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Fertility in Hodgkin lymphoma patients


Hématologie. Volume 16, Number 2, 162-9, mars-avril 2010, Les jeunes hématologistes ont la parole

DOI : 10.1684/hma.2010.0441


Author(s) : Stéphanie Harel, Catherine Poirot , Service d’hématologie adulte, Hôpital Necker, Paris, Assistances médicales à la procréation – biologie de la reproduction, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris.

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ARTICLE

Auteur(s) : Stéphanie Harel1, Catherine Poirot2

1Service d’hématologie adulte, Hôpital Necker, Paris
2Assistances médicales à la procréation – biologie de la reproduction, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris

Chez les jeunes patients traités pour un lymphome de Hodgkin se posele problème de la stérilité induite par les régimes de chimiothérapies associés ou non à la radiothérapie.

Chez les femmes, le risque d’infertilité augmente avec l’emploi d’agents alkylants et avec l’âge de la patiente. De nouvelles méthodes de préservation de la fertilité sont actuellement en cours de développement. La cryoconservation d’embryons obtenus après fécondation in vitro est devenue une technique de routine mais ne peut être proposée que chez un petit nombre de patientes. La cryoconservation d’ovocytes matures ou immatures reste expérimentale. Enfin, la cryopréservation de tissu ovarien est jugée prometteuse mais n’a pour l’instant abouti qu’à un petit nombre de grossesses. De plus, étant donné qu’elle supprime un ovaire entier, elle ne peut être proposée qu’avant des régimes qui entraînent systématiquement une stérilité.

Chez les hommes, la présence d’agents alkylants est, là encore, le facteur de risque principal de stérilité. L’âge n’a pas d’influence. La congélation de sperme au CECOS doit être systématiquement proposée. La technique d’ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) a permis l’accession à la paternité à des patients très oligozoospermiques.

La maladie de Hodgkin est une hémopathie fréquente. Elle touche 2 à 5 hommes/100 000 et 1 à 2 femmes/100 000. On observe deux pics de fréquence : 30 ans et 55 ans.

Avec les traitements actuels, on arrive à des taux de guérison de 80 à 90 %. Cela pose la question primordiale de la prise en charge des effets secondaires à long terme de ces traitements, particulièrement chez les jeunes patients.

En particulier, la prise en charge de l’infertilité induite par les chimiothérapies est un véritable enjeu. Elle nécessite une concertation pluridisciplinaire entre les hématologues, les équipes d’AMP (assistance médicale à la procréation) et les chirurgiens.

Surtout, il est absolument nécessaire d’informer les patients. Même si au moment dudiagnostic, il n’est pas évident d’aborder ce type de problématique, il a été démontré qu’au final, les patients souffrent du manque d’information [1].

Femmes

Rappels [2]

Les ovaires contiennent un pool de follicules primordiaux (c’est-à-dire des follicules quiescents) qui atteint son apogée au 6e mois de vie embryonnaire avec 7 x 106 cellules germinales, puis on observe une diminution exponentielle au cours de la vie avec 1 à 2 millions de follicules à la naissance puis 400 000 en début de puberté. À partir de 37 ans, la diminution du stock s’accélère pouratteindre un stock inférieur à 1 000 en moyenne à 50,4 ans, au moment de la ménopause (figure 1).

La folliculogenèse est un processus continu, efficace à partirde la puberté. Dix à vingt follicules quittent le stock chaquejour et débutent leur développement jusqu’au stade pré-antral. Ce processus, qui dure environ 90 jours, est indépendant du cycle ovarien et des hormones gonadotropiques. Cependant, un seul follicule à chaque cycle deviendra un follicule mûr (c’est-à-dire ovulatoire) comprenant un ovocyte prêt à être fécondé. Ainsi sur ces millions de follicules, seuls 400 atteignent un stade mature et sont potentiellement utiles, les autres disparaissent par atrésie et apoptose.

Chez une femme normalement réglée, la fonction ovarienne dépend des hormones gonadotropiques qui régulent le cycle ovarien qui dure, lui, 28 jours. La FSH (follicule stimulating hormone) stimule la croissance du follicule dominant, issu du pool de follicules antraux, celui-ci prolifère et produit alors de l’œstradiol (phase folliculaire). L’ovulation survient en réponse au pic de LH (luteinising hormone) en milieu de cycle et est suivie de la transformation du follicule en corps jaune qui sécrète de la progestérone pour préparer l’endomètre à recevoir un ovocyte fécondé (phase lutéale) (figure 2).

La réserve ovarienne, c’est-à-dire le nombre de follicules primordiaux présents à un âge donné, évolue parallèlement avec la fertilité.

Insuffisance ovarienne prématurée [3]

La définition de ce syndrome est l’arrêt prématuré avant 40 ans, de la fonction ovarienne, d’origine périphérique. La destruction d’une partie ou de la totalité du stock de follicules primordiaux est à l’origine d’une aménorrhée périphérique hypergonadotropique par perte du rétrocontrôle négatif (figure 1).

La principale conséquence de ce syndrome est l’infertilité mais les femmes présentent également des symptômes liés à la privation en œstrogènes : bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, dyspareunies.

Il existe plusieurs causes d’insuffisance ovarienne prématurée (IOP) mais la plus fréquente est l’exposition des follicules à un toxique, en particulier lors du traitement d’un cancer.

L’impact d’un traitement sur la fertilité ultérieure de la patiente dépend de deux paramètres :

  • l’âge de la patiente et l’état de la réserve ovarienne avant de débuter le traitement. Pour un même traitement, les pourcentages d’IOP et d’infertilité qui en découlent augmentent avec l’âge (et avec la diminution de la réserve ovarienne). Ainsi, chez les adolescentes traitées pour un cancer, le risque d’IOP est multiplié par 4 alors qu’il est multiplié par 27 chez les femmes entre 21 et 25 ans. Ce risque est maximal après 30 ans ;
  • le type et la dose de traitement utilisés :
    • polychimiothérapie : là encore, de nombreux paramètres entrent en jeu, mais il est parfaitement établi que le risque de stérilité est maximal après exposition aux agents alkylants, avec un risque relatif de 3,98 par rapport à une population non exposée. Le facteur de risque principal est la dose cumulée. On peut classer les agents en trois groupes selon le risque de stérilité ultérieur, réparti dans le tableau 1,
    • irradiation : le risque dépend du site d’irradiation et de la dose. L’irradiation pelvienne est à l’origine d’une diminution importante de la réserve folliculaire avec en moyenne un risque relatif d’IOP à 1,02 pour des doses < 20 Gy, 1,37 pour des doses entre 20 et 35 Gy et enfin un risque à 3,27 si la dose est supérieure à 35. Cependant cette technique n’est plus proposée même dans les rares formes sous-diaphragmatique. Enfin, la TBI (total body irradiation) utilisée lors du conditionnement d’allogreffes myéloablatives entraîne une stérilité quasi constante,
    • conditionnement pour greffe de moelle (avec ou sans irradiation corporelle totale) : pour les intensifications suivis d’autogreffe le conditionnement standard est le BEAM et l’infertilité au décours n’est pas systématique. Les conditionnements d’allogreffe donnent les atteintes les plus sévères avec une IOP et une infertilité quasi constante chez les adultes et atteignent 81 % des enfants [4].


Tableau 1 Risque de stérilité en fonction du type de chimiothérapie

Faible risque

Risque intermédiaire

Haut risque

Méthotrexate Vincristine Bléomycine 5-Fluorouracile

Adriamycine Cisplatine

Cyclophosphamide Melphalan Busulfan Chlorambucil Procarbazine Moutardes azotées

Mesure de la fonction ovarienne

L’évaluation de la réserve ovarienne permet d’estimer le risque d’infertilité chez une patiente ayant été traitée pour un cancer. Cette évaluation est fondée sur un faisceau d’arguments.

Cycle menstruel

La présence ou non d’un cycle menstruel est un mauvais marqueur de la fonction ovarienne et donc du risque de stérilité. En effet, dans plusieurs études, des patientes présentant des cycles normaux avaient des anomalies des dosages hormonaux et de l’échographie ovarienne transvaginale, marqueurs d’une fonction ovarienne altérée. Cependant, il a été démontré que la présence d’une aménorrhée transitoire après les traitements était un facteur de risque de stérilité ultérieure.

Profil endocrinien

Il existe plusieurs dosages hormonaux possibles. La FSH est normalement augmentée en cas d’atteinte ovarienne. Cependant, la plupart des études concordent et ne recommandent pas ce dosage qui n’est pas corrélé aux autres paramètres et est probablement un mauvais reflet de la réserve ovarienne. L’hormone antimüllérienne (AMH), produite par les follicules en croissance, diminue avec l’âge et n’est pas dosable après la ménopause. Son taux est parallèle au nombre de follicules primordiaux et il semble être le dosage le plus informatif. Certains auteurs recommandent, quant à eux, le dosage de l’inhibine B, hormone sécrétée par les follicules recrutés au moment du cycle ovarien. Elle est impliquée dans la régulation négative de la FSH. Avec l’âge, le taux d’inhibine B diminue également et, en conséquence, on observe une augmentation des taux de FSH par perte du rétrocontrôle négatif.

Échographie transvaginale

De nombreuses études ont montré l’utilité de l’échographie transvaginale qui permet deux mesures essentielles : la mesure du volume ovarien et le compte folliculaire (décompte des follicules entre 2 et 10 mm qui correspondent aux follicules antraux). Ces deux éléments corrèlent significativement avec la réserve ovarienne et la fertilité.

Il n’existe pas de recommandations mais la plupart des auteurs combinent le dosage de l’AMH et l’échographie transvaginale pour déterminer le risque de stérilité d’une femme ayant reçu une radio- ou une chimiothérapie.

Épidémiologie chez les patientes traitées pour une maladie de Hodgkin

Il existe plusieurs études sur la fertilité à long terme des patientes traitées pour une maladie de Hodgkin. Ce sont toutes des études rétrospectives dont le end point peut différer (nombre de grossesses menées à terme, étude des cycles menstruels, étude des dosages hormonaux et de l’échographie).

Une étude allemande publiée en 2005 étudie la récupération de cycles menstruels normaux après chimiothérapie, bien que cela soit un mauvais reflet de la fonction ovarienne [5]. Quatre cent cinq femmes de moins de 40 ans ont été contactées, avec un recul médian de 3,2 ans. Seules 54,8 % d’entre elles ne prenaient plus de contraception orale, et pouvaient donc être étudiées. Parmi elles, 19,3 % présentaient une aménorrhée. Les principaux facteurs de risque retrouvés en analyse multivariée étaient le type de traitement avec un risque d’aménorrhée supérieur en cas de traitement par BEACOPP avec escalade de dose qu’avec BEACOPP standard, ABVD ou COPP/ABVD, l’âge de la patiente (plus ou moins de 30 ans), le stade de la maladie et, de façon surprenante, l’absence de contraception orale qui a été retrouvée comme facteur de mauvais pronostic.

En 2007 est parue une étude norvégienne qui étudiait la maternité effective chez des patientes traitées pour un Hodgkin [6]. Quatre-vingt-onze femmes sur 184 désiraient un enfant, 75 % d’entre elles ont pu mener une grossesse spontanée à terme, une a eu recours à l’AMP. Là encore, le type de traitement, et en particulier la dose d’agents alkylants et l’âge étaient les deux facteurs de risque principaux.

Hodgson et al. confirment l’innocuité de l’ABVD sur la fertilité avec un taux de naissance comparable à la population générale quels que soient l’âge de la patiente et le nombre de cures [7].

Différentes méthodes de préservation de la fertilité

Avec l’amélioration du pronostic des patients, en particulier dans la maladie de Hodgkin, la gestion de la stérilité secondaire aux traitements est devenue un véritable challenge. Plusieurs techniques sont en cours de développement mais elles restent expérimentales et nécessitent une étroite collaboration entre les équipes d’oncologie et de celles de biologie et médecine de la reproduction.

Plusieurs options peuvent être choisies en fonction de l’âge de la patiente, de la présence ou non d’un partenaire et de la pathologie sous-jacente [8, 9].

FIV en vue d’une cryoconservation embryonnaire

Dans les centres d’assistance médicale à la procréation, la FIV est maintenant pratiquée chez de nombreuses malades infertiles avec de bons résultats.

Après stimulation ovarienne, les ovocytes matures sont recueillis puis fécondés in vitro. Les embryons obtenus sont ensuite congelés. Les protocoles de congélation-décongélation embryonnaires sont bien établis et permettent d’obtenir une survie embryonnaire satisfaisante. Au moment voulu, l’embryon est réimplanté et la grossesse peut être menée à terme. Le taux de grossesse par transfert est de 18 %.

Cependant, cette technique n’est possible que chez les femmes pubères ayant un partenaire stable. Il faut de plus réaliser une stimulation ovarienne ce qui prend environ 4 à 6 semaines. La possibilité de reporter le début des traitements doit être discuter au cas par cas en fonction du stade du lymphome et des désirs de la patiente (surtout en cas de rechute où une intensification est envisagée).

Cryoconservation d’ovocytes matures

Cette technique, équivalente à la congélation de sperme, est a priori la plus logique chez les femmes en âge de procréer. Cependant les résultats bien qu’en amélioration sont encore décevants.

Après une phase de stimulation ovarienne de 4 à 6 semaines, les ovocytes obtenus sont congelés au stade MII (métaphase de 2e division de méiose). Après décongélation ils sont mis en présence, in vitro, des spermatozoïdes du conjoint et les embryons obtenus sont replacés dans la cavité utérine de la patiente. La première grossesse a été rapportée en 1986.

Cependant ces cellules sont fragiles et supportent mal le cycle congélation/décongélation. Le taux de grossesse obtenue était jusqu’à ces dernières années inférieur à 3 % par ovocytes congelés. Deux nouvelles techniques ont permis d’augmenter ce pourcentage :

  • la fécondation peut se faire par ICSI ;
  • les procédés de vitrification (congélation ultra-rapide) ont nettement diminué les pertes cellulaires. Le taux de grossesse est passé à 6,8 % par ovocyte vitrifié.

Cependant, la vitrification est interdite en France, ce qui limite le développement de cette technique.

La cryoconservation d’ovocytes immatures

Quelques complexes cumulo-ovocytaires sont prélevés par cœlioscopie au sein de petits follicules à antrum en l’absence de stimulation de l’ovulation. Les ovocytes immatures obtenus, au stade de vésicule germinale, sont moins fragiles et le pourcentage de perte est moindre après décongélation. Cependant il faut ensuite une étape de maturation in vitro qui est une technique, pour l’espèce humaine, devant s’effectuer dans le cadre d’un protocole de recherche clinique.

Cryopréservation de tissu ovarien (CPTO)

Il s’agit d’une technique prometteuse mais qui est encore récente [10-12].

Le principe est de prélever par cœlioscopie un ovaire dans son ensemble. Puis, celui-ci est congelé selon un protocole soigneusement établi en présence de cryoprotecteurs ; de nombreux follicules, principalement primordiaux, sont ainsi collectés au sein du cortex ovarien. Ces protocoles de congélation sont encore en cours d’amélioration.

Les ovocytes au sein des follicules primordiaux nécessitent donc une maturation pour pouvoir être fécondés. Il existe trois méthodes théoriques de maturation : la maturation in vitro et la xénogreffe ne sont pour l’instant que des voies de recherche. L’autogreffe du cortex ovarien est la technique utilisée actuellement. Après décongélation, l’ovaire est réimplanté soit en position orthotopique, c’est-à-dire dans la cavité pelvienne, soit en position hétérotopique (dans l’avant-bras, dans la paroi abdominale…).

Environ une trentaine de tentatives ont été publiées. Dans ces articles, toutes les femmes récupèrent une fonction endocrine ovarienne avec retour des menstruations et amélioration des symptômes type bouffées de chaleur. Mais, pour l’instant, seuls 6 cas de grossesses menées à terme ont été rapportés dans le monde, avec parfois nécessité de stimulation ovarienne et, dans les cas de réimplantation hétérotopique, un recours systématique à une fécondation in vitro (FIV) [13-16].

Les résultats de cette technique restent donc encore incertains, ce qu’il faut bien expliquer aux patientes. Cependant, il s’agit de la seule envisageable chez les enfants et les adolescentes prépubères [17]. De plus, comme elle ne nécessite pas de stimulation ovarienne préalable, elle peut être effectuée très rapidement et il s’agit donc de la seule technique qui puisse être envisagée lorsque la pathologie de fond nécessitant la mise en route rapide d’un traitement.

Le risque principal de cette procédure est celui d’une éventuelle réintroduction de cellules cancéreuses. Dans le cadre de la maladie de Hodgkin, ce risque est considéré commenégligeable, un examen anatomopathologique d’un fragment d’ovaire est cependant obligatoire. Dans les hémopathies immatures, type LAM ou LAL, le risque n’a pas été évalué et pour l’instant aucune équipe n’a réimplanté un ovaire dans ce contexte. Les techniques de biologie moléculaire pourraient permettre d’améliorer la détection de maladie résiduelle.

L’autre désavantage majeur de la CPTO est l’amputation de 50 % de la réserve ovarienne. On accélère donc le processus d’IOP. Elle n’est donc à proposer qu’à des femmes subissant des thérapeutiques où le risque de stérilité est proche de 100 % comme les conditionnements de greffe. Après des protocoles de chimiothérapie conventionnelle, même ceux comprenant des alkylants, ce risque est à moduler en fonction de l’âge et de la dose. Comme nous l’avons vu, les femmes jeunes ont de bonnes chances de récupérer une fonction ovarienne normale et de pouvoir mener à terme des grossesses spontanées. Il est déraisonnable de leur proposer cette technique, qui diviserait par deux leur nombre de follicules ovariens.

Actuellement en France, le GRECOT (Groupe de recherche et d’étude sur la cryoconservation ovarienne et testiculaire) relève toutes les données concernant la congélation de tissu ovarien. En 2008, on dénombrait, au total, 647 prélèvements d’ovaire, la moitié pour des hémopathies dont 107 cas de Hodgkin, la plupart du temps avant des conditionnements de greffe. Il y a eu pour l’instant une grossesse menée à terme à Besançon. Cette procédure démarre et les techniques de réimplantations s’améliorent. Il sera éventuellement possible à terme de faire profiter des patientes ayant déjà été prélevées de ces futurs progrès.

Il est à noter que, au niveau réglementaire, selon les lois de bioéthique, la CPTO n’a plus besoin d’être faite dans le cadre de protocoles mais est une activité soumise à autorisation et à agrément. Il faut faire signer un consentement à la patiente. En revanche, depuis la parution du Guide de bonnes pratiques cliniques et biologiques d’assistance médicale à la procréation du 11 avril 2008, l’autogreffe de cortex ovarien doit, pour sa part, se faire dans le cadre d’un protocole de recherche clinique.

Analogues de la LH-RH

L’hypothalamus sécrète de façon pulsatile la Gn-RH ou LH-RH. Cette hormone agit sur les récepteurs spécifiques des cellules gonadotropes hypophysaires qui sécrètent à leur tour la LH et la FSH.

L’administration continue de LH-RH (ou Gn-RH) provoque un phénomène de désensibilisation au niveau hypothalamo-hypophysaire qui, lorsqu’il est prolongé, induit une castration biochimique avec un effondrement des taux de FSH et de LH.

Les analogues de la LH-RH sont des substrats de la molécule naturelle décapeptidique Gn-RH, 50 à 200 fois plus puissants que le peptide naturel. Leur administration supprime donc l’axe hypothalamo-hypophysaire.

Cette ménopause chimique inhibe l’entrée en croissance des follicules ovariens, ce qui les protégerait de l’action des cytotoxiques.

Cette technique est extrêmement contestée. Pour l’instant certaines études randomisées publiées montrent certes une amélioration des tests reflétant la réserve ovarienne dans le groupe traité, mais il existe le même taux de grossesse spontanée dans les deux bras [18, 19].

Le traitement par analogue de la LH-RH n’est donc pas pourl’instant à recommander en dehors d’études cliniques randomisées.

En résumé, toutes les études convergent donc pour affirmer que le risque d’IOP et donc de stérilité qui en découle dépend de l’âge de la patiente (< ou > 30 ans) et de la dose cumulée d’agents alkylants.

Il est absolument nécessaire de proposer une technique adaptée au risque. Ainsi il ne faut pas être plus délétère avec les techniques de préservation de fertilité qu’avec le traitement.

Dans le cadre de la maladie de Hodgkin, il est établi que les traitements de 1e ligne type ABVD ne compromettent pas la fertilité et ne justifie d’aucune mesure préventive spécifique.

Le problème majeur reste l’évaluation du risque après BEACOPP, BEACOPPesc ou intensification par BEAM. Certaines études laissent à penser que ce risque est faible mais rien ne permet de l’affirmer. La nécessité d’une procédure invasive est à discuter au cas pas cas en fonction de l’âge de la patiente et de ses souhaits.

Les conditionnements d’allogreffe, qui entraînent une stérilité dans presque tous les cas, sont une indication certaine des techniques de préservation de la stérilité, à discuter avec les équipes d’AMP.

Hommes

Rappels

La spermatogenèse commence dans les testicules de l’homme au début de la puberté. Elle englobe la totalité du développement entre la spermatogonie (cellule germinale primordiale différenciée) jusqu’au spermatozoïde. Ce processus se déroule dans les tubes séminifères contournés qui, outre les différents stades de différentiation des cellules sexuelles, comprennent également les cellules de Sertoli, cellules de soutien indispensables (figure 3).

Un cycle complet de spermatogenèse dure environ 74 jours.

La restauration éventuelle d’une spermatogenèse après traitement dépend donc de l’intégrité des spermatogonies et de leur capacité à se différencier.

Mesure de la fertilité masculine

L’examen essentiel est le spermogramme. Il permet l’étude du nombre de spermatozoïdes, de leur forme, de leur vitalité et de leur mobilité. C’est un excellent reflet de la fonction testiculaire exocrine et de la fertilité du patient.

Un cycle de spermatogenèse prenant 3 mois, il ne sert à rien d’effectuer cet examen trop tôt après arrêt des traitements. Il peut, en revanche, être répété et souvent les résultats s’améliorent à distance.

Certains dosages hormonaux peuvent également permettre de prédire la fertilité des patients. La FSH, sécrétée par l’hypophyse, est ainsi augmentée en cas de lésion du tissu testiculaire par perte du rétrocontrôle négatif. L’inhibine B est sécrétée par les cellules de Sertoli et est abaissée en cas de dysfonction de la spermatogenèse, elle serait un meilleur marqueur que la FSH [20].

En revanche, il a été montré que les dosages de testostérone et de LH, reflet de la fonction endocrine du testicule, n’avaient aucun intérêt.

Épidémiologie chez les patients traités pour une maladie de Hodgkin

Avant traitement

Plusieurs auteurs rapportent un certain nombre de spermogrammes pathologiques avant tout traitement. Ce pourcentage de spermogrammes anormaux au diagnostic est très variable d’une étude à l’autre (certains auteurs en dénombrent jusqu’à 80 %) [21]. L’étude la plus récente est une étude rétrospective de l’EORTC et du GELA [22] qui rapporte, sur 474 patients analysés, 41 % de spermogrammes normaux, 49 % de qualité intermédiaire, 7 % de spermogrammes pauvres et 3 % de patients azoospermiques.

Il est à noter que, chez les patients azoospermiques, deux ontrécupéré un spermogramme exploitable après chimiothérapies.

Les facteurs de risque sont la présence de signes B au diagnostic, en particulier la fièvre et les sueurs nocturnes ainsi qu’une VS augmentée. Le stade de la maladie n’a aucun impact.

Après traitement

Le risque d’infertilité est variable selon le traitement employé. Faible après radiothérapie seule ou chimiothérapie sans alkylants, il augmente de façon significative en cas d’utilisation d’agents alkylants.

Après BEACOPP, on dénombre entre 90 à 100 % de spermogrammes anormaux ou de FSH augmentée. Il n’y a pas de différence entre le BEACOPP standard et le BEACOPP avec escalade de doses [23].

Après COPP/ABV, on dénombre entre 60 à 91 % d’infertilité en fonction du nombre de cure.

Les chimiothérapies de type ABVD n’entraînent que 0 à 8 % d’infertilité et la radiothérapie (non pelvienne) 2 à 11 % [24, 25].

La présence d’agents alkylants est donc le facteur de risque principal d’infertilité et ce risque est proportionnel à la dose. Contrairement aux femmes, l’âge n’a pas un impact important.

La récupération d’une fonction testiculaire exocrine normale dépend principalement de la dose d’agents alkylants et il est important de souligner qu’elle peut prendre plusieurs années. Il faut donc savoir être patient.

Une étude norvégienne portant sur 269 hommes traités pour une maladie de Hodgkin et désirant un enfant, rapporte après 15 ans d’observation 63 % de paternité spontanée et 10 paternités par AMP, sur 13 tentatives [6].

Avec les progrès des techniques de fécondation in vitro, ce pourcentage augmente et certains auteurs affirment que 97 % des hommes traités pour un Hodgkin ont accès à la paternité.

Comme nous le verrons, seuls les patients totalement azoospermiques posent un problème de prise en charge en AMP. En effet, même les patients avec un spermogramme pauvre peuvent bénéficier des nouvelles techniques de fécondation.

Tableau 2 Comparaison des avantages et inconvénients des différentes méthodes de préservation de la fertilité

Avantages

Inconvénients

Cryopréservation de tissu ovarien

– Pas de stimulation préalable – Possible à tous âges mais pas au-delà de 35 ans

– Amputation de 50 % de la réserve ovarienne – Procédure récente – Risque de contamination tumorale lors d’autogreffe

Cryopréservation d’ovocytes matures

– Pas de nécessité de maturation

– Stimulation ovarienne – Patiente pubère – Peu rentable

FIV et congélation embryonnaire

– Technique courante – Bon rendement

– Stimulation ovarienne – Patiente pubère – Partenaire

Différentes méthodes de préservation de la fertilité (tableau 2)

Chez l’adulte et l’adolescent pubère

L’autoconservation de sperme éjaculé doit systématiquement être proposée à tous les adultes. Le sperme est recueilli par masturbation et analysé selon les critères de l’OMS. L’éjaculat est ensuite dilué avec un cryprotecteur, conditionné en paillettes, congelé dans les vapeurs d’azote liquides puis conservé dans des cuves de stockage de longue durée. Généralement 2 à 4 recueils sont effectués et en moyenne 24 paillettes sont conservées par patient.

Lorsqu’on découvre une azoospermie, on peut discuter la réalisation d’une biopsie testiculaire, qui permet d’obtenir des spermatozoïdes dans environ la moitié des cas.

Beaucoup de patient recouvre une fertilité normale au décours des traitements. Globalement, chez tous les hommes traités pour un cancer, quel qu’il soit, ayant eu recours à une autoconservation, seul 7,5 % utilisent le sperme cryoconservé, dans un délai de 57 mois en moyenne.

Chez la plupart de ces patients, même si la qualité spermatique est faible, le sperme autoconservé est utilisable en AMP. La technique sera choisie en fonction du nombre de paillettes, du nombre de spermatozoïdes mobiles par paillette, de la qualité de l’éventuelle récupération post-thérapeutique et du bilan féminin. Les différentes techniques sont :

  • insémination intracervicale ;
  • insémination intra-utérine : 19 % de grossesse par cycle ;
  • fécondation in vitro simple : 35,3 % de grossesse par cycle ;
  • fécondation in vitro avec injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) : 27,3 % de grossesse par cycle. L’ICSI a permis de proposer l’AMP a des patients très oligospermiques.

Globalement un patient sur deux pris en charge en AMP aura un enfant.

Chez le jeune garçon prépubère

Plusieurs techniques sont actuellement à l’essai :
  • la cryoconservation de tissu testiculaire immature peut donner lieu à une greffe et en cas de reprise de la spermatogenèse, les gamètes recueillis pourraient être utilisables en AMP [26] ;
  • la cryoconservation de cellules souches germinales qui sont ensuite réimplantées dans le testicule. Technique déjà testée chez l’homme, elle reste expérimentale mais permettrait d’éviter tout geste d’AMP [27] ;
  • la genèse de gamètes in vitro à partir de cellules souchesembryonnaires est encore au stade d’expérimentation animale.

Conflit d’intérêts

aucun.

Références

1 Mancini J, Rey D, Préau M, Malavolti L, Moatti JP. Infertility induced by cancer treatment: inappropriate or no information provided to majority of French survivors of cancer. Fertil Steril 2008; 90 : 1616-25.

2 Johnston RJ, Wallace WH. Normal ovarian function and assessment of ovarian reserve in the survivor of childhood cancer. Pediatr Blood Cancer 2009 ; 53 : 296-302.

3 Schover LR. Premature ovarian failure and its consequences: vasomotor symptoms, sexuality, and fertility. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 753-8.

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