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Maladie de Waldenström


Hématologie. Volume 13, Number 5, 353-5, septembre-octobre 2007, Spécial Référentiels

DOI : 10.1684/hma.2007.0180


Author(s) : Société Française d’Hématologie.

ARTICLE

Auteur(s) : Société Française d’Hématologie

Définition et généralités

La maladie de Waldenström (MW) est un syndrome lymphoprolifératif B, caractérisé par une infiltration médullaire de cellules lymphoplasmocytaires et la sécrétion d’une IGM monoclonale.

Son incidence est faible, de l’ordre de 3,4 cas par million d’habitants chez l’homme et 1,7 cas chez la femme. C’est une pathologie du sujet âgé, avec un âge médian de 63 ans au diagnostic. Seulement 1 % des patients ont moins de 40 ans. Le sexe ratio H/F est de 2.

Diagnostic

La MW est caractérisée par une infiltration médullaire faite de cellules lympho-plasmocytaires et la production d’une IgM monoclonale. Les critères diagnostiques définis lors du deuxième workshop sur la MW sont les suivants [1] :
  • IgM monoclonale sérique quelle que soit la concentration ;
  • infiltration médullaire par des petits lymphocytes avec différenciation plasmocytaire ;
  • infiltration à la biopsie médullaire souvent diffuse ;
  • phénotype des cellules tumorales : IgM+, CD5-/+, C10-, CD19+, CD20+, CD22+, CD23-, CD25+, CD27+, FMC7+, CD103-.

Les examens suivants sont recommandés au diagnostic :

  • dans tous les cas : interrogatoire du patient pour rechercher des signes généraux, des signes en faveur d’une neuropathie périphérique, le plus souvent sensitive, une acrocyanose, un syndrome de Raynaud, et des signes d’hyperviscosité. Examen clinique avec palpation de la rate et des aires ganglionnaires ;
  • un hémogramme avec examen du frottis sanguin, VS, bêta-2-microglobuline ;
  • une électrophorèse et une immunofixation (ou immuno-électrophorèse) des protides sanguins, une protéinurie des 24 h avec électrophorèse et immunofixation des urines, un dosage pondéral des immunoglobulines ;
  • un test de Coombs direct avec recherche d’agglutinines froides, une cryoglobulinémie. Sa détection nécessite impérativement une évaluation du tracé électrophorétique et de la numération sur des prélèvements réalisés et transportés à 37 °C.
  • une sérologie VHC, un bilan d’hémostase ;
  • un myélogramme normal requiert la réalisation d’une biopsie médullaire. Lors des investigations médullaires, outre l’immunophénotypage, un caryotype + FISH sur les cellules tumorales est recommandé ;
  • en cas de syndrome tumoral périphérique un scanner thoraco-abdomino-pelvien est recommandé ;
  • en cas de syndrome d’hyperviscosité clinique : un fond d’œil ;
  • en cas de protéinurie, la présence de chaîne légère doit être vérifiée, une protéinurie glomérulaire doit faire rechercher une amylose ;
  • en cas de neuropathie, un électromyogramme doit être effectué. Ses données et les données cliniques orientent les recherches du type d’anticorps dirigé contre les déterminants des nerfs périphériques (anti-MAG ou autre). Une cryoglobulinémie et une amylose peuvent également être responsables de neuropathies.

Pour des raisons pronostiques et thérapeutiques (exceptionnelles) un myélome à IgM doit être éliminé en s’aidant de la morphologie de l’immunophénotypage (cellules CD20-, CD38+, CD138+, CD56+) de la cytogénétique avec FISH à la recherche d’une translocation impliquant le chromosome 14 (11;14) (q13 ;q32), et présence de lacunes osseuses [2].

Pronostic

La médiane de survie varie de 5 à 10 ans selon les séries. Trois principaux facteurs pronostiques défavorables sont retrouvés dans la plupart des études pronostiques : l’âge, supérieur à un seuil compris entre 60 et 70 ans, l’abaissement du taux d’hémoglobine, l’élévation du taux de bêta-2-microglobuline [3]. La médiane de survie des patients asymptomatiques au diagnostic est de 15 ans, donc supérieure à celle des patients nécessitant un traitement (8 ans), mais la médiane de survie à partir du traitement est identique dans les deux groupes.

Traitement des formes asymptomatiques

Les critères pour initier un traitement sont :
  • la présence de signes généraux (sueurs, fièvre, altération de l’état général) ;
  • une activité délétère de l’IgM (un syndrome d’hyperviscosité, cryoglobulinémie, neuropathie périphérique sévère, maladie des agglutinines froides, amylose AL, etc.) ;
  • une anémie < 10 g/L et/ou des plaquettes < 100.109/L ;
  • une masse tumorale importante ;
  • le taux de l’IgM n’est pas un critère thérapeutique, mais une IgM élevée nécessite la recherche d’un syndrome d’hyperviscosité clinique, et un fond d’œil à la recherche d’hémorragies rétiniennes et d’exsudats.

En l’absence de tels critères, une simple surveillance s’impose (« watch and wait ») [4].

Traitement des formes symptomatiques [5-8]

Les recommandations sont difficiles car il n’existe que deux études randomisées [9, 10].

Les plasmaphérèses

C’est un moyen de réduire rapidement le taux d’IgM mais il ne s’agit pas d’un traitement de fond de l’hémopathie.

Les agents alkylants

Le chlorambucil permet d’obtenir une réponse chez 50 à 70 % des patients. Un essai prospectif comparant une faible dose en continu à des doses intermittentes a montré une survie identique [9]. La durée du traitement est au maximum de 18 mois, l’adjonction de corticoïdes est inutile en l’absence de cytopénies auto-immunes.

Les polychimiothérapies (COP, CHOP, etc.) ne semblent pas supérieures en termes de réponses mais aucune conclusion n’est possible en l’absence d’essais randomisés.

Les analogues des purines

La fludarabine et la cladribine permettent d’obtenir entre 38 et 80 % de réponses avec une durée de réponse de 13 à 36 mois.

Les anticorps monoclonaux

Le rituximab induit entre 30 et 50 % de réponses avec une durée de réponse de 7 à 27 mois.

Les associations anticorps monoclonaux + analogues des purines + endoxan augmentent le pourcentage de réponses globales dans des essais non randomisés [11].

Traitement des patients en rechute ou réfractaires primaires

Pour les patients en rechute, la première ligne peut être recommencée si la durée de la réponse est supérieure à un an.

La fludarabine s’est révélée supérieure à une chimiothérapie de type CAP dans un essai randomisé mené chez des patients en première rechute après chlorambucil [10].

Si la rechute est précoce ou s’il existe une résistance primaire, les recommandations sont les suivantes : fludarabine ou rituximab après chlorambucil ; fludarabine associée à une cyclophosphamide et/ou rituximab, ou chlorambucil si le patient est réfractaire à la fludarabine.

Les intensifications avec allo- ou autogreffes sont encore en cours d’investigation [12].

Suivi

Pour les patients asymptomatiques, une consultation tous les 6 mois s’impose avec examen clinique, NFP, et électrophorèse des protides.

Le taux d’IgM doit être impérativement mesuré sur l’électrophorèse, la technique nephélométrique de dosage pondéral de l’IgM ne devant jamais être utilisée pour suivre l’évolution de l’IgM [9].

Pour les patients traités, l’évaluation de la réponse est liée à la disparition des symptômes et du syndrome tumoral, et à l’évolution du pic sur l’électrophorèse.

La correction des cytopénies peut être retardée du fait de la toxicité hématologique des traitements.

Le délai de survenue de la réponse peut être extrêmement variable d’un patient à l’autre et le délai d’obtention de la meilleure réponse peut atteindre 3 à 6 mois.

Une bonne réponse est obtenue si la diminution du pic est supérieure à 50 % avec correction des autres signes [12].

Une réponse complète est obtenue si l’immunofixation est négative avec un examen médullaire normal.

Pronostic

La médiane de survie varie de 5 à 10 ans selon les séries. Trois principaux facteurs défavorables sont retrouvés dans la plupart des études pronostiques : l’âge, supérieur à un seuil compris entre 60 et 70 ans, l’abaissement du taux d’hémoglobine, l’élévation du taux de bêta-2-microglobuline [3].

La médiane de survie des patients asymptomatiques au diagnostic est de 15 ans, donc supérieure à celle des patients nécessitant un traitement (8 ans), mais la médiane de survie à partir du traitement est identique dans les deux groupes.

Références

1 Owen RG, Treon SP, Al-Katib A, et al. Clinicopathological definition of Waldenström’s macroglobulinaemia: consensus panel recommendations from the Second International Workshop on Waldenström’s macroglobulinaemia. Semin Oncol 2003 ; 30 : 110-5.

2 Avet-Loiseau H, Garand R, Lodé L, Harousseau JL, Bataille R. Translocation t(11 ;14)(q13 ;q32)’ is the hallmark of IgM, IgE, and nonsecretory multiple myeloma variants. Blood 2003 ; 101 : 1570-1.

3 Leblond V, Tournilhac O, Morel P. Waldenström’s macroglobulinemia: prognostic factors and recent therapeutic advances. Clin Exp Med 2004 ; 3 : 187-98.

4 Kyle RA, Greipp PR, Gertz MA, et al. Waldenström’s macroglobulinemia: a prospective study comparing daily with intermittent oral chlorambucil. Br J Haematol 2000 ; 108 : 737-42.

5 Dimopoulos MA, Kyle RA, Anagnostopoulos A, Treon SP. Diagnosis and management of Waldenström’s macroglobulinemia. J Clin Oncol 2005 ; 23 : 1564-77.

6 Dimopoulos MA, Merlini G, Leblond V, Anagnostopulos A, Alexanian R. How we treat Waldenström’s macroglobulinemia. Haematologica 2005 ; 90 : 117-25.

7 Treon SP, Gertz MA, Dimopoulos M, et al. Update on treatment recommendations from the Third International Workshop on Waldenström’s macroglobulinemia. Blood 2006 ; 107 : 3442-6.

8 Kyle RA, Treon SP, Alexanian R, et al. Prognostic markers and criteria to initiate therapy in Waldenström’s macroglobulinemia: consensus panel recommendations from the second international workshop on Waldenström macroglobulinemia. Semin Oncol 2003 ; 30 : 116-20.

9 Leblond V, Levy V, Maloisel F, et al. French Cooperative Group on Chronic Lymphocytic Leukemia and Macroglobulinemia; Multicenter, randomized comparative trial of fludarabine and the combination of cyclophosphamide-doxorubicin-prednisone in 92 patients with Waldenström macroglobulinemia in first relapse or with primary refractory disease. Blood 2001 ; 98 : 2640-4.

10 Tamburini J, Levy V, Cheleteix C, et al. Fludarabine plus cyclophosphamide in Waldenström’s macroglobulinemia: results in 49 patients. Leukemia 2005 ; 19 : 1831-4.

11 Tournilhac O, Leblond V, Tabrizi R, et al. Transplantation in Waldenström’s macroglobulinemia-the French experience. Semin Oncol 2003 ; 30 : 291-6.

12 Weber D, Treon SP, Emmanouilides C, et al. Uniform response criteria in Waldenström’s macroglobulinemia: consensus panel recommendations from the Second International Workshop on Waldenström’s Macroglobulinemia. Semin Oncol 2003 ; 30 : 127-31.


 

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