ARTICLE
Auteur(s) : Virginie Ferrera, Dominique Legrand, Jacques Chiaroni
EFS Alpes-Méditerranée 149 Bd Baille, 13392 Marseille Cedex
5
Le risque immuno-hémolytique des transfusions sanguines est
directement lié au caractère immunogène du polymorphisme
érythrocytaire qui représente un obstacle à la transfusion
incompatible. La sécurité immuno-hémolytique transfusionnelle se
définit comme l’ensemble des moyens visant à réduire ou éliminer
les risques d’hémolyse immunologique liés aux transfusions de
produits sanguins labiles (PSL). Elle repose sur une organisation
dont le but est d’éviter la rencontre in vivo entre les antigènes
et les anticorps correspondants. Cela impose la définition
préalable des caractéristiques immunologiques des produits et des
patients grâce à la mise en œuvre d’analyses
d’immuno-hématologie.
Après avoir rappelé les éléments du risque immuno-hémolytique,
nous décrirons les analyses immuno-hématologiques
pré-transfusionnelles obligatoires et les modalités d’exploitation
de leurs résultats en situation classique. Nous détaillerons
ensuite les tests à mettre en œuvre dans les cas particuliers de
l’urgence transfusionnelle et de la transfusion néo-natale. Enfin,
nous présenterons les analyses nécessaires à l’exploration d’un
conflit.
Le risque immuno-hémolytique
Les facteurs du risque immuno-hémolytique
Les conséquences de l’incompatibilité érythrocytaire sont liées à
la présence ou à l’apparition secondaire d’anticorps
anti-érythrocytaires. Les anticorps impliqués sont de deux
types : les anticorps dits « naturels », et les
anticorps dits « immuns » [1-3].
Les anticorps « naturels » pré-existent à toute
stimulation antigénique reconnue obstétricale ou transfusionnelle.
Il peut s’agir des anticorps naturels réguliers du système ABO ou
des anticorps naturels dirigés contre un antigène de fréquence
élevée (anti-H des sujets H : -1 ou Bombay). Ces
hétéro-anticorps peuvent être responsables d’un conflit dès la
première transfusion incompatible.
Les anticorps « immuns » sont dirigés contre un des
antigènes de l’ensemble des systèmes dits
« immunogènes » : Rh, Kell, Duffy, Kidd, MNS(Ss)…
Compte tenu de la spécificité humaine de ces antigènes, ces
anticorps ne peuvent apparaître qu’après une stimulation
interhumaine (obstétricale ou transfusionnelle). En l’absence
d’immunisation préalable, la première transfusion incompatible
présente un risque potentiel d’allo-immunisation avec mise en jeu
du pronostic obstétrico-transfusionnel ultérieur.
Données épidémiologiques
Selon les données d’hémovigilance nationale recensées
entre 1994 et 2005, le risque lié à l’incompatibilité ABO
est de 1/107 850 PSL distribués et celui lié aux autres systèmes
érythrocytaires est de 1/52 000 PSL. L’analyse des évènements
indésirables dus à une incompatibilité ABO met souvent en évidence
des défaillances humaines touchant l’identification du patient que
ce soit au moment du prélèvement des échantillons
pré-transfusionnels ou au moment de l’administration du PSL [3, 4].
Les analyses utiles en routine
Les analyses d’immuno-hématologie définissent les caractéristiques
immunologiques des PSL et des receveurs et permettent de
sélectionner le PSL adéquat qui :
- – n’apporte pas le ou les antigènes correspondants aux
anticorps présents dans le plasma du patient ;
- – n’apporte pas les anticorps correspondants aux
antigènes du patient ;
- – évite l’apparition d’anticorps chez certains
patients.
Les analyses réalisées chez le donneur de PSL appartiennent au
domaine de la qualification biologique du don et répondent aux
principes des bonnes pratiques transfusionnelles publiées au
Journal Officiel [5]. Elles ne seront pas détaillées dans cet
article.
Pour les patients, les modalités d’exécution des analyses
d’immuno-hématologie sont définies par l’arrêté du 26 avril
2002 [6], annexe du Guide de bonne exécution des analyses (GBEA) du
26 novembre 1999 [7]. Outre les règles de réalisation et de
validation analytique, cet arrêté définit les caractéristiques
d’informatisation et d’automatisation qui autorisent à rendre un
résultat de typage érythrocytaire à la suite d’une seule
réalisation technique. Il précise les conditions de prise en compte
des résultats par les établissements assurant la délivrance des
PSL, lesquels doivent répondre à la décision du 6 novembre
2006 définissant les bonnes pratiques transfusionnelles et à la
circulaire de décembre 2003 relative à l’acte transfusionnel
[8].
La garantie de la fiabilité des résultats des analyses et de
leur exploitation passe par la maîtrise de la qualité de chaque
étape du processus. Nous aborderons ainsi les règles
relatives à la prescription des analyses, à l’exécution des
prélèvements, à leur acceptation et leur enregistrement au
laboratoire, à la réalisation et à l’exploitation des résultats
d’analyses.
Quelles analyses prescrire ?
Dans un contexte de transfusion potentielle ou avérée et en absence
de résultats valides, la législation impose, chez tous les
patients, la réalisation préalable d’un groupage ABO-RH1, d’un
phénotypage RH-KEL1 et d’une recherche d’anticorps
anti-érythrocytaires.
Le groupage ABO permet la détection simultanée des antigènes et
des anticorps de ce système. Le typage RH1, qui est indissociable
du groupage ABO, consiste à recherche l’antigène RH1 (RhD).
Le phénotypage RH-KEL1, indissociable de l’ABO-RH1, recherche
les antigènes RH2 (C), RH3 (E), RH4 (c), RH5 (e) et KEL1 (K) dont
la prise en compte pour la transfusion s’inscrit dans le cadre des
bonnes pratiques de délivrance.
La recherche des anticorps anti-érythrocytaires (RAI) consiste à
dépister puis à identifier les anticorps dirigés contre les
antigènes autres que ceux du système ABO. Le délai habituel de
validité de la RAI est de 72 heures à compter du prélèvement.
Sur indication formelle du prescripteur ou dans le cadre d’un
protocole préétabli et en l’absence d’antécédents transfusionnels
ou d’autres épisodes immunisants (grossesse, greffe) dans les six
mois précédents, le délai de validité d’une RAI négative peut être
porté à 21 jours. De plus, en contexte post-transfusionnel, il
est recommandé de réaliser une RAI entre 1 et 3 mois après la
transfusion [5]. Ces délais indicatifs ne sont pas toujours
cohérents avec les délais d’apparition des anticorps. En effet, les
anticorps immuns ne sont décelables avec un maximum de probabilité
qu’entre le 10e et le 15e jour après la
transfusion. L’absence d’anticorps avant la transfusion ne signifie
pas, si le patient a des antécédents transfusionnels récents (moins
de 3 mois), qu’il n’est pas immunisé. La réactivation d’une
immunisation infrasérologique est susceptible de faire réapparaître
un anticorps qui peut s’adsorber au fur et à mesure sur les
hématies transfusées incompatibles. Ceci explique qu’il faille
attendre entre 5 et 10 jours ou plus pour le retrouver dans le
sérum [9]. Dans l’attente de cette détection sérologique, un test
direct à l’antiglobuline (TDA) reste indiqué. En cas de positivité,
une élution directe permet d’identifier l’anticorps adsorbé. De
même au cours de série de transfusions, le délai de la RAI doit
être discuté et pourra être raccourci en deçà des
72 heures.
Chez certains patients (allo-immunisés complexes ou transfusés
itératifs), il convient de déterminer leur phénotype érythrocytaire
pour les antigènes les plus immunogènes : FY1
(Fya), FY2 (Fyb), JK1 (Jka), JK2
(Jkb), MNS3 (S) et MNS4 (s).
Enfin, chez les patients présentant ou ayant présenté un
anticorps, le produit ne sera délivré qu’après réalisation d’une
épreuve directe de compatibilité au laboratoire (EDCL). Cette
analyse consiste à tester l’échantillon de sérum ou de plasma du
receveur vis-à-vis des hématies de la tubulure de l’unité à
transfuser. Elle est également indiquée chez un nouveau-né
présentant une sensibilisation de ses hématies par un anticorps
maternel (TDA positif) ou dont la mère est allo-immunisée [6]. Le
délai de validité de ce test ne peut dépasser le délai de validité
de la RAI. Cette analyse dont l’indication est basée sur le statut
immuno-hématologique du patient, doit être exécutée dans les mêmes
conditions techniques que la RAI.
Les règles relatives à la prescription des analyses et à
l’exécution des prélèvements
L’étape de prélèvement du patient représente une étape critique du
processus qui demeure sous la responsabilité du service clinique
qui réalise la transfusion.
La difficulté de sécurisation de cette étape, encore trop
soumise à des erreurs d’origine humaine [10], justifie qu’un
résultat de typage érythrocytaire ne soit valide que s’il est
effectué sur deux prélèvements différents, à raison d’une
détermination par prélèvement [2]. Ces deux prélèvements doivent
être réalisés, indépendamment, à deux moments distincts, y compris
en contexte d’urgence. Leur identification doit faire l’objet d’une
attention toute particulière [6, 8, 11] :
- – Une étiquette d’identification est apposée sur le ou
les tubes par la personne qui a prélevé, immédiatement après le
prélèvement du patient et en sa présence. Cette étiquette doit
mentionner le nom de naissance, les prénoms, le nom marital ou
usuel, le sexe, la date de naissance du patient, ainsi que
l’identifiant patient lorsqu’il existe, la date, et si possible
l’heure de prélèvement.
- – Une dernière vérification des informations portées sur
l’étiquette est effectuée en demandant au patient de décliner son
identité. A défaut la confrontation de plusieurs types de documents
ou sources d’informations d’identité est systématiquement effectuée
(dossier, famille, entourage).
Chaque prélèvement doit être accompagné d’une prescription
d’examens d’immuno-hématologie qui comporte de manière
lisible : l’identification du patient (données identiques à
celles apposées sur les tubes), l’identification et la signature du
prescripteur, la date de prescription, les examens à réaliser. Une
fiche de prélèvement doit accompagner le prélèvement et préciser
les nom, prénom, la qualité et la signature de la personne ayant
prélevé, la date et l’heure dudit prélèvement, et le nombre
d’échantillons transmis. L’ensemble échantillons-prescription-fiche
de prélèvement constitue une demande d’examens
d’immuno-hématologie. Si la prescription comporte toutes les
indications de la fiche de prélèvement, celle-ci n’est pas
nécessaire.
Chacune des demandes doit être isolée physiquement afin de
pouvoir différencier les deux prélèvements d’un même patient
qui serviront à valider un groupe. La transmission de la demande
d’examens au laboratoire s’effectue selon la réglementation en
vigueur [7, 11].
Les règles d’acceptation et d’enregistrement des prélèvements
au laboratoire
Au laboratoire, toute opération qui comporte des opérations
manuelles critiques doit faire l’objet de procédures écrites et
détaillées. C’est le cas [6] :
- – des opérations d’acceptation des éléments de la
demande d’examens et de la conduite à tenir en cas de non
conformité d’un de ses constituants ;
- – de la saisie d’état civil y compris des modalités de
sélection d’un dossier patient connu du laboratoire ;
- – de la vérification de la saisie et du lien entre le
patient et son échantillon afin d’éviter toute erreur
d’enregistrement et/ou d’affectation sur un dossier
informatique.
Les règles de réalisation des analyses [6]
Quel que soit le test considéré, la performance du système
interactif réactif matériel-technique doit être vérifiée. Ainsi,
pour chaque analyse, le biologiste doit organiser un contrôle
qualité interne (CQI) reposant notamment sur l’analyse
d’échantillons de contrôle effectuée dans les mêmes conditions que
celles appliquées aux échantillons biologiques. La validité de ce
CQI est un prérequis à la validation analytique des résultats des
patients.
Pour le groupage ABO-RH1, une réalisation comporte
obligatoirement deux épreuves complémentaires (globulaire et
plasmatique), et pour les autres typages une réalisation consiste à
utiliser deux réactifs : un réactif spécifique de l’antigène
concerné et un réactif témoin dépourvu de toute activité
anti-corpale, mais dont la capacité d’agglutination d’hématies
sensibilisées reste strictement identique à celle du réactif
utilisé.
La recherche d’anticorps anti-érythrocytaire (RAI) consiste à
dépister à l’aide d’une gamme d’hématies-tests les anticorps,
autres que ceux dirigés contre le système ABO, présents dans le
sérum ou plasma du patient. Si ce dépistage est positif, une
identification doit être réalisée. La technique obligatoire à
mettre en œuvre est un test indirect à l’antiglobuline (TIA ou test
de Coombs Indirect) ou une technique équivalente dont la
sensibilité doit permettre de détecter un anti-RH1 humain de
concentration à 20 ng/mL. Le TIA permet de mettre en évidence
l’ensemble des anticorps cliniquement significatifs quelle que soit
leur spécificité [12]. Dans certaines circonstances, cette
identification d’anticorps peut être réalisée après adsorption du
sérum [13], notamment en présence d’auto-anticorps pouvant masquer
un allo-anticorps, ou après fixation-élution pour isoler un
anticorps dans un mélange complexe.
Les tableaux 1 et 2 rappellent
respectivement les éléments réglementaires relatifs à l’exécution
des analyses de typages érythrocytaires et de recherche d’anticorps
anti-érythrocytaire.
Tableau 1 Eléments réglementaires relatifs à
l’exécution des analyses de typages érythrocytaires
|
Réactifs
|
Caractéristiques
|
Réactifs témoins
|
CQI
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Différence donneur - patient
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Groupage ABO-RH1
|
- Réalisation ABO :
- comporte obligatoirement deux épreuves :
- - épreuve globulaire : anti-A, anti-B, anti-AB
- - épreuve plasmatique :
- hématies-tests A1 et B
|
- - Le réactif anti-B ne doit pas donner de réaction croisée
vis-à-vis de l’antigène B acquis.
- - L’un des 2 réactifs, anti-A ou anti-AB, doit pouvoir
reconnaître les hématies Ax.
- - Au moins une des 2 hématies-tests doit être de phénotype
RH : -1
|
- Réalisation ABO :
- En cas d’incohérence entre épreuve globulaire et
plasmatique :
- - hématie A2
- - témoin auto
- - témoin allo,
- - réactif témoin.
|
- Groupage ABO-RH1
- Au minimum, 3 échantillons :
- - un de groupe A
- - un de groupe O
- - un de groupe B
- dont :
- - un de groupe RH : -1
- - un de groupe RH : 1
|
- Patient :
- groupage valide si 2 déterminations
- Transfusion sur groupage valide (2 déterminations)*
- Donneur :
- groupage exploité pour étiquetage du don si :
- - 2 réalisations de groupage au 1er don
- - 1 réalisation à chaque don suivant
- *sauf urgence vitale
|
|
- RH1 :
- systématiquement pour chaque réalisation :
- réactif témoin
|
|
Phénotypage RH-KEL1
|
- Etude des antigènes RH2 (C), RH3 (E), RH4 (c), RH5 (e) et KEL1
(K) :
- - anti-RH2
- - anti-RH3
- - anti-RH4
- - anti-RH5
- - anti-KEL1
|
/
|
- Systématiquement pour chaque réalisation :
- - réactif(s) témoin(s) adéquat(s)
- (dépourvu de toute activité anti-corpale, mais dont la capacité
d’agglutination d’hématies sensibilisées reste strictement
identique à celle du réactif utilisé)
|
- Au minimum 2 échantillons par réactif :
- - anti-RH2 : un RH : -2,4
- et un RH : 2,4
- - anti-RH3 : un RH : -3,5
- et un RH : 3,5
- - anti-RH4 : un RH : 2,-4
- et un RH : 2,4
- - anti-RH5 : un RH : 3,-5
- et un RH : 3,5
- - anti-KEL1 : un KEL : -1 et un KEL :
1
|
- Patient :
- groupage valide si 2 déterminations
- Transfusion sur groupage valide (2 déterminations)*
- Donneur :
- groupage exploité pour étiquetage du don si :
- - 2 réalisations de groupage au 1er don
- - 1 réalisation au 2e don
- - même si 0 réalisation aux dons suivants
- *sauf urgence vitale
|
- Phénotypage étendu.
- Etude des antigènes autres que RH-KEL1
|
Recherche de chaque antigène par un anticorps spécifique
|
/
|
Voir caractéristiques des témoins du Phénotypage RH-KEL1
|
Au minimum 2 échantillons par réactif : un antigène négatif,
un antigène positif d’expression « hétérozygote »
|
- Patient :
- groupage valide si 2 déterminations
- Donneur :
- groupage exploité pour étiquetage du don si :
- - 2 réalisations de groupage au 1er don
- - 1 réalisation au 2e don
- - même si 0 réalisation aux dons suivants
|
Tableau 2 Eléments réglementaires relatifs à
l’exécution des analyses de recherche d’anticorps
anti-érythrocytaires
|
Recherche d’anticorps anti-érythrocytaires autres que ceux dirigés
contre le système ABO
|
Dépistage
|
- - Au moins 3 hématies-tests de groupe O.
- - Antigènes obligatoirement présents : RH1, RH2, RH3, RH4,
RH5, KEL1, KEL2, KEL4, FY1, FY2, JK1, JK2, MNS1, MNS2, MNS3, MNS4,
LE1, LE2, P1, LU2.
- - Phénotypes obligatoirement présents :
- RH : 1, 2, -3, -4, 5
- RH : 1, -2, 3, 4, -5
- RH : -1, -2, -3, 4, 5.
- - Une expression phénotypique « homozygote » doit
être respectée pour les antigènes FY1, JK1, JK2, MNS3 et si
possible FY2 et MNS4.
|
Echantillons de contrôle comportant des anticorps (natifs ou
réactifs) de spécificité et titre connus avec au minimum un titre ≤
4 dans la technique d’utilisation et sur une hématie comportant
l’antigène correspondant d’expression
« hétérozygote ».
|
- Chez les patients : RAI
- - Les hématies ne peuvent pas être poolées.
- - Délai de validité : voir texte.
- Chez les donneurs : RAE
- - Les hématies peuvent être poolées.
- - Effectuée à chaque don.
|
|
Identification : si dépistage positif
|
- - Au moins 10 hématies-tests supplémentaires de groupe O.
- - Antigènes obligatoirement présents : RH1, RH2, RH3, RH4,
RH5, RH6, RH8, KEL1, KEL2, KEL3, KEL4, FY1, FY2, JK1, JK2, MNS1,
MNS2, MNS3, MNS4, LE1, LE2, P1, LU1, LU2.
- - Phénotypes présents sur au moins 2 hématies :
KEL1 ; FY : 1,-2 ; FY : -1,2 ; JK :
1,-2 ;
- JK : -1,2 ; MNS : 3,-4 ; MNS :
-3,4 ; P : -1
|
Echantillons de contrôle comportant des anticorps (natifs ou
réactifs) de spécificité et titre connus avec au minimum un titre ≤
4 dans la technique d’utilisation et sur une hématie comportant
l’antigène correspondant d’expression
« hétérozygote ».
|
Identique chez donneurs et receveurs
|
Les règles d’exploitation des résultats d’analyse [6, 8]
Les résultats obtenus doivent être transférés automatiquement sur
le dossier du patient correspondant. Une confrontation automatique
des résultats avec l’historique et la détection de discordance est
obligatoire. Les transferts de résultat d’automate vers le logiciel
du laboratoire doivent être validés ainsi que les algorithmes du
système informatique.
Pour éviter les erreurs de transmission et de saisie, les
résultats doivent être transférés en totalité et informatiquement,
après validation, vers le site de délivrance de PSL. Ces échanges
de données doivent être validés par l’émetteur et le récepteur. De
plus, afin d’éviter une erreur de patient lors de la sélection des
résultats informatiques, le site de délivrance des PSL doit
également recevoir un compte rendu papier des résultats
immuno-hématologiques [14]. Celui-ci doit être conforme au GBEA
1999 et signé par le biologiste.
En cas d’indisponibilité du système informatisé, une procédure
permet d’assurer en mode dégradé la sécurité de la sélection du
PSL. Le tableau 3 récapitule les
résultats d’analyses du patient et du PSL qui doivent être
confrontés informatiquement. Pour les concentrés globulaires (CGR),
le produit possède la qualification « Phénotype
RH-KEL1 », si son phénotype RH-KEL1 respecte les antigènes
négatifs du phénotype RH-KEL1 du patient. Le CGR possède la
qualification « Phénotype entendu » s’il est compatible
pour au moins un antigène autre que ceux du groupe ABO et du
phénotype RH-KEL1.
Le CGR possède la qualification « compatibilisé » si
une EDCL a été réalisée. Il doit avoir un étiquetage spécifique
comportant la mention « compatible le (date) », suivie
des éléments d’identification du receveur, de l’identification du
laboratoire qui a réalisé le test et de la durée de validité de
l’examen [15].
Tableau 3 Récapitulatif des contrôles de cohérences
réalisés entre les résultats d’analyses du patient et du PSL
|
Résultat receveur
|
Résultat PSL (donneur) [17]
|
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Eviter le conflit
|
Prévenir l’allo-immunisation
|
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Groupage ABO
|
- Respect systématique de la compatibilité ABO du PSL
- (et respect d’éventuels anticorps du système ABO des
donneurs classant le PSL en « réservé à la transfusion
isogroupe »)
|
Sans objet
|
- Phénotypage RH1 du receveur
- (analyse indissociable de l’ABO)
|
Sans objet
|
Respect systématique de la compatibilité du phénotype RH1
|
|
Phénotypage RH-KEL1
|
- Qualification RH-KEL1 formellement indiquée
chez :
- - les patients ayant ou ayant eu un (des) allo-anticorps
anti-érythrocytaire à l’exclusion de ceux jugés sans incidence
transfusionnelle ;
- - les nouveaux-nés possédant un allo-anticorps maternel, quel
que soit le sexe.
|
- Qualification RH-KEL1 obligatoire chez :
- - les femmes en âge de procréer.
- Qualification RH-KEL1 recommandée chez :
- - les patients ayant une espérance de vie raisonnable
(classiquement l’âge retenu est 70 ans), quel que soit le
sexe ;
- - les polytransfusés itératifs.
|
|
Phénotype étendu
|
Qualification Phénotype Etendu peut être obligatoire en
fonction des allo-anticorps détectés chez un patient
allo-immunisé.
|
Qualification Phénotype Etendu peut être proposée chez des
patients présentant un phénotype particulier, notamment dans la
population drépanocytaire.
|
|
- Qualification Compatibilisé est indiquée :
- - si le patient présente ou a présenté un allo-anticorps
anti-érythrocytaire ;
- - s’il s’agit d’un nouveau-né présentant une sensibilisation de
ses hématies par un anticorps (test de Coombs direct positif) ou
dont la mère est allo-immunisée.
|
|
Les analyses utiles en urgence transfusionnelle
Trois niveaux d’urgence transfusionnelle sont définis par les
Bonnes Pratiques :
- – L’urgence vitale immédiate (UVI) où les PSL sont
délivrés sans délai. Ils peuvent être délivrés avant la
connaissance des résultats des analyses d’immuno-hématologie.
- – L’urgence vitale (UV) où le délai d’obtention des PSL
est inférieur à 30 minutes. Les concentrés de globules rouges sont
délivrés dans la mesure du possible avec deux déterminations
de groupage sanguin, éventuellement avant la connaissance des
résultats de la RAI, si ceux-ci ne sont pas disponibles.
- – L’urgence relative où le délai d’obtention des PSL est
le plus souvent de deux à trois heures, ce qui permet la
réalisation de l’ensemble des tests prétransfusionnels.
Dans les cas d’UVI et d’UV, l’exploitation d’un groupe connu ne
peut se faire qu’en l’absence totale de doute sur l’identité du
patient. En l’absence de résultats de groupage ABO valide, la
délivrance de PSL O « non réservé à la transfusion
isogroupe » s’impose (ou AB pour le plasma). Si le phénotype
RH-KEL1 n’est pas valide, des CGR RH-1 sont délivrés. Néanmoins, en
raison de la fréquence des allo-immunisations et de
l’immunogénicité des antigènes du système RH, certains proposent
que les résultats des antigènes RH-KEL1 puissent être exploités dès
la 1re détermination [16].
Afin de répondre au mieux à l’urgence transfusionnelle en
contexte obstétrical, il est nécessaire de disposer de l’ensemble
des résultats d’analyses d’immuno-hématologie dès l’entrée de la
femme en salle de travail [17]. Ceci permet d’éviter les retards de
délivrance liés à l’indisponibilité des PSL et de prévenir au mieux
l’avenir obstétrico-transfusionnel des femmes concernées.
Les analyses utiles en transfusion néo-natale
Du fait des caractéristiques physiologiques et pathologiques de la
période périnatale, la prise en charge transfusionnelle des
nouveaux-nés présente des particularités. Afin d’éviter les
prélèvements répétés qui sont un facteur important d’anémie, des
protocoles sont établis entre le site de délivrance et le service
prescripteur pour permettre de déroger aux règles relatives aux
examens prétransfusionnels [18]. Jusqu’à l’âge de 3 mois, une
détermination de phénotypage est suffisante sous réserve d’une
transfusion en CGR de groupe O « non réservé à la transfusion
isogroupe » et de phénotype compatible avec les anticorps de
la mère et les antigènes de l’enfant. Le TDA est obligatoire avant
la première transfusion afin de rechercher les anticorps maternels
fixés sur les hématies de l’enfant. Si ce TDA n’est pas réalisable,
il faut disposer des résultats du phénotypage et de la RAI de la
mère. Il est à noter que chez le nouveau-né possédant un
allo-anticorps maternel les CGR sont compatibilisés vis-à-vis du
sérum ou plasma maternel. Lorsque celui-ci est indisponible la
compatibilité est réalisée avec le prélèvement de l’enfant [18].
Enfin, en raison de l’origine maternelle des anticorps et de son
immuno-immaturité, certains proposent un délai de validité de RAI
de 15 jours [19].
Les analyses utiles en contexte de conflit immunologique
transfusionnel
Si la rencontre antigène et anticorps se produit, les hématies sont
condamnées à la destruction par épuration du complexe par le
système réticulo-histiocytaire. L’activation secondaire du
complément peut également avoir lieu.
Les manifestations cliniques du conflit sont variables. On peut
observer une inefficacité transfusionnelle, un simple
frisson-hyperthermie, un ictère isolé voire un choc
immuno-hémolytique sévère avec CIVD en raison d’une hémolyse
intravasculaire liée à l’activation du complément jusqu’à C9.
Les analyses mises en œuvre doivent apporter la preuve de
l’hémolyse et de la présence d’un conflit immunologique par
incompatibilité transfusionnelle. Elles comportent systématiquement
[20, 21] :
- – Un groupage ABO-RH1 du patient sur des prélèvements
pré et post-transfusionnels.
- – Un groupage ABO-RH1 des hématies transfusées.
- – Un TDA pratiqué sur un prélèvement post-transfusionnel
du patient. Un test sur le prélèvement prétransfusionnel peut être
pratiqué pour servir de témoin. Ce test permet la mise en évidence
de la sensibilisation in vivo des hématies humaines par des
anticorps anti-IgG et/ou des fractions du complément. Il doit être
réalisé de préférence sur un échantillon anticoagulé.
L’interprétation des résultats ne peut être envisagée de manière
isolée. Elle doit tenir compte des résultats des autres tests. De
plus, la négativité du TDA n’écarte pas un conflit immunologique et
sa positivité n’implique pas qu’un anticorps présent sur les
hématies soit responsable de l’hémolyse et des signes cliniques
associés.
- – Une élution directe effectuée sur le prélèvement
post-transfusionnel et éventuellement sur le prélèvement
prétransfusionnel du receveur. Cette technique consiste à détacher
les anticorps éventuellement fixés sur les hématies transfusées
puis à tester l’éluat obtenu vis-à-vis d’hématies-tests selon le
même principe qu’une recherche d’anticorps anti-érythrocytaire.
Dans le cadre de l’exploration d’un conflit, ce test est
obligatoire même si le TDA est négatif [22]. L’éluat devra être
testé également vis-à-vis d’hématies A et B pour rechercher une
incompatibilité ABO. L’intérêt de cette analyse est de prouver la
présence d’un anticorps de spécificité définie à la surface des
hématies. Dans certains cas, l’élution directe met en évidence des
anticorps non détectés par la RAI effectuée sur sérum ou plasma en
raison de leur adsorption sur l’hématie incompatible. Comme pour le
TDA, sa négativité n’écarte pas la réalité du conflit
immunologique. De même sa positivité n’implique pas que l’anticorps
soit responsable de l’hémolyse et des signes cliniques
associés.
- – Une RAI sur les prélèvements pré et
post-transfusionnels du receveur. Outre la technique en TIA, une
identification sur hématies traitées par une enzyme protéolytique
devra être réalisée (impératif réglementaire). Cet élargissement
des techniques a pour objectif de détecter la moindre trace
résiduelle de l’anticorps responsable qui a pu s’adsorber sur les
hématies incompatibles.
- – Une épreuve de compatibilité au laboratoire entre les
prélèvements pré et post-transfusionnels du receveur et les
hématies transfusées.
Conclusion
Les analyses d’immuno-hématologie appartiennent au processus
transfusionnel et participent à la sécurité immuno-hémolytique. Les
données de l’hémovigilance et de la bibliographie démontrent la
persistance d’accidents par incompatibilité ABO et par anticorps de
spécificités courantes. Si depuis 2002, la sécurisation des actes
de laboratoire a progressé grâce, notamment à l’automatisation et à
l’informatisation, il reste néanmoins des améliorations à réaliser
au niveau des étapes pré-analytiques de la prescription médicale,
de l’identification du patient et de son prélèvement. L’étape
post-analytique doit aussi être confortée grâce aux échanges
informatiques permettant de fiabiliser les données
immuno-hématologiques introduites dans le système de délivrance. La
disponibilité simultanée des données relatives aux caractéristiques
des PSL et au statut immuno-hématologique du patient permet une
confrontation automatique au moment de la délivrance du produit
sanguin labile. Cependant, afin d’assurer l’intégrité des données,
ces échanges informatiques de résultats doivent faire l’objet d’une
validation, tout comme les transferts de résultat d’automate vers
le logiciel du laboratoire dont les algorithmes informatiques
doivent aussi être validés.
Références
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République Française du 11 décembre 1999 :
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