ARTICLE
La régulation des réserves énergétiques est
un processus complexe. Elle tient compte de l'émission de signaux
périphériques capables d'informer le cerveau sur les fluctuations
des réserves, de la présence d'effecteurs de la prise alimentaire
et de la thermogenèse qui sont reliés à un système
central de contrôle.
Les expériences de parabiose (ou circulation croisée),
entre d'une part des souris ob/ob ou db/db portant des mutations
récessives et, d'autre part, des souris normales ont permis d'identifier
le locus ob comme étant nécessaire à la production
d'un facteur hormonal anorexigène et le locus db comme codant
pour une molécule nécessaire à la réponse
physiologique de ce facteur. Vingt ans après, les gènes
codant pour ces facteurs hormonaux ont été clonés.
Il s'agit de la leptine (de la racine grecque leptos signifiant
maigre) codée par le gène ob et de son récepteur
codé par le gène db. La production de la leptine
recombinante a permis de montrer qu'elle était un maillon essentiel
de la chaîne homéostasique qui conduit des réserves
adipeuses au comportement prandial.
Le gène ob et son produit,
la leptine
Le gène ob, composé de 3 exons et de 2 introns,
a été localisé par clonage positionnel sur le chromosome
6 de la souris et le chromosome 7q31.3 chez l'homme [1]. La région
codante, contenue dans les exons 2 et 3, est transcrite en un ARNm de
4,5 kb et 3,5 kb respectivement chez l'homme et la souris. La leptine
- 167 acides aminés (aa) chez la souris, 166 aa chez l'homme
- est synthétisée et munie d'un peptide signal de 21
aa. Après clivage de ce peptide signal, elle est sécrétée
dans la circulation sous forme d'une protéine de 16 kDa, sans subir
de modification post-traductionnelle. La leptine humaine a 84 % et 83
% d'identité en acides aminés avec la leptine de souris
et de rat, respectivement. Sa structure cristallographique (résolution
de 2,4 Å) a été obtenue à partir d'un mutant
de la leptine (Lep E-100). Elle possède 4 hélices alpha
antiparallèles et 2 feuillets beta, caractéristique de la
famille des cytokines comprenant le granulocyte colony stimulating
factor (G-CSF), le leukaemia inhibitory factor (LIF), le human
growth factor (hGH) [2]. Elle possède entre autres 2 résidus
cystéines en position 96 et 146 qui forment un pont disulfure crucial
pour l'intégrité structurale et sa stabilité.
L'expression du gène de la leptine est contrôlée
de façon opposée par deux facteurs de transcription régulant
la différenciation adipocytaire : les PPARgamma qui réduisent
son expression et la protéine C/EBPalpha qui l'active.
L'absence de leptine fonctionnelle détermine l'obésité
des souris ob/ob. Cette obésité est associée
à d'importants troubles endocriniens, en particulier de l'axe hypothalamo-hypophysaire.
Chez la souris ob/ob, une mutation ponctuelle du gène conduit
à la production d'une protéine tronquée et biologiquement
inactive. En revanche, chez la souris db/db caractérisée
par une hyperleptinémie, l'obésité est secondaire
à une mutation du gène du récepteur de la leptine
entraînant une altération de la machinerie de signalisation
intracellulaire de la leptine. Dans ce modèle d'obésité
ainsi que dans celle du rat fa/fa porteur également d'une
mutation sur le gène db, la synthèse de l'ARNm de
la leptine est exagérée avec pour conséquence un
niveau très élevé de leptine circulante suggérant
à l'état physiologique l'existence d'une boucle de recontrôle
de la leptine sur son propre gène.
Chez l'homme, une délétion de la guanine en position 133
dans le gène ob a été retrouvée à
l'état homozygote chez deux cousins consanguins [3]. Cette délétion
induit un décalage du cadre de lecture avec introduction de 14
aa aberrants après la Gly132, suivie d'un codon d'arrêt.
La conséquence est l'accumulation intracellulaire et/ou l'agrégation
de la protéine due à son mauvais repliement suivie d'une
dégradation par le système pré-golgien ubiquitine/protéasome.
Ces deux cousins (âgés de 2 et 8 ans), pour qui la leptine
sérique est très basse, proche du seuil de détection,
ont développé une obésité massive précoce
avec hyperphagie. Cependant, à l'opposé du syndrome murin
d'obésité, ces enfants ne souffrent ni d'hyperglycémie,
ni d'hyperinsulinémie ou d'hypercorticisme.
Une mutation récessive, retrouvée chez trois membres d'une
même famille, responsable à l'état homozygote d'une
obésité sévère, d'une hyperphagie, d'une hyperglycémie
liée à une insulinorésistance et d'une stérilité
par insuffisance d'hormones hypothalamo-hypophysaires [4] a été
également décrite. Il s'agit d'une mutation de C => T
au niveau du codon 105 qui entraîne la substitution de l'arginine
(CGG) en tryptophane (TGG). La quasi-absence de leptine circulante chez
ces patients indique que cette mutation affecte les processus de sécrétion
de la protéine.
Le gène db code pour le récepteur
de la leptine
Le gène db a été cloné par expression
à partir d'une banque d'ADNc issue du plexus choroïde de souris
[5]. Il est positionné sur le chromosome 4 de souris, 5 de rat
et 1p32 chez l'homme. Il est composé de 18 exons : les 15 premiers
codent pour le domaine extracellulaire, l'exon 16 code pour le domaine
transmembranaire et les exons 17, 17', 18a et 18b codent pour les domaines
intracellulaires.
Plusieurs isoformes du récepteur ob résultant d'un épissage
alternatif ont été décrites (figure
1). Les isoformes Ob-Ra, b, c et d, possèdent en commun le
domaine extracellulaire N-terminal de 816 aa, le domaine transmembranaire
hydrophobe de 23 aa et diffèrent entre elles par la longueur de
leur domaine intracellulaire qui varie de 34 à 302 acides aminés
pour l'isoforme longue (Ob-Rb). L'isoforme Ob-Re (805 aa) ne possède
ni domaine transmembranaire, ni domaine intracellulaire. Elle constitue
la forme circulante du récepteur et se retrouve principalement
sous forme glycosylée dans la circulation. Le rôle de ces
récepteurs n'est toujours pas clairement établi. Il a été
suggéré que l'isoforme longue Ob-Rb serait la forme fonctionnelle
relayant le signal physiologique de la leptine.
Chez l'homme, une seule mutation invalidante du gène db
a été décrite dans une famille à forte prévalence
pour une obésité morbide. Il s'agit d'une mutation ponctuelle
G => A dans l'exon 16 [6] qui conduit à la synthèse d'une
protéine de 831 aa qui possède ni le domaine transmembranaire,
ni le domaine intracellulaire. Les concentrations plasmatiques de leptine
chez ces patients sont 6 à 10 fois supérieures à
celles retrouvées chez les sujets d'indice de masse corporelle
voisin, avec 80 % de la leptine circulant sous forme de complexe de haut
poids moléculaire, probablement associée aux récepteurs
tronqués, solubles.
Caractéristiques moléculaires et signalisation
intracellulaire du R-ob
Le récepteur de la leptine appartient à la famille des
récepteurs aux cytokines de classe I possédant un seul domaine
transmembranaire dont la protéine gp130 du récepteur G-CSF,
le récepteur du LIF [5].
Sa partie extracellulaire contient deux domaines CK/F3 (cytokine
receptor domain/fibronectin III domain) (Trp-Ser-X-Trp-Ser), seul
le second domaine CK/F3 entre les aa 428 et 635, en coopération
probablement avec le domaine C2 (immunoglobuline II) serait indispensable
à la liaison du ligand à son récepteur, et donc à
son activation [7]. La partie intracytoplasmique du récepteur Ob-Rb
contient deux motifs peptidiques : Box1, se situant dans les 20 premiers
aa du domaine intracytoplasmique, qui est largement conservé parmi
les récepteurs aux cytokines, et Box2 qui se situe entre les aa
50 à 60. Box1 et 2 interagissent classiquement avec les protéines
JAK. Box1 est retrouvé dans toutes les isoformes possédant
un domaine transmembranaire [8]. Seul Ob-Rb possède en plus un
motif Box3 situé entre les aa 1141-1144 correspondant à
la séquence (YXXQ) reconnue par le site de liaison de STAT3.
La liaison de la leptine à son récepteur conduit à
la phosphorylation de JAK2 (revue dans [9]). L'activation de JAK2, et
à un moindre degré JAK1, peut engendrer la phosphorylation
des IRS1 et 2 (insulin-receptor substrate) qui activent la phosphatidylinositol-3-kinase
(PI-3 kinases) [10] d'une part, et d'autre part induit la phosphorylation
du récepteur de la leptine Ob-Rb.
La phosphorylation du récepteur Ob-Rb a deux conséquences
(figure 2) : 1) Elle conduit
au recrutement du domaine SH2 (src homology 2) de STAT [11], sa
phosphorylation entraînant la formation de dimères STAT qui
transloquent au noyau pour activer la transcription d'un certain nombre
de gènes. Dans les systèmes reconstruits in vitro,
la leptine active de façon non sélective STAT1, 3, 5b, 6.
En revanche, in vivo, elle recrute de façon tissu-spécifique
la protéine STAT impliquée dans la transmission du signal
physiologique. Ainsi, elle active STAT3 dans l'hypothalamus [12] et dans
l'estomac [13], STAT5b dans l'intestin, au niveau du jéjunum [14]
et STAT1 dans les tissus adipeux brun et blanc [15]. 2) Elle peut entraîner
la tyrosine phosphorylation de SHP2 (SH2 containing phosphatase 2)
[16-18] et conduire, via la liaison à GRB2, à l'activation
de la cascade Ras, Raf, MAP kinase/ERK kinase (extracellular-regulated
kinase), avec les protéines ERK transloquant au noyau pour
activer la transcription de gènes précoces tels que c-fos,
c-jun et jun B [16]. Cette cascade des MAP kinases serait mise en jeu
dans la prolifération des cellules beta-pancréatiques et
des cellules endothéliales in vitro induite par la leptine
[19-22].
Des mécanismes de régulation négative de signalisation
intracellulaire de la leptine ont été décrits. Ils
consistent en une déphosphorylation par des tyrosines phosphatases
du récepteur de la leptine, ou en une dégradation du complexe
leptine-récepteur par le système ubiquitine-protéasome,
ou par l'induction des protéines SOCS (suppressor of cytokine
signaling), en particulier SOSC3 qui fait partie d'une nouvelle famille
d'inhibiteurs du signal de transduction des cytokines, inductible par
les mêmes cytokines.
La leptine, par l'intermédiaire de ces récepteurs, régule
de nombreuses fonctions biologiques (reproduction, axe insulino-adipocytaire,
hématopoïèse, angiogenèse, prolifération,
etc.). De plus, d'autres sources non adipocytaires de leptine ont été
décrites. Le placenta synthétise et sécrète
la leptine [23] suggérant que la leptine est impliquée dans
le développement du ftus in utero. Dans le muscle
squelettique, l'expression de la leptine est inductible par le glucose,
les lipides et l'UDP-N-acétylglucosamine [24]. L'estomac produit
également de la leptine [25] dont l'expression est constitutive
et régulée par des facteurs neuro-humoraux.
Dans cette revue, nous résumerons les connaissances sur la régulation
par la leptine de la prise alimentaire, et nous discuterons les rôles
potentiels que pourrait jouer la leptine produite par l'estomac, dans
la régulation des fonctions gastro-intestinales.
Leptine et contrôle de la prise alimentaire
L'injection intrapéritonéale de la protéine recombinante
à des souris mutantes obèses ob/ob entraîne
une régression de leur obésité. Cette action est
associée à une réduction de la prise alimentaire
d'une part, et d'autre part à une augmentation des dépenses
énergétiques de ces souris. En revanche, le même traitement
est sans effet chez les souris mutantes obèses db/db (revue
dans [26]). L'administration d'anticorps anti-leptine augmente la prise
alimentaire, suggérant un rôle physiologique de la leptine
endogène dans la régulation de la prise alimentaire. D'autre
part, l'injection intraventriculaire de leptine est plus efficace que
son administration périphérique à réduire
la prise alimentaire chez les souris ob/ob, suggérant que
les sites et les mécanismes d'action siégeraient dans le
système nerveux central (SNC). Les mécanismes de cette action
mettent en jeu une interaction entre la leptine et ses récepteurs
hypothalamiques. Il est maintenant bien établi que la régulation
de l'appétit et de la satiété est « chimiquement
codée » dans l'hypothalamus. En effet, on peut évoquer
le cas de syndromes d'hyperphagie et d'obésité consécutifs
à des lésions du noyau hypothalamique ventromédian
(VMH), ou de syndromes d'hypophagie suite à l'altération
de l'hypothalamus latéral (LH). D'autres régions hypothalamiques,
comme le noyau paraventriculaire (NPV), le noyau dorsomédian (DMH),
le noyau arqué (ARC), importants dans le contrôle de la prise
alimentaire co-expriment, comme le VMH et le LH, la forme longue du récepteur
à la leptine et des neurotransmetteurs et neuromodulateurs contrôlant
la prise alimentaire.
Brièvement, les mécanismes d'action impliquent la modulation
de l'expression et de la sécrétion de neuropeptides orexigènes
comme le neuropeptide Y (NPY), la melanin concentrating hormone
(MCH), l'orexine, l'agouti-related protein (AGRP), la galanine,
les peptides opioïdes et neuropeptides anorexigènes comme
la corticotropin-releasing factor (CRF), la mélanocortine
(MC), le glucagon-like peptide (GLP1), la neurotensine et la cocaine
and amphetamine-regulated transcript (CART). La majorité des
peptides orexigènes sont surexprimés chez la souris ob/ob,
en période de jeûne et sont inhibés par l'administration
de leptine. À l'opposé, l'expression des peptides anorexigènes
est inhibée chez la souris ob/ob et est stimulée
par la leptine. La figure
3 résume et révèle la complexité des interactions
entre la leptine et ces neuropeptides dans le contrôle de la prise
alimentaire. L'étude de ces mécanismes a surtout permis
d'identifier de nouveaux peptides partenaires de la leptine, susceptibles
d'être des cibles potentielles dans la stratégie du développement
de molécules actives dans le traitement des troubles du comportement
alimentaire.
Estomac : source de leptine
L'épithélium fundique de l'estomac de rat exprime l'ARNm
du gène ob et la leptine [25]. Les cellules synthétisant
et sécrétant la leptine sont localisées dans l'épithélium
glandulaire exclusivement dans le fond des glandes fundiques et correspondent
aux cellules principales sécrétant également le pepsinogène
et à quelques cellules endocrines chez l'homme. Les études
ultrastructurales montrent que la leptine est stockée dans les
vésicules sécrétoires contenant le pepsinogène
[27]. L'expression et la sécrétion de la leptine gastrique
sont sous le contrôle de facteurs nerveux et humoraux. Ainsi, la
stimulation vagale cholinergique augmente la sécrétion de
leptine chez l'homme [28], avec une première phase résultant
de l'activation des récepteurs muscariniques de la cellule principale
et une deuxième phase mettant en jeu la libération vagale
des neuropeptides. Outre cette régulation nerveuse, la leptine
gastrique est rapidement libérée en réponse au repas
et cette libération est dépendante de la CCK endogène.
La sécrétine, inhibiteur de la sécrétion acide,
est un puissant stimulant de la sécrétion de leptine dans
l'estomac humain [29].
Leptine gastrique, un facteur de satiété
Le premier rôle suggéré pour cette leptine gastrique
est sa participation à l'induction de la satiété
postprandiale par une action locale. La co-administration de la leptine
et de la CCK induit une satiété précoce qui peut
être accompagnée à long terme d'une réduction
synergique du poids corporel chez la souris. Cette action synergique est
dépendante de l'intégrité des fibres vagales sensibles
à la capsaïcine. La mise en évidence des récepteurs
de la leptine et du facteur de transcription STAT3 dans le ganglion plexiforme
contenant les corps cellulaires des neurones afférents viscéro-sensitifs
du nerf vague, indiquent que ces récepteurs sont des cibles directes
de la leptine. Les études électrophysiologiques corroborent
cette suggestion puisque l'administration intragastrique de leptine augmente
d'une part l'activité électrique des neurones du faisceau
du tractus solitarius [30], principal site de projection des afférences
vagales, et d'autre part induit l'expression du marqueur d'activité
neuronale, la protéine c-fos dans le noyau paraventriculaire [31].
De plus, deux types de fibres vagales sensibles à la leptine ont
été identifiés, le deuxième type nécessitant
la CCK8 pour être activé. À partir de ces données,
il a été proposé que la leptine gastrique agisse
localement via ces récepteurs localisés sur les terminaisons
nerveuses vagales pour générer des signaux transmis via
les afférences vagales au SNC afin d'induire la satiété
postprandiale. Cette action locale de la leptine amplifierait l'action
des récepteurs CCK1 vagaux, expliquant ainsi les actions synergiques
entre la CCK et la leptine sur l'activité neuronale du NTS et sur
l'induction précoce de la satiété (figure
3).
La présence de récepteurs de la leptine dans les afférences
viscéro-sensitives vagales suggère l'implication de la leptine
dans la régulation physiologique des organes viscéraux.
En effet, il est généralement admis que les afférences
vagales transmettent des informations au SNC à partir de signaux
générés par les récepteurs sensoriels sensibles
à l'augmentation de la pression sanguine, à l'oxygénation
sanguine ou au passage du chyme dans le tractus intestinal. L'intégration
de ces informations est à la base du contrôle parasympathique
de l'ensemble des fonctions viscérales (cardio-vasculaires, respiratoires
et gastro-intestinales).
Outre le contrôle de la prise alimentaire, quelle signification
physiologique pourrait avoir ces récepteurs dans le nerf vague
? Dès 1978, il avait été rapporté que les
souris ob/ob et db/db déficientes en système
leptinique fonctionnel ont une hypoactivité vagale comparée
à leurs congénères normales. Cette hypoactivité
vagale est d'ailleurs concomitante à la réduction du tonus
sympathique observé dans ces modèles d'obésité.
Ces souris ob/ob déficientes en leptine présentent
également des troubles de développement du SNC caractérisés
par des anomalies d'expression de protéines gliales et neuronales
comme la syntaxine 1 et la SNAP25 (synaptosomal-associated protein
de 25 kDa) [32], anomalies qui peuvent être corrigées par
l'administration de leptine. Ces protéines neuronales sont indispensables
pour la fusion des vésicules synaptiques à la membrane plasmique
des terminaisons nerveuses et donc à la libération des neurotransmetteurs
(revue dans [33]). Il est donc probable que l'hypoactivité vagale
et la réduction du tonus sympathique des souris ob/ob soient
liées à l'absence de système leptinique fonctionnel
dans les neurones réduisant ainsi la libération de neurotransmetteurs
dans la fente synaptique et, par extension, l'activité neuronale,
ce qui reste encore à démontrer.
Leptine et cytoprotection
La leptine pourrait avoir un rôle physiopathologique. L'hypothèse
de sa contribution dans l'anorexie et l'hypermétabolisme associés
aux maladies inflammatoires a été suggérée.
La majorité des mécanismes inflammatoires s'accompagne d'une
augmentation de la production de cytokines inflammatoires telles que l'interleukine
(IL) 1 (IL1alpha et IL1beta) ou le tumor necrosis factor alpha
(ou cachectine, TNFalpha). L'IL1 et le TNFalpha sont à l'origine
d'une augmentation du catabolisme cellulaire et de la synthèse
de protéines de l'inflammation. Le TNFalpha peut également
activer les adipocytes pour augmenter la sécrétion et l'expression
de leptine.
L'administration centrale ou périphérique de leptine réduit
les lésions gastriques induites par l'éthanol, l'aspirine
et l'acide acétique. Cet effet est associé à une
augmentation du flux sanguin gastrique mais aussi à une augmentation
de l'expression de la leptine gastrique [34]. Ce rôle de cytoprotection
de la leptine peut être rapproché de son pouvoir antisécrétoire
via une réduction de la sécrétion et l'expression
de gastrine chez le rat [13]. L'inflammation gastrique induite par Helicobacter
pylori augmente l'expression de la leptine gastrique et l'éradication
de la bactérie réduit cette expression [35]. L'absence de
variation significative de la leptine circulante dans ces conditions suggère
une action locale préférentielle de la leptine gastrique.
Dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, les résultats
sont contradictoires ; cependant une élévation de la leptinémie
corrélée au degré d'inflammation de ces muqueuses
a été décrite. Dans les colites expérimentales,
cette hyperleptinémie précoce serait la conséquence
de l'augmentation de la production du TNFalpha [36] activant les adipocytes
principalement mésentériques. Cependant, l'implication possible
de la leptine luminale n'a pas été explorée.
Leptine gastrique : clé du contrôle
de l'absorption intestinale
La leptine gastrique est majoritairement sécrétée
dans la lumière gastrique et très faiblement dans la circulation
générale. Elle transite par le duodénum et une partie
atteint le côlon sous forme biologiquement active. La mise en évidence
de récepteurs de la leptine à l'apex des cellules épithéliales
le long du tractus gastro-intestinal conduit à penser que la leptine
peut réguler par voie endoluminale certaines fonctions intestinales.
Plusieurs travaux témoignent de son implication dans la régulation
des fonctions de sécrétion et d'absorption des muqueuses
gastro-intestinales.
L'intestin est le site principal de l'absorption des nutriments offerts
à la digestion. Dans l'intestin, le chyme subit l'action du suc
pancréatique, de la bile et du suc intestinal, poursuivant les
processus de digestion entamés par le suc gastrique. Les aliments
ainsi dégradés en éléments plus petits par
les enzymes intestinales franchissent la barrière intestinale soit
par un transport actif, soit par une diffusion passive, soit par une diffusion
facilitée qui nécessite également des protéines
de transfert. L'absorption des résidus protéiques est assurée
par un transporteur proton-dépendant, PepT1, qui transfère
massivement les di- et tri-peptides de la zone de faible activité
dipeptidasique (lumière intestinale) à la zone de forte
activité (cytoplasme des entérocytes). PepT1 dont le gène
a été cloné en 1994 est une protéine de 80
kDa possédant 12 domaines transmembranaires, dont une large boucle
hydrophile extracellulaire entre les domaines transmembranaires 9 et 10.
PepT1 est exprimé dans le duodénum, le jéjunum et
l'iléon. Il est absent de l'sophage, de l'estomac, du côlon
et du rectum. Dans le jéjunum, où il est le plus fortement
exprimé, il est localisé dans la bordure en brosse avec
un gradient d'expression croissant suivant l'axe crypto-villositaire.
L'activité de ce transporteur est dépendante de la leptine
gastrique. En effet, l'administration intraluminale de leptine exogène
augmente l'activité du transporteur intestinal des di- et tri-peptides
in vivo chez le rat. Ces résultats ont été
étayés in vitro sur les cellules Caco2 qui se différencient
spontanément en entérocytes et qui expriment les différentes
formes du récepteur à la leptine [37]. Il s'agit d'une action
à court terme qui résulte essentiellement de la mobilisation
du pool intracellulaire de Pept1 à la membrane plasmique. L'augmentation
de l'absorption intestinale des peptides par la leptine gastrique via
ses récepteurs localisés à l'apex des entérocytes
représente un nouveau mécanisme par lequel la leptine contrôlerait
les réserves énergétiques. Ce mécanisme est
en accord avec la théorie aminostatique de Melinkoff énoncée
dès 1952 qui stipule que l'augmentation des taux circulants d'aminoacides
réduit la prise alimentaire.
Très récemment, il a été montré que
l'injection de leptine augmente l'absorption de galactose et l'expression
de GLUT5 dans l'intestin résiduel de rat ayant subi une résection
étendue du grêle [38]. Ces résultats contrastent avec
ceux obtenus dans le modèle de sacs éversés intestinaux
où la leptine diminue l'absorption de galactose [39].
L'absorption intestinale des lipides est un processus plus complexe.
Brièvement, exception faite des triglycérides à chaînes
moyennes et courtes (C4 à C12), les différents types de
lipides sont hydrolysés par des enzymes digestives spécifiques,
émulsionnés dans la lumière intestinale avant d'être
absorbés au niveau apical des entérocytes. Deux étapes
sont indispensables à l'absorption et à la redistribution
des lipides alimentaires dans les tissus : l'absorption elle-même
impliquant des transporteurs cytosoliques ou membranaires spécifiques
des entérocytes d'une part et, d'autre part, la formation des lipoprotéines
entérocytaires par fusion des triglycérides et des apolipoprotéines.
Quelques travaux indiquent que la leptine serait impliquée dans
le contrôle de l'absorption des lipides. En effet, la leptine périphérique
par l'intermédiaire de ses récepteurs jéjunaux couplés
à STAT5 réduit l'expression de l'apolipoprotéine
AIV induite par une charge lipidique chez la souris. Plus récemment,
il a été montré in vitro dans les cellules
Caco2 que la leptine diminue la sécrétion des apolipoprotéines
B100 et B48 néosynthétisées et la sécrétion
de chylomicrons nouvellement formés [40]. Dans ces travaux, le
rôle de la leptine gastrique n'a pas été étudié.
Il est tentant de conclure, à partir de ces résultats, que
dans les conditions physiologiques, le rôle de la leptine serait
d'augmenter l'absorption intestinale des protéines au détriment
de celle des lipides. Ainsi, l'absence de système leptinique fonctionnel
entraînerait une rupture de cette balance et conduirait par voie
de conséquence à l'obésité. Cependant, de
nombreux travaux sont encore nécessaires pour établir cette
relation éventuelle entre la leptine gastrique et l'obésité.
CONCLUSION
Le tractus gastro-intestinal (l'sophage, l'estomac, l'intestin
grêle et le côlon) est la première interface rencontrée
par les aliments après leur ingestion. Il est surprenant de constater
que les études abordant les relations entre le tube digestif et
l'obésité sont fort peu nombreuses et ne permettent pas
d'établir de lien de causalité entre les dysfonctionnements
rapportés et l'état d'obésité. La mise en
évidence de la leptine dans l'estomac et son implication dans la
physiologie du tube digestif devrait conduire à l'évaluation
de son rôle dans les pathologies gastro-intestinales et dans l'obésité.
En résumé
* Le gène ob code pour la leptine et le gène
db pour son récepteur.
* L'absence de leptine fonctionnelle détermine l'obésité
des souris ob/ob. Cette obésité est associée
à d'importants troubles endocriniens, en particulier de l'axe hypothalamo-hypophysaire.
* L'injection intrapéritonéale de la protéine recombinante
à des souris mutantes obèses ob/ob entraîne
une régression de leur obésité. Cette action est
associée à une réduction de la prise alimentaire
d'une part et à une augmentation des dépenses énergétiques
d'autre part.
* Dans les conditions physiologiques, le rôle de la leptine serait
d'augmenter l'absorption intestinale des protéines au détriment
de celle des lipides.
* Outre le tissu adipeux, d'autres organes dont l'estomac produisent
la leptine. Le premier rôle suggéré pour la leptine
gastrique est sa participation à l'induction de la satiété
postprandiale par une action locale.
* L'hypothèse d'une contribution de la leptine dans l'anorexie
et l'hypermétabolisme associée aux maladies inflammatoires
a été suggérée.
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