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Leucémies aiguës myéloïdes de l’adulte


Hématologie. Volume 13, Number 5, 287-92, septembre-octobre 2007, Spécial Référentiels

DOI : 10.1684/hma.2007.0166


Author(s) : Société Française d’Hématologie.

ARTICLE

Auteur(s) : Société Française d’Hématologie

Les leucémies aiguës myéloïdes (LAM) sont un groupe hétérogène d’hémopathies malignes caractérisées par la prolifération clonale de précurseurs myéloïdes anormaux et une altération de l’hématopoïèse normale. La classification OMS retient comme seuil l’infiltration de la moelle osseuse par plus de 20 % de blastes non lymphoïdes.L’incidence de la LAM chez l’adulte est de 5 à 8/100 000 par an en Europe ; elle augmente avec l’âge, surtout après 50 ans. Le taux de mortalité est de 4 à 6/100 000 par an. L’âge médian au diagnostic d’une LAM est de 65 ans.En raison de sa spécificité, la prise en charge des LAM doit se faire dans des unités d’hématologie spécialisées, disposant des compétences d’hématologistes cliniciens qualifiés travaillant dans une structure dédiée (chambres « propres »), et bénéficiant d’un plateau de biologie spécialisé en hématologie, et compétent en microbiologie/mycologie. Une unité de greffe de moelle, un poste de l’Établissement Français du Sang, et un service de réanimation polyvalente doivent se trouver dans l’hôpital ou à proximité, et doivent avoir des liens privilégiés avec l’unité d’hématologie.

Diagnostic

Le diagnostic de LAM nécessite un examen des frottis sanguins et médullaires par des cytologistes entraînés. Le bilan minimal doit comporter une étude morphologique (critères FAB et signes de dysplasie) et cytochimique (peroxydases), une étude cytogénétique de la moelle (caryotype et FISH), et une étude en biologie moléculaire (réarrangements géniques résultant des anomalies chromosomiques). La déclinaison des examens est celle que préconise le référentiel RuBIH (tableau 1).

Chaque fois que possible, il faut conserver des blastes viables (cellulothèques), de l’ADN et de l’ARN tumoral, ainsi que du sérum.

Tableau 1 Guide de juste prescription RuBIH : LAM de l’enfant et de l’adulte

Indispensable/obligatoirea

Recommandé/protocolaireb

En évaluation/optionnelc

LAM

Niveau

LAM

Niveau

LAM

Évaluation à réaliser au diagnostic de LAM

A. Diagnostic

Theques

5 lames ou cytospin,dmso,inhrnase

A/B/C

Cyto-morphologie

OUI

A

Immuno ELN

OUI si MPO < 10 %

A

Autres cas : oui si intention de traitement

A

Immuno autres

Efflux Rhodamine

A/B

BCL2

A/B

Caryotype Mo

OUI

A

MLL

FISH(k intermediaire)

A

AML1-ETO

FISH ou RTPCR si M1-M2-M4 et echec K(< 60 ans)

A

PML-RARA

FISH si discordance morph et K

A

CBFB- MYH11

FISH ou RTPCR (M1-M2-M4) et échec (< 60 ans)

A

FISH ou RTPCR (M1-M2-M4)et K intermediaire

A

MLLdup

OUI (hors CBF)

B

OTT-MALT

LAM7

C

‘-7 et 5q-’

Oui si échec K

A

FLT3 (ITD, Mut…)

OUI

B

CEBPA

OUI K intermédiaire

B/C

NPM

OUI (hors CBF et LAP)

B

RAS-CKIT

OUI (CBF)

B/C

P53

Oui (K complexe et/ou pseudo-pelger, réfractaire)

C

AML1

Oui(LAM0 ou +21)

C

GATA1

lam7 (Down)

C

EV1-BAALC-HOXA9

Oui

C

WT1

Oui (si suivi MRD)

C

B. Suivi

Theques

OUI

A/B/C

Morpho

OUI (RC, avant greffe)

A

Caryotype

OUI (si anomalies au diagnostic)

A

CMF (MRD)

Oui

C

PML-RARA

OUI (diag, fin d’induction,fin conso,puis tous les 6 mois)

B/C

AML1 ETO

OUI (idem pmlrara)

B/C

CBFB- MYH11

OUI (idem pmlrara)

B/C

MLL-Z

OUI (ADN > ARN)

C

Autres trancrits de fusion

OUI

C

WT1

OUI (SANG)

C

NPM

OUI (RQPCR)

C

C. Rechute

Theques

OUI

A/B/C

Morpho

OUI

A

caryotype

OUI

A

CMF

CD33, EFFLUX (si non, fait au diagnostic)

A/B

Évaluation préthérapeutique

L’interrogatoire précise les comorbidités antérieures, et recherche le caractère secondaire de l’hémopathie (exposition toxique, radio- ou chimiothérapie antérieure pour néoplasie, syndrome myéloprolifératif ou myélodysplasique).

L’examen apprécie l’indice de performance (performans status selon l’OMS, Karnofsky), les manifestations tumorales, les signes infectieux.

Le bilan comporte une évaluation de la fonction cardiaque (fraction d’éjection ventriculaire), un bilan d’hémostase à la recherche d’une CIVD, une ponction lombaire en cas de signe d’appel ou d’hyperleucocytose > 100 g/L, un bilan prétransfusionnel.

Toute fièvre doit être explorée avant traitement par hémocultures, prélèvements des sites suspects, et radiographie thoracique, voire scanner en cas de signes d’appel pulmonaires.

Un typage HLA doit être effectué dès que possible chez les patients et leur fratrie, candidats potentiels à une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques.

Facteurs pronostiques

L’âge (> 60 ans), le sous-type défini par le caryotype et la biologie moléculaire, la nature secondaire de la LAM, l’hyperleucocytose initiale, et le performans status (> 2) sont les critères de mauvais pronostic reconnus. Le caryotype en lui-même est le facteur prédictif le plus fort de la réponse initiale au traitement et du risque de rechute. Les anomalies sont classées en 3 catégories.
  • (1) Bon risque : LAM avec t(15 ; 17) (LA promyélocytaires), t(8 ; 21), inv(16) ou leurs équivalents moléculaires qui sont de pronostic favorable.
  • (2) Mauvais risque : LAM à caryotype complexe, -5/del(5q), -7, anomalies 3q, t(6 ; 9) et t(9 ; 22).
  • (3) Risque intermédiaire pour les LAM à caryotype normal ou avec anomalies autres.
Il existe d’autres classifications, certaines avec des différences d’importance (notamment sur 11q23).

Stratégie thérapeutique

Sauf exception, le traitement est à visée curative et repose sur la chimiothérapie intensive. Celle-ci comporte successivement une phase d’induction puis de consolidation et intensification (sujets jeunes, hors « bon pronostic »).

La rémission complète (RC) est un préalable nécessaire à la survie à long terme. Évoquée par l’hémogramme (absence de blastes circulants, PN > 1.109/L, plaquettes > 100.109/L), la RC doit être confirmée par un frottis médullaire riche, comportant moins de 5 % de cellules blastiques et ne montrant pas de corps d’Auer. Si une anomalie clonale est décelée au diagnostic, l’évaluation de la maladie résiduelle peut être utile.

D’une façon générale, il est important d’inclure chaque fois que possible les patients dans des essais thérapeutiques prospectifs multicentriques. Le patient doit toujours être précisément informé des avantages et inconvénients des options thérapeutiques.

Les patients très âgés ou jugés inaptes à supporter un traitement intensif (OMS > 2 ou lourdes comorbidités) se verront proposer un traitement de support par transfusion, traitement anti-infectieux et chimiothérapie palliative, ou un traitement par de faibles doses d’aracytine.

Traitement des LAM du sujet jeune

Chimiothérapie d’induction

Il est nécessaire, avant de débuter la chimiothérapie, de disposer d’une voie d’abord veineux de calibre suffisant, de corriger les désordres métaboliques, et d’instaurer une antibiothérapie à large spectre après prélèvements bactériologiques en cas de fièvre ou de foyer infectieux. Les formes hyperleucocytaires doivent recevoir un traitement précoce par hydroxyurée lorsque la chimiothérapie d’induction est différée (caractérisation de la leucémie ou des facteurs du pronostic…). Un état septique instable doit autant que possible être contrôlé avant l’initiation de la chimiothérapie d’induction.

Le régime standard de chimiothérapie d’induction associe une anthracycline (daunorubicine 45 à 60 mg/m2/jour pendant 3 jours, ou idarubicine ou mitoxantrone 36 à 40 mg/m2 dose totale délivrée sur 3 à 5 jours) et la cytosine arabinoside (Ara-C) 100 à 200 mg/m2/jour en perfusion continue pendant 7 à 10 jours. L’utilisation d’Ara-C à fortes doses (1 à 3 g/m2/12 heures sur 1 à 3 heures) ou l’adjonction d’un autre cytostatique (étoposide, thioguanine) n’améliorent pas significativement les résultats. La dose et les modalités optimales d’utilisation des anthracyclines ne sont pas connues.

L’induction de la LAM3 doit comporter au moins une anthracycline et de l’acide tout-transrétinoïque (ATRA 45 mg/m2/j).

Traitement de consolidation/intensification/entretien

Après l’obtention d’une rémission complète, les patients doivent recevoir sans délai, si leur état clinique le permet, une à quatre cures de consolidation. Il n’y a pas de consensus concernant le nombre optimal de cures nécessaires ni sur un schéma préférentiel. L’effet bénéfique de l’Ara-C à fortes doses pendant cette phase a été clairement démontré chez l’adulte jeune porteur de t(8;21) ou d’inv(16). Les études actuelles préciseront l’intérêt prédictif et l’impact thérapeutique du suivi de la maladie résiduelle par biologie moléculaire.

À l’exception des patients avec cytogénétique favorable (t(15 ;17), t(8 ;21) et inv(16)), une allogreffe doit être systématiquement discutée après une chimiothérapie de consolidation pour les patients de moins de 50 ans en RC, et disposant d’un donneur HLA identique familial. La greffe allogénique de CSH en RC1 donne la meilleure efficacité antileucémique avec le taux de rechute le plus faible, mais la mortalité liée à la procédure est plus importante qu’après autogreffe ou chimiothérapie intensive. Les résultats de l’autogreffe de moelle comparés à ceux de la chimiothérapie intensive sont similaires en termes de survie, même si la survie sans maladie pourrait être meilleure dans le bras autogreffe. L’orientation thérapeutique doit tenir compte de l’âge et de l’état clinique du patient, des caractéristiques pronostiques et notamment cytogénétiques de la LAM. Dans un certain nombre de sous-groupes d’individualisation récente, les indications respectives de ces trois options ne sont pas fermement établies. Il en est ainsi (liste non exhaustive) des caryotypes normaux CEBPA+ , des caryotypes normaux non hyperleucocytaires, non MLL+, non EVI1+, des caryotypes complexes pour lesquels l’allogreffe ne fait pas mieux… Il n’y a pas d’argument pour préconiser une chimiothérapie d’entretien dans les LAM de l’adulte jeune ayant reçu consolidation et intensification.

Dans la LAM3, une ou plusieurs consolidations de chimiothérapie avec anthracycline sont nécessaires. L’objectif du traitement est la rémission moléculaire (transcrit PML-RARA non détectable en RT-PCR). Après la consolidation, il n’y a pas d’intérêt à prévoir une intensification avec greffe. En revanche, l’effet bénéfique d’un traitement d’entretien par ATRA et chimiothérapie a été démontré. La recherche régulière du transcrit de fusion par la suite est recommandée car sa réapparition est associée à une forte probabilité de rechute.

Traitement des LAM du sujet âgé

Il faut regrouper très rapidement au diagnostic les éléments pronostiques péjoratifs : fragilité liée au terrain, comorbidités associées, cytogénétique défavorable, LA secondaire, expression MDR.

La chimiothérapie d’induction est similaire à celle utilisée chez l’adulte jeune, mais elle ne sera appliquée que si les risques de toxicité ou de résistance du clone leucémique n’apparaissent pas excessifs. Certains patients (PS > 2, âge > 80, avec signes infectieux ou comorbidités) sont jugés inaptes à recevoir la chimiothérapie ; l’objectif est alors la qualité de vie et le patient se verra proposer un traitement de support couplé à une chimiothérapie palliative (hydroxyurée, Ara-C faible dose laquelle n’est pas strictement palliative : 18 % RC dans l’essai MRC…). Ailleurs, les caractéristiques péjoratives de la maladie (cytogénétique défavorable, MDR, LA secondaire) peuvent conduire à modifier la chimiothérapie ou à proposer une autre approche comme les traitements ciblés actuellement en cours d’évaluation. Il n’y a pas de schéma établi pour le traitement postrémission chez le sujet âgé. L’administration d’une chimiothérapie de consolidation est parfois problématique, une chimiothérapie d’entretien prolongée (aracytine faible dose) peut donner de meilleurs résultats qu’une consolidation seule. Le développement des greffes à conditionnement non myéloablatif est actuellement en évaluation.

Traitement des rechutes et des LAM réfractaires

La durée médiane de RC sans allogreffe est d’un an environ. Le pronostic ultérieur dépend avant tout de la durée de RC1. Les rechutes tardives répondent dans plus de la moitié des cas à une chimiothérapie classique fondée sur l’ara-C à forte dose. La deuxième rémission doit, chaque fois que possible, être consolidée par une greffe allogénique. Interviennent dans la discussion l’état général, le degré de compatibilité du donneur et l’âge du patient pour le choix du conditionnement.

Le traitement des rechutes de LAM3 repose sur le trioxyde d’arsenic. Dans les rechutes tardives, cependant, la reprise ATRA-Chimiothérapie peut s’avérer efficace. L’anticorps monoclonal anti-CD33 couplé à la calichéamycine (Mylotarg®) a aussi démontré une efficacité dans cette situation.

Les LAM réfractaires et les rechutes précoces survenant à moins d’un 1 an de RC1 sont de pronostic redoutable. Des essais thérapeutiques en phase I et II doivent, si possible, être proposés à ces patients, sauf si l’option d’une allogreffe dans de bonnes conditions de compatibilité n’avait pas été retenue en RC1.

Traitement de support

L’insuffisance médullaire due à la leucémie et post-thérapeutique doit être compensée :
  • l’anémie au dessous de 8 g/dL (seuil plus élevé en cas de mauvaise tolérance) par des concentrés érythrocytaires phénotypés ;
  • la thrombopénie extrême (< 10 x 109/L ; 20 x 109/L dans de nombreux centres) par des transfusions de plaquettes. En cas d’inefficacité transfusionnelle avec immunisation HLA, des donneurs HLA compatibles doivent être trouvés ;
  • les infections dues à la neutropénie prolongée doivent être traitées par une antibiothérapie empirique à large spectre, couvrant les Gram négatifs et le streptocoque, dès l’apparition de la fièvre, après prélèvements bactériologiques (hémocultures systématiques). Une association de bêtalactamine à large spectre + aminoside en première intention, à adapter éventuellement ensuite en fonction du résultat des prélèvements bactériologiques et de la localisation des foyers infectieux, est la règle ;
  • le risque aspergillaire, fonction de la durée de l’aplasie, doit être réduit au minimum par le contrôle de l’air, la surveillance de l’antigénémie aspergillaire, et le scanner pulmonaire devant le moindre signe d’appel.

Utilisation des facteurs de croissance (FC)

Deux stratégies d’utilisation des FC granulocytaires ont été évaluées :
  • l’administration du FC après la chimiothérapie permet de réduire significativement la durée de la neutropénie (de 2 à 7 jours) et de réduire le plus souvent la durée d’hospitalisation et le coût des traitements anti-infectieux. Il n’y a pas toutefois d’impact significatif sur l’incidence des infections graves, la mortalité infectieuse et le taux de RC. Cette approche n’expose pas au risque de stimulation du clone leucémique. Elle peut être proposée chez certains patients à haut risque infectieux et chez le sujet âgé ;
  • l’administration des FC pendant la chimiothérapie a fait la preuve de son efficacité dans une seule étude [14].

Références

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