses croissantes de canrénone, puis, en cas d'échec,
de furosémide. Les conclusions étaient les suivantes : le
régime désodé n'influençait pas le résultat
final, l'arrêt des traitements pendant une semaine permettait une
amélioration de la fonction rénale et de la natrémie,
au-delà de 400 mg de canrénone par jour, l'augmentation
de la posologie était inutile : il était plus efficace d'associer
le furosémide. Au total, 93Ê% des malades ont favorablement
répondu à ce protocole. Une autre étude italienne
[74] a comparé les effets de l'amiloride et de la canrénone.
L'amiloride n'a été efficace que chez une minorité
de patients qui, tous, avaient une aldostéronémie normale.
Un nouveau diurétique de l'anse : le torasémide, a été
comparé au furosémide [75-77]. Il avait un effet plus important
sur la diurèse hydro-sodée et moindre sur les pertes de
calcium, de phosphore et de magnésium.
La supériorité des ponctions évacuatrices sur les
diurétiques a été une fois de plus confirmée
[78], ainsi que l'intérêt de compenser les quantités
ponctionnées par des perfusions d'albumine [79]. Ces ponctions
améliorent en outre la mécanique ventilatoire [80, 81].
L'adjonction d'une extrémité en titanium semble diminuer
le taux d'obstruction des shunts péritonéo-jugulaires [82].
Dans la même étude, les auteurs ont observé que l'incidence
des hémorragies digestives et des infections spontanées
du liquide d'ascite était plus importante chez les patients qui
avaient eu l'une ou l'autre de ces complications avant traitement. De
tels patients ne sont donc pas de bons candidats pour ces shunts : ils
relèvent, chaque fois que cela est possible, d'une transplantation
hépatique.
Gines et al. [83] ont étudié l'incidence, les facteurs prédictifs
et le pronostic du syndrome hépato-rénal chez 234 patients
cirrhotiques hospitalisés pour ascite. La probabilité de
survenue de ce syndrome fut de 18Ê% à 1 an et 39Ê%
à 5 ans. Les variables prédictives étaient la natrémie,
l'activité rénine plasmatique et la taille du foie. La durée
moyenne de survie après le diagnostic de syndrome hépato-rénal
était seulement de 1,7 semaines. Dans un autre travail, la même
équipe a montré que ni le misoprostol par voie orale, ni
la prostaglandine E2 par voie veineuse n'amélioraient la fonction
rénale de patients ascitiques présentant une hyponatrémie
ou une insuffisance rénale [84].
Enfin, les facteurs prédictifs de guérison et la survie
au décours d'un épisode d'infection spontanée du
liquide d'ascite, ont été étudiés chez 185
patients cirrhotiques hospitalisés. Le céphotaxime a contrôlé
l'infection dans 77Ê% des cas. Seulement deux épisodes résistant
à ce médicament ont pu être efficacement traités
par d'autres antibiotiques. La mortalité globale fut de 38Ê%
: 46 malades sont décédés avant guérison de
l'infection et 36 après. Les facteurs prédictifs indépendants
de guérison de l'infection étaient : le nombre de polynucléaires
neutrophiles, le caractère nosocomial ou non de l'infection, l'azotémie
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