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Splénomégalie myéloïde


Hématologie. Volume 13, Number 5, 335-7, septembre-octobre 2007, Spécial Référentiels

DOI : 10.1684/hma.2007.0176


Author(s) : Société Française d’Hématologie.

ARTICLE

Auteur(s) : Société Française d’Hématologie

La splénomégalie myéloïde est le plus rare des syndromes myéloprolifératifs (incidence de 3 à 7 nouveaux cas/million d’habitants/an) touchant essentiellement des sujets âgés (âge moyen au diagnostic entre 60 et 65 ans).

Bilan initial

La maladie est le plus souvent asymptomatique mais peut parfois s’accompagner d’une asthénie, d’un syndrome anémique et de signes généraux, signant le plus souvent une maladie évolutive ou en transformation.

Le diagnostic est suspecté devant la découverte d’une splénomégalie et/ou d’anomalies de l’hémogramme.

La splénomégalie est la caractéristique prédominante, quasi constante au diagnostic et de taille croissante avec l’évolution, son absence persistante doit faire remettre en cause le diagnostic. Une échographie ou un scanner abdominal peuvent être utiles pour les formes infracliniques ou pour confirmer la splénomégalie, sa taille et son caractère homogène. L’hépatomégalie est présente dans la moitié des cas, des adénopathies périphériques sont très rares et de volume modéré.

L’hémogramme est très évocateur avec des déformations caractéristiques des hématies (en larmes) et une érythromyélémie quasi-constante. L’hyperleucocytose est habituellement modérée, le taux de plaquettes est variable. Il existe une anémie dans les trois-quarts des cas. Un taux d’hémoglobine normal, voire élevé, justifie la réalisation d’une mesure isotopique du volume globulaire (la polyglobulie exclut le diagnostic selon les critères classiques du PVSG). La numération des progéniteurs CD34+ circulants peut être utile dans les cas difficiles, une augmentation étant caractéristique de la maladie (mais non spécifique), un taux normal (inférieur à 10/μL) permettant quasiment d’éliminer le diagnostic.

La ponction médullaire est habituellement vouée à l’échec en raison de la fibrose.

La biopsie ostéo-médullaire est indispensable au diagnostic, montrant l’association d’une fibrose constante, d’une prolifération mégacarytocytaire dystrophique et d’une néoangiogénèse.

La recherche de la mutation V617F de JAK2, si elle est positive, confirme le diagnostic de syndrome myéloprolifératif.

L’analyse cytogénétique, rarement réalisable sur la moelle faute de possibilité d’aspiration, est souvent fructueuse sur prélèvement sanguin. Elle répond à l’exigence d’éliminer le diagnostic de leucémie myéloïde chronique (absence de chromosome de Philadelphie et de remaniement bcr-abl) mais a surtout un intérêt pronostique (caractère péjoratif d’un caryotype anormal). D’autres examens paracliniques (scintigraphie médullaire, étude ferrocinétique, IRM) sont rarement utiles, sauf dans les formes atypiques.

Évolution, pronostic et surveillance

L’évolution, chronique et insidieuse, est émaillée de complications souvent multifactorielles. La médiane de survie est aux alentours de 4 à 5 ans, avec de grandes variations individuelles. L’âge élevé et le caractère symptomatique de la maladie sont défavorables (médiane de survie autour de 12 ans pour les moins de 55 ans). L’anémie est le paramètre pronostique majeur avec une limite à 10 g/dL d’hémoglobine. Les valeurs extrêmes de la numération leucocytaire (inférieure à 4 ou supérieure à 30.109/L) sont péjoratives ainsi que les anomalies cytogénétiques. Le score pronostique le plus utilisé est le score de Lille, établi de façon simple en fonction du taux d’hémoglobine (< 10 contre > 10 g/dL), de la leucocytose (< 4 ou > 30.109/L contre 4 à 30.109/L) et du caryotype (pour les faibles risques). Ces éléments sont importants pour les décisions thérapeutiques, notamment l’allogreffe chez les patients jeunes. La surveillance de la maladie est simple, essentiellement clinique (état général, splénomégalie) aidée de l’hémogramme. Les critères de réponse au traitement ont été récemment définis.

Traitement

Traitements conventionnels symptomatiques

Ils visent à améliorer la myéloprolifération et/ou les cytopénies.

Des transfusions sont habituellement nécessaires en cours d’évolution, sans oublier la correction d’éventuelles carences.

La chimiothérapie orale est surtout fondée sur l’hydroxyurée à doses limitées (500 mg à 1 g par jour) avec une efficacité d’environ 50 % sur la splénomégalie volumineuse (débord splénique de plus de 10 cm) et/ou symptomatique, l’hyperleucocytose (supérieure à 30.109/L), et la thrombocytose. Le pipoproman et la mercaptopurine sont parfois utilisés. Le melphalan et la 2-CdA ont été plus récemment essayés avec une efficacité limitée et variable.

L’androgénothérapie, et notamment le danazol (à la dose de 600 à 800 mg/jour), peut améliorer les cytopénies (anémie dans 1/3 des cas, thrombopénie dans la moitié des cas) avec une toxicité réduite et réversible et une efficacité lente (3 à 6 mois).

La corticothérapie (à la dose initiale de 0,5 à 1 mg/kg/jour) est d’efficacité plus rapide sur les cytopénies (dans 1/3 des cas) mais s’accompagne souvent d’une cortico-dépendance nécessitant le maintien de petites doses ultérieures.

La splénectomie est à envisager en cas de splénomégalie massive, symptomatique, accompagnée de cytopénies (hypersplénisme), après échec du traitement médical. La morbidité postopératoire reste importante, liée essentiellement à des complications thromboemboliques justifiant l’utilisation systématique d’hydroxyurée. Il est utile d’effectuer auparavant une exploration ferrocinétique afin d’éliminer les rares formes aplasiques pures.

La radiothérapie splénique à petites doses peut être utilisée lorsque la chirurgie est contre-indiquée, de même que l’irradiation de certains foyers d’hématopoïèse ectopique.

Actuellement, seules les formes symptomatiques doivent être traitées afin d’améliorer la qualité de vie. Les formes asymptomatiques sont à surveiller.

Aucune étude n’a démontré à ce jour d’amélioration de la survie par le traitement, en dehors de la greffe de progéniteurs hématopoïétiques allogéniques, seule thérapeutique curative.

Les décisions sont individuelles et très dépendantes de l’expérience de chaque médecin en l’absence de protocole établi.

Greffe de moelle osseuse (ou de progéniteurs hématopoïétiques)

L’allogreffe est le seul traitement curateur qui puisse être proposé actuellement aux patients atteints de MMM ; ses modalités sont l’affaire de services spécialisés. En considérant l’ensemble des patients rapportés dans les études disponibles, elle offre une probabilité de survie à 5 ans de la greffe aux alentours de 50 %, mais lorsque les patients sont proposés à la greffe de façon optimisée ces résultats atteignent 75 % avec des donneurs HLA identiques de la fratrie. Le greffon allogénique peut provenir d’un membre de la fratrie HLA compatible ou d’un donneur non apparenté HLA compatible. Le conditionnement utilisé peut être myéloablatif ou non.

C’est la mortalité engendrée par la procédure de greffe, plus que les rechutes de la maladie, qui est responsable de la majeure partie des échecs des greffes allogéniques dans cette indication. Cette mortalité liée à la greffe est d’autant plus importante que la maladie est à un stade avancé et le patient âgé au moment de la greffe.

Une greffe allogénique est le plus souvent indiquée chez les patients de moins de 65 ans (conditionnements myéloablatifs ou d’intensité réduite), avec un score pronostique intermédiaire ou élevé selon Dupriez et al. ou Cervantes et al., c’est-à-dire lorsque leur survie médiane estimée est inférieure à 4 ans. Compte tenu du fait que les principaux facteurs permettant d’évaluer le pronostic des patients non greffés sont aussi pronostiques quant à la survie des patients greffés, il semble recommandable de proposer rapidement la greffe aux patients venant d’acquérir l’un des facteurs pronostiques suivants : anémie avec hémoglobine < 10 g/dL ou nécessité de transfusions érythrocytaires, myélofibrose de grade III, anomalie cytogénétique clonale, ou thrombopénie.

Compte tenu des progrès réalisés dans le domaine du typage HLA et de la prise en charge des patients greffés à partir de donneurs non apparentés, il paraît raisonnable de suivre un schéma identique en l’absence de donneur HLA identique de la fratrie, si l’on dispose d’un donneur non apparenté HLA compatible 10/10, voire 9/10.

L’âge physiologique des patients, la présence de comorbidités et l’expérience du centre greffeur sont les principaux éléments du choix entre conditionnements myéloablatifs et conditionnements d’intensité réduite. En 2006, la barrière d’âge entre les deux types de conditionnements semble se situer autour de 50 ans dans cette indication.

La splénectomie prégreffe programmée est souvent discutée chez les patients atteints d’une MMM du fait du risque suspecté d’échec de prise du greffon par séquestration splénique des cellules souches hématopoïétiques allogéniques, surtout s’il existe une importante splénomégalie avant greffe. Compte tenu de l’absence de données prospectives sur de larges séries de patients, cette option peut être proposée pour accélérer la récupération hématopoïétique ou l’efficacité des transfusions pendant la période d’aplasie induite, notamment lors d’un conditionnement myéloablatif.

L’autogreffe n’a pas donné de résultat probant. Elle n’est pas curative et non recommandée.

Les autres traitements récents

L’interferon alpha (à doses modérées) donne des résultats très variables, essentiellement sur la myéloprolifération et rarement, après utilisation prolongée, sur l’anémie, mais au prix d’une tolérance médiocre.

Les érythropoïétines sont parfois efficaces sur l’anémie.

Le thalidomide est efficace sur les cytopénies dans 30 à 50 % des cas dans un délai rapide (moins de 3 mois) avec un effet limité, voire délétère sur les signes de prolifération. La toxicité en est réduite par l’usage de faibles doses (50 à 100 mg/jour) et l’intérêt accru par l’association, notamment avec une corticothérapie à faible dose.

De nombreux autres traitements (anagrelide, ciclosporine, cytarabine, imatinib…) sont décevants, voire dangereux.

En conclusion, compte tenu de la complexité de la maladie, le suivi nécessite une prise en charge hématologique spécialisée afin de décider du moment et du traitement idéal et espérer pouvoir enfin améliorer la survie des patients.

Références

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