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Hematopoietic stem cell transplantation in autoimmune disease.


Hématologie. Volume 13, Number 6, 445-55, Novembre-Décembre 2007, Revue

DOI : 10.1684/hma.2007.0189

Résumé   Summary  

Author(s) : Zora Marjanovic, Laura Florea, Franck Verrecchia, Dominique Farge-Bancel , Département d’hématologie et oncologie médicale, Hôtel-Dieu, Paris, Service de médecine interne, Hôpital Saint-Louis, Paris, INSERM U697, Hôpital Saint-Louis, Paris.

Summary : Experimental considerations and clinical experience suggest that high doses immunoablation followed by hematopoietic stem cell transplantation (HSCT) is a therapeutic option to consider for certain severe autoimmune disorders. Patient selection has been recognized as a crucial element from the phase I-II trials. Improved safety of both autologous and allogeneic HSCT over the last decade has been followed by increasing acceptance of HSCT as an experimental treatment for severe autoimmune diseases that are resistant to conventional treatment. Prospective randomized studies are in progress and should now determine the value of HSCT compared to standard therapy. This review provides the update on the efficacy and toxicity of HSCT in severe autoimmune disease.

Keywords : autoimmune disease, hematopoietic stem cell transplantation

ARTICLE

Auteur(s) : Zora Marjanovic1, Laura Florea2, Franck Verrecchia3, Dominique Farge-Bancel2

1Département d’hématologie et oncologie médicale, Hôtel-Dieu, Paris
2Service de médecine interne, Hôpital Saint-Louis, Paris
3INSERM U697, Hôpital Saint-Louis, Paris

Les maladies auto-immunes (MAI) constituent un groupe d’affections hétérogènes touchant 3 à 5 % de la population. Au cours des MAI spécifiques d’organe, telle la thyroïdite auto-immune ou le diabète insulino-dépendant, les conséquences de la défaillance d’organe peuvent être améliorées par une opothérapie substitutive ou une transplantation d’organe. Les MAI systémiques, telles la sclérodermie (SSc), le lupus érythémateux disséminé (LED), certaines vascularites, la polyarthrite rhumatoïde (PR), l’arthrite chronique juvénile (ACJ) et la sclérose en plaques (SEP) sont moins faciles à traiter. Si un traitement immunosuppresseur conventionnel permet souvent de contrôler la MAI (LED, PR, vascularites), cette approche rarement définitivement curative reste associée à une forte morbidité liée aux complications des traitements et dans les formes sévères inflammatoires ou réfractaires à une forte mortalité liée à l’évolutivité propre de la maladie. Au cours des 10 dernières années, d’importants progrès ont été effectués dans le domaine des procédures d’intensifications thérapeutiques suivies de greffes de cellules souches hématopoïétiques (CSH) pour le traitement de certaines de ces MAI. Les données concernant environ 900 patients atteints de MAI ont été colligées par le groupe de travail européen de l’European Blood Marrow Transplantation (EBMT)/l’European League Against Rhumatism (EULAR) en collaboration étroite avec les États-Unis (IBMTR), où un nombre semblable de patients atteints de MAI a été traité par autogreffe, voire dans certains cas par allogreffe. Les résultats prometteurs des études de phases I-II ont conduit à la mise en place de plusieurs essais randomisés de phase III. L’analyse des mécanismes de la reconstitution immunologique après greffe a permis de mieux comprendre les réponses cliniques observées et d’améliorer la réflexion quant au conditionnement optimal à proposer à ces patients. Parallèlement, les progrès effectués dans la compréhension et le contrôle des mécanismes de l’inflammation et de l’auto-immunité, ont ouvert l’ère de l’utilisation des biothérapies. Si l’utilisation des anti-TNF a transformé la prise en charge de la PR, il n’en est pas de même pour la SSc, qui reste une affection chronique sans traitement optimal, et pour certaines formes de SEP, de LED ou d’autres MAI sévères ou réfractaires, où les greffes de CSH ont ouvert de nouvelles perspectives.

Rationnel

En dépit d’une expression clinique variée, la plupart des MAI partagent des traits physiopathogéniques communs. Elles résultent d’une activation polyclonale du système immunitaire, impliquant des composants lymphocytaires T et B avec altération des mécanismes immuno-régulateurs qui concourent normalement au maintien de la tolérance, et sont rarement associées à la mise en évidence d’un épitope antigénique unique. Le système immunitaire natif et son environnement tissulaire jouent un rôle essentiel pour déterminer si l’exposition à un antigène donné va induire une réponse immune ou un phénomène d’anergie ou de tolérance. La composante génétique et le rôle des gènes codant pour les molécules du système majeur d’histocompatibilité, mais aussi de nombreux autres gènes, sont importants dans la régulation de la réponse immune, mais ne permettent pas d’expliquer l’ensemble des phénomènes observés. Si la nature exacte des cellules T nécessaires pour entraîner une réaction auto-immune reste inconnue, les cellules T auto-réactives semblent échapper à la délétion thymique et persistent avec une faible affinité en périphérie. Ces lymphocytes peuvent alors être activés et induire le processus auto-immun, réaction contrôlée en retour par différents sous-types de cellules T régulatrices, notamment les cellules suppressives T CD4+, CD25+, dont le rôle semble important au cours des MAI avant et aussi après greffe.

L’altération de ces mécanismes régulateurs au cours du temps concourt à l’expression clinique et au développement des MAI. L’interruption de ce cercle vicieux, pour permettre à nouveau l’émergence des mécanismes de régulation normale sans pour autant éradiquer la dernière cellule T auto-réactive, est l’un des mécanismes proposés pour l’utilisation des greffes de CSH dans le traitement des MAI.

Utilisation des CSH

Toutes les cellules du système immunitaire dérivent des CSH. De nombreuses données expérimentales et plusieurs observations cliniques publiées ces 20 dernières années montrent la rémission complète possible de certaines MAI après greffe de moelle osseuse (GMO). La réciproque, transfert passif d’une MAI au receveur à partir d’un donneur d’allogreffe, a aussi été observée, confirmant ainsi la dépendance entre MAI et système hématopoïétique. L’utilisation d’une myélo-suppression intensive et d’une immunosuppression suivie de greffe de CSH est donc possible pour traiter certaines MAI sévères.

Données expérimentales

Les modèles animaux de MAI peuvent être schématiquement divisés en deux catégories : les modèles héréditaires, spontanés, dans lesquels la MAI est inévitable avec une forte composante génétique, et les formes induites par immunisation envers un antigène étranger [1, 2].

Dans les modèles héréditaires et spontanés de MAI, les manifestations auto-immunes affectent la majorité des animaux d’une lignée prédisposée. Dans ces modèles tels le lupus murin, la prédisposition génétique est transportée par les CSH et se manifeste par des anomalies de développement thymique et/ou de fonction des lymphocytes B ou T ou des CPA, macrophages. Néanmoins, l’anomalie princeps se situe probablement dans la CSH puisqu’une irradiation létale suivie d’une greffe allogénique à partir d’une souris normale est suffisante pour guérir la souris de ses manifestations auto-immunes. À l’inverse, le transfert de la MAI est possible chez une souris normale après allogreffe à partir d’une souris lupique. L’extrapolation de ces modèles conduirait à penser que seules les greffes allogéniques peuvent être suivies de succès dans le traitement des MAI humaines à forte composante génétique.

D’autres modèles expérimentaux – arthrite adjuvante (AA) et encéphalomyélite aiguë expérimentale (AEA) – utilisent l’immunisation active par exposition à un antigène étranger pour induire la MAI. Dans l’AA, médiée par les lymphocytes T cytotoxiques présumés dirigés contre un composant normal du cartilage articulaire chez le rat, si la greffe allogénique, mais aussi la greffe autologue ou syngénique, est effectuée avant l’immunisation, la survenue de l’AA et son évolution sont inchangées. Inversement, la réalisation de ces greffes après immunisation accélère la guérison et prévient la rechute d’AA. Ni la radiothérapie localisée ni l’immunosuppression seules n’ont montré une efficacité comparable à la GMO. Dans de tels modèles, la GMO rend possible une profonde immuno-ablation, qui élimine les lymphocytes T auto-réactifs pathogènes. Au moment de la reconstitution du répertoire lymphocytaire T par la greffe, tout se passe comme si une tolérance de la maladie induite par l’antigène apparaissait. En accord avec cette théorie, il est important qu’après transplantation, l’antigène soit accessible aux cellules présentatrices d’antigène (CPA) et soit présenté aux lymphocytes T en cours de développement dans le but d’induire une tolérance. La fréquence des rechutes après GMO semble diminuer si la GMO est effectuée plus tôt au cours de l’évolution de la MAI, ou avec des conditionnements d’intensité croissante.

L’efficacité de la GMO allogénique peut s’expliquer par une réduction des lymphocytes auto-réactifs lors du conditionnement et l’éradication des cellules immunes résiduelles selon un mécanisme du greffon versus auto-immunité (GVA), secondaire à l’action des cellules du système immunitaire dérivées du donneur normal à l’instar de l’effet greffe versus leucémie (GVL). L’efficacité de la GMO autologue pourrait résulter d’une ablation similaire des cellules T auto-réactives pendant le conditionnement, suivie de l’induction d’un mécanisme de tolérance du soi par un phénomène de rééducation des lymphocytes dérivés des CSH. L’analyse de la reconstitution immunitaire après autogreffe semble confirmer cette hypothèse.

Observations en clinique humaine

Après allogreffe de moelle

Plusieurs observations ont montré la possibilité de rémission de la MAI préexistante lors du traitement d’une hémopathie associée. À l’inverse, le transfert passif d’une MAI, présente ou encore non exprimée chez un donneur de moelle HLA identique, est possible chez le receveur [3].

Le transfert passif d’une MAI à partir d’une greffe de MO allogénique a été rapporté dans la littérature dans une vingtaine de cas : 6 cas de myasthénie, 7 cas de thyroïdite auto-immune, 5 cas de DID transféré par donneur de MO HLA identique souffrant de DID type I à un receveur en aplasie ou en acutisation de leucémie myéloïde chronique, 1 cas de maladie cœliaque, et 2 cas de maladie de Crohn ou colite inflammatoire.

Vingt-deux survivants à long terme de GMO allogénique avec une MAI présente au moment de la transplantation ont montré une rémission de MAI après la greffe. Parmi eux, 8 cas de PR avec aplasie due au traitement par sels d’or ou D-pénicillamine ont été traités par transplantation en MO HLA compatible. Trois patients sont décédés après transplantation, mais en rémission complète de la PR ; les autres sont en vie avec une rémission de 2 à 12 ans. Un patient, transplanté avec la MO de son frère HLA identique a rechuté 2 ans après, malgré une rémission initiale de la PR.

Dans quelques situations spécifiques, une allogreffe de MO HLA compatible peut être envisagée pour traiter certaines MAI, mais selon le consensus européen seulement si les risques inhérents à la procédure de GMO sont justifiés par la coexistence d’une hémopathie maligne ou d’une aplasie.

Greffes autologues de MO ou de CSH du sang périphérique

Le risque de mortalité associée à une GMO autologue est évalué de 1 à 3 % en 2007. Aussi, l’intensification thérapeutique suivie d’autogreffe de CSH constitue une bonne alternative thérapeutique pour les patients souffrant d’une MAI sévère rapidement évolutive ou réfractaire au traitement « conventionnel », dont le risque de mortalité lié à l’évolution de la MAI est largement supérieur à celui engendré par la GMO autologue.

Traitement des MAI chez l’homme par greffes de moelle ou de cellules souches hématopoïétiques

Au vu de ces connaissances, une conférence de consensus – sous l’égide de l’EBMT et de l’EULAR en lien avec l’IBMTR – a défini en 1996 les indications (tableau 1) et les modalités des autogreffes de moelle dans les MAI. Le détail de ces informations est accessible sur les sites Internet correspondants (httpp://www.EBMT.org et httpp://www.ibmtr.org).

Modalités

La mobilisation des CSH périphériques (CSHP) s’effectue soit avec du G-CSF (Granulocyte-Colony Stimulating Factor) seul à la dose de 5 à 10 μg/kg/j en injection sous-cutanée quotidienne ou après 4 g/m2 de cyclophosphamide (Cy) en 2 jours. Les échantillons de cytaphérèse peuvent être manipulés ex vivo pour sélectionner les cellules CD34+ ou pour éliminer les cellules immunocompétentes : monocytes, lymphocytes B et T et cellules NK. La purge de lymphocytes T est recommandée dans le but d’en transplanter moins de 105 cellules/kg de poids corporel. Les CSHP ainsi obtenues sont congelées et conservées. Différents conditionnements sont utilisés : 1) Cy + globulines antithymocytes ; 2) Cy + irradiation corporelle totale ; 3) busulphan + Cy ; 4) BEAM (BCNU, VP16, Ara-C, melphalan) ± globulines antithymocytes. Les CSHP sont réinjectées au patient pour restaurer les systèmes hématopoïétique et immun.

Tableau 1 Indications possibles des autogreffes de cellules souches hématopoïétiques dans les maladies auto-immunes, selon le consensus EBMT-EULAR de 1996

Atteintes rhumatologiques

1. Sclérodermie

2. LED, syndrome des anticorps antiphospholipides

3. Polyarthrite rhumatoïde (PR) rapidement progressive et destructrice résistant au traitement adapté, y compris les anti-TNF

4. Cryoglobulinémie sévère et incontrôlable

5. Rhumatologie pédiatrique

- Arthrite chronique juvénile

- Sclérodermie avec fibrose pulmonaire

- Dermatomyosite sévère

- Vascularite nécrosante sévère

6. HTAP auto-immune (après immunosuppression)

7. Vascularite nécrosante (après introduction d’immunosuppression standard)

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Atteintes neurologiques

1. Sclérose en plaques

2. Myasthénie grave

3. Neuropathie périphérique chronique démyélinisante

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Atteintes hématologiques

1. Thrombopénie auto-immune sévère réfractaire

2. Anémie hémolytique auto-immune

3. Neutropénie immunitaire

4. Association des items précédents

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Autres MAI

1. Maladies intestinales inflammatoires (ex. maladie de Crohn)

2. Diabète auto-immun

Indications

Actuellement, environ 1 500 à 2 000 patients au monde ont reçu depuis 10 ans une greffe de CSH autologues pour le traitement d’une MAI isolée, dont 854 patients enregistrés en août 2007 dans la base de données de l’EBMT-EULAR (tableau 2) et les autres dans le registre américain de l’IBMTR. Les essais thérapeutiques de phases I-II menés de 1998 à 2001 ont permis de souligner l’importance de la sélection des patients et d’identifier les facteurs de risque. Dans le cadre de ces MAI préalablement réfractaires au traitement classique, des réponses cliniques significatives furent observées après autogreffe chez 2/3 des patients, tout diagnostic confondu. La mortalité initialement rapportée à la procédure était de 7 ± 3 %, avec des variations selon le type de MAI, l’intensité du conditionnement et l’année de la greffe. Ces décès étaient essentiellement secondaires à l’infection chez des patients au lourd traitement immunosuppresseur antérieur, à l’hémorragie au cours des bicytopénies et dans quelques cas à la cardio-toxicité de la procédure sur des cardiopathies préexistantes liées à la MAI et ses traitements antérieurs ou l’apparition de pneumopathies interstitielles ou d’une maladie veino-occlusive, notamment après conditionnement ayant compris une irradiation corporelle. L’analyse plus récente des patients rapportés dans le registre de l’EBMT-EULAR depuis 2001 confirme que la mortalité associée à la procédure dépend avant tout de la sélection des patients et reste faible au regard du pronostic spontané des MAI sélectionnées [4]. Les résultats des études de phases I-II sont à l’origine des essais prospectifs de phase III randomisés, actuellement en cours sous l’égide de l’EBMT-EULAR et de l’IBMTR pour le traitement de la SEP, la SSc, le LED et la maladie de Crohn, et de la poursuite pour les autres MAI (cytopénies auto-immunes, neuropathie périphérique auto-immune, polymyosite, vascularite) des traitements dans le cadre de procédures de phases I-II. De 2004 à 2006, aucune mortalité associée à la procédure n’a été rapportée parmi toutes les autogreffes effectuées pour MAI.

Tableau 2 Patients traités pour maladies auto-immunes par autogreffes de cellules souches hématopoïétiques et rapportés dans la base européenne de l’EBMT/EULAR (août 2007)

Type de maladies auto-immunes

Maladies neurologiques

Sclérose en plaques

297

Myasthénie grave

3

Autres

13

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Maladies rhumatologiques

Sclérodermie systémique

147

Polyarthrite rhumatoïde

82

Arthrite chronique juvénile

66

LED

84

Dermato/polymyosite sévère

12

Autres

5

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Vascularites et autres connectivites

42

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Atteintes hématologiques

Thrombopénie auto-immune sévère réfractaire

21

Anémie hémolytique auto-immune

12

Syndrome d’Evans

9

Autres

16

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Maladies intestinales inflammatoires

11

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Autres/inconnue

34

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Total

854

Résultats des études de phases I-II au cours de la sclérose en plaques (SEP)

La SEP, caractérisée par la survenue de lésions inflammatoires démyélinisantes avec dégénérescence axonale secondaire [5], a une évolution clinique extrêmement hétérogène, aboutissant à des degrés variables de handicap physique et psychique. Lors des premières manifestations, 80 % des patients ont une « forme rénitente », les autres une « forme progressive primaire ». Dix ans plus tard, environ la moitié des patients avec forme rénitente initiale évoluera vers une forme « secondairement progressive ». Les traitements conventionnels, tels l’interféron, la copaxone, les bolus intraveineux de corticoïdes et la mitoxantrone ont une action insuffisante pour contrôler les « formes progressives ». Les données historiques longitudinales montrent que la moitié des patients après 15 ans d’évolution perdront la possibilité de « marche sans aide » avec une survie globale diminuée de dix ans par rapport au reste de la population. Le bénéfice potentiel chez l’homme de l’autogreffe de CSH périphériques, initialement rapporté en 1995, est conforté par les résultats des études de phases I-II. Parmi les 178 patients européens rapportés en 2005, âgés de 34 ans après 6,7 ans d’évolution de la maladie (dont 99 formes « secondairement progressives », 19 formes « progressives primaires » et 41 rechutes) : 163 patients ont reçu une greffe de CSHP, avec mobilisation par Cy et G-CSF pour 126 d’entre eux, associée (97 patients) ou non (77 patients) à une sélection CD34+, puis conditionnement par BEAM, isolé (30 patients) ou avec globulines antilymphocytaires (74 patients). La mortalité absolue associée à la procédure est de 5 % sans aucun décès depuis 2001 après une sélection plus rigoureuse des patients. Les patients susceptibles de bénéficier au mieux de l’autogreffe sont les plus jeunes et dont la durée d’évolution de la SEP est la plus courte [6], avec un EDSS < 6 au moment de la greffe [7, 8], les formes « rénitentes » ou « secondairement progressives ». Si l’hyperfixation des lésions au gadolinium disparaît pratiquement après autogreffe, des bandes oligoclonales dans le liquide céphalorachidien peuvent demeurer plus de deux ans après autogreffe [9, 10] et la détérioration fonctionnelle se poursuivre dans les formes avancées avec atrophie cérébrale. Le conditionnement optimal à utiliser, avec ou sans adjonction de SAL, ainsi que les bénéfices d’une sélection des CSH CD34+, malgré l’intérêt théorique d’une déplétion en cellules T autoréactives avant la réinjection des CSH, reste à étudier. Ces résultats sont à l’origine de l’essai international prospectif de phase III ASTIMS, (Autologous Stem Cell Transplantation International Multiple Sclerosis [www.astims.org]) comparant la greffe de CSH périphériques avec un conditionnement par BEAM et sérum antilymphocytaire sans sélection de CD34+ au traitement de référence par mitoxantrone. Les critères d’inclusion sont : 1) l’âge entre 18 et 50 ans ; 2) le diagnostic de SEP selon les critères cliniques et IRM de Poser et al. [11] ; 3) un EDSSS entre 3,5 et 6,5 à l’inclusion ; 4) une forme « secondairement progressive » ou une forme « rénitente » avec augmentation de l’EDSS et des lésions IRM sous traitement immunosuppresseur préalable.

Résultats des études de phases I-II au cours de la sclérodermie systémique

La sclérodermie systémique (SSc) est une MAI rare, dont l’incidence varie de 50 à 200 patients par million avec un nombre de patients atteints estimés en France entre 6 000 et 10 000. D’expression clinique hétérogène, elle est caractérisée par un excès de collagène dans la peau et les différents organes, lié à une activation cellulaire T prédominante, avec production d’auto-anticorps – notamment antitopoisomérases (Scl 70) – et libération de cytokines, à l’origine de l’activation fibroblastique, avec lésions microvasculaires et atteinte endothéliale diffuse. La présence d’une atteinte pulmonaire, rénale ou cardiaque dans les 3 à 5 ans suivant le diagnostic est péjorative pour la survie des patients estimée alors à 50 % à 5 ans et à 38 % à 10 ans. La mortalité observée varie selon la présence de 0 (2 %), 1 (10 %), 2 (26 %), 3 (50 %) ou 4 (75 %) de ces atteintes viscérales au diagnostic. Aucun des traitements immunosuppresseurs essayés jusqu’alors n’a permis de freiner la progression de la maladie et leurs effets délétères chez des patients aux fonctions rénale ou cardio-pulmonaire altérées par la SSc sont souvent nettement supérieurs aux bénéfices escomptés. Une certaine efficacité du Cy, confortée récemment par deux essais de phase III utilisant le Cy per os ou IV [12, 13], est à l’origine de son utilisation pour la procédure d’autogreffe de CSH dans la SSc.

Depuis 1996, toutes les études de phases I-II ont utilisé du Cy pour la mobilisation (2 à 4 g/m2) avec du G-CSF sans noter de poussée de SSc sous facteur de croissance, et pour l’intensification (200 mg/kg) avec ou sans SAL polyclonal et sélection des CSH CD34+. Exceptionnellement en Europe, une irradiation de 8 Gy a été associée à 120 mg/kg de Cy, à l’instar de certains protocoles nord américains. Les risques immédiats (> 3 mois) [14] et tardifs de l’irradiation, avec 2 cas de mélodysplasie à distance la greffe, sont non négligeables.

En 2004, l’analyse des 65 patients du registre de l’EBMT traités dans des études de phases I-II a montré une amélioration de plus de 25 % du score cutané dans 70 % des cas avec stabilisation de la fonction pulmonaire à 3 ans [15]. L’expérience acquise a permis de baisser la mortalité associée à la procédure d’autogreffe dans la SSc de 12 % en 1996 à 5 % en 2003 lorsque les critères de sélection sont respectés (absence d’HTAP majeure, d’atteinte cardiaque sévère, de fibrose pulmonaire ou d’HTA incontrôlée) avec aucun décès lié à la procédure de 2004 à 2006. L’étude immunohistochimique des biopsies cutanées après autogreffe au cours de la SSc montre pour la première fois une régression histologique de la fibrose parallèlement à l’amélioration clinique [16].

L’analyse à 7 ans d’une cohorte franco-hollandaise de 28 de ces patients autogreffés confirme l’amélioration significative et durable de l’atteinte cutanée et des scores fonctionnels, et la stabilisation durable de la fonction pulmonaire parmi 21 patients à 5 ans [17]. Ces résultats prometteurs n’ont jamais été rapportés jusqu’alors avec aucun autre traitement au cours de la SSc et sont à l’origine des deux essais prospectifs randomisés de phase III, l’un européen ASTIS (tableau 3) et l’autre américain SCOTT qui comparent l’efficacité de l’autogreffe de CSHP avec sélection CD34+ après conditionnement par Cy et SAL avec (SCOTT) ou sans (ASTIS) irradiation corporelle totale au traitement classique par bolus mensuels de Cy 750 mg/m2 pendant 12 mois [18].

Tableau 3 ASTIS (Autologous Hematopoietic Stem cell Transplantation in Scleroderma [http//www.astistrial.com]) : étude européenne prospective multicentrique randomisée de phase III comparant l’intensification thérapeutique avec autogreffe de cellules souches hématopoïétiques périphériques (CSHP) aux bolus intraveineux mensuels de cyclophosphamide (Cy) chez les patients atteints de sclérodermie systémique(SSc)

Critères d’inclusion

1) Âge : 16-60 ans + diagnostic SSc (critères American College of Rheumatology) +

2) SSc diffuse avec une évolution ≤ 4 ans depuis l’apparition des premiers signes d’atteinte cutanée associée à un score de Rodnan modifié ≥ 15 et à une ou plusieurs des atteintes viscérales (début documenté ou aggravation significative depuis moins de 6 mois) définies comme suit :

a) Atteinte pulmonaire : DLCO (capacité de diffusion de l’oxyde de carbone) et/ou CVF (Capacité Vitale Fonctionnelle) ≤ 80 % (de la théorie) et atteinte interstitielle pulmonaire (radiographie et/ou scanner pulmonaire et/ou lavage broncho-alvéolaire) et/ou

b) Atteinte rénale : HTA ou protéinurie, hématurie ou cylindres persistantes, anémie hémolytique microangiopathique, insuffisance rénale et/ou

c) Atteinte cardiaque : insuffisance cardiaque congestive réversible, épisodes récidivants de fibrillation ou de flutter auriculaire, de tachycardie atriale paroxystique ou de tachycardie ventriculaire, BAV 2e-3e degrés, épanchement péricardique ;

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Ou

SSc diffuse avec une évolution < 2 ans depuis les premiers signes cutanés, avec un score de Rodnan modifié > 20, atteinte cutanée du tronc et VS > 25 mm à la 1re heure et/ou un taux d’Hb <11 g/dL, non expliqué par d’autres causes que l’activité de la maladie.

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Traitements

A) Immunoablation + autogreffe des CSHP

B) Traitement standard

1. Mobilisation (CYC 2 x 2 g/m2,G-CSF 10 mg/kg)

CYC 750 mg/m2 en bolus IV 12 mois

2. Leukaphèreses/CD34-selection

3. Conditionnement CYC 200 mg/kg, ATG 7,5 mg/kg

4. Réinfusion

Résultats des études de phases I-II au cours de la polyarthrite rhumatoïde

La PR est un rhumatisme inflammatoire chronique invalidant, atteignant environ 1 % de la population, responsable d’une mortalité significative. Sur la base des données expérimentales et cliniques après greffe de moelle, l’autogreffe de CSH fut proposée dès 1996 en Europe aux patients ne répondant pas ou insuffisamment aux traitements conventionnels de première ligne (DMARDs) [19]. L’analyse de la plus large série constituée de 73 patients traités dans des études de phases I-II a montré une réponse fonctionnelle de 50 % selon le score de l’American College of Rhumatology (ACR-50) chez 67 % des patients greffés, mais des rechutes notées chez 73 % des patients, contrôlées le plus souvent par la réintroduction d’un traitement immunosuppresseur préalablement inefficace [20]. Le suivi médian à 18 mois de la majorité des patients ayant reçu un conditionnement par Cy 200 mg/m2 seul ou avec SAL montre un seul décès, non rapporté à la procédure [20]. Un essai australien de phases I-II n’a pas montré de bénéfice de la sélection CD34+ après conditionnement par Cy [21]. Ces résultats, moins probants cliniquement que pour d’autres MAI, associés à l’utilisation croissante depuis 10 ans des anti-TNF dont les bénéfices ont transformé radicalement l’approche thérapeutique des PR antérieurement réfractaires à tout traitement, ont détourné progressivement l’intérêt des cliniciens pour l’autogreffe au cours de la PR. Cette alternative thérapeutique peut néanmoins être envisagée pour certaines atteintes rhumatismales très évolutives, notamment en cas de connectivites mixtes.

Résultats des études de phases I-II au cours l’arthrite chronique juvénile

Le traitement des enfants atteints d’ACJ résistantes aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) a évolué ces dernières années avec l’adjonction précoce de traitements immunosuppresseurs intensifs. L’utilisation des agents anti-TNF ou dirigés contre le récepteur de l’IL6, a transformé l’évolution des formes réfractaires aux traitements antirhumatismaux de première ligne (DMARDs), mais un certain nombre d’enfants restent résistants [22] avec une morbidité et une mortalité élevées [23]. Depuis la première autogreffe de CSH pour ACJ en 1999, au total, 54 enfants atteints de forme systémique, ont été traités par autogreffe de CSH le plus souvent après un conditionnement par Cy 200 mg/kg avec irradiation corporelle totale de 4 Gy et globulines antithymocytaires.

L’analyse détaillée de 34 de ces enfants [24], tous résistants aux corticoïdes et à de fortes doses de méthotrexate, parmi lesquels 10 étaient également résistants aux anti-TNF, montre des résultats impressionnants avec une durée de suivi sans traitement de 6 à 60 mois. Une rémission complète sans traitement fut observée chez 17 enfants (50 % des cas) avec une amélioration remarquable de la qualité de vie et une rémission partielle chez 6 enfants permettant avec la réduction de la corticothérapie de rattraper le retard de croissance. Un quart des enfants a présenté une rechute sensible à la réintroduction des corticoïdes et du méthotrexate et 13 % (n = 4) ont rechuté de manière persistante. Quatre enfants sont décédés d’infection, dont 3 avec réactivation à EBV ou toxoplasmose disséminée suivie d’un syndrome d’activation macrophagique, complication de l’ACJ systémique en poussée. Depuis la modification des protocoles pour mieux contrôler la maladie systémique avant greffe (traitement précoce par corticoïdes et ciclosporine et exclusion des patients avec pics fébriles juste avant greffe) et détecter plus tôt les signes d’activation macrophagique, aucun nouveau décès n’a été rapporté. Il ne semble pas exister de différence entre les résultats observés après conditionnement par Cy seul ou avec irradiation corporelle. Les études de phases I-II sont toujours en cours dans les différents pays.

Résultats des études de phases I-II au cours du lupus érythémateux systémique

Le lupus érythémateux systémique (LED) est une MAI systémique à prédominance féminine (> 85 %), dont la prévalence est de 40 à 50/100 000 habitants. Elle associe à des degrés variables : néphropathie, atteinte cérébrale, vascularite, syndrome des antiphospholipides avec thromboses artérielles ou veineuses, arthralgie, péricardite, myalgies et symptômes cutanés. Depuis l’utilisation des fortes doses de corticoïdes et du traitement par Cy en bolus mensuel de 500 à 1 000 mg/m2 avec relais par l’azathioprine remplacée dernièrement par le mycophénolate mophétyl, la mortalité du LED a considérablement diminué. La survie à 5 ans des néphropathies lupiques est de 80 %, mais certains patients restent résistants à ces différents schémas d’immunosupression avec une mortalité à 10 ans de 10 %. Dans ces cas (10 % environ des LED), le recours à une intensification thérapeutique suivie d’autogreffe de CSHP est justifié, en tenant compte du nombre considérable d’autres approches thérapeutiques en cours de validation pour les 10 ans à venir utilisant différentes biothérapies ou anticorps monoclonaux. Depuis 1994, plus de 96 adultes atteints de LED avec glomérulonéphrite classe III ou IV, vascularite (cérébrale, pulmonaire ou cardiaque) résistantes à la Cy en bolus ou cytopénies auto-immunes et 2 enfants traités par autogreffe de CHSP ont été rapportés dans le registre de l’EBMT [25] et 9 dans le registre américain [26]. L’analyse de 53 patients, la plupart avec atteinte rénale et/ou du système nerveux central et 21 en échec de traitement conventionnel [25], montre des réponses impressionnantes, malgré une mortalité associé à la procédure de 12 % liée à la fois à la gravité des patients à l’inclusion et à leur long passé d’immunosuppression. Après un suivi à 6 mois, 66 % des patients furent mis en rémission complète, définie par un score d’activité SLEDAI (SLE Disease Activity Index) < 3 et une corticothérapie ≤ 10 mg/j, un tiers d’entre eux présenta un certain degré de rechute secondaire, le plus souvent contrôlée par la réintroduction d’une immunosuppression, préalablement inefficace.

Une étude monocentrique nord-américaine sur 50 patients [27] a montré des réponses durables, certaines avec une mortalité associée à la procédure de 2 % (1/50). Les CSHP mobilisées avec de la Cy (2 g/m2) et du G-CSF (5 μg/kg/j) furent réinjectées après sélection CD34+ et conditionnement par de la Cy (200 mg/kg) et SAL équin (90 mg/kg). Un patient est décédé après la mobilisation par mucormycose disséminée et un autre à 4 mois par poussée de la MAI. Après un suivi moyen de 20 mois (6 mois à 7,5 ans), la survie globale est de 84 % et la probabilité de survie sans poussée à 5 ans de 50 % avec stabilisation de la fonction rénale et amélioration significative du score de SLEDAI, du taux des anticorps anti-DNA et du complément. Les résultats des études de phases I-II ont validé la faisabilité de la procédure d’autogreffe au cours du lupus à condition de respecter les contre-indications liées aux atteintes viscérales préexistantes chez des patients au long passé de traitement immunosuppresseur. Un essai américain de phase III a débuté incluant des patients avec glomérulonéphrite ou d’autres atteintes viscérales et score d’activité BILAG A (The British Isles Lupus Assessment Group) pour comparer la procédure d’autogreffe avec sélection CD34+ et SAL au meilleur traitement local. Un essai européen de phases II-III (ASTIL) devrait débuter prochainement et est en cours d’élaboration pour comparer l’efficacité d’une procédure d’autogreffe sans sélection CD34+ à d’autres formes d’intensification par biothérapie au cours du lupus sévère résistant au traitement préalable standard par bolus mensuel de Cy 3 ou 6 mois et mycophénolate mofétil 6 mois.

Résultats des études de phases I-II au cours de la maladie de Crohn et des autres MAI

La maladie de Crohn est caractérisée par une activation de la réponse immune de type TH1 avec perte de la tolérance au niveau gastrointestinal. Sa pathogénie exacte reste à élucider, mais les facteurs environnementaux, incluant la flore intestinale, et différents facteurs génétiques – notamment la mutation du gène NOD2 – influencent la réponse immune contre les antigènes bactériens impliqués. L’activité de la maladie reste bien contrôlée chez la plupart des patients par les immunosuppresseurs conventionnels et au besoin une chirurgie adaptée. Malgré l’utilisation récente de différentes biothérapies,  notamment anticorps anti-TNF et anti-CD20- pour la prise en charge des formes sévères, certaines formes résistent à ces traitements, eux-mêmes grevés d’une certaine morbidité et mortalité, et ne sont plus accessibles à la chirurgie. Dans ces cas, deux équipes ont montré des résultats encourageants après intensification autogreffe de CSH. Le groupe de Chicago rapporte 10 cas de Crohn réfractaires aux anti-TNF, méthotrexate, azathioprine et corticoïdes traités par autogreffe de CSHP avec une bonne réponse clinique après un suivi de 2 à 30 mois. La mobilisation des CSHP par Cy (2 g/m2) et G-CSF avec sélection CD34+ fut associée à un conditionnement par Cy 200 mg/kg dose totale en 4 jours avec SAL. Le groupe de Freiburg a rapporté 7 observations semblables. Le protocole européen de phases II-III (ASTIC trial) (tableau 4) actuellement debuté permettra d’évaluer le bénéfice respectif d’une mobilisation de CSHP autologues suivie d’un conditionnement myélo-ablatif immédiat ou différé à 1 an (tableau 4) et d’une greffe de cellules souches autologues à une mobilisation de CSH.

Tableau 4 ASTIC (Autologous Hematopoietic Stem cell Transplantation in Chronh’s Disease [http//www.astic.eu]) : étude européenne prospective multicentrique randomisée de phase IIII comparant l’intensification thérapeutique avec autogreffe de cellules souches hématopoïétiques périphériques (CSHP) à une mobilisation de CSHP suivie des meilleures modalités thérapeutiques chez les patients atteints de maladie de Crohn

Critères d’inclusion

1) Âge : 18-50 ans

2) Diagnostic de maladie de Crohn fondé sur des images radiologiques typiques et/ou une histologie typique. Maladie active au moment de l’enregistrement dans l’essai définie par :

a) un index d’activité clinico-biologique de la maladie (CDAI) > 250,

b) une augmentation de la protéine C réactive,

c) une évidence de maladie active à l’endoscopie confirmée par l’histologie,

d) une évidence de maladie active du grêle sur le transit baryté.

3) Une évolution non satisfaisante malgré 3 traitements immunosuppresseurs (habituellement azathioprine, méthotrexate et infliximab) en plus de la corticothérapie. Les patients devront avoir une maladie récidivante (> 1 crise/an) malgré les traitements d’entretien par thiopurine, méthotrexate et/ou infliximab, ou avoir clairement démontré une intolérance ou une toxicité à ces traitements

4) Une diminution des fonctions et de la qualité de vie

5) Des problèmes intercurrents contre-indiquant la chirurgie ou des patients susceptibles de développer un syndrome du grêle court

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Traitements

A) Intensification

B) Traitement standard

1. Mobilisation (CYC 2 x 2 g/m2,G-CSF 10 mg/kg)

1. Mobilisation (même)

2. Leukaphèreses/CD34-selection

2. Leukaphèreses/CD34-selection

3. Conditionnement CYC 200 mg/kg, ATG 7,5 mg/kg)

3. Traitement standard pendant 1 an

4. Autogreffe des cellules souches hématopoïétiques

Résultats des études de phases I-II au cours des autres MAI

En cas de cytopénies auto-immunes, les risques inhérents à la période d’aplasie sont majeurs et encore aggravés par l’évolution spontanée de formes résistantes à toutes les lignes d’immunosuppression préalables, aux biothérapies telles les anticorps monoclonaux anti-CD20, et à la splénectomie. Néanmoins, dans une série de 14 patients [28] atteints de purpura thrombopénique idiopathique (PTI), dont 5 avec syndrome d’Evans, en échec de tous les traitements préalables et traités par Cy 200 mg/kg dose totale et autogreffe de CSHP avec sélection CD34+, 6 patients – dont 2 syndromes d’Evans – ont présenté des réponses durables complètes après 9 à 24 mois de suivi. La plus large série rapportée par l’EBMT [29] concerne 27 patients dont 5 cas d’anémie hémolytique auto-immune, 2 syndromes d’Evans, 4 avec atteinte isolée de la lignée rouge et 4 PTI. Après un suivi médian de 43 mois, 9 patients sont restés en rémission complète ou partielle, 6 ont une réponse transitoire et 7 n’ont pas répondu. Trois décès sont rapportés à la procédure et 1 par progression de la MAI.

Le nombre des MAI autogreffées pour vascularite, maladie de Behcet, polychondrite ou pour d’autres maladies auto-immunes est trop faible pour permettre des conclusions significatives.

Allogreffes de moelle au cours des MAI

Certaines limites sont inhérentes aux autogreffes pour le traitement de fond des MAI : le conditionnement est insuffisant pour permettre l’éradication de la mémoire immunologique et la réinjection de cellules T et B pathogènes potentielles peut favoriser la rechute. Aussi, certaines équipes nord-américaines justifient la pratique des allogreffes de moelle pour certaines MAI, en dépit du risque intrinsèque lié à la procédure avec une mortalité de 20 % même dans les meilleures indications et de la survenue possible de réaction du greffon contre l’hôte (GVH).

Une dizaine d’observations cliniques a montré des possibilités de rémission de MAI après allogreffe. « L’effet du greffon contre l’auto-immunité » est proposé pour expliquer la guérison d’un patient atteint de psoriasis sévère, allogreffé pour leucémie myéloïde chronique et plusieurs cas de PR ont guéri à moyen terme chez des patients allogreffés pour d’autres affections hématologiques. Tous ces patients ont reçu des conditionnements par Cy semblables à ceux utilisés pour l’autogreffe, mais les rémissions observées à long terme après allogreffe, comme les rechutes après greffes autologues, pourraient suggérer que le type de greffe plus que le conditionnement contribue aux résultats observés. À l’inverse, des MAI de novo apparaissent après allogreffe (avec un chimérisme complet). L’utilisation récente de conditionnements non myélo-ablatifs pourrait permettre de réduire la mortalité post-greffe à moins de 10 %, et rendre ainsi l’allogreffe de CSH possible pour certaines MAI avec quelques cas rapportés. Néanmoins, le risque de GVH chronique demeure après allogreffe et le consensus international soutient une approche autologue.

Reconstitution immunologique après greffe pour MAI

La reconstitution immunologique doit être analysée séparément après auto- et allogreffe de moelle et dépend avant tout du conditionnement utilisé, mais aussi du type de MAI traitée et de l’âge des patients. L’analyse des marqueurs des sous-populations lymphocytaires, de la réponse aux agents infectieux et vaccinaux ainsi que du répertoire de l’immunité aux antigènes du soi et du non-soi permet de mesurer les profils de reconstitution. Après autogreffe de CSH pour des affections non auto-immunes, l’expansion périphérique des cellules T CD4+ et CD45RA+ survient environ 16 jours après greffe. Le taux des cellules NK (CD16+, CD56+) se normalise rapidement. À un mois, il existe une inversion persistante du rapport CD4/CD8 et la reconstitution T (CD3+, CD3+/CD4+, CD4+/CD45R0+) est retardée jusqu’à 2 ans après autogreffe. Chez l’adulte, les différentes sous-populations lymphocytaires et la portion variable de la chaîne β du récepteur des cellules T (TCR) ne diffèrent pas après autogreffe chez les patients recevant des greffons sélectionnés ou non en CD34+. La quantification des cercles d’excision des récepteurs des cellules T (TRECS) produites après leur maturation au niveau du thymus montre, chez certains patients, une augmentation du taux des TRECs, témoin d’une reconstitution thymique activée et de la possibilité théorique d’induire à nouveau un mécanisme central de tolérance.

Après autogreffe au cours de la sclérodermie [30], les cellules NK de phénotype CD3-CD16+ CD56+ sont les premières à réapparaître et leur taux se normalise à un mois post-greffe. Contrairement aux données obtenues pour des affections non auto-immunes, la reconstitution des lymphocytes T et B est plus tardive. Les cellules B C19+ et CD20+ restent abaissées jusqu’à 3 à 6 mois post-greffe. La lymphopénie T jusqu’à 6 mois ou un an post-greffe prédomine sur les CD4+, principalement sur les sous-populations de cellules naïves (CD4+, CD45RA+) contrastant avec une reconstitution T CD8+ plus rapide. Une reconstitution T CD3+ plus rapide serait un facteur de moins bonne réponse clinique ou de rechute après greffe. L’analyse du répertoire des cellules T par les techniques d’immunoscope montre des perturbations mono- ou oligoclonales persistantes après greffe. Des résultats semblables ont été obtenus après autogreffe au cours de l’ACJ et de la SEP. Comme en cas de pathologie maligne, au cours de la première année, il existe une réduction significative des CD4+ et une remontée rapide des CD8 et des cellules NK+. La plupart des cellules CD4+ sont des CD45RO issues de la périphérie avec un certain nombre de cellules mémoires. Il existe aussi une reconstitution thymique progressive avec réapparition de cellules CD45 RA+ naïves, mais il n’existe encore aucune preuve d’une délétion effective intra- ou extrathymique des clones T auto-réactifs, à l’instar peut être des mécanismes observés lors de la tolérance des allogreffes. Les cellules T régulatrices (Tregs), les plus importantes étant identifiées par l’expression de CD25 et du facteur de transcription Fox P3, permettent d’expliquer les mécanismes qui modulent ou inhibent la réponse immune. Plusieurs observations de survenue de MAI de novo après autogreffe pour MAI (PTI, psoriasis, thyroïdite auto-immune) et une observation personnelle de myasthénie après autogreffe pour SSc illustrent peut-être comment certaines erreurs peuvent survenir lors de la reconstitution immunitaire. Les rechutes ou les non-réponses observées après autogreffe peuvent s’expliquer par l’élimination insuffisante des clones autoréactifs par conditionnement de faible intensité avec meilleures réponses après conditionnement plus intensif par leur éradication plus complète.

La greffe allogénique est associée à un remplacement du système hématopoïétique par celui d’un donneur sain mais aussi à une immunosupression profonde et prolongée. Récemment la réinjection itérative de doses croissantes de lymphocytes du donneur pour réinduire la rémission d’un syndrome d’Evans après allogreffe est une illustration de l’effet possible récente du « greffon contre l’auto-immunité ».

Conclusion

Dans les cas sélectionnés de MAI sévère réfractaire, l’intensification thérapeutique suivie d’autogreffe de CSHP a montré un rapport bénéfice/risque acceptable dans les études de phases I et II. Ces résultats prometteurs ont conduit aux essais de phase III en cours en Europe (tableau 5) pour la prise en charge des formes sévères de sclérodermie systémique, de sclérose en plaques, de lupus systémique et de maladie de Crohn. Ces essais randomisés permettront de déterminer la place de cette nouvelle approche thérapeutique par rapport aux traitements de référence et aux biothérapies. Bien qu’un certain nombre de rechutes a été rapporté après autogreffe, ces patients atteints de MAI sévère étaient initialement réfractaires au traitement standard de leur maladie et ont répondu après greffe, suggérant la possibilité de « remise à zéro » du processus auto-immun. La place des allogreffes de CSH pour le traitement de certaines formes de MAI reste à considérer au regard du risque encore non résolu de la GVH chronique.

Tableau 5 Essais thérapeutiques en cours en Europe utilisant des procédures d’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques périphériques (ACSHP) pour le traitement des maladies auto-immunes systémiques

Août 2007

Type de l’étude

Nom/Site

Statut

Investigateur principal

SSc

ACSHP versus bolus Cy IV X 12

ASTIS www.astistrial.com

101 pts

J. Van Laar, D. Farge, A. Tyndall

SEP

ACSHP (BEAM/ATG) versus mitoxantrone

ASTIMS www.astims.org

13 pts

G. Mancardi

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M. de Crohn

Mobilisation et ACSHP versus traitement standard et ACSHP 1 an plus tard

ASTIC

En cours

C. Hawkey

M. Lemann

C. Colombel

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LED

  • ACSHP (Cy/ATG)
  • versus rituximab + MMF maintenance


ASTIL

Janvier 2008

D. Farge, D. Jayne

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NPCD

ACSHP (Cy/ATG)

2008

M. Kazmi, R. Hughes, A. Steck

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