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Syndromes myélodysplasiques de haut risque en échec d'hypométhylants


Hématologie. Volume 16, 24-8, Leucémies aiguës : des gènes aux traitements, Article

DOI : 10.1684/hma.2010.0448


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ARTICLE

Les agents hypométhylants dans les syndromes myélodyplasiques

Depuis mars 2009, l'azacitidine est devenue le traitement de référence des syndromes myélodyplasiques (SMD) ayant un IPSS élevé ou intermédiaire 2. En effet, dans l'étude AZA001, le traitement par azacitidine était associé à une amélioration significative de la durée de survie globale comparée au traitement de référence, qui était lui-même divisé en trois groupes : soins de support, faible dose d'aracytine et chimiothérapie intensive [1]. L'allongement de la survie, dans cette étude, était également observé chez des patients ayant une maladie stable, chez lesquels il existe une amélioration des cytopénies (notamment l'acquisition d'une indépendance transfusionnelle en concentrés érythroïdes) et non pas uniquement chez les patients en réponse complète ou partielle [2, 3]. L'obtention d'une réponse après azacitidine est lente, avec plus de 90 % des réponses optimales observées après 6 cures. La durée moyenne de la réponse est d'environ 16 mois.

La décitabine est également disponible depuis un an aux États-Unis dans la même indication. Aucune étude comparative de l'utilisation des deux agents hypométhylants n'est disponible à ce jour.

Une cohorte de 271 patients ayant un SMD de haut risque tous traités par azacitidine a été également rapportée dans le cadre de l'ATU française (figure 1) [3]. Soixante patients avaient un SMD secondaire à un traitement préalable, et 32 patients avaient été traités antérieurement par de faibles doses d'aracytine.

Dans cette cohorte, après trois cures au minimum, 14 % ont obtenu une réponse complète/partielle (RC/RP), 11 % étaient en réponse médullaire (MR) et 39 % avaient une maladie stable (SD). Quarante-deux pour cent des patients en MR + SD ont obtenu une amélioration des cytopénies, 22 % ont progressé, 4 % ont dû interrompre le traitement pour toxicité, et 7 % sont décédés précocement avant l'évaluation.

Les échecs aux agents hypométhylants

L'amélioration de la survie n'étant pas uniquement liée à l'obtention d'une rémission complète ou partielle, la définition des échecs après hypométhylants est actuellement imprécise [4].

Dans le cas de l'azacitidine, on peut considérer actuellement que l'absence de réponse érythroïde après six cures (observée chez un patient en situation de réponse médullaire ou de maladie stable) ou la survenue d'une progression définissent, toutes deux, un échec du traitement par azacitidine, c'est-à-dire que la prolongation du traitement dans ces conditions n'a que peu de chances d'améliorer la survie de ces patients. Néanmoins, il n'y a que très peu de données précises en ce qui concerne le devenir des patients en échec d'azacitidine ou de décitabine.

Le MD Anderson Cancer Center a rapporté une étude rétrospective de 87 patients ayant un MDS ou une LMMC en échec de décitabine [5]. Trente-six patients avaient un SMD avec IPSS int-2 ou élevé sur 49 évaluables, 20 avaient une LMMC. Après échec de la décitabine, la médiane de survie globale n'était que de 4,3 mois et la survie à 1 an de 28 %. Vingt-deux patients (25 %) avaient évolué en LAM.

Après échec de la décitabine, certains patients avaient été traités secondairement par une association d'idarubicine et cytarabine (n = 20) avec un taux de réponse à 20 %, ou avec un traitement « investigationnel » (n = 39), dont la clofarabine, avec un taux de réponse de 26 %.

La clofarabine

La clofarabine est un analogue nucléosidique de deuxième génération, dérivé de la cladribine (figure 2). Les mécanismes d'action décrits sont multiples (figure 3). La clofarabine est transportée dans les cellules par diffusion passive et par des mécanismes actifs. Elle est monophosphorylée par la DCK (déoxycytidine kinase), puis phosphorylée en cascade par d'autres kinases pour former la clofarabine triphosphate, qui correspond à la forme active. Cette molécule va agir en s'incorporant à l'ADN, par inhibition compétitive avec la DNA polymérase. Elle inhibe également la ribonucléotide-réductase, et induit l'apoptose par des mécanismes directs et indirects sur la mitochondrie, en relargant le cytochrome C et les autres agents proapoptotiques [6].

Les résultats préliminaires de deux études de phases I/II utilisant la clofarabine dans les SMD ont été rapportés. Le premier essai a concerné 61 patients ayant un SMD, tous traités par clofarabine orale ou intraveineuse [7]. L'étude comparait 15 mg ou 30 mg/m2/jour en IV pendant 5 jours et 40-30 mg/m2/jour per os pendant 5 jours. Quarante-deux patients (69 %) avaient un IPSS int-2 ou élevé, et 39 patients (64 %) étaient en échec d'un traitement antérieur par un agent hypométhylant. Le taux de réponse observé a été de 35 %, avec 30 % de réponses complètes et 12 % de réponses partielles. Six patients (10 %) sont décédés au cours de l'étude.

Le second essai a évalué plusieurs doses de clofarabine orale [8], chez 32 patients ayant un SMD, avec un âge médian de 70 ans, 84 % ayant un âge supérieur à 60 ans. 63 % des patients avaient reçu un traitement antérieur par hypométhylants.

Les doses de clofarabine étaient de 40 mg/m2/j (n = 6), 30 mg/m2/j (n = 19), et 20 mg/m2/j (n = 7) pendant 5 jours, toutes les 4 à 6 semaines, avec un maximum de 12 cures. Le taux de réponse (CR et réponse érythroïde) a été globalement de 34 et 10 % pour les patients qui avaient déjà été traités par hypométhylants. Trois patients (9 %) sont décédés en cours d'étude.

Dans ces deux études, la myélosuppression était importante justifiant le maintien en hospitalisation dans l'étude utilisant la clofarabine par voie veineuse à la dose de 15 et 30 mg/m2.

Ces résultats ont conduit à la mise en place d'un essai du GFM qui teste une escalade de doses de clofarabine, en partant de très faibles doses et une administration prolongée sur 10 jours (Nidevol).

L'objectif est d'étudier les effets secondaires limitants de la clofarabine, dans les conditions d'un traitement qui doit demeurer essentiellement ambulatoire.

Nidevol (Clo08 MDS trial)

Cet essai de phases I/II étudie la clofarabine sur un schéma 3 + 3 chez les patients ayant un SMD de haut risque en échec d'azacitidine. Les critères d'inclusion sont les suivants : progression ou maladie stable/réponse médullaire sans réponse érythroïde après plus de 6 cures d'azacitidine, avec une dépendance transfusionnelle de plus de 4 culots globulaires dans les 8 semaines précédant l'inclusion, blastose médullaire entre 5 et 30 %, avec un IPSS int-2 ou élevé.

Les paliers de doses prévus sont de 5, 7, 10 et 12,5 mg/m2/j.

L'étude est divisée en deux cohortes en fonction du rythme des prises :

  • cohorte A : jour 1 à 5 ;
  • cohorte B : jour 1, 3, 5, 8 et 10.

Une escalade de dose est prévue en l'absence de toxicité de grade III ou IV (en excluant les toxicités hématologiques et infectieuses), et de cytopénie retardée (< 50 % du taux de base à J56) (figures 4 et 5).

La phase I est en cours sur trois sites, avec pour objectif primaire de déterminer la dose maximale tolérée de clofarabine dans les SMD, dans une perspective ambulatoire. Trois patients sont inclus dans la cohorte A au premier palier de dose : 5 mg/m2. La deuxième partie est une phase II (n = 14), après confirmation de la dose maximale tolérée chez 9 patients de la phase I, dont l'objectif primaire est de confirmer l'innocuité de la clofarabine. Actuellement, il n'a pas été observé de toxicité dose limitante et les patients ont pu être pris en charge essentiellement en ambulatoire.

Conclusion

L'utilisation d'agents hypométhylants dans les SMD est associée à une augmentation de survie significative chez les patients ayant un SMD, y compris chez les patients qui n'obtiennent qu'une amélioration des cytopénies. En situation d'échec après un traitement par azacitidine ou décitabine, la clofarabine apparaît être un médicament potentiellement intéressant dans les SMD, mais la posologie et le mode d'administration optimaux d'un traitement par clofarabine restent à déterminer.

Références

1 Fenaux P, Mufti GJ, Hellstrom-Lindberg E, et al. Efficacy of azacitidine compared with that of conventional care regimens in the treatment of higher-risk myelodysplastic syndromes: a randomised, open-label, phase III study.; International Vidaza High-Risk MDS Survival Study Group. Lancet Oncol 2009 ; 10 : 223-32.

2 Sekeres MA, Maciejewski JP, Giagounidis AA, et al. Relationship of treatment-related cytopenias and response to lenalidomide in patients with lower-risk myelodysplastic syndromes. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 5943-9.

3 Itzykson R, Thépot S, Quesnel B, et al. Prognostic Factors of Response and Overall Survival (OS) in Higher-Risk MDS (including RAEB-t) Treated with Azacytidine (AZA): Results of the French ATU Program. Blood 2009 ; 114 : 3820 ; (ASH Annual Meeting Abstracts).

4 Sekeres MA, Steensma DP. Defining prior therapy in myelodysplactic syndromes and criteria for relapsed and refractory disease: inplications for clinical trial design and enrollment. Blood 2009 ; 114 : 2575-80.

5 Jabbour E, Garcia-Manero G, Shan J, et al. Outcome of Patients (pts) with Myelodysplastic Syndrome (MDS) and Chronic Myelomonocytic Leukemia (CMML) Post Decitabine Failure. Blood 2008 ; 112 : 1659 ; (ASH Annual Meeting Abstracts).

6 Bonate PL, Arthaud L, Cantrell Jr WR, et al. Discovery and development of clofarabine: a nucleoside analogue for treating cancer. Rev Drug Discov 2006 ; 5 : 855-63.

7 Faderl S, Garcia-Manero G, Ravandi F, et al. Oral (po) and Intravenous (iv) Clofarabine for Patients (pts) with Myelodysplastic Syndrome (MDS). Blood 2008 ; 112 : 222 ; (ASH Annual Meeting Abstracts).

8 Faderl S, Garcia-Manero G, Estrov Z, et al. Oral Clofarabine in the Treatment of Patients with Higher-Risk Myelodysplastic Syndrome. Blood 2009 ; 114 : 118 ; (ASH Annual Meeting Abstracts).


 

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