ARTICLE
L'ascite est une des complications majeures de la cirrhose [1]. Elle
est le résultat d'une insuffisance hépato-cellulaire et
d'une hypertension portale (HTP) associées à des perturbations
hémodynamiques systémiques, neurohumorales et rénales
complexes. Son caractère réfractaire concerne 10 % des patients
[2]. Dans ce cas, les survies à 6 et 12 mois sont respectivement
de 50 % et 25 % [3]. Actuellement, le meilleur traitement de l'ascite
réfractaire (AR) est la transplantation hépatique (TH).
Jusqu'à récemment, les ponctions évacuatrices avec
expansion volémique représentaient le seul traitement chez
les patients en attente de TH. Les autres alternatives, chirurgicales,
n'ont pratiquement plus d'indication pour le traitement de l'AR, surtout
si une TH est envisagée. Le shunt péritonéo-jugulaire
(SPJ), ou shunt de Le Veen, est actuellement contre-indiqué
chez les patients candidats à une TH, en raison du risque de péritonite
encapsulante. Il peut être proposé chez quelques patients
non transplantables, sans insuffisance hépatocellulaire sévère,
permettant un bon contrôle de l'ascite à court et moyen terme.
Une thrombose du SPJ est observée chez environ 80 % des patients
à 2 ans. L'anastomose porto-cave chirurgicale, bien que très
efficace, a été abandonnée dans le traitement de
l'AR en raison d'une morbidité et d'une mortalité postopératoires
élevées et de la forte incidence d'encéphalopathie
hépatique [4]. Le développement des anastomoses porto-systémiques
intra-hépatiques réalisées par voie transjugulaire
(TIPS pour transjugular intra-hepatic porto-systemic shunt), a
relancé récemment l'intérêt des gestes de dérivation
dans le traitement de l'ascite réfractaire du cirrhotique. En effet,
le TIPS, initialement proposé pour traiter les hémorragies
digestives par rupture de varices sophagiennes, s'est avéré
à même d'améliorer également, chez ces patients,
le syndrome ascitique. Cette observation a conduit plusieurs équipes
à se focaliser sur la place du TIPS dans la prise en charge de
l'ascite réfractaire du malade cirrhotique.
Mécanismes physiopathogéniques
à l'origine de la formation de l'ascite
L'hypertension intra- et post-sinusoïdale joue un rôle central
dans la pathogénie de la formation de l'ascite [5]. Cette hypertension
portale est associée à une vasodilatation artériolaire
splanchnique secondaire à la libération de substances vaso-dilatatrices
(monoxyde d'azote, substance P...) libérées en excès
dans le compartiment vasculaire splanchnique. Le mécanisme d'hyperproduction
de ces substances, secondaire à l'apparition d'une HTP, est actuellement
inconnu (rôle d'une translocation bactérienne vers l'espace
interstitiel des organes splanchniques, mécanismes neurohumoraux
par stimulation des systèmes nerveux non adrénergiques et
non cholinergiques). Cette vasodilatation artérielle splanchnique
entraîne une diminution de la volémie artérielle efficace
à l'origine d'une activation progressivement croissante des systèmes
vasoconstricteurs. L'hyperactivation du système rénine-angiotensine-aldostérone,
du système nerveux sympathique et de l'hormone antidiurétique
(ADH) induit la rétention hydrosodée et l'expansion volémique
qui, du fait de l'HTP, va induire l'apparition de l'ascite (figure
1).
Ascite réfractaire
La définition et les critères de diagnostic de l'AR ont
été déterminés par l'International Ascites
Club en 1996 [2]. Une AR est une ascite qui ne peut être mobilisée
ou dont la récidive précoce ne peut être prévenue
par un traitement médical bien conduit. Ce traitement associe un
régime sans sel (défini par un apport quotidien de 50 mmol
de sodium) et des diurétiques, à une dose quotidienne maximale
de 400 mg de spironolactone et 160 mg de furosémide, pendant au
moins une semaine. On parle d'ascite « résistante » lorsque
ces mesures thérapeutiques ne permettent pas de l'assécher.
L'ascite « intraitable » correspond à l'impossibilité
de prescrire un traitement à doses efficaces en raison de la survenue
d'effets secondaires : encéphalopathie hépatique, insuffisance
rénale fonctionnelle (augmentation de la créatininémie
de 100 % ou créatininémie supérieure à 177
mumol/l ou 20 mg/l), hyponatrémie (diminution de plus de 10 mmol/l
de la natrémie ou natrémie inférieure à 125
mmol/l), dyskaliémie (kaliémie inférieure à
3 mmol/l ou supérieure à 6 mmol/l). Une perte de poids inférieure
à 0,2 kg/j pendant les 4 derniers jours, une natriurèse
effondrée inférieure à 50 mmol/l, une récidive
de l'ascite de grade 2 (modérée) ou de grade 3 (importante
ou tendue) dans les 4 semaines suivant la mobilisation initiale sont des
critères supplémentaires [2].
TIPS
Définition
Le TIPS est une anastomose latéro-latérale calibrée
intra-hépatique reliant une branche de la veine porte droite ou
gauche à l'une des trois veines sus-hépatiques ou plus rarement
la veine cave inférieure, par voie trans-cutanée [6] (figure
2). Sur le plan hémodynamique, il se rapproche de la décompression
portale partielle chirurgicale par interposition d'un greffon en H calibré.
Il permet de diminuer l'hypertension portale (HTP) définie par
une pression veineuse portale supérieure à 10 mmHg ou un
gradient de pression veineuse hépatique supérieur à
5 mmHg. La pose du shunt se fait sous anesthésie locale
sans chirurgie abdominale souvent délétère chez le
patient cirrhotique. De plus, le shunt est en position strictement
intra-hépatique évitant toute compression ou plicature et
ne risque pas de gêner une transplantation hépatique ultérieure.
Le traitement de l'HTP par le TIPS permet de réduire le temps de
dissection lors de la TH et de minimiser les pertes de sang [7, 8].
Types de prothèses
Deux prothèses sont habituellement utilisées [6, 7] :
* La prothèse de Palmaz (Johnson et Johnson Interventional
Systems, Warren, États-Unis), rigide, constituée d'un tube
d'alliage rainuré et perforé sur toute sa surface de 3 cm
de long, dilatée par un ballonnet de 8 à 12 mm de diamètre
conférant aux rainures un aspect losangique. Deux à trois
prothèses mises bout à bout sont nécessaires pour
couvrir la totalité du trajet parenchymateux. Le raccordement à
angle aigu des prothèses coaxiales est un facteur de thrombose
par turbulences hémodynamiques. Pour cette raison, une anticoagulation
par héparine de bas poids moléculaire est administrée
immédiatement après la pose et pendant un mois.
* La prothèse Wallstent (Pfizer, Zurich, Suisse) souple,
composée de filaments d'alliage d'acier chirurgical tressé
par soudure, auto-expansive et flexible dans son axe longitudinal, de
plusieurs longueurs (50, 75, 100, 150 mm). Son inconvénient principal
est son raccourcissement d'environ 35 % lors du largage.
Technique
La pose du TIPS doit être effectuée par un opérateur
expérimenté dans la manipulation des cathéters, la
pose de stent, et rompu à l'anatomie vasculaire du foie.
Une échographie Doppler hépatique doit être réalisée
au préalable afin de vérifier le diamètre et la taille
des veines porte et sus-hépatiques. La correction des troubles
de la coagulation est indispensable si la thrombopénie est inférieure
à 60 000/mm3 et/ou le ratio international normalisé
supérieur à 1,8. Si l'ascite est tendue, elle doit être
évacuée avant le geste [9]. Une antibioprophylaxie par céphalosporine
doit encadrer la pose du TIPS [6].
L'examen s'effectue au bloc opératoire ou dans une salle de radiologie
interventionnelle avec une radioscopie. Sous anesthésie locale
au niveau du point de ponction ou sous anesthésie générale
sur un malade en décubitus dorsal, l'opérateur repère
la bifurcation portale sous échographie Doppler en apposant un
repère métallique sur la peau [7]. La veine hépatique
droite ou intermédiaire est cathéterisée depuis la
veine jugulaire interne droite (plus rarement la veine sous-clavière
droite ou la veine fémorale) à l'aide d'un cathéter
préformé de 8 ou 9 F. Une aiguille de Ross modifiée
(15 ou 16 G) est introduite et, après une orientation gauche et
antérieure de celle-ci, un mouvement sec de ponction est imprimé
vers la cible métallique. Un retour de sang à l'inspiration
et l'injection de produit de contraste viennent confirmer la ponction
de la branche porte droite ou gauche ; l'opérateur introduit un
guide rigide et le cathéter est poussé sur l'aiguille, puis
sur le guide dans le tronc porte. Les pressions veineuses sus-hépatiques
libres et bloquées sont mesurées. Une portographie est réalisée.
Le trajet de ponction est dilaté à l'aide d'un ballon de
7 mm de diamètre. La prothèse est ensuite placée
entre la veine porte et la veine hépatique, puis dilatée
au ballonnet à un diamètre de 8 mm s'il s'agit d'une prothèse
de Palmaz non expansible. Une nouvelle prise de pression portale et une
portographie vérifient l'efficacité de l'anastomose. Le
gradient de pression porto-cave devient inférieur à 8-10
mmHg. Si la pression portale reste élevée, une nouvelle
calibration peut être effectuée en dilatant le stent
jusqu'à 10, voire 12 mm de diamètre. Si la pression ne baisse
pas en dessous de 12 mmHg ou de 20 % de sa valeur initiale, une embolisation
des varices par cyanoacrylate peut améliorer encore le gradient
de pression [10]. Plusieurs stents peuvent être également
posés. La durée de pose du TIPS est d'environ 2 heures.
Complications secondaires à la pose du TIPS
Les complications précoces lors de la pose du TIPS sont de plus
en plus rares liées à l'expérience de l'équipe.
Elles n'aggravent pas ou peu la morbidité et la mortalité,
sauf en cas de perforation cardiaque, lacération de la veine cave
ou de la veine porte. La mortalité en 1997 était inférieure
à 0,5 % [11]. Les deux principales complications tardives du TIPS
sont représentées par son dysfonctionnement et la survenue
d'une encéphalopathie hépatique.
* Dysfonctionnement du shunt
Le stent devient inefficace lorsque la vitesse du flux portal
est inférieure à 20 cm/sec ou diminue de 50 % par rapport
à la valeur initiale ou lorsque le diamètre du stent
diminue de 50 % ou lorsque la pression porte systémique est supérieure
à 12 mmHg [11]. À un an, l'efficacité du shunt
varie dans ces séries de 31 % à 80 %. Ce dysfonctionnement
peut survenir soit de façon précoce (dans les 30 jours suivant
la pose) secondaire à une thrombose, soit de façon tardive,
secondaire à une hyperplasie pseudo-intimale [23, 24] : la thrombose
précoce du shunt survient dans moins de 15 % des cas. L'utilisation
d'une anticoagulation prophylactique par héparine diminue le risque
de thrombose précoce en deçà de 3 %, quel que soit
le type de prothèse. Cette thrombose est constituée d'amas
plaquettaires, de cellules inflammatoires et de globules rouges. La sténose
survient généralement au minimum 30 jours après la
pose de TIPS. Elle est inéluctable. Elle est liée à
une prolifération intimale intraprothétique dans 40 % des
cas ou dans la veine hépatique drainante dans 60 % des cas. Cette
hyperplasie endothéliale est formée d'une prolifération
myofibroblastique stimulée par le facteur de croissance dérivée
des plaquettes (PDGF) et de dépôts de collagène. La
physiopathologie de ce phénomène reste inconnue [9]. Aucun
traitement anticoagulant ou antiagrégant plaquettaire ne permet
de prévenir cette néo-intimalisation. L'étude de
Siegerstetter et al. [14] a comparé la prise d'un inhibiteur
de facteur de croissance dérivé des plaquettes, le trapidil,
associé à un autre anti-agrégant plaquettaire, la
ticlopidine, pendant 6 mois à l'administration d'héparine
seule pendant 4 semaines. Le pourcentage de sténose semblait moindre
dans le premier groupe, mais 20 % des sujets dans le bras anti-agrégant
plaquettaire - inhibiteur de PDGF étaient peu compliants au
traitement ou interrompaient le traitement du fait des effets secondaires
liés au traitement. Le seul traitement efficace reste pour le moment
la redilatation du stent ou son changement avec pose d'un autre
stent en parallèle.
* Encéphalopathie hépatique (EH)
Cette complication grave s'observe dans 13 % à 44 % des cas [15-18].
Dans 15 % des cas d'apparition de novo, elle pourrait être
liée à l'afflux direct de substances aminées d'origine
digestive au niveau des récepteurs cérébraux. Elle
apparaît précocement après la pose de TIPS (dans les
3 mois) avec de rares récidives. Elle est en général
modérée (stades I-II), rarement sévère. Elle
répond très bien au traitement médical par lactulose
et aux antibiotiques (métronidazole - vancomycine). Des facteurs
prédisposant à la survenue d'une EH après pose d'un
TIPS ont été identifiés dans plusieurs études
récentes : antécédents d'EH, sévérité
de l'encéphalopathie, âge supérieur à 60 ans,
étiologie non alcoolique de l'hépatopathie, hypoalbuminémie,
sexe féminin, diamètre large du stent, vitesse de
flux élevée [16, 19].
Au cours de l'AR, l'incidence d'EH spontanée est de l'ordre de
40 % [17]. Son origine est ici probablement multifactorielle : hypovolémie,
désordres hydroélectrolytiques, insuffisance rénale.
Or, toutes ces anomalies peuvent être améliorées par
la pose d'un TIPS. Ainsi, il apparaît que la mise en place d'un
TIPS pour cette indication particulière pourrait ne pas forcément
majorer le risque d'EH. L'apparition ou l'aggravation de l'EH après
pose de TIPS peut être contrôlée par la réduction
du diamètre du shunt, voire sa fermeture ou l'embolisation
de varices [11, 20].
* Autres complications
Chez des sujets prédisposés, la mise en place d'un TIPS
associée à une augmentation significative de la pré-charge,
peut être à l'origine d'une insuffisance cardiaque [21].
Pour cette raison, un bilan cardiovasculaire avec écho-cardiographie
doit être réalisé préalablement à la
pose du TIPS.
Surveillance
Une échographie doppler doit être réalisée
24 heures après la pose du TIPS, à la recherche d'une complication
précoce (hématome, infarctus, hémopéritoine).
Cet examen est ensuite pratiqué à 6 semaines, 3 mois, 6
mois, puis de façon trimestrielle ou semestrielle selon les équipes,
à la recherche d'une thrombose du stent [6, 9, 22-24]. Le
flux porte doit être hépatofuge avec une vitesse de flux
supérieure à 50-60 cm/sec. Une dilatation du stent
ou son changement est envisagée lorsque la vitesse de flux est
inférieure à 20 cm/sec ou chute de plus de 50 % de la vitesse
initiale. Lorsqu'une sténose est suspectée au Doppler ou
lorsqu'un patient présente un épisode d'hémorragie
digestive par rupture variqueuse alors que le Doppler est normal, une
portographie est effectuée. Certains préconisent la réalisation
d'une portographie tous les 6 mois pendant 3 ans [9]. L'endoscopie gastroduodénale
peut également faire partie de la surveillance en s'assurant de
la disparition des signes d'HTP [21].
TIPS et ascite réfractaire
De nombreuses études ont montré l'intérêt
du TIPS dans les hémorragies digestives variqueuses résistantes
au traitement médical et endoscopique ou récidivantes après
le même traitement bien mené. C'est au cours de ces mêmes
études que les auteurs ont constaté que certains de ces
patients, souffrant également d'un syndrome ascitique, guérissaient
de celui-ci après la pose du TIPS. Depuis ces premières
observations au moins vingt études ont été publiées
sur le traitement de l'ascite réfractaire par le TIPS, mais seulement
trois sont randomisées.
Études ouvertes
Dans ces études, les effectifs variaient de 12 à 54 patients.
Au total plus de 450 patients ont été analysés avec
un suivi moyen de 1 an [17, 26-35] (tableau
1). La pose de TIPS était effective dans près de 100
% des cas et permettait de réduire les posologies des diurétiques.
L'ascite réfractaire disparaissait de façon spectaculaire
dans 50 % à 92 % des cas. Cependant, une EH était présente
dans 12 % à 50 % des cas. La survie à 1 an variait de 33
% à 75 %. Ces taux de survie étaient comparables à
ceux rapportés dans des séries historiques faisant appel
aux paracentèses répétées ou au SPJ pour traiter
l'AR [9]. Les principales causes de décès étaient
dues à l'insuffisance hépatocellulaire, l'insuffisance rénale,
une infection ou une insuffisance cardiaque.
Ces études n'ont pas permis d'identifier clairement des facteurs
prédictifs cliniques ou biochimiques de bonne réponse à
la mise en place du TIPS. Cependant, les non-répondeurs étaient
généralement plus âgés [28], avaient une insuffisance
hépatocellulaire plus sévère [26, 31] ou une insuffisance
rénale organique [17, 31]. Dans la série de Deschênes
et al. [35], seule la clairance de la créatinine avait une
valeur pronostique indépendante pour prédire l'efficacité
du TIPS. Une bonne réponse clinique était observée
chez 57 % des patients ayant une clairance de la créatinine supérieure
à 36 ml/min, comparée à 9 % chez les patients dont
la clairance était inférieure à 36 ml/min (p <
0,01).
Le bénéfice du TIPS sur l'ascite est associé à
une amélioration rapide de la natriurèse, expliquée
par une diminution de l'activité du système rénine-angiotensine-aldostérone
et une réduction des endothélines qui proviennent partiellement
du système vasculaire splanchnique [27, 28].
Études contrôlées
Elles ne sont qu'au nombre de trois [36, 37, 39] et la dernière
n'est actuellement publiée que sous forme de résumé.
La première étude de Lebrec et al. [36] a concerné
25 patients qui ont été randomisés pour être
traités soit par TIPS, soit par paracentèse (tableau
II). La durée du suivi variait de 9 à 34 mois. Le taux
de disparition de l'ascite à 4 mois était significativement
plus élevé dans le groupe TIPS que dans le groupe paracentèse.
Cependant, l'ascite a persisté chez les 4 malades de stade Child
Pugh C traités par TIPS. Enfin, la survie globale à 1 an
était significativement moindre dans le groupe TIPS que dans le
groupe paracentèse (29 % versus 75 %).
Une analyse complémentaire a toutefois indiqué que la
survie à 2 ans était comparable dans les deux groupes chez
les patients de stade Child Pugh B. Seuls les patients de stade Child
Pugh C traités par TIPS avaient une survie significativement moins
bonne. En dépit des limites de ce travail (faibles effectifs et
en particulier seulement 4 patients de stade Child Pugh C traités
par TIPS, taux d'échec à la pose du TIPS de 23 %, inhabituellement
élevé), il incitait déjà à une grande
prudence vis-à-vis de l'indication de pose de TIPS pour AR chez
des malades avec insuffisance hépatocellulaire sévère
[38].
La deuxième étude de Rössle et al. [37] a
comparé l'efficacité du TIPS et des paracentèses
itératives chez 60 patients (tableau
3). Le suivi était de 45 mois. Les bons résultats obtenus
s'accordent plus avec ceux des études non randomisées et
sont liés d'une part à la maîtrise parfaite de la
technique de TIPS par cette équipe entraînée (aucun
échec) et d'autre part à une sélection rigoureuse
des patients : 70 % des patients étaient atteints d'une cirrhose
de stade Child Pugh B. Les patients ayant une encéphalopathie de
grade 2 ou plus, une bilirubinémie supérieure à 86
mumol/l, une thrombose de la veine porte ou une créatininémie
supérieure à 265 mumol/l avaient été exclus
de l'étude. Ces critères ont d'ailleurs été
individualisés comme des facteurs pronostiques de diminution de
la survie dans d'autres études [40, 41]. L'étude de Rössle
a pu également déterminer des variables associées
à une survie sans TH plus élevée dans le bras TIPS
que dans le bras paracentèse mais sans significativité statistique
: âge inférieur à 60 ans, sexe féminin, bilirubinémie
inférieure ou égale à 52 mumol/l, natrémie
supérieure ou égale à 125 mmol/l. Le fait que 45
% des patients traités avaient une ascite récidivante et
non une véritable ascite réfractaire mérite enfin
d'être mentionné.
La dernière étude concerne une série italienne
de 31 patients avec AR (19 traités par TIPS et 12 traités
par paracentèses répétées) dont aucun n'avait
un score de Child Pugh supérieur à 11. La survie à
1 an s'est avérée comparable dans les deux groupes (65 %
versus 57 %) [39].
CONCLUSION Le
seul traitement véritablement efficace et curatif de l'AR du patient
cirrhotique est la transplantation hépatique. Le TIPS paraît
être un moyen intéressant de contrôler l'ascite, en particulier
durant la période d'attente du greffon. Les premières études
ont néanmoins souligné que, s'il existe probablement un sous-groupe
de cirrhotiques susceptibles d'en bénéficier, cette procédure
peut à l'inverse être délétère pour d'autres,
en majorant l'insuffisance hépatocellulaire. Il importe donc actuellement
de mieux préciser la place du TIPS dans le traitement de l'AR du
cirrhotique. Outre son intérêt en termes de survie par rapport
aux traitements traditionnels, il est également indispensable d'étudier
son bénéfice en termes de coût, de qualité de
vie et de morbidité (aspects nutritionnels, incidence des infections,
notamment des péritonites bactériennes spontanées...).
Espérons que les études prospectives multicentriques en cours
apportent des éléments de réponses à toutes
ces questions. REFERENCES
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