ARTICLE
La nécessité d'une intervention chirurgicale s'y inscrit
tout à fait dans la ligne de la chirurgie carcinologique à
la fois pour permettre aux malades : a) sinon une guérison définitive,
ce qui n'est obtenu réellement que dans environ un tiers des cas
à dix ans, à tout le moins une longue rémission,
et b) également, ce qui est évidemment très important,
une prévention du développement de métastases hépatiques
métachrones [6]. Cette éventualité survient chez
les patients atteints de syndrome de Zollinger-Ellison sporadique dans
à peu près 10 % des cas ; chez les autres malades (soit
25 % à 30 %), les métastases hépatiques, quand elles
existent, sont présentes au moment du diagnostic (métastases
synchrones). Cela a été bien établi par de nombreux
travaux, et en particulier les travaux du NIH, rapportés par Fraker
et Norton en 1994 [7]. Sur ce point, une attitude consensuelle a été
dégagée lors d'une conférence de consensus au niveau
international, tenue à Berlin en 1998 [8], des études univariées
et multivariées des facteurs prédictifs de l'apparition
de ces métastases métachrones ayant clairement indiqué
que le risque existe essentiellement en présence de larges tumeurs
pancréatiques, dont le diamètre est égal ou supérieur
à 3 cm [9, 10].
Une attitude beaucoup plus controversée
concernait en revanche la chirurgie dans le syndrome de Zollinger-Ellison
intégré dans le cadre d'une néoplasie endocrine multiple
de type I (NEM I). Toutefois, à l'exception de celle de Norman
Thompson [11], les grandes équipes s'accordaient pour reconnaître
l'impossibilité de guérir réellement ces malades
par la chirurgie, étant donné : a) la multiplicité
des lésions tant dans le duodénum que dans le pancréas
et les ganglions lymphatiques voisins, b) la petite taille habituelle
de ces gastrinomes, et c) le substratum génétique sous-jacent
(déficit en un gène suppresseur de tumeur) : le risque étant
très grand de récidiver soit sous la forme d'un syndrome
de Zollinger-Ellison [5], soit, comme l'équipe d'Uppsala l'a montré,
sous la forme d'autres syndromes [12].
Il est donc particulièrement opportun de souligner la remarquable
publication par Jeffrey Norton et al. de l'expérience du
NIH dans un numéro récent du New England Journal of Medicine
[13] ; ce travail, en effet, analyse de façon critique une stratégie
prospective d'investigation et de traitement du SZE aussi bien sporadique
(123 patients) qu'intégré dans le cadre d'une NEM I (28
patients) entre 1981 et 1998. Cette analyse rigoureuse remarquable apporte
une foule d'informations ou de confirmations en de nombreux points dont
nous ne citerons que quelques-uns :
a) L'intérêt de l'Octréoscan
avec une sensibilité de 79 % chez 54 patients porteurs de gastrinome
sporadique, supérieur en cela à toutes les techniques d'imagerie
médicale, et égale en sensibilité à la localisation
fonctionnelle par mesure des gradients de gastrine à l'intérieur
du système veineux pancréatique (cathétérisme
transhépatique du système portal drainant le pancréas,
le duodénum et la région péripancréatico-duodénale),
ce qui permet de bien définir la place de cette dernière
technique qui reste, dans notre expérience, limitée aux
situations où une autre tumeur endocrine mettant en jeu le pronostic
vital est associée au gastrinome (comme dans l'insulinome par exemple).
b) L'importance de la laparotomie exploratrice pour la mise en évidence
du processus tumoral du SZE sporadique ou inclus dans le NEM I puisque
globalement, sur les 151 patients ayant subi 181 laparotomies, un processus
tumoral a été mis en évidence chez 90 % des malades,
cela au prix d'une seconde intervention chez 29 patients dont 4 atteints
de SZE-NEM I. Ce remarquable résultat est dû à une
approche systématique en peropératoire par toutes les techniques
de localisation utilisées par le NIH, c'est-à-dire la transillumination
duodénale, l'échographie et la duodénotomie pour
la moitié des patients, soit depuis 1987.
c) Le très faible taux de guérison de la maladie jugée
sur un retour à la normale du taux de gastrine et la négativité
du test à la sécrétine dans le
SZE-NEM I, mais aussi le faible pourcentage de guérisons jugées
sur les mêmes critères dans les gastrinomes sporadiques puisque
34 % seulement des patients sont considérés comme guéris
à 10 ans, contre 0 % de ceux atteints de NEM I à cette date.
d) La multiplicité des localisations
tumorales aussi bien dans le duodénum, les SZE-NEM I, les SZE sporadiques,
que dans le pancréas, avec notamment risque de développement
de métastases hépatiques secondaires en présence
de gros gastrinomes, tandis que des localisations ganglionnaires pourraient
être primitives dans une proportion importante de cas (11 % pour
le NIH).
Ainsi est remarquablement conforté le travail du Gresze (Groupe
de recherche et d'étude du syndrome de Zollinger-Ellison) et du
Genem (Groupe pour l'étude de la néoplasie endocrine multiple)
publié en 1999 par G. Cadiot et al. [10] dans Gastroenterology
; il rapporte l'expérience française portant sur 87 patients
indemnes de métastases hépatiques au moment du diagnostic
de SZE-NEM I et confirme bien que la taille des gastrinomes pancréatiques
est cruciale, comme pour les SZE sporadiques, pour le risque de développement
de métastases hépatiques ; le risque relatif de développer
des métastases métachrones était de 29 (intervalle
de confiance compris entre 3,2 et 261). À l'inverse, la probabilité
de ne pas présenter de métastases hépatiques secondaires
chez les 63 des 87 patients qui n'avaient pas de grosse tumeur pancréatique
(taille inférieure à 3 cm) est, après un délai
médian de 88 mois (extrêmes : 18-191), de 96 % à 10
et 15 ans.
En revanche, la chirurgie de ces grosses tumeurs
n'a pas réussi à prévenir le développement
de ces métastases hépatiques métachrones, ce qui
suggère de nombreux commentaires :
a) Une possible méconnaissance de lésions de petite taille
par le chirurgien lors de l'intervention initiale, notamment au niveau
du duodénum, puisque, dans l'expérience française,
la duodénotomie n'était pas pratiquée systématiquement
avant 1990, duodénotomie recommandée maintenant de façon
systématique par l'équipe du NIH [6, 7] et N. Thompson [11].
Toutefois ce ne sont pas les petits gastrinomes qui sont à risque
de développer des métastases métachrones et les gros
gastrinomes duodénaux sont rares dans les SZE avec NEM I [10].
b) Si l'on considère que la chirurgie reste théoriquement
le seul moyen de réduire le risque de métastases hépatiques,
aussi bien dans les formes sporadiques que dans le cadre d'une NEM I,
il faut donc rechercher d'autres éléments prédictifs
du développement de ces métastases ; parmi ceux-ci est suggérée
la vitesse de croissance des gastrinomes primitifs où qu'ils soient
(G. Cadiot, communication personnelle), mesurée à partir
d'évaluations morphologiques successives, en l'absence de facteurs
biologiques (marqueurs sériques) spécifiques et fiables.
CONCLUSION En
conclusion, bien que l'article du NIH n'ait pas abordé spécifiquement
le problème de la prévention des métastases hépatiques
métachrones (dont on rappelle qu'elles constituent une faible part
des métastases hépatiques dans le SZE), il apparaît
clairement : a) qu'il faut être chirurgical dans le syndrome de Zollinger-Ellison
sporadique en l'absence de métastases hépatiques non résécables,
renforçant donc les recommandations déjà établies
par ce groupe [6, 7] et le nôtre dès 1986 [4], b) qu'il y a
en revanche peu de place pour la chirurgie dans le cadre du SZE inclus dans
une NEM I, confirmant ainsi, au terme d'un travail prospectif, l'expérience
française [10].REFERENCES
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