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Contribution of bio-informatics analysis in non-Hodgkin’s lymphoma


Hématologie. Volume 11, Number 1, 59-69, Janvier-Février 2005, Mini-revue


Résumé   Summary  

Author(s) : Catherine Thieblemont, Gilles Salles , Service d’hématologie, centre hospitalier Lyon-Sud, EA 3737 « Pathologie des cellules lymphoïdes », Université Claude-Bernard, Lyon 1, 165, chemin du Grand-Revoyet, 69495 Pierre-Bénite Cedex.

Summary : Micro-arrays technology advances developed over the last years have led us to a better and more thorough understanding of tumor biology. The hybridization of complementary DNA obtained from tumor samples to arrays containing several thousand of different genes sequences allows in a single step to evaluate quantitatively the expression of the genes expressed in this tumor. Non-Hodgkin’s lymphomas represent an ideal tumor model for the application of this new tool, given their biological and clinical heterogeneity. By using complex bio-informatics models, it has been demonstrated in recent publications that the activation of specific signaling pathways could be described in these tumors, resulting in a better recognition and classification of histological subtypes, in the development of biological-based predictive models for diagnosis and prognosis, and in the identification of specific pathways for new therapeutic interventions. In the light of recent publications, the impact of these findings in the understanding of non-Hodgkin’s lymphoma biology will be described herein.

Keywords : non-Hodgkin’s lymphoma, bio-informatics, diagnosis

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ARTICLE

Auteur(s) :, Catherine Thieblemont, Gilles Salles*

Service d’hématologie, centre hospitalier Lyon-Sud, EA 3737 « Pathologie des cellules lymphoïdes », Université Claude-Bernard, Lyon 1, 165, chemin du Grand-Revoyet, 69495 Pierre-Bénite Cedex

L’un des progrès scientifiques les plus importants des dix dernières années a été le développement rapide de la recherche génomique amenant au décodage pratiquement complet du génome humain. Cela a conduit à l’identification nouvelle d’un grand nombre d’aberrations génomiques impliquées dans les pathologies néoplasiques. Dans les lymphomes non hodgkiniens (LNH), l’identification de telles anomalies génomiques – par exemple translocations chromosomiques, pertes ou gains de séquences génomiques, mutations de gènes spécifiques (tableau 1) – a non seulement amené une meilleure compréhension de cet ensemble de proliférations malignes mais a aussi permis l’amélioration de la prise en charge des patients, en particulier pour le diagnostic quotidien. Ainsi, certaines anomalies génétiques ont été reconnues comme caractéristiques d’entités spécifiques de LNH – lymphomes folliculaires et t(14;18), lymphomes du manteau et t(11;14) – et ont contribué de ce fait à l’élaboration de la classification des LNH acceptée actuellement comme référence par tous les anatomopathologistes et cliniciens [1]. Si certaines de ces entités sont bien délimitées sur des arguments cliniques, morphologiques, cytogénétiques et moléculaires, d’autres entités sont moins bien circonscrites. De plus, l’existence de formes frontières ou de transitions d’une forme histologique vers une autre au cours de l’évolution (transformation histologique) reflète aussi l’hétérogénéité de cette pathologie et constitue le témoin évident d’altérations moléculaires différentes et multiples. Enfin, il a été démontré que certaines anomalies biologiques étaient en étroite relation avec l’évolution clinique, comme l’expression anormalement élevée de la protéine bcl2 associée à une évolution péjorative des lymphomes à grandes cellules B [2]. La compréhension de ces anomalies biologiques pourrait donc aider à mieux appréhender la grande variabilité d’évolutivité clinique des patients présentant un LNH, qui repose actuellement sur une évaluation de critères cliniques [3]. À côté de ces aspects cliniques diagnostiques et pronostiques, la connaissance moléculaire détaillée de certaines dérégulations a permis l’identification de gènes dont le ciblage pourrait modifier les conséquences de leur dérégulation et conduire à de nouveaux outils thérapeutiques. L’exemple le plus spectaculaire a été bien sûr la dissection moléculaire de la translocation t(9;22)(q34;q22) dans la leucémie myéloïde chronique qui a conduit à la synthèse d’un inhibiteur de l’activité tyrosine kinase de la protéine fusion chimérique, devenu un pivot central de l’arsenal thérapeutique de cette pathologie.Ces données soulignent l’importance de comprendre les dérégulations génomiques des tumeurs avec des outils permettant d’identifier de nouveaux marqueurs qui pourront servir à améliorer le diagnostic et la classification des lymphomes, à affiner le pronostic des patients, et à découvrir l’activation aberrante de voies de signalisation qui pourront être la cible de nouvelles approches thérapeutiques. Récemment, la miniaturisation de l’analyse génomique rendue possible par l’utilisation de biopuces à ADN, ou microarray ou DNA chip technology, a été proposée pour répondre à cette demande d’analyse globale de l’expression du génome dans une tumeur. Cette technique permet effectivement de connaître l’analyse du transcriptome d’une tumeur de façon rapide et quasi complète. Dans le domaine des lymphomes non hodgkiniens, un certain nombre d’études a déjà été publié rapportant de nouvelles données. Ces résultats, discutés dans cette revue, ont eu un impact important sur les connaissances actuelles de ces proliférations malignes d’origine lymphocytaire.

Aspects techniques

( Tableau 1 )La technique de biopuces à ADN est fondée sur l’hybridation de sondes marquées, correspondant à la représentation d’ADN complémentaires synthétisés à partir du répertoire entier de l’ARN messager du tissu d’intérêt, sur une librairie de séquences nucléotidiques, représentatives de gènes, disposées de façon précise et connue sur un support solide. Durant l’incubation pour l’hybridation, les molécules d’ADN complémentaire obtenues par transcription inverse vont s’hybrider aux séquences complémentaires d’ADN immobilisées sur la puce. Chaque signal visualisé correspond à l’hybridation avec un ADN représentant un gène dont l’identité et la séquence sont parfaitement connues. L’intensité du signal peut ainsi être corrélée à l’abondance du transcrit de l’échantillon.

Plusieurs stratégies techniques ont été développées : 1) d’abord concernant le support solide avec le choix entre lames de verre ou membrane de nylon ; 2) puis concernant les produits immobilisés, avec soit les produits de PCR obtenus à partir de clones d’ADN complémentaire ou obtenus par amplification génique pour les organismes procaryotes (approximativement entre 0,6 et 2,4 kb), soit les oligonucléotides dits « courts », 20-25 mers (méthode Affymetrix) ou « longs », jusqu’à 70 mers ; et 3) enfin concernant le marquage : radioactivité, fluorescence, chémoluminescence ou colorimétrie. Chaque technique a des avantages et des inconvénients [4]. La limite la plus importante rapportée il y a 2-3 ans était la source des produits déposés, avec l’énorme quantité de clones de PCR devant être conservés et reproduits. En effet, malgré les meilleures pratiques, environ 1 à 5 % de ces clones ne contenaient pas la séquence supposée à cause de diverses contaminations (PCR, ADN bactérien ou phages) [5], tandis que les oligonucléotides qui paraissaient plus sûrs pouvaient également révéler des surprises, puisque la compagnie Affymetrix, référente en la matière, annonçait en 2000 que le tiers de sa puce « souris » comportait des séquences erronées [5]. Devant cette complexité, des efforts de standardisation concernant les annotations des expériences, la représentation des données, les contrôles ou les méthodes de normalisation ont été engagés depuis quelques années sur le plan international par l’organisme MGED (http://www.mged.org) afin que les biologistes puissent comparer leurs résultats, surtout lorsqu’ils sont obtenus sur des plates-formes technologiques distinctes.

La mesure simultanée de l’expression de milliers de gènes génère un ensemble de données complexe. Le problème critique est l’analyse de ces données qui nécessite des outils mathématiques et biostatistiques sophistiqués ainsi qu’une logistique informatique adaptée afin d’arriver à une interprétation ayant un sens biologique. Un certain nombre de méthodes d’analyse ont été proposées. Le regroupement d’un ensemble de gènes avec un profil d’expression similaire, autour d’une même fonction, par exemple prolifération, réponse immune, etc., présente un grand intérêt à la fois physiopathologique et pour assigner à ces signatures une ou des fonctions. Plusieurs méthodes de regroupement existent avec principalement deux grandes techniques : les algorithmes non supervisés et les algorithmes supervisés. Les algorithmes non supervisés, tels que le k-means, les som (self organizing maps) et le classement hiérarchique, vont permettre de regrouper les échantillons en fonction de la similitude de leur profil d’expression sans condition prédéfinie ni information sur les échantillons. Le classement hiérarchique est le seul à permettre de visualiser l’ensemble des données et est donc le plus utilisé [6, 7]. C’est typiquement la méthode utilisée, pour les lymphomes, par Alizadeh et al. [8]. La deuxième technique est l’algorithme supervisé, où le modèle algorithmique va être capable de prédire l’appartenance d’un échantillon à des classes préalablement définies. La probabilité de chaque échantillon d’appartenir à l’une ou à l’autre classe va être calculée en fonction des gènes les plus discriminants pour ces classes [6]. L’exemple pour les lymphomes est la méthode utilisée dans la publication de Shipp et al. [9]. La construction de modèles prédictifs d’un diagnostic ou d’un pronostic se fera ensuite par des méthodes statistiques pour définir les meilleurs gènes associés à la question posée.
Tableau 1 Identification des anomalies génomiques dans les lymphomes non hodgkiniens

Classification OMS des lymphomes non hodgkiniens

Principales anomalies cytogénétiques

Gènes impliqués

Fonctions cellulaires

B – Lymphomes lymphocytiques

Trisomie 12, del11q

/

B – Lymphome de la zone marginale (hors MALT)

Trisomie 3, trisomie 12, trisomie 18, del7q

/

B – Lymphome de la zone marginale de type MALT

  • t(11;18)(q21;q21)
  • t(1;14)(p22;q32)
  • t(14;18))(q32;q21)


  • API2-MLT1/MALT
  • BCL10
  • MLT1/MALT


  • Apoptose, signalisation
  • Apoptose
  • Apoptose


B – Lymphome à cellules du manteau

t(11;14)(q13;q32)

BCL1 (CCND1)

Cycle cellulaire

B – Lymphome folliculaire

t(14;18)(q32;q21) et variantes

BCL2

Apoptose

B – Lymphome diffus à grandes cellules

Anomalies en 3q27

BCL6

Différenciation B

B – Lymphome de Burkitt

t(8;14)(q24;q32) et variantes

C-MYC

Prolifération

T – Leucémie T - prolymphocytaire

Anomalies en 14q1.1

MTCP1 / TCL1

T – Lymphome T périphérique

/

/

T – Lymphome T/null anaplasique

t(2;5)(p23;q35)

NPM / ALK

Tyrosine kinase, signalisation

Démembrement des lymphomes B diffus à grandes cellules (LBDGC)

Les LBDGC (diffuse large B-cell lymphoma ou DLBCL, en anglais) représentent l’un des sous-types les plus fréquents des lymphomes constituant 30-40 % des lymphomes de l’adulte [1]. Bien que la majorité des patients réponde initialement à un traitement poly-chimio-thérapique, plus de 50 % des patients vont avoir une évolution péjorative. Jusqu’à présent, l’index pronostique international (IPI) était l’élément le plus fiable pour prédire de la survie de ces patients avec la distinction de 4 groupes ayant une survie à 5 ans très différente (respectivement 73 %, 51 %, 43 % et 26 %) [9]. Mais l’évaluation du risque clinique sur ces seuls paramètres est insuffisante pour stratifier tous ces patients, dont les traitements sont actuellement uniquement ajustés sur ces critères cliniques, et l’hétérogénéité clinique peut raisonnablement s’expliquer par une hétérogénéité moléculaire tumorale sous-jacente [10]. Deux équipes américaines, Alizadeh et al. en 2000 [8] et Shipp et al. en 2002 [9], ont fait cette hypothèse et ont tenté d’y répondre par l’analyse des profils d’expression génique des tumeurs.

La première analyse [8], réalisée par les laboratoires de Stanford, du National Institutes of Health (NIH, Bethesda) et le groupe d’Omaha, a utilisé une puce conçue pour les pathologies lymphoïdes, dite « Lymphochip », qui comprend environ 18 000 clones d’ADN complémentaires sélectionnés dans une librairie de cellules B des centres germinatifs (environ 12 000 ADNc) et enrichis par des gènes exprimés dans des lignées cellulaires de lymphome ou connus pour leur importance dans le système immunitaire et les cancers. Cette étude princeps a permis de découvrir par analyse non supervisée (regroupement hiérarchique) l’existence de deux catégories de LBDGC avec des signatures distinctes, l’une qui correspondrait au profil d’expression des cellules B normales des centres germinatifs (GCBC) et l’autre à celui des cellules B du sang périphériques activées par des anti-IgM ou la voie du CD40 (ABC). Le pronostic des patients porteurs de LBDGC avec un profil d’expression de type « centre germinatif » était meilleur, avec une survie projetée à 5 ans de 76 % contre 16 % pour l’autre groupe (tableau 2)( Tableau 2 ). Les variations d’expression de certains gènes clés impliqués dans la différenciation ou la transformation lymphoïde étaient aussi retrouvées dans ces sous-classes, tels BCL6, CD10, BCL7A, LMO2 dans les GCBC tandis que IRF4/MUM1, des inhibiteurs des caspases et BCL2 étaient hyperexprimés dans les lymphomes de type ABC. D’autres travaux [11] sur cette même série ont permis de montrer que les lymphomes de type GCBC présentaient un profil évolutif de mutations somatiques dans les gènes d’immunoglobuline et que les cas avec une translocation t(14;18)(q32;q21) ou qui exprimaient le marqueur CD10 se retrouvaient dans les lymphomes avec un profil de type GCBC. Ces résultats préliminaires ont conduit à l’organisation d’un programme international coordonné par L. Staudt et appelé LLMPP (leukemia lymphoma molecular profiling project) [12] qui a permis de rassembler 240 nouveaux échantillons LBDGC avec un recul d’observation médian de plus de 7 ans. L’analyse par regroupement hiérarchique de ces 240 cas (160 cas dans un premier groupe, puis 80 cas dans un second groupe de validation) a retrouvé les deux groupes prédictifs GCBC et ABC, et a mis en évidence un troisième groupe (type 3) encore mal caractérisé, mais qui contiendrait des lymphomes « atypiques » (certains lymphomes B riches en T, par exemple). Le groupe GCBC était à nouveau associé au réarrangement de BCL2 et à l’amplification de C-REL. La valeur pronostique du niveau d’expression de chaque gène a ensuite été testée par un modèle de Cox, les gènes les plus discriminants étant regroupés en 4 signatures : a) la prolifération cellulaire (c-myc, par exemple) ; b) la reconnaissance de la cellule d’origine (BCL6, par exemple) ; c) la présentation antigénique (MHC de classe II) ; et d) le tissu ganglionnaire (certains codant pour des protéines de la matrice extracellulaire). (Pour plus d’informations : http://www.llmpp.nih.gov/DLBCL). À partir de la sélection de 16 gènes les plus discriminants de ces 4 signatures et d’un gène hors signature codant pour BMP-6 (protéine de la famille du TGF-β), un modèle pronostique a été proposé permettant de distinguer les patients selon quatre groupes de pronostic significativement distinct. Ce modèle reste discriminant chez les patients avec un plus mauvais pronostic établi sur des critères clinicobiologiques classiques (score élevé de IPI) ainsi que chez les patients avec un bon pronostic (score IPI faible). Il se révèle donc indépendant de l’IPI. Il s’agit d’un outil puissant pour prédire l’évolution clinique des patients atteints de lymphomes B à grandes cellules, qui intègre l’analyse des paramètres biologiques présents dans la tumeur reflétant les altérations liées à la cancérogenèse, à l’origine cellulaire, et à la réponse immune, spécifique ou non. Dans le groupe des patients avec un mauvais pronostic, il a été montré une activation constitutive de la voie du facteur transcriptionnel NFκB, et les inhibiteurs pharmacologiques de cette voie tels les inhibiteurs du protéasome (PS-341) pourraient constituer un apport thérapeutique en association à la chimiothérapie, les premiers essais thérapeutiques étant en train de se mettre en place. Ces analyses ont été complétées par la validation protéique de ce profil différentiel avec l’étude de l’expression de 6 protéines (CD10, bcl6, MUM1, FOXP1, cycline D2, bcl2) dans 152 échantillons de LBDGC [13]. L’expression de bcl6 et de CD10 était significativement associée à une meilleure survie alors que l’expression de MUM1 et de la cycline D2 était associée à un mauvais pronostic. D’autre part, il était possible de classer ces patients en GCBC ou ABC en considérant l’expression de 3 protéines, CD10, bcl6 et MUM1, avec une différence de survie comparable à celle observée lorsque ces échantillons étaient séparés par l’analyse génomique par puce à ADN. Ces résultats indiquent que les informations apportées par l’étude du transcriptome, peu réalisable en routine clinique, peuvent être transférées vers des études en immunohistochimie réalisables au quotidien.

La deuxième étude a été menée par l’équipe de M.-A. Shipp en collaboration avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston [9], en utilisant une puce Affymetrix avec 6 817 gènes. Ce groupe a appliqué une analyse supervisée et a pu identifier un panel de 13 gènes qui serait suffisant pour prédire l’évolution clinique des patients LBDGC. Parmi ces gènes, certains étaient surexprimés chez les patients qui ont été guéris de leur lymphome : par exemple le gène appelé MINOR ou NOR1, qui est un récepteur nucléaire de la famille du NGF1B et qui pourrait sensibiliser les cellules tumorales à l’apoptose chimio-induite. D’autres sont surexprimés chez des patients dont l’évolution était fatale, telles la phosphodi-estérase PDE4B (dont les inhibiteurs induisent l’apoptose de cellules B in vitro) et la PKCβ1 qui est impliquée dans la signalisation du récepteur des cellules B (BCR). Ces deux derniers gènes pourraient constituer des cibles pour des interventions thérapeutiques, d’autant qu’il existe des inhibiteurs pharmacologiques actifs in vivo. Un deuxième travail collaboratif de ce groupe a été réalisé avec 176 échantillons analysés sur une puce Affymetrix pangénomique [14]. À l’aide de 3 algorithmes non supervisés (clustering hiérarchique, self-organizing maps, et un autre type de clustering probabiliste), les échantillons ont été clairement séparés en 3 groupes selon l’expression des gènes de différentes signatures, contenant pour la première appelée OxPhos de nombreux gènes impliqués dans la phosphorylation oxydative et les fonctions mitochondriales, contenant pour la deuxième BCR/proliferation des gènes du cycle cellulaire et de signalisation, et contenant pour la troisième host response des gènes reliés à l’activation des lymphocytes T. Par ailleurs, ces 3 groupes de patients différaient par la présence d’anomalies chromosomiques, puisqu’il existait une association entre les translocations impliquant BCL2 et le cluster OxPhos, les translocations impliquant BCL6 et la signature BCR/proliferation. Les auteurs suggèrent que le groupe de LBDGC exprimant la signature OxPhos pourrait être une cible logique pour des approches thérapeutiques utilisant les inhibiteurs de protéasome ou des inhibiteurs de BCL2, alors que les LBDGC exprimant la signature host response pourraient faire l’objet d’approches immunomodulatrices.

Ces résultats des 2 équipes américaines apparaissent plus complémentaires que divergents, compte tenu des différences dans la sélection des cas, des outils biologiques (gènes sur les puces) et informatiques utilisés. Un travail complémentaire récent du groupe de Staudt indique d’ailleurs que la classification qu’il propose peut être retrouvée dans l’étude de Shipp [15]. Dans ce travail, l’expression de la PKCβ1 (identifiée comme un gène dont la surexpression est associée à un pronostic défavorable dans l’étude de Boston) est ainsi essentiellement retrouvée dans le groupe des ABC [15]. Cependant, cette classification en sous-groupes de type GCBC et ABC nécessite probablement d’intégrer d’autres phénomènes d’hétérogénéité biologique, tels que les nombreuses anomalies cytogénétiques rencontrées dans les LBDGC (et qui ont aussi une valeur pronostique) ou les anomalies probables du contrôle du processus de mutations somatiques dans ces lymphomes pouvant conduire à l’hyper-mutation de gènes cibles (BCL6, PIM1, FAS, etc.) et à une instabilité génétique. Ces résultats n’appréhendent enfin que partiellement les mécanismes oncogénétiques aboutissant à la transformation des cellules B qui constituent la contrepartie normale de ces nouvelles sous-classes.

Ces résultats ont conduit à la réalisation d’une intéressante étude [16] de validation de la valeur pronostique des gènes publiés par les 3 grandes études internationales d’analyse d’expression génique [8, 9, 12] comme étant prédictifs de la survie dans les LBDGC, ainsi que 13 autres gènes prédictifs identifiés dans d’autres analyses. En utilisant une technique de RT-PCR quantitative, Lossos et al. ont pu ainsi démontrer que les niveaux d’expression de 6 gènes (LMO2, BCL6, FN1, CCND2, SCYA3 et BCL2) étaient significativement liés au pronostic des patients LBDGC, sans qu’aucun d’entre eux ne puissent prédire la survie de façon indépendante. Cependant, avec la pondération de la valeur d’expression de chacun de ces 6 gènes, il était possible d’identifier 3 groupes de patients de pronostic très différent, de façon indépendante de l’IPI.
Tableau 2 Les deux catégories de lymphomes B diffus à grandes cellules B (LBDGC) déterminées par Alizadeh et al. en 2000 [8]

Sous-types de LBDGC

Gènes dont la surexpression est impliquée dans les signatures des sous-types de LBDGC

Probabilité de survie à 5 ans

GC-LBDGC

CD10, CD38, A-MYB, OGG1, BCL6, BCL7a, LMO2 (TTG-2/RBTN2)

76 %

ABC-LBDGC

IRF4 (MUM1/SLIRF), FLIP, BCL2

16 %

Proximité génomique des lymphomes B du médiastin et de la maladie de Hodgkin

Les deux mêmes équipes auteurs des travaux sur les LBDGC ont présenté une analyse génomique des lymphomes B primitifs du médiastin (mediastinal large B-cell lymphoma en anglais) [17, 18]. Cliniquement, la présentation de ces lymphomes médiastinaux se rapproche de celle des maladies de Hodgkin, en particulier de l’entité la plus commune (scléronodulaire) avec une grosse masse médiastinale rencontrée chez la jeune femme, bien que le pronostic des lymphomes primitifs du médiastin soit plus péjoratif [19]. Depuis longtemps ces lymphomes représentent un modèle original, car même s’ils présentent des marqueurs de la lignée B (CD19, CD20, CD22), ils expriment de façon très discordante les composants du récepteur B (BCR) avec la présence du CD79a Ig alpha) mais l’absence d’immunoglobuline de surface. De plus, à l’inverse des LBDGC, ils ne présentent pas de réarrangement de BCL2 ou de translocation impliquant BCL6 mais expriment spécifiquement une protéine appelée MAL qui n’est que très rarement trouvée dans les LBDGC [20]. La survie des patients est rapportée entre 46 % et 82 % selon les auteurs, moins bonne que celle observée dans les maladies de Hodgkin, mais avec un plateau dans les courbes de survie.

Les deux équipes ont donc analysé le transcriptome (sur les puces Affymetrix U133A et A133B pour l’une [17] ou sur la Lymphochip pour l’autre [18]) des lymphomes primitifs du médiastin (n = 34 pour Savage et al. [17] et n = 35 pour Rosenwald et al. [18]) et ont comparé les profils d’expression avec ceux observés dans les LBDGC et la maladie de Hodgkin. L’équipe de Boston a utilisé pour cette comparaison in silico des données publiées sur les maladies de Hodgkin et obtenues sur une puce Affymetrix moins dense [21]. L’autre équipe a choisi de réaliser la comparaison à partir de 2 types de données : d’une part l’hybridation de lignées cellulaires, (2 lignées cellulaires de Hodgkin – L428 et HDLM2 –, 1 lignée de lymphome du médiastin – K1106 – et 6 lignées de lymphomes B diffus à grandes cellules de type GC), et d’autre part des données également obtenues sur puce Affymetrix et comparées in silico [22].

Les résultats des 2 études sont très similaires, avec l’identification d’un profil spécifique des lymphomes B primitifs du médiastin. Une comparaison statistique de l’expression différentielle des gènes entre différentes entités a permis de conclure que le profil des lymphomes du médiastin était plus proche de celui des lymphomes hodgkiniens que de celui observé dans les LBDGC, avec une forte expression tant dans les lymphomes du médiastin que dans les lymphomes hodgkiniens des gènes des membres de la superfamille du TNF et de ses récepteurs (TNFSF4, TNFRSF6…), des voies de signalisations de cytokines (chaîne α de R-IL13…) et de certaines molécules impliquées dans l’adhésion ou les interactions avec la matrice extracellulaire (TNFAIP6, CD58/LFA3, intégrine αM…), et une faible expression de certains composants de la cascade de signalisation du BCR (NFATc, PKCβ…) et de l’endopeptidase CD10, contrairement au profil LBDGC. De plus, il était montré par immunohistochimie que la protéine cREL était localisée au niveau du noyau prouvant ainsi l’activité possible de la voie de NF-kB dans les 2 entités. Par rapport aux LBDGC, un certain nombre de gènes (respectivement 100 [17] et 46 [18]), incluant en particulier MAL, FIG1 et CD58/LFA3, ont permis de créer un prédicteur diagnostique et de classer ainsi les échantillons de lymphomes du médiastin et les LBDGC de façon correcte dans respectivement 97 % et 98 % des cas. Parmi les cas connus sur le plan anatomoclinique comme étant des LBDGC, 6 étaient classés comme lymphome du médiastin par le prédicteur moléculaire et ces patients présentaient de fait une localisation médiastinale prédominante ou exclusive tandis que 45 patients avec un profil de type LBDGC et une localisation ganglionnaire médiastinale présentaient une maladie disséminée sur le plan ganglionnaire (donc ne correspondant pas à la définition clinique des lymphomes primitifs du médiastin) [17].

L’ensemble de ces données confirme la singularité des lymphomes B du médiastin, valide l’expression de gènes (MAL) ou de voies de signalisation (JAK/STAT, récepteurs du TNF) particulières dans ces lymphomes et ouvre des perspectives intéressantes pour une compréhension globale de l’origine cellulaire des lymphomes du médiastin et des maladies de Hodgkin. Là encore, ces résultats ouvrent la voie vers de possibles interventions thérapeutiques ciblées.

Aide au diagnostic des lymphomes non folliculaires à petites cellules B

Les lymphomes non folliculaires à petites cellules B constituent un groupe hétérogène de lymphomes B, liés à des cellules à différents stades de la différenciation lymphocytaire B, soit prégerminatif, soit post-germinatif ( (figure 1) ). Les entités le plus fréquemment rencontrées sont les lymphomes lymphocytiques, qui sont liés morphologiquement et cliniquement aux leucémies lymphoïdes chroniques, les lymphomes de la zone marginale (avec plusieurs sous-types selon la présentation, par exemple extraganglionnaire – lymphome de MALT – ou splénique – LZM de type splénique) et les lymphomes à cellules du manteau. Le pronostic de chacune de ces entités est très distinct, mais il peut être parfois difficile de les distinguer sur le plan morphologique et clinique, d’autant qu’il existe des formes frontières où il n’est pas possible de poser un diagnostic histologique précis.

L’hybridation d’un groupe test de 99 échantillons provenant de patients atteints de l’une de ces 3 entités (LL, LCM, LZM de type splénique) a permis d’identifier par regroupement hiérarchique un profil bien distinct pour chaque entité [23]. En utilisant la technique du score discriminant et en se plaçant à un niveau de significativité de 10-4 (test de permutation), 415 gènes ont été identifiés comme discriminant pour les 3 entités. Les 178 gènes dont l’expression était significativement corrélée au diagnostic de LL étaient liés aux fonctions d’adhésion cellulaire (P- et L-SÉLECTINE, intégrines, collagènes…), d’inhibition de l’apoptose (SURVIVINE, BCL2, TFNR10) et d’angiogenèse (FIGF, ANIOPOIETIN-LIKE 3). Les 154 gènes distinguant les LCM étaient liés à la prolifération cellulaire (PCNA, CDK4, cyclines F) et à la résistance aux drogues (MDR-ATP binding cassette, GST-π). Tous les LCM exprimaient la cycline D1 et les gènes qui lui sont liés dans le même cluster, indépendamment des autres gènes spécifiquement corrélés au diagnostic de LCM. Les 83 gènes liés au LZM splénique étaient inclus dans 2 clusters : des gènes liés à la signalisation intracellulaire (AKT1, AGER) et à la transcription (TCFP2, MXI1) et des gènes liés au site de prélèvement splénique. La création d’un prédicteur diagnostique a été basée sur la sélection des clusters de gènes discriminant les classes, pour s’affranchir de la signature d’organe « rate » polluant la signature des LZM. À partir des 44 gènes du prédicteur diagnostique ( (figure 2) ), l’ensemble des échantillons du groupe préliminaire a pu être classé, en particulier les cas frontières inclassables par les méthodes morphologiques classiques. Trois échantillons LCM avaient un profil génomique de type LZM. La validation de ce prédicteur a été réalisée par l’hybridation indépendante d’un groupe de validation (n = 28) et a permis le classement adéquat de 96 % des cas (4 échantillons n’ont pu être classés du fait de la mauvaise qualité de l’ARN). L’utilisation de ce prédicteur pour une application de routine est actuellement développée avec la mise au point de techniques immunohistochimiques en sélectionnant un set de marqueurs protéiques spécifiques correspondant à certains gènes surexprimés dans chacune des 3 entités.

Les lymphomes folliculaires et leur transformation

Les lymphomes folliculaires représentent la plus fréquente des entités de lymphomes indolents [1]. L’évolution clinique est en général lente mais dans 25 à 60 % des cas, elle s’aggrave sous l’effet d’une transformation histologique en lymphome de haut grade, qui ressemble le plus souvent à un lymphome à grandes cellules. Certaines anomalies géniques ont été reliées à cette transformation, par exemple les mutations de P53 [24, 25], les délétions de P16INK4[26], les réarrangements de C-MYC [27] et de BCL6 [28]. Deux équipes, l’une ayant travaillé avec une puce développée par Research Genetics [29], et l’autre ayant utilisé une version augmentée de la Lymphochip [30], ont posé la question des événements génétiques associés à cette transformation. Les deux disposaient de 12 paires d’échantillons avec un composant folliculaire et transformé provenant du même patient, analysées en comparaison avec divers échantillons de lymphomes, de cellules lymphomateuses isolées et de lignées cellulaires LBDGC.

Les résultats ont mis en évidence que les 2 entités présentaient une différence d’expression transcriptionnelle pour un certain nombre de gènes (n = 113 [29] et n = 671 [30]). Elenitoba-Johnson et al. ont rapporté une surexpression dans les lymphomes folliculaires transformés des gènes liés à la croissance cellulaire (C-MET, FGFR3, LTβ-R, PDGF-Rβ) et en particulier p38β MAPK [29]. Cette kinase est un médiateur important dans la réponse au stress cellulaire et pourrait potentiellement servir de cible thérapeutique, d’autant que les auteurs ont confirmé la corrélation entre l’augmentation de la transcription du gène p38β MAPK et l’expression de la protéine, et que l’inhibition in vivo dans un modèle murin de l’activité de p38β MAPK induit une apoptose de lignées cellulaires de LBDGC avec une t(14;18) via la caspase 3.

Le groupe de Ron Levy à Stanford rapportait la dérégulation de gènes liés à l’organisation de la morphologie cellulaire (actines, tubulines) et surtout l’existence de 2 processus de transformation différents : l’un associé à une surexpression de C-MYC et de 91 de ses gènes cibles, et l’autre associé à une diminution de l’expression de C-MYC et de ses gènes cibles et qui serait lié, selon les auteurs, à des altérations des voies de mort cellulaire [30]. De plus, le profil transcriptionnel observé dans les lymphomes folliculaires transformés reste plus proche de celui des lymphomes folliculaires sans transformation que de celui des lymphomes B à grandes cellules de novo, indiquant bien l’existence d’événements génétiques distincts dans la genèse de ces pathologies.

Cette même équipe a aussi analysé des lymphomes folliculaires traités par l’anticorps monoclonal anti-CD20 (rituximab) et montré que l’expression des gènes impliqués dans la réponse immune non spécifique semblait pouvoir prédire la réponse à cet anticorps [31]. En particulier, les patients non répondeurs avaient un profil transcriptionnel dans les échantillons cliniques très proche de celui observé dans les organes lymphoïdes normaux, avec l’expression de nombreux gènes impliqués dans la réponse cytokinique (en particulier à l’interféron), dans la signalisation du TNF, des lymphocytes T ou du complément. Ces données suggèrent que les mécanismes d’action de cet agent thérapeutique, lorsqu’il est utilisé seul, sont dépendants des cellules immunitaires et peut-être de l’immunité innée (monocytes et cellules NK), rejoignant en cela d’autres observations obtenues par l’analyse génétique des individus [32].

Très récemment, un autre travail majeur a été réalisé par le groupe de Staudt sur une série de 191 cas de lymphomes folliculaires [33] qui démontre l’importance des cellules immunitaires réactionnelles des ganglions tumoraux dans la physiopathologie et le pronostic des lymphomes folliculaires, suggérant l’existence d’un contrôle de ces proliférations indolentes par l’hôte. Les auteurs ont développé un prédicteur moléculaire de survie basé sur 2 signatures appelées immune response 1 et immune response 2 permettant une ségrégation des patients en groupes de pronostic très différent. Les gènes de ces signatures pronostiques étaient exprimés par les cellules T, les macrophages ou les cellules dendritiques, mais pas par les cellules tumorales. Cela suggère que l’agressivité clinique du lymphome folliculaire est principalement déterminée par le microenvironnement ganglionnaire. Cela est donc différent de ce qui est décrit dans les LBDGC ou les lymphomes à cellules du manteau décrits ci-dessous.

Lymphomes à cellules du manteau et indicateur génomique quantitatif de survie

Les lymphomes à cellules du manteau (mantle cell lymphoma ou MCL, en anglais) ont été définis comme une entité morphologique à part entière à partir de 1992 [34], avec la caractérisation d’une translocation spécifiquement associée, la t(11,14)(q13;q32) [35], entraînant la dérégulation de l’expression d’une cycline clé de la phase G1 du cycle cellulaire appelée cycline D1 (PRAD1, BCL1). La recherche de cette anomalie spécifique, en cytogénétique, en biologie moléculaire ou en immunohistochimie, est un élément d’aide diagnostique important, en particulier pour la distinction avec d’autres lymphomes à petites cellules B, tels que les lymphomes lymphocytiques, les lymphomes de la zone marginale et les lymphomes folliculaires [1]. Malgré une présentation initiale le plus souvent indolente, la médiane de survie est courte, environ 3 ans, avec une hétérogénéité certaine puisque la survie de certains patients peut être inférieure à 1 an alors que pour d’autres, elle peut se prolonger à plus de 10 ans.

Pour tenter de mieux comprendre cette maladie, Rosenwald et al. ont analysé le profil transcriptionnel de 101 échantillons de LCM, dont 92 présentaient une surexpression de la cycline D1 [36]. L’hybridation a été réalisée sur une biopuce similaire à la Lymphochip utilisée pour l’analyse des LBDGC permettant ainsi de comparer facilement les données. Le premier résultat a montré que les LCM présentaient un profil bien distinct des LBDGC et d’autres lymphomes à petites cellules B tels que les lymphomes lymphocytiques. Ce profil, excluant la cycline D1, contenait plusieurs milliers de gènes permettant de créer un test diagnostique de 114 gènes et de classer 98 % des LCM de façon correcte, en particulier 7 des 9 cas de LCM n’exprimant pas la cycline D1.

Le second objectif était de déterminer un ensemble de gènes dont l’expression était associée à la survie. Sur l’ensemble des gènes de la biopuce, 48 avaient une valeur pronostique défavorable puisqu’une expression forte de ces gènes était associée à une survie courte [36]. Ces gènes étaient liés pour la moitié d’entre eux (28/48) à une signature de prolifération cellulaire. Parmi ces 28, les 20 ayant une variance la plus élevée parmi les LCM ont été sélectionnés pour créer une moyenne de prolifération pour chaque échantillon. Cette moyenne était inversement corrélée à la survie et pouvait prédire la survie de chaque patient dans le groupe préliminaire ou le groupe de validation avec une signification élevée (p = 7,44.10-5), le nombre minimal de gènes pouvant prédire la survie étant de 4 gènes (CDC2, ASPM, tubuline-α, CENP-F).

La dernière partie du travail [36] a porté sur la compréhension des mécanismes moléculaires de cette prolifération cellulaire dans les LCM ( (figure 3) ). L’une des hypothèses émises par les auteurs est que la durée de survie dépendrait de différences quantitatives dans le niveau d’expression des transcrits impliqués dans la progression de la phase G1 et S du cycle cellulaire (( (figure 3) ), principalement le gène codant pour la cycline D1 ou, en ce qui concerne les patients « cycline D1-négatifs », les transcrits des gènes cycline D2 ou D3. Cette différence de niveau d’expression des différents transcrits serait liée pour la cycline D1 aux variations de l’extrémité 3′ UTR du gène de la cycline D1, à l’origine d’un transcrit de différente longueur – 4,5 kb ou 1,7 kb – pouvant expliquer une stabilité distincte. Les échantillons surexprimant le transcrit de 1,7 kb avaient un niveau de prolifération cellulaire plus élevé (p = 1,3.10-7) et ces patients présentaient une survie plus courte (p = 7,97.10-5). Les auteurs se sont ensuite interrogés sur la participation des gènes suppresseurs de tumeur intervenant au niveau de la phase G1, p16INK4 et p14ARF, les produits des 2 allèles du gène INK4/ARF. Les patients (21 %) qui présentaient des délétions du locus INK4/ARF correspondaient préférentiellement à des patients dont les échantillons étaient hautement proliférant, cette anomalie étant un paramètre indépendant de survie lorsqu’elle était ajoutée à la surexpression de la cycline D1. Pour les autres gènes suppresseurs de tumeur P53 et ATM, des délétions étaient retrouvées chez respectivement 11 % et 35 % des cas, mais de façon indépendante des délétions du locus INK4/ARF. De plus, ces délétions n’étaient pas reliées à la prolifération ou au pronostic des patients. Cela suggère que les délétions d’ATM ne seraient pas impliquées dans la dérégulation de la prolifération, mais dans d’autres processus oncogéniques des LCM. Ainsi, bien que 2 gènes (CYCLINE D1 et INK4/ARF) soient identifiés comme ayant un rôle clé dans la dérégulation de l’entrée de cellules LCM en phase S du cycle cellulaire, d’autres gènes non encore identifiés interviennent probablement dans le contrôle de la prolifération de ces cellules puisque le modèle statistique basé sur l’expression de ces 2 gènes ne pèse que pour un tiers du score pronostique établi par les auteurs.

Ainsi ce travail apporte-t-il plusieurs éléments importants tant dans la compréhension des mécanismes de dérégulation du cycle dans les lymphomes du manteau que pour la démarche diagnostique et pronostique de cette entité.

Conclusion

Toutes ces études montrent le potentiel de l’analyse du profil d’expression des tumeurs, tant pour subdiviser des entités qui n’étaient pas distinguées auparavant, que pour reconnaître la proximité de certains sous-types histologiques, et caractériser de nouvelles voies d’oncogenèse ou de signalisation. Si l’ère de la génomique fonctionnelle est maintenant bien là et a révolutionné depuis 2-3 ans notre compréhension de la pathologie lymphomateuse, de nombreuses questions restent encore posées, sur le plan cognitif, par exemple l’importance de la relation hôte-tumeur, mais aussi sur le plan pratique avec des problématiques telles que l’application d’index pronostiques génomiques venant guider le choix thérapeutique. Enfin, ces premiers résultats génèrent de nombreux espoirs avec l’identification de cibles potentielles pour de nouveaux agents pharmacologiques.

Références

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