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Traitement des leucémies aiguës myéloïdes de l'adulte


Hématologie. Volume 16, 21-3, Leucémies aiguës : des gènes aux traitements, Article

DOI : 10.1684/hma.2010.0452


ARTICLE

Les leucémies aiguës myéloïdes (LAM) sont des maladies hétérogènes dont le pronostic reste défavorable chez l'adulte, malgré l'obtention d'une rémission complète dans 50 à 80 % des cas après induction. Les traitements actuels de référence reposent sur la chimiothérapie intensive et l'allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH), dont les résultats demeurent peu satisfaisants avec 10 % à 40 % de survie à 5 ans selon l'âge des patients. Le traitement d'induction standard comporte une à deux cures de chimiothérapie « 3 + 7 » associant une anthracycline (par exemple, daunorubicine 45-60 mg/m2 IV pendant 3 jours) à de l'aracytine (100-200 mg/m2 IV en continu pendant 7 jours) [1]. Il est suivi d'un traitement de consolidation dont les modalités diffèrent selon les facteurs de risque liés à la LAM. Malgré une amélioration modérée des résultats chez les sujets de moins de 60 ans, l'induction des LAM s'accompagne d'une mortalité élevée chez les sujets plus âgés. D'autres facteurs pronostiques, principalement le caryotype, mais également l'état général ou le caractère secondaire de la leucémie majorent le risque d'échec de l'induction et la toxicité des traitements. De nombreuses équipes tentent donc d'optimiser le traitement des LAM du sujet âgé, en testant des molécules nouvelles, comme la clofarabine qui est un analogue nucléosidique de seconde génération dont la biodisponibilité est améliorée et la neurotoxicité moindre par rapport à la fludarabine ou la cladribine.

Expérience initiale de la clofarabine : leucémies aiguës de l'enfant

L'action antitumorale de la clofarabine a d'abord été mise en évidence dans les leucémies aiguës lymphoblastiques (LAL) de l'enfant, pour laquelle l'AMM a été obtenue à la rechute ou en cas de maladie réfractaire après au moins deux lignes de traitement. Plusieurs études de phase II dans les LAL en rechute ou réfractaires ont en effet montré des taux de rémission complète (RC/RCp) allant de 20 % en monothérapie à 56 % en association. Ces résultats ont encouragé le développement d'une étude française associant clofarabine + polychimiothérapie en 2e ligne dans les LAL de l'enfant (étude VANDEVOL). Une étude de phase III évaluant le rôle de la clofarabine en première ligne en cas de persistance d'une maladie résiduelle positive à J28 de l'induction est en cours également.

Dans les LAM pédiatriques, des taux similaires de RC ont été obtenus en monothérapie. Plusieurs études sont actuellement en cours, dont une étude de phase III nord-américaine comparant aracytine + clofarabine à une chimiothérapie d'induction standard.

Développement clinique chez l'adulte

Deux principales études de phase II ont montré une efficacité de la clofarabine dans des LAM à haut risque : l'une en monothérapie chez des sujets âgés non traités [2], l'autre en association avec l'aracytine dans les LAM réfractaires ou en rechute [3]. Les taux de RC observés étaient de 48 et 54 %, avec des valeurs similaires en cas de caryotype défavorable. Ces essais encourageants ont donné lieu au développement de plusieurs grandes études randomisées.

Monothérapie par clofarabine en première ligne chez le sujet âgé

Une étude de phase II (CLASSIC II) a évalué la clofarabine en première ligne chez les sujets de plus de 60 ans (n = 112) ayant au moins un facteur de pronostic défavorable [4]. Le taux de RC globale était de 46 %, le délai de réponse de 5 semaines et la durée de réponse de 56 semaines. La mortalité à J30 était de 10 % et la toxicité principalement hématologique (neutropénie fébrile) avec également une toxicité gastro-intestinale et cutanée, et des perturbations du bilan hépatique. Après un traitement standard par chimiothérapie intensive chez les sujets de plus de 55 ans, plusieurs études antérieures montrent des taux de RC de 13 à 34 % dans le sous-groupe de patients à cytogénétique défavorable. Mais ces résultats sont obtenus aux dépens d'une mortalité précoce importante (17-32 %) et avec un faible gain de survie (5 mois) [5-7]. Dans l'étude de Kantarjian et al. [4], la clofarabine permet d'obtenir un taux de RC comparable dans cette population à risque (32 % de RC) mais avec une toxicité qui semble plus faible puisque la mortalité à l'induction est de 10 %.

Suite à ces résultats encourageants, une étude randomisée comparant l'administration d'aracytine faible dose à un traitement par clofarabine a été mise en place et permettra de préciser le rôle de cette molécule en première ligne chez le sujet âgé non éligible pour la chimiothérapie intensive (étude AML-16).

Chez les sujets de plus de 60 ans éligibles pour la chimiothérapie intensive, une autre étude randomisée, devant débuter en 2010, comparera la clofarabine en induction et en consolidation (30 mg/m2 pendant 5 jours suivis de deux cures à 20 mg/m2) à un traitement conventionnel 3 + 7 suivi de deux cures de consolidation par aracytine à dose intermédiaire (ECOG 2906).

Clofarabine en association dans les LAM réfractaires ou en rechute

Les LAM réfractaires ou en rechute restent de mauvais pronostic et le besoin d'alternatives thérapeutiques est toujours présent. Des données précliniques ont suggéré une synergie entre aracytine et clofarabine, plusieurs essais de phases I/II ont donc testé cette association dans des LAM réfractaires ou en rechute. La combinaison clofarabine (22-40 mg/m2) + aracytine (1-2 g/m2) pendant 5 jours [3, 8-11] s'accompagne d'un taux de RC globale de 31 à 69 % (25-56 % RC) et d'une mortalité souvent faible (moins de 10 %), bien que deux études rapportent des chiffres de mortalité à l'induction supérieurs à 20 % [3, 11].

Une étude de phase III (CLASSIC I) a inclus 326 patients aux États-Unis puis en Europe, dont 23 en France.

Les résultats, en cours d'analyse, comparent de manière randomisée en double aveugle l'aracytine à dose intermédiaire associée à la clofarabine contre aracytine + placebo chez les sujets de plus de 55 ans réfractaires ou en rechute, et apporteront une réponse robuste sur le bénéfice de cette association dans les LAM en rechute ou réfractaires. Une présentation au congrès de l'ASH 2010 est envisagée si les délais de soumission le permettent.

D'autres essais de phase I/II évaluent la clofarabine en association avec d'autres molécules (gemtuzumab-ozogamicine [GO], temsirolimus ou étoposide + mitoxantrone).

Clofarabine en association dans les LAM non traitées

Plusieurs études de phases I/II ont testé l'association clofarabine + aracytine (dose faible ou intermédiaire) chez les sujets de plus de 55-60 ans non traités antérieurement, montrant des taux de RC très favorables (52-63 %) en monothérapie, un profil de toxicité et une mortalité acceptables en comparaison aux cohortes historiques [12-15]. Ces études sont cependant peu comparables entre elles puisque les schémas thérapeutiques sont très variables, et l'une d'elle étudie également l'association au GO [14]. Les données de cette étude pilote devraient être prochainement complétées par celles de l'étude randomisée AML-16 comparant daunorubicine + aracytine versus daunorubicine + clofarabine, chaque groupe étant associé ou non au GO.

Enfin, de nombreuses études de phase II sont en cours dans différents pays afin d'évaluer l'association de la clofarabine à différentes chimiothérapies (idarubicine, daunorubicine, aracytine...) dont l'étude française évaluant clofarabine + aracytine versus aracytine à dose intermédiaire en consolidation.

Conclusion

La clofarabine a donc montré des résultats intéressants chez le sous-groupe de patients particulièrement à haut risque défini, entre autres, par un profil cytogénétique défavorable. Les données sur la place de la clofarabine dans les LAM s'étoffent ainsi en 1re ligne comme en rechute, et les résultats des différentes phases III permettront d'apporter des réponses sur la prise en charge de cette maladie dont le pronostic reste défavorable chez l'adulte, et en particulier chez les patients âgés.

Références

1 Döhner H, Estey EH, Amadori S, et al. Diagnosis and management of acute myeloid leukemia in adults: recommendations from an international expert panel, on behalf of the European LeukemiaNet. Blood 2010 ; 115 : 453-74.

2 Burnett AK, Baccarani M, Johnson P, et al. A Phase II Study (Biov-121) of Clofarabine Monotherapy First Line in Patients Aged 65 Years or Older with Acute Myeloid Leukemia for Whom Standard Intensive Chemotherapy Is Not Considered Suitable. ASH Annual Meeting Abstracts 2006; 108 : 425.

3 Faderl S, Gandhi V, O'Brien S, et al. Results of a phase 1-2 study of clofarabine in combination with cytarabine (ara-C) in relapsed and refractory acute leukemias. Blood 2005 ; 105 : 940-7.

4 Kantarjian HM, Erba HP, Claxton D, et al. Phase II study of clofarabine monotherapy in previously untreated older adults with acute myeloid leukemia and unfavorable prognostic factors. J Clin Oncol 2010 ; 28 : 549-55.

5 Leith CP, Kopecky KJ, Godwin J, et al. Acute myeloid leukemia in the elderly: assessment of multidrug resistance (MDR1) and cytogenetics distinguishes biologic subgroups with remarkably distinct responses to standard chemotherapy. A Southwest Oncology Group study. Blood 1997 ; 89 : 3323-9.

6 Rowe JM, Neuberg D, Friedenberg W, et al. A phase 3 study of three induction regimens and of priming with GM-CSF in older adults with acute myeloid leukemia: a trial by the Eastern Cooperative Oncology Group. Blood 2004 ; 103 : 479-85.

7 Anderson JE, Kopecky KJ, Willman CL, et al. Outcome after induction chemotherapy for older patients with acute myeloid leukemia is not improved with mitoxantrone and etoposide compared to cytarabine and daunorubicin: a Southwest Oncology Group study. Blood 2002 ; 100 : 3869-76.

8 Faderl S, Borthakur G, Ravandi F, et al. Results of a Randomized Phase 2 Study of Clofarabine Plus Cytarabine (CA) Vs Clofarabine Plus Idarubicin (CI) Vs Clofarabine, Idarubicin, Plus Cytarabine (CIA) as Salvage Therapy in Acute Myeloid Leukemia (AML). ASH Annual Meeting Abstracts 2008; 112 : 964.

9 Powell B, D'Agostino R, Levitan D, et al. High Dose Cytarabine and Clofarabine (HiDAC -> CLOF) in Relapsed or Refractory Acute Myeloid Leukemia, a Phase 2 Trial. ASH Annual Meeting Abstracts 2008; 112 : 1936.

10 Agura ED, Berryman R, Cooper B, et al. Phase II study of clofarabine and cytosine arabinoside in adult patients with relapsed AML and in elderly patients with untreated AML who are at high risk of anthracycline toxicity. ASCO. J Clin Oncol 2007 ; 25 : 7064.

11 Becker PS, Estey E, Petersdorf S, Storer BE, Appelbaum FR. G-CSF Priming, Clofarabine and High Dose Cytarabine (GCLAC) for Relapsed or Refractory Acute Myeloid Leukemia (AML). ASH Annual Meeting Abstracts 2009; 114 : 2068.

12 Faderl S, Ravandi F, Huang X, et al. A randomized study of clofarabine versus clofarabine plus low-dose cytarabine as front-line therapy for patients aged 60 years and older with acute myeloid leukemia and high-risk myelodysplastic syndrome. Blood 2008 ; 112 : 1638-45.

13 Faderl S, Verstovsek S, Cortes J, et al. Clofarabine and cytarabine combination as induction therapy for acute myeloid leukemia (AML) in patients 50 years of age or older. Blood 2006 ; 108 : 45-51.

14 Burnett AK, Kell WJ, Hills RK, et al. The Feasibility of Combining Daunorubicin, Clofarabine and Gemtuzumab Ozogamicin Is Feasible and Effective. A Pilot Study. ASH Annual Meeting Abstracts 2006; 108 : 1950.

15 Parikh SA, Kantarjian H, Garcia-Manero G, et al. Clofarabine Plus Low-Dose Cytarabine Induction Followed by Consolidation with Clofarabine Plus Low-Dose Cytarabine Alternating with Decitabine as Frontline Therapy for Patients (pts) with Acute Myeloid Leukemia (AML) ≥ 60 Years (yrs). ASH Annual Meeting Abstracts 2009; 114 : 2058


 

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