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Leucémie myéloïde chronique


Hématologie. Volume 13, Number 5, 328-30, septembre-octobre 2007, Spécial Référentiels

DOI : 10.1684/hma.2007.0174


Author(s) : Société Française d’Hématologie.

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ARTICLE

Auteur(s) : Société Française d’Hématologie

La leucémie myéloïde chronique (LMC) est une hémopathie maligne appartenant au groupe des syndromes myéloprolifératifs. Elle est caractérisée par la présence d’un marqueur chromosomique au niveau des cellules hématopoïétiques, le chromosome de Philadelphie. Celui-ci est en fait le raccourcissement du bras long du chromosome 22, conséquence de la translocation chromosomique t(9 ;22)(q34.1,q11.2). Le produit du gène chimérique BCR-ABL, la protéine BCR-ABL, a une forte activité tyrosine kinase et est responsable de la transformation leucémique. Cette protéine est devenue la cible d’un inhibiteur puissant, l’imatinib, dont l’activité thérapeutique importante a profondément transformé la prise en charge thérapeutique et le pronostic de cette hémopathie.

Épidémiologie

En France, l’incidence de la LMC est estimée à 1-2 nouveaux cas/100 000 habitants et par an. L’âge moyen du diagnostic est de 54 ans et touche 1,4 homme pour 1 femme [1]. Cinquante pour cent des cas sont des diagnostics fortuits, 97 % en phase chronique, 1,6 % en phase accélérée, et 1,4 % en phase blastique d’emblée [1]. La prévalence est susceptible d’augmenter en raison de la diminution nette observée du taux de mortalité au moins au cours des 5 premières années après le diagnostic.

Diagnostic [2]

  • Clinique : splénomégalie (mesurée en cm sous l’auvent costal), signes généraux non spécifiques. Le plus souvent aucun symptôme.
  • Cytologique : sang : hyperleucocytose avec myélémie (myéloblastes, myélocytes, promyélocytes, métamyélocytes) harmonieuse, thrombocytose fréquente, basophilie caractéristique ; moelle osseuse : hyperplasie myéloïde harmonieuse importante, micromégacaryocytes.
  • Cytogénétique : mise en évidence au niveau de la moelle osseuse du chromosome de Philadelphie ou de ses variants, par cytogénétique conventionnelle ou par hybridation in situ (FISH) dans près de 95 % des cas.
  • Moléculaire : mise en évidence du transcrit BCR-ABL par PCR quantitative (RQ-PCR) dans le sang ou la moelle osseuse. Typage et quantification initiale du taux du transcrit.

Scores pronostiques

La caractérisation initiale de la maladie permet le calcul de scores pronostiques validés sur de grandes séries de patients. Ils tiennent compte de l’âge, du sexe, du débord splénique en cm, des paramètres sanguins (% de blastes circulants, chiffre plaquettaire, hématocrite, % de basophiles, % d’éosinophiles) [3, 4], discriminent des sous-groupes [3, 4] de patients et peuvent orienter le traitement. Un score de risque à la greffe calculable lorsqu’un donneur est identifié peut guider l’indication de greffe allogénique [5].

Traitements

  • Le seul traitement éradicateur de la maladie est l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques, quelle que soit la phase de la maladie [6]. Elle peut être proposée aux patients de moins de 20 ans avec un score de risque à la greffe bas (0 ou 1), et aux patients en situation de résistance à l’imatinib. La recherche d’un donneur HLA identique est recommandée dès le diagnostic pour tous les patients jeunes (figure 1).
  • Le traitement par imatinib (400 mg/j en phase chronique) est recommandé en première intention car il induit des réponses hématologiques, cytogénétiques et moléculaires rapides et durables [7] (AMM du 19/12/2002), avec une tolérance très satisfaisante par rapport à l’association interféron + cytarabine. L’efficacité et les effets indésirables à long terme de l’imatinib ne sont pas connus et ce dernier n’éradique pas la maladie.
  • Le traitement par interféron alfa (5 Mu/m2/jour) + cytarabine (20 mg/m2/jour, 15 j/mois) reste toujours une alternative possible en cas d’intolérance grave ou de résistance à l’imatinib et en l’absence de possibilité de greffe [8].
  • Si le but du traitement est seulement la disparition des symptômes reliés à la maladie, l’hydroxyurée est recommandée.
  • Traitement des formes réfractaires à l’imatinib : l’allogreffe est recommandée en cas de donneur HLA identique identifié. Un traitement par interféron + cytarabine peut être proposé car il reste efficace. Dans le cadre d’essais thérapeutiques, de nouveaux traitements, utilisés seuls ou en association à l’imatinib, semblent prometteurs (interféron alfa 2a pégylé, homoharringtonine semi-synthétique, inhibiteurs de tyrosine kinase BCR-ABL de deuxième génération [AMN 107 ou BMS 354825]).

Suivi

  • Sur le plan clinique : 1er mois de traitement, puis aux 3e, 6e, 9e et 12e mois, puis tous les 4-6 mois ensuite (tableau 1 ).
  • Sur le plan biologique : hémogramme hebdomadaire le 1er mois puis tous les mois la première année. Évaluation cytogénétique médullaire aux (3e), 6e, (9e) et 12e mois, puis 1 fois/an. Évaluation moléculaire (RQ-PCR) aux 3e, 6e, 9e et 12e mois, puis tous les 4 à 6 mois ensuite. La recherche d’une mutation BCR-ABL est recommandée chez les patients réfractaires primaires ou présentant une progression moléculaire, cytogénétique, hématologique ou clinique de la maladie traitée par imatinib (tableau 2).


Tableau 1 Recommandations de calendrier de suivi clinique, biologique standard, caryotypique et moléculaire des LMC phase chronique en 2005

Mois 1

Mois 3

Mois 6

Mois 9

Mois 12

Ultérieurement

Examen clinique

x

x

x

x

x

x***

NFS

x*

x

x

x

x

x**

  • Biochimie
  • Bilan hépatique


x*

x

x

x

x

x**

Caryotype médullaire

x

x

x****

PCR quantitative BCR-ABL sanguine

x

x

x

x

x***



Tableau 2 Critères de définition de la réponse

Moment

Échec

Réponse suboptimale

Clignotants rouges

Diagnostic

  • Hauts risques
  • Del9q+
  • Anomalies clonales dans cell Ph+ (ACA


3 mois

Absence de RCH (maladie stable ; progression)

Réponse incomplète

6 mois

  • Réponse hémato incomplète
  • Pas de réponse cytogénétique (CgR)
  • (Ph+ > 95 %)


Ph+ > 35 %

12 mois

Plus de 35 % cellules Ph+

Pas de RCy complète

18 mois

Pas de RCyComplete

Pas de réponse molléculaire maj

En cours

  • Perte de RCH
  • Perte de RCC
  • Mutation


  • ACA dans Ph+ cells (4)
  • Perte de MMoIR
  • Mutation


  • Augmentation du taux de transcript
  • ACA dans Ph-cells


Références

1 Nicolini F, Rousselot P, Guilhot F, Guilhot J. Leucémie myéloïde chronique : une prise en charge spécifique pour le sujet âgé. Société Nationale Française de Médecine Interne, Nantes, 9 Juin 2005.

2 Bories D, Devergie A, Gardembas-Pain M, et al. Stratégies thérapeutiques et recommandations pour la prise en charge des patients atteints de leucémie myéloïde chronique. Hématologie 2003 ; 9 : 497-512.

3 Sokal JE, Cox EB, Baccarani M, et al. Prognostic discrimination in "good risk" chronic granulocytic leukemia. Blood 1984 ; 63 : 789-99.

4 Hasford J, Pfirrman M, Hehlmann R, et al. A new prognostic score for survival of patients with chronic myeloid leukaemia treated with interferon alfa. J Natl Cancer Inst 1998 ; 90 : 850-8.

5 Gratwohl A, Hermans J, Goldman JM, et al. Risk assessment for patients with chronic myeloid leukaemia before allogeneic blood or marrow transplantation. Chronic Leukemia Working Party of the European Group for Blood and Marrow Transplantation. Lancet 1998 ; 352 : 1087-92.

6 Goldman JM, Melo JV. Chronic Myeloid Leukemia – Advances in Biology and New Approaches to Treatment. N Engl J Med 2003 ; 349 : 1451-64.

7 O’Brien SG, Guilhot F, Larson RA, et al. Imatinib compared with interferon and low-dose cytarabine for newly diagnosed chronic-phase chronic myeloid leukemia. N Engl J Med 2003 ; 348 : 994-1004.

8 Guilhot F, Chastang C, Michallet M, et al. Interferon alfa 2b combined with cytarabine versus interferon alone in chronic myelogenous leukemia. N Engl J Med 1997 ; 337 : 223-9.


 

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