Home > Journals > Medicine > Hématologie > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Hématologie
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Conditionnements d'allogreffe dans la leucémie aiguë myéloblastique du sujet âgé : nouvelles approches et optimisation du rappo


Hématologie. Volume 16, 38-40, Leucémies aiguës : des gènes aux traitements, Article

DOI : 10.1684/hma.2010.0451


Pictures

ARTICLE

Le pronostic de la leucémie aiguë myéloblastique (LAM) du sujet âgé reste globalement péjoratif quels que soient le type ou l'intensité de la chimiothérapie avec une survie globale (OS) et une survie sans événement (EFS) à 5 ans inférieure à 20 % [1]. Ces dernières années, de nombreuses avancées au niveau de la compréhension des mécanismes moléculaires et génétiques de la leucémogenèse, conduisant au développement de nombreuses molécules dites « ciblées » à visée thérapeutique qu'elles soient antiangiogéniques, immuno-modulatrices (vaccinations antitumorales, anticorps anti-IL-2, IL-12) ou ciblées (gemtuzumab, anti-aurora kinase, anti-FLT3, inhibition de la voie JAK/STAT etc.), ont vu le jour. Malgré l'enthousiasme grandissant pour ces nouvelles molécules, l'histoire naturelle de la LAM du sujet âgé et son pronostic restent inchangés. A contrario, l'expérience de ces 30 dernières années a clairement établi le potentiel curateur de l'allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (allo-CSH) dans la LAM, par l'intermédiaire de l'action immunologique de l'effet « GVL » ou effet du greffon contre la leucémie [2, 3].

L'allogreffe dans la LAM du sujet âgé

Malgré son efficacité indéniable, historiquement, l'utilisation de l'allo-CSH a été le plus souvent limitée aux patients les plus jeunes (âge < 50 ans) et sans comorbidités significatives. Cependant, l'âge médian au diagnostic de la LAM est aux alentours de 68 ans. Cela a motivé le développement des conditionnements dits « non myéloablatifs » ou à intensité réduite (RIC) [4]. En se fondant sur une analyse monocentrique « en intention de traiter », il a été démontré, aussi bien chez le sujet jeune que chez le sujet âgé, qu'il existe un bénéfice potentiel de l'allo-CSH avec un conditionnement de type RIC en comparaison avec la chimiothérapie seule pour les LAM en première rémission complète (RC). Dans cette analyse, la survie sans leucémie (LFS) à 7 ans est de 60 % versus 23 % dans les groupes avec ou sans donneur HLA-identique familial, respectivement [5, 6]. Chez les sujets âgés, ces données suggèrent fortement qu'il existe un bénéfice significatif de l'allo-CSH avec un conditionnement de type RIC, soulignant l'importance de l'effet GVL dans cette maladie (figure 1).

Au-delà de l'aspect chronologique, l'âge est d'abord la somme de différentes composantes, allant des comorbidités et des fragilités du sujet âgé, à l'état nutritionnel, aux performances cognitives et jusqu'aux problématiques sociales. Finalement, la résultante peut être complètement différente pour un même âge physiologique et ne pas correspondre à la définition classique du sujet âgé. Par conséquent, l'optimisation de la balance bénéfice/toxicité, notamment dans cette tranche d'âge, passera d'abord par la recherche et la validation de scores pronostiques pertinents. C'est dans cet esprit que l'ALWP (Acute Leukemia Working Party) du groupe EBMT a établi récemment un index de comorbidités sur une cohorte homogène de 345 LAM de plus de 50 ans ayant reçu une allo-CSH de type RIC en première rémission complète (RC) [7]. En analyse multivariée, les comorbidités influençant la mortalité liée à la greffe (non relapse mortality [NRM]) sont une hépatopathie modérée ou sévère, une insuffisance rénale et l'obésité. Le score permet de séparer quatre groupes pronostiques significativement différents avec une NRM à 2 ans de 9 ± 2%, 15 ± 4%, 18 ± 5% et 31 ± 7% pour les scores 0, 1, 2 et ≥ 3 à 4 respectivement.

Des conditionnements à intensité réduite aux conditionnements à toxicité réduite

La problématique des conditionnements à intensité réduite (RIC) réside dans le fait que le gain apporté par la baisse de la NRM se fait le plus souvent au détriment de l'augmentation du risque de rechute de la maladie. Dans les 4 à 6 mois post-allo-CSH, l'absence de restauration d'une immunité efficace, et donc le délai nécessaire à l'installation d'un effet GVL efficace, expose le patient au risque de rechute de la maladie. Durant cette période, le contrôle de la maladie doit inévitablement reposer sur l'intensité du conditionnement. C'est dans cet état d'esprit, que l'optimisation des conditionnements non myéloablatifs cherchera donc à maintenir une NRM la plus basse possible tout en augmentant l'effet antitumoral délivré à travers le conditionnement à l'allo-CSH dans l'attente de l'installation de l'effet immunologique antitumoral. C'est ainsi que l'augmentation progressive des doses de busulfan de 4 à 8 mg/kg dans un conditionnement de type busulfan, fludarabine et sérum antilymphocytaire a permis une amélioration significative de la survie sans rechute (36 à 72 %) sans augmentation de la toxicité dans des LAM en RC [8]. Cette optimisation des doses de busulfan est aujourd'hui poursuivie par différentes équipes avec des résultats encourageants conduisant à la notion naissante de « conditionnements submyéloablatifs à toxicité réduite » (RTC) [9].

Place de la clofarabine dans les conditionnements d'allogreffe

Plus récemment, l'utilisation de la clofarabine dans les conditionnements à l'allo-CSH comme alternative à la fludarabine peut s'inscrire dans cette même volonté d'optimisation des conditionnements RIC. En effet, la clofarabine possède les meilleures activités phamacocinétiques de la fludarabine et de la cladribine, et son activité antileucémique a été prouvée dans les LAM et les leucémies aiguës lymphoblastiques (LAL) en rechute. De plus, la clofarabine semble combiner un profil de toxicité favorable avec un effet antileucémique et des propriétés immunosuppressives applicables rentrant dans le cadre de ces nouveaux conditionnements dits à toxicité réduite. Plusieurs études cliniques sont déjà disponibles dans ce domaine témoignant de perspectives importantes de cette molécule dans les conditionnements à l'allo-CSH. Cette utilisation est illustrée par deux exemples récents. L'association clofarabine-aracytine a été testée sur une série de 25 patients âgés de 28 à 69 ans (médiane : 59 ans) présentant une forme de leucémies aiguës à haut risque cytogénétique, réfractaires ou en rechute (Buchholz et al. EBMT 2009, Abstract 948). Le délai de prise de greffe, objectif principal de l'étude, est satisfaisant avec une médiane de 15 jours. Sur une durée médiane de suivi de 7 mois, 15 patients sur 25 sont en RC persistante dont deux en 2e RC après injection de lymphocytes du donneur (DLI). Huit décès sont enregistrés, dont cinq par infection (quatre septicémies, une pneumonie), un de lymphome post-transplantation (PTLD) lié à l'EBV, et un cas par hémorragie cérébrale. Les autres toxicités sont hépatiques et cutanées mais de faible intensité et régressant spontanément sans séquelles. Aucune GVH aiguë supérieure au grade II n'a été constatée et sur 17 patients évaluables, deux ont développé une GVH chronique.

Le deuxième exemple de conditionnement utilisant la clofarabine est un essai de phase 2 associant clofarabine 40 mg/m2/j de J8 à J4 et busulfan 3,2 mg/kg de J3 à J2. La prophylaxie de la GHV associait tacrolimus et méthotréxate. Quatorze patients âgés de 28 à 71 ans et présentant, pour la majorité, de nombreuses comorbidités, ont été inclus à ce jour. Sur les 14 patients, 11 présentaient des LAM (dont cinq secondaires à des MDS), une LAL, une LLC et une AREB. Dix patients avaient reçu une chimiothérapie préalable et un patient avait déjà été allogreffé une première fois. Huit patients (57 %) se présentaient avec un caryotype défavorable et 4 (29 %) intermédiaire. Dix patients avaient une maladie active ou persistante au moment du conditionnement à l'allogreffe. Sur cette cohorte à haut risque, les résultats sont prometteurs avec 8/14 RC persistantes à 2 ans. Trois patients en rechute sont actuellement sous DLI.

Ces résultats préliminaires suggèrent fortement que les conditionnements incluant la clofarabine ont un pouvoir immunosuppresseur adéquat permettant la prise de greffe tout en assurant un effet antileucémique prometteur avec des taux de RC non négligeables chez des patients ayant des maladies réfractaires, actives ou à haut risque. Le profil de toxicité semble, en outre, acceptable avec des cytolyses hépatiques modérées et transitoires, même en combinaison avec le busulfan, et des événements infectieux moins fréquents par rapport aux protocoles d'induction associant la clofarabine, potentiellement du fait d'une surveillance étroite des patients ou de doses moindres.

En se fondant sur ces différentes expériences, il est vraisemblable qu'un traitement sur mesure avec un panel d'intensités variables du conditionnement selon les doses de busulfan (3,2, 6,4, 9,6 ou 12,8 mg/kg/j IV dose totale) en association avec la fludarabine (30 mg/m2/j 5 jours) ou la clofarabine (30 mg/m2/j 4 jours), en plus de l'ATG (2,5 mg/kg/j à J2 et J1), permettrait d'optimiser les résultats de l'allo-CSH chez des patients âgés ou des patients ayant des comorbidités contre-indiquant l'utilisation des conditionnements myéloablatifs standard.

Ainsi, deux essais prospectifs multicentriques utilisant la clofarabine dans les conditionnements à toxicité réduite chez l'adulte sont en cours en France. L'essai séquentiel de phase 2 SET-RIC associe clofarabine et aracytine de J13 à J9 puis cyclophosphamide, busulfan et ATG de J5 à J2 chez des patients ayant une LAM en échec d'induction. L'essai CLO-RIC est un protocole de phase II associant clofarabine 30 mg/m2/j de J8 à J5, busulfan 3,2 mg/kg/j IV de J4 à J3 et ATG (2,5 mg/kg/j à J2 et J1).

À titre d'exemple, nous décrivons le cas d'une patiente de 42 ans traitée au CHU de Nantes pour une LAM de type M2, particulièrement démonstratif du potentiel de la clofarabine dans les conditionnements d'allogreffe. Cette patiente présentait au diagnostic une hyperleucocytose à 30 000/mm3, un caryotype normal, une mutation de NPM1 sans anomalie de FLT3. Une induction classique de type 3 + 7 permet d'obtenir une RC1 et le traitement est complété par deux cures de consolidation par aracytine haute dose. Une autogreffe conditionnée par melphalan et busulfan en juillet 2008 permet de maintenir la RC. Malheureusement, la patiente rechute en mars 2009 et une nouvelle cure d'induction associant everolimus, aracytine et daunorubicine est réalisée. Une deuxième rémission complète (RC2) cytologique est obtenue mais la maladie résiduelle (MRD), cette fois disponible, reste élevée malgré une cure de consolidation par aracytine haute dose. Une allogreffe conditionnée selon le protocole CLO-RIC est alors réalisée avec une prophylaxie de la GVH avec la ciclosporine seule. Les suites du conditionnement sont simples avec pour seule toxicité une augmentation transitoire des ASAT et ALAT. La sortie d'aplasie (PNN > 500/mm3) est constatée à J14 et les plaquettes sont > 20 000/mm3 à J12. Le chimérisme est à 95 % de cellules d'origine donneur dès le J15 post-allogreffe puis à 100 % à partir de J43 et un hémogramme à J100 strictement normal. En l'absence de tout signe de GVH aiguë, la ciclosporine a été arrêtée à J100 et aucun signe de GVH chronique n'est constaté à ce jour. La MRD de 0,1 % en prégreffe a baissé à 0,002 % à J34 illustrant l'effet antitumoral immédiat du conditionnement à base de clofarabine. À J100, on assiste cependant à une nouvelle augmentation de la MRD à 0,7 %, ce qui a motivé la réalisation de 3 cures de 5-azacytidine. La MRD à 5 mois est inférieure à 0,001 %, et reste négative à ce jour.

Références

1 Lowenberg B, Ossenkoppele GJ, van Putten W, et al. High-dose daunorubicin in older patients with acute myeloid leukemia. N Engl J Med 2009 ; 361 : 1235-48.

2 Barnes DW, Loutit JF. Treatment of murine leukaemia with x-rays and homologous bone marrow. II. Br J Haematol 1957 ; 3 : 241-52.

3 Weiden PL, Sullivan KM, Flournoy N, Storb R, Thomas ED. Antileukemic effect of chronic graft-versus-host disease: contribution to improved survival after allogeneic marrow transplantation. N Engl J Med 1981 ; 304 : 1529-33.

4 Molina A, Popplewell L, Kashyap A, Nademane E. Hematopoietic stem cell transplantation in the new millennium: report from City of Hope National Medical Center Clin Transpl 2000 : 317-42.

5 Mohty M, de Lavallade H, El-Cheikh J, et al. Reduced intensity conditioning allogeneic stem cell transplantation for patients with acute myeloid leukemia: long term results of a 'donor' versus 'no donor' comparison. Leukemia 2009 ; 23 : 194-6.

6 Mohty M, de Lavallade H, Ladaique P, et al. The role of reduced intensity conditioning allogeneic stem cell transplantation in patients with acute myeloid leukemia: a donor vs no donor comparison. Leukemia 2005 ; 19 : 916-20.

7 Mohty M, Labopin M, Basara N, et al. Association Between the Hematopoietic Cell Transplantation-Specific Comorbidity Index (CI) and Non-Relapse Mortality (NRM) After Reduced Intensity Conditioning (RIC) Allogeneic Stem Cell Transplantation (allo-SCT) for Acute Myeloid Leukemia (AML) in First Complete Remission (CR1). ASH Annual Meeting Abstracts 2009 ; 114 : 650.

8 Cahu X, Mohty M, Faucher C, et al. Outcome after reduced-intensity conditioning allogeneic SCT for AML in first complete remission: comparison of two regimens. Bone Marrow Transplant 2008 ; 42 : 689-91.

9 Mohty M, Rocha V, Chevallier P, Harousseau JL, Nagler A. Reduced-intensity conditioning for allogeneic stem cell transplantation: 10 years later. Curr Opin Oncol 2009 ; 21 (Suppl. 1) : S1.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]