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Douleurs de l’hypocondre droit, augmentation des transaminases et dilatation sinusoïdale chez un homme jeune


Hépato-Gastro. Volume 7, Number 6, 467-72, Novembre - Décembre 2000, Cas clinique commenté


Résumé  

Author(s) : Corine Borderes, Sophie Metivier, Denis Grasset, Nathalie Boucher, Hélène Hounieux, Florence Chausseray, Elisabeth Somody, Christian Seigneuric, Service de médecine interne et de gastroentérologie, centre hospitalier général, rond-point Léon-Cladel, BP 765, 82013 Montauban..

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ARTICLE

Observation

Un homme de 24 ans était hospitalisé en urgence pour des douleurs brutales de l'hypocondre droit associées à une fièvre à 38 °C, sans frissons. Ce patient sans antécédent notable avait été traité pour une angine, trois semaines auparavant, par de la clarithromycine. Il n'y avait aucun autre symptôme associé. L'interrogatoire ne retrouvait ni toxicomanie, ni éthylisme, ni antécédent familial d'hépatopathie.

À l'examen, on notait un subictère et une défense de l'hypocondre droit ; il n'existait ni ascite, ni circulation veineuse collatérale, ni signe de maladie chronique du foie ; on ne palpait ni splénomégalie, ni adénopathie. L'examen cardiaque et pulmonaire était normal, à l'exception d'une tachycardie régulière ; il n'y avait pas de turgescence jugulaire, ni de reflux hépato-jugulaire. L'examen de la gorge et des amygdales était normal.

La radiographie thoracique de face paraissait normale ; l'électrocardiogramme révélait une tachycardie sinusale à 110/min.

Les tests biologiques hépatiques étaient perturbés : ALAT à 11 fois la limite supérieure de la normale (N), ASAT à 3 N, phosphatases alcalines à 5,5 N, gamma-GT à 10 N, bilirubinémie totale à 35 mumol/l dont 25 mumol/l de bilirubine conjuguée. Le taux de prothrombine fluctuait : 70 % (facteur V à 95 %), puis 57 % (V à 70 %), puis 80 % au 8e jour (V à 95 %). L'hémogramme était normal. Les LDH étaient à 2 N, la CRP à 30 mg/l. La gazométrie artérielle était normale.

Les sérologies à la recherche d'une cause virale étaient négatives : IgM anti-VHA, antigène HBs, IgM anti-HBc, anticorps anti-VHC, anticorps anti-CMV, IgM anti-herpès, anticorps anti-EBV, anticorps anti-VIH.

La recherche d'une affection auto-immune était également négative : gammaglobulines normales, absence d'anticorps antinucléaires, anti-muscles lisses, anti-mitochondries de type M2, anti-LKM.

La ferritinémie, le coefficient de saturation de la transferrine, la céruléoplasminémie et le dosage de l'alpha-1-antitrypsine étaient normaux.

L'échographie abdominale ne montrait pas de lithiase vésiculaire, pas d'anomalie des voies biliaires, ni d'épanchement intrapéritonéal, le foie était de taille et d'échogénicité normales, les veines sus-hépatiques, la veine porte et ses branches étaient perméables et de taille normale à l'examen Doppler (figure 1).

L'examen tomodensitométrique abdominal était normal, avant et après injection de produit de contraste (figure 2).

L'endoscopie digestive haute était également normale.

Les douleurs, très intenses les quatre premiers jours (elles n'étaient calmées que par les morphiniques) s'atténuaient progressivement, la défense disparaissait laissant une sensibilité de l'hypocondre droit, mais les anomalies biologiques hépatiques persistaient : ALAT 3 N, ASAT normales, phosphatases alcalines 3 N, gamma-GT à 5 N, bilirubinémie normale.

En l'absence de diagnostic et dans l'hypothèse d'une cause médicamenteuse (fin de la prise de clarithromycine 15 jours auparavant), une ponction-biopsie hépatique percutanée était réalisée au 15e jour d'hospitalisation (figure 3). L'examen histopathologique montrait la présence de 15 espaces portes normaux, une architecture hépatique conservée ; il n'y avait pas d'inflammation, ni dans les travées hépatocytaires, ni dans l'espace porte. La seule anomalie était une importante dilatation des veines centrolobulaires et des sinusoïdes.

Une échographie cardiaque transthoracique était alors réalisée, montrant une masse de densité tissulaire de 5 x 3 cm occupant la quasi-totalité de l'oreillette droite, paraissant pédiculée car très mobile avec les mouvements du cœur. La pression artérielle pulmonaire était mesurée par échographie à 38 mmHg. Il n'y avait pas d'anomalie au niveau des autres cavités cardiaques, pas d'épanchement péricardique, mais on voyait une dilatation modérée des veines sus-hépatiques, sans thrombose. Le diagnostic de myxome de l'oreillette droite était évoqué.

En raison du risque d'enclavement de la tumeur, le malade était immédiatement transféré dans l'unité de chirurgie cardio-vasculaire.

L'intervention réalisée sous circulation extracorporelle à cœur battant permettait l'exérèse d'un myxome cardiaque sclérosant de l'oreillette droite, mesurant 5 cm dans son grand axe et dont le pied était implanté près de l'anneau tricuspidien.

Les suites étaient simples, le malade sortant du service de chirurgie au 10e jour postopératoire. Les symptômes avaient disparu et les tests hépatiques se normalisaient rapidement. Le patient était revu régulièrement pendant un an après l'intervention pour des contrôles cliniques, échocardiographiques et biologiques ne montrant plus aucune anomalie.

Le diagnostic final retenu était donc celui de foie cardiaque aigu en rapport avec un volumineux myxome compressif de l'oreillette droite.

Discussion

Les manifestations hépatiques regroupées sous le nom de foie cardiaque dépendent en proportion variable de la stase veineuse hépatique (et de la stase veineuse centrolobulaire et sinusoïdale consécutives), ainsi que de l'hypoxémie engendrée par la baisse du débit sanguin systémique [1, 2]. Ces manifestations peuvent être aggravées par une hypoxémie d'origine respiratoire surajoutée, ou une vasoconstriction splanchnique. Toutes les transitions entre la congestion hépatique « pure » (hépatomégalie douloureuse avec reflux hépato-jugulaire) et l'hypoxémie hépatique aiguë sévère (cytolyse majeure avec insuffisance hépatique fulminante) peuvent donc être observées. Les perturbations des tests hépatiques sont extrêmement variées, allant de la normalité à la cytolyse aiguë majeure, en passant par la cholestase pure, ictérique ou non. Les formes chroniques peuvent être responsables d'une ascite riche en protéines et d'œdèmes, qui peuvent être en rapport avec la seule congestion hépatique, mais aussi avec une fibrose hépatique associée ou non à une hyperplasie nodulaire régénérative.

Rien n'est donc habituellement plus facile que le diagnostic de foie cardiaque... sauf quand il est difficile, ce qui est principalement le cas dans les péricardites constrictives d'une part, et dans les affections intermittentes d'autre part, surtout lorsque manque la dilatation des veines hépatiques à l'échographie.

Le myxome de l'oreillette droite (MOD) est une lésion rare qui se complique souvent d'insuffisance ventriculaire droite par un mécanisme obstructif. Il atteint habituellement des adultes dans leur quatrième décennie. Les cas familiaux sont plus fréquents dans cette localisation que pour les myxomes de l'oreillette gauche [3, 4].

Certaines atteintes myxomateuses sont récidivantes et peuvent s'intégrer au syndrome de Carney [5] qui associe des troubles de la pigmentation cutanée et une polyendocrinopathie.

La taille de ces tumeurs est généralement importante (5 à 6 cm), comme dans notre observation, du fait de leur longue latence symptomatique puis du retard diagnostique habituel. Le pédicule d'implantation du myxome s'insère le plus souvent sur le pourtour de la fosse ovale du septum inter-auriculaire, à sa partie postéro-inférieure, près de l'anneau tricuspidien.

Le tableau clinique initial est très variable, débutant souvent par des manifestations paroxystiques liées au retentissement mécanique de la tumeur [6, 7] : malaises lipothymiques, syncopes à répétition, douleurs thoraciques, accès de tachycardie avec cyanose, et, plus rarement, dyspnée sévère et tableau d'insuffisance cardiaque congestive.

Des manifestations inaugurales de foie vasculaire aigu, comme dans notre observation, paraissent exceptionnelles ; on considère classiquement trois tableaux cliniques [8] :

­ insuffisance ventriculaire droite isolée résistant souvent au traitement médical,

­ pseudo-péricardite,

­ altération prédominante de l'état général avec fièvre et amaigrissement associée à des épisodes de syncope ou de dyspnée intermittente, parfois positionnnelle.

L'auscultation cardiaque peut retrouver un bruit protosystolique médian.

La radiographie thoracique montre parfois des calcifications du myxome (40 %) et parfois une augmentation de l'oreillette droite. Dans notre observation, la relecture du cliché thoracique montrait une saillie de l'arc moyen droit évoquant une hypertrophie auriculaire droite. L'examen diagnostique le plus performant est l'échocardiographie transthoracique et transœsophagienne [9] plus accessibles en pratique que l'imagerie par résonance magnétique [10].

Les complications du MOD sont très variées :

­ embolie pulmonaire de tissus myxomateux parfois asymptomatique, ou au contraire récidivante avec hypertension artérielle pulmonaire,

­ shunt gauche-droit auriculaire intermittent responsable de dyspnée et de cyanose,

­ troubles généraux liés à la sécrétion d'interleukine 6 [11] : fièvre, arthralgies, troubles hématologiques, dysprotéinémie),

­ enclavement du myxome dans l'orifice de la veine cave inférieure pouvant entraîner un syndrome de Budd-Chiari [12].

Le traitement consiste en l'exérèse de la tumeur.

CONCLUSION

En conclusion, un foie douloureux aigu sans cause évidente doit, même chez un sujet jeune, faire discuter un foie vasculaire et réaliser un examen cardio-vasculaire et une échocardiographie attentives (même en l'absence de dilatation ou d'anomalie des veines sus-hépatiques). En cas d'erreur initiale, l'examen d'une biopsie hépatique peut remettre sur le chemin du diagnostic, comme ce n'est pas rare en hépatologie...

REFERENCES

1. Benhamou JP. Foie cardiaque. In : Maladies du foie et des voies biliaires, 4e édition. Benhamou JP, Erlinger S, éds. Flammarion Médecine-Sciences, Paris, 2000 : 77-9.

2. Henrion J, Descamps O, Luwaert R, Schapira M, Parfonry A, Heller F. Hypoxic hepatitis in patients with cardiac failure : incidence in a coronary care unit and measurement of hepatic blood flow. J Hepatol 1994 ; 21 : 696-703.

3. Elkouby A, Benichou M, Paul C. Myxome auriculaire familial. Cœur 1985 ; 16 : 263-7.

4. Crawford FA, Selby JH, Watson D. Unusual aspects of atrial myxoma. Ann Surg 1978 ; 188 : 240-4.

5. McCarthy PM, Pielher JM, Schaff HV. The significance of multiple recurrent and « complex » cardiac myxomas. J Thorac Cardiovasc Surg 1986 ; 91 : 389-96.

6. Roguin N, Amikan S, Riss E. Prolapsing right atrial myxoma : clinical and haemodynamic considerations. Br Heart J 1977 ; 39 : 577-80.

7. Keren A, Chenzbruna A, Shuger L. The etiology of tumor plop in a patient with huge right atrial myxoma. Chest 1989 ; 95 : 1147-9.

8. Pavie A, Escande G, Gandjbakh I, Cabrol C. Les myxomes de l'oreillette droite : à propos de 3 observations. Revue de la littérature. Arch Mal Cœur 1981 ; 74 : 265-72.

9. Dittmann H, Voelker W, Karsch KR. Bilateral atrial myxomas detected by transesophageal two dimensional echocardiography. Am Heart J 1989 ; 118 : 172-3.

10. Ross A, Weijers E, Duinen S, Van Der Wall EE. Calcified right atrial myxoma demonstrated by magnetic resonance imaging. Chest 1989 ; 95 : 478-9.

11. Kishimoto T, Hirano T, Kikutani H. Regulation of human B cell differenciation : molecular structure and immunological functions of human B cell differenciation factor (BSF2) Prog. Immunol 1986 ; 6 : 357-67.

12. Cujec B, Ulmer B, McKaigney JP. Right atrial myxoma presenting as Budd-Chiari syndrome. Ann Thorac Surg 1987 ; 44 : 658-9.


 

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