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Signal transduction of the erythropoietin receptor: role of the transmembrane region.


Hématologie. Volume 11, Number 1, 19-28, Janvier-Février 2005, Mini-revue


Résumé   Summary  

Author(s) : Katharina F Kubatzky, Virginie Moucadel, Stefan N Constantinescu , Ludwig Institute for Cancer Research, Bruxelles 1200, Belgique, Chrisitan de Duve Institute of Cellular Pathology, MEXP Unit, Université de Louvain, Bruxelles 1200, Belgique, Institut für Experimentelle und Klinische, Pharmakologie und Toxikologie, Albert Strasse 25, D-79104 Freiburg.

Summary : In this review we present recent advances on the structure, conformation and signaling of the erythropoietin receptor (EpoR). Evidence from a number of studies support the concept that a specific dimeric receptor orientation is acquired on the plasma membrane after Epo binding and is required for promoting proliferation, survival and differentiation of erythroid progenitors. While X-ray crystal structures of the extracellular domain point to different dimeric orientations of unliganded and dimeric receptors, immunofluorescence co-patching studies and assays for transmembrane (TM) domain oligomerization suggest that, indeed, the EpoR is a preformed dimer in the absence of ligand. The EpoR TM domain self-assembles and, apparently, through one face it stabilizes by hydrogen bonds the EpoR dimeric inactive state and through another it contributes by leucine zipper type interactions to stabilizing the activated dimeric state. The extracellular juxtamembrane region is flexible and adopts a helix cap structure at the border with the TM domain, while an alpha-helical orientation of the cytosolic juxtamembrane region by the TM alpha-helix is important for activation of JAK2. We indicate on the receptor the regions that might be good novel targets for binding by future Epo-mimetics. A prime candidate would be the hinge region that separates the extracellular from the TM domain and such mimetics may be useful especially in cases where patients develop antibodies to erythropoietin after treatment.

Keywords : erythropoietin receptor, transmembrane domain, dimer

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ARTICLE

Auteur(s) :, Katharina F Kubatzky1,2,3,*, Virginie Moucadel1,2, Stefan N Constantinescu1,2

1Ludwig Institute for Cancer Research, Bruxelles 1200, Belgique
2Chrisitan de Duve Institute of Cellular Pathology, MEXP Unit, Université de Louvain, Bruxelles 1200, Belgique
3Institut für Experimentelle und Klinische, Pharmakologie und Toxikologie, Albert Strasse 25, D-79104 Freiburg

Depuis quelques années, de l’Epo recombinante humaine est commercialisée pour le traitement de l’anémie chez des patients en insuffisance rénale chronique, ou ayant subi une chimiothérapie. De nombreuses autres applications sont à l’étude, mais les effets secondaires de l’Epo comme l’augmentation de la pression artérielle et les complications thrombotiques ne sont pas négligeables. L’étude du mode d’activation et de fonctionnement du récepteur de l’Epo se révèle donc importante à la fois pour une meilleure compréhension de certaines maladies comme la polycythémie primaire familiale et congénitale mais également pour le développement ultérieur de nouvelles molécules plus spécifiques et plus efficaces.

Ligands d’EpoR

Epo, le ligand naturel d’EpoR, se fixe à son récepteur via deux sites, l’un de haute affinité (ordre du nanomolaire) et l’autre de faible affinité (ordre du micromolaire), et impose une configuration dimérique unique à son récepteur [3]. Exception faite de l’Epo, l’activation d’EpoR peut également être induite par des peptides synthétiques mimétiques de l’Epo (EMP), par des anticorps monoclonaux bivalents dirigés contre EpoR, par la mutation d’un résidu arginine du domaine extracellulaire d’EpoR en cystéine (R129C) ou par la protéine d’enveloppe gp55 du virus SFFV (spleen focus forming virus). Les interactions transmembranaires avec la protéine gp55 du SFFV activent le récepteur et permettent la formation d’érythrocytes à partir des progéniteurs érythroïdes, mais favorisent également l’apparition d’érythroleucémie chez la souris ( (figure 2) ). La formation d’un pont disulfure entre deux EpoR résultant de la mutation R129C dans le domaine extracellulaire induit une activation constitutive du récepteur ( (figure 2) ). Cette activation constitutive est également oncogénique chez la souris puisqu’elle favorise l’apparition de leucémies d’origines multiples [4].

Caractéristiques structurales des récepteurs de cytokines et d’EpoR

EpoR appartient à la famille des récepteurs de cytokines hématopoïétiques de classe I, qui jouent un rôle important dans un grand nombre de mécanismes physiologiques, comme la différenciation et la prolifération des cellules souches hématopoïétiques ou bien la modulation de la survie des cellules nerveuses. Les récepteurs de cytokines de classe I sont des glycoprotéines transmembranaires qui possèdent dans la partie extracellulaire du récepteur un domaine conservé, spécifique des récepteurs hématopoïétiques (CRH), présent en un seul exemplaire comme c’est le cas pour EpoR, ou en double exemplaire. Ce domaine CRH contient deux paires de cystéines conservées à son extrémité N-terminale et peut se diviser en deux sous-domaines fibronectine de type III, D1 et D2. Le motif conservé Trp-Ser-X-Trp-Ser (WSXWS) est présent dans le sous-domaine D2 [2]( (figure 1) ). Le motif WSAWS d’EpoR joue un rôle important dans le repliement de la protéine, de sorte que dans des cellules en culture, la plupart des mutations touchant ce motif empêchent l’adoption d’une conformation correcte du récepteur dans le réticulum endoplasmique, inhibent le transport de la protéine vers la surface de la cellule, et interrompent la fixation de l’Epo. Cependant, la substitution de l’alanine, l’acide aminé central du motif, par un glutamate augmente le processing de la protéine et l’expression d’EpoR à la surface de la cellule [2].

Le rôle et les limites de l’hélice alpha transmembranaire restent à déterminer pour de nombreux récepteurs de cytokines. Des mutations ponctuelles dans le domaine transmembranaire de certains récepteurs de cytokines résultent en une activation constitutive des récepteurs. Parmi ceux-ci figurent les récepteurs de la thrombopoïétine [5], du granulocyte-colony stimulating factor (G-CSF) [6] et de la chaîne bêta du récepteur de l’interleukine 3 [7].

Le domaine intracellulaire des récepteurs de cytokines, dont la principale caractéristique est son manque d’activité catalytique intrinsèque, est également moins conservé que le domaine extracellulaire. Toutefois, trois segments conservés ont pu être définis dans la région du domaine cytoplasmique proche de la membrane et ont été nommés boîte 1 (box 1) qui est un motif riche en prolines (résidus 257-264), boîte 2 (box 2) (résidus 303-313), et boîte variable (variable box) (entre boîte 1 et boîte 2) [2]. En mutant un par un tous les résidus de la région proche de la membrane en alanine, les résidus 259-284 ont pu être identifiés comme le site de liaison de la kinase associée JAK2. La liaison de JAK2 est indispensable au processing d’EpoR dans le réticulum endoplasmique et l’appareil de Golgi et au transport du récepteur vers la surface cellulaire [8]. De plus, un motif hydrophobe de conformation rigide, fortement conservé parmi les récepteurs de cytokines, a pu être caractérisé. Comprenant les résidus leucine 253, isoleucine 257 et tryptophane 258, il joue un rôle important dans le positionnement correct de JAK2 de manière à permettre son activation spécifique lors de la fixation du ligand [9]. De par l’importance d’EpoR pour la survie de l’organisme, seul un nombre limité de mutations du récepteur a pu être identifié chez l’homme. La présence d’un codon stop conduisant à la formation de récepteurs EpoR tronqués en plusieurs positions C-terminales [10] a été rapportée chez plusieurs familles de patients souffrant d’érythrocytose autosomale bénigne, plus connue sous la dénomination de polyglobulie primaire familiale et congénitale (PFCP). Ces mutations soulignent le rôle de la tyrosine phosphatase SH-PTP1 dans l’inhibition de la signalisation d’EpoR, puisque la délétion de son site de liaison à l’extrémité C-terminale du récepteur conduit à une activité soutenue d’EpoR et à un nombre élevé d’érythrocytes.

Modèle d’activation d’EpoR

Jusqu’à il y a peu, le modèle d’activation d’EpoR était celui du récepteur de l’hormone de croissance. Dans ce modèle, les sous-unités monomériques du récepteur restent inactives jusqu’à ce que le facteur de croissance se fixe d’abord à une sous-unité du récepteur monomérique puis dimérise le récepteur en se fixant à une seconde sous-unité. Ainsi, la dimérisation initie l’autophosphorylation des kinases intracellulaires associées au récepteur responsable de la phosphorylation du récepteur lui-même. Toutefois, certaines études révélaient des contradictions entre les résultats obtenus pour le récepteur de l’hormone de croissance et ceux obtenus pour le récepteur de l’Epo [11]. Par exemple, il était difficile d’obtenir une inhibition du signal par de fortes doses de l’Epo, comme cela est possible pour le récepteur de l’hormone de croissance.

Depuis peu, des informations détaillées sur les structures cristallines du domaine extracellulaire (EBP) associé ou non avec l’Epo ou des protéines mimétiques (EMP) agonistes ou antagonistes sont disponibles, et font apparaître un mécanisme d’activation alternatif inattendu. Une étude de la structure cristalline du domaine EBP de l’EpoR humain non lié à Epo [12] et des expériences de complémentation protéique in vivo concernant l’EpoR murin [13] ont mis en évidence que des récepteurs EpoR non liés au ligand existent bel et bien en tant que dimères lorsque le domaine extracellulaire est isolé. Cela suggère qu’une conformation prédimérique peut évoluer en une conformation active après liaison avec l’Epo. Selon ce modèle, à l’état non lié au ligand, la conformation du récepteur dimérique ressemble à des ciseaux ouverts, et les extrémités des domaines extracellulaires D2 proches de la membrane sont séparées par un espacement de 73 Å. Cette distance, trop importante pour permettre la transphosphorylation de JAK2, peut se réduire à 39 Å (ou moins pour des récepteurs transmembranaires) lorsque le récepteur est cocristallisé avec l’agoniste EMP1, de telle façon que l’activation du récepteur puisse avoir lieu. Toutefois, ces expériences ont été menées sur des domaines extracellulaires isolés. Le rôle du domaine transmembranaire et son influence sur la conformation finale adoptée par le récepteur restent à déterminer. La pertinence des données structurales a été vérifiée par une expérience de complémentation dans laquelle les domaines extracellulaire et transmembranaire d’EpoR murin ont été fusionnés par des segments flexibles de différentes longueurs à deux fragments complémentaires de la DHFR (dihydrofolate réductase) murine afin de pouvoir suivre le mouvement des domaines cytoplasmiques. En l’absence du ligand, aucune activité de complémentation de la DHFR n’a pu être détectée. La stimulation par l’Epo a permis un changement de conformation qui a eu pour résultat le rapprochement des deux fragments DHFR complémentaires et la complémentation de l’activité enzymatique [13]. Ainsi, l’autoassociation des récepteurs de l’Epo pourrait expliquer l’une des énigmes dans ce domaine, à savoir que l’Epo peut transmettre un signal très efficace depuis la surface cellulaire où comparativement peu de récepteurs sont exprimés (< 1 000).

Un autre aspect intéressant de ces études structurales réside dans la plasticité de reconnaissance d’EpoR. En effet, EpoR est capable d’interagir avec une variété de ligands via un seul site de liaison. Différents ligands conduisent à des orientations distinctes du domaine extracellulaire qui affectent en conséquence l’efficacité de l’activation du récepteur de l’Epo.

Plusieurs molécules permettant la dimérisation du récepteur mais pas son activation (antagonistes) ont été identifiées, démontrant ainsi que la dimérisation des domaines extracellulaires est nécessaire mais pas suffisante pour induire un signal, et qu’une orientation spécifique des sous-unités d’EpoR est requise [14].

Domaine transmembranaire d’EpoR et signalisation

Domaine transmembranaire et activation du signal

Ce modèle de récepteur dimérique préformé à la surface cellulaire indique que le domaine extracellulaire est la force motrice de la dimérisation du récepteur, mais des études portant sur l’interaction entre la protéine virale gp55 et EpoR démontrent aussi que le domaine transmembranaire d’EpoR a également une fonction importante dans l’activation du récepteur.

La gp55 est une glycoprotéine membranaire codée par le virus SFFV (friend spleen focus-forming virus) qui cause des érythroblastoses après interaction spécifique avec le récepteur EpoR murin. Les récepteurs EpoR de la souris et de l’homme comportent 507 et 508 acides aminés respectivement et leurs séquences sont identiques à 82 %. Néanmoins, l’EpoR humain s’avère résistant à l’activation médiée par la protéine gp55 [15]. La gp55 se présente principalement sous forme d’un monomère dans le réticulum endoplasmique granuleux, mais un faible pourcentage (5 %) forme des dimères reliés par ponts disulfures qui subissent des transformations plus poussées dans l’appareil de Golgi et sont transportés vers la surface cellulaire [16]. Cette forme dimérique de surface est requise pour l’oncogénicité, et sa forte proximité avec EpoR a d’abord été démontrée par le pontage chimique de la protéine gp55 avec de l’EpoR marquée à l’iode I 125[17]. Ruscetti et al. ont localisé la zone d’interaction entre EpoR et la glycoprotéine gp55 à la portion transmembranaire des molécules, et ont montré que ces contacts étaient essentiels pour activer le récepteur en absence d’Epo [18].

Deux souches virales SFFV, nommées SFFV-A et SFFV-P, ont été identifiées et produisent deux types de gp55, gp55-A et gp55-P respectivement. Les protéines gp55 des deux souches sont capables de conduire au développement d’une érythroleucémie. Mais, alors que gp55-P déclenche une prolifération du nombre de globules rouges (polycythémie) qui rappelle la maladie humaine Polycythemia vera, gp55-A induit une anémie due à l’hémodilution. In vitro, la coexpression simultanée d’EpoR et de gp55-P dans une lignée de cellules lymphoïdes murines proB appelées Ba/F3 qui n’exprime pas EpoR de manière endogène provoque une prolifération cellulaire autonome. La coexpression de gp55-A et EpoR exige toujours quant à elle de l’Epo pour une prolifération maximale. Chez la souris, les deux protéines virales induisent la formation de progéniteurs CFU-E (erythroid differentiation of colony-forming unit-erythroid) à partir de cellules de foie fœtal, mais seule gp55-P est capable d’induire la différenciation de progéniteurs et la formation de colonies à partir des cellules BFU-E (burst-forming unit-erythroid) [19]. La comparaison des domaines transmembranaires de gp55-A et gp55-P révèle plusieurs différences, parmi lesquelles le remplacement de la méthionine 390 de gp55-P par une isoleucine à la position correspondante pour gp55-A, ainsi que l’insertion de deux résidus additionnels de leucine aux positions 396 et 397 dans la séquence de gp55-P [20]. Fang et al. ont démontré par co-immunoprécipitation que la délétion du double motif de leucine de gp55-P interfère avec la liaison d’EpoR en diminuant l’affinité de gp55-P pour le récepteur. Cette diminution de l’affinité a pour conséquence l’incapacité à promouvoir la prolifération cellulaire indépendamment de l’addition d’Epo. D’autre part, la substitution de la méthionine 390 par une isoleucine n’a aucun effet sur la liaison avec le récepteur, mais réduit de façon significative la réponse mitogénique d’EpoR. Bien que le domaine transmembranaire d’EpoR humain ne diffère de son équivalent murin que par 3 acides aminés sur 21, gp55 est capable de se fixer mais pas d’activer l’EpoR humain et d’induire une prolifération cellulaire indépendamment de l’ajout d’Epo [15]. La mutation de la leucine 239 de l’EpoR humain, en une sérine, acide aminé présent dans la protéine murine à la position correspondante (238), permet à gp55 d’induire une croissance cellulaire indépendante de l’Epo. A contrario, le remplacement de la sérine 238 du récepteur murin par une leucine supprime l’indépendance des cellules vis-à-vis de l’Epo. Cela démontre que la sérine 238 est essentielle à une interaction fonctionnelle de gp55-P avec EpoR. De plus, des simulations moléculaires dynamiques ont été réalisées et suggèrent fortement que la serine 238 est la cible de la méthionine 390 de gp55-P dans le but de former une structure de type « superhélice » ou « coiled-coil » orientée à gauche et stabilisée par des interactions tout au long de l’interface du dimère [21].

Pour pouvoir visualiser directement le complexe EpoR-gp55 à la surface cellulaire, nous avons réalisé une expérience de copatching. De manière inattendue, l’utilisation de deux versions différemment marquées de gp55-A ou de gp55-P a montré que les deux protéines virales avaient tendance à former des homo-oligomères à la surface cellulaire. L’analyse de l’association des hélices alpha des domaines transmembranaires isolés de gp55-A et de gp55-P par TOXCAT a révélé que seuls les domaines transmembranaires de gp55-P avaient la capacité de s’associer en homodimères. Néanmoins, les deux protéines gp55-P et gp55-A sont capables de former des complexes avec EpoR à la surface cellulaire et cette interaction est spécifique dans la mesure où elle se produit uniquement en présence d’EpoR et pas des récepteurs pour la thrombopoïétine ou pour la prolactine (( figure 4 )). Les deux phénotypes observés pour gp55-A et P pourraient donc être liés à leur différente capacité de s’homodimériser via le domaine transmembranaire [22].

Afin d’étudier les rôles potentiels des domaines extracellulaire, transmembranaire et cytoplasmique d’EpoR dans cette interaction, nous avons utilisé une série de récepteurs chimériques, composés de domaines appartenant au récepteur de l’Epo et au récepteur de la prolactine. Lors d’études de copatching et de co-immunoprécipitation, nous avons pu montrer que seul le domaine transmembranaire d’EpoR est nécessaire à la formation de complexes hétéromériques avec les deux protéines gp55 et que la partie extracellulaire du récepteur ne suffit pas à la formation d’un complexe ( (figure 3) ).

Domaine transmembranaire et dimérisation

Récemment, nous avons montré que le domaine transmembranaire d’EpoR ne joue pas seulement un rôle crucial dans l’activation du récepteur médiée par gp55, mais aussi dans l’oligomérisation du récepteur indépendamment du ligand.

Dans des expériences de copatching, en utilisant des récepteurs de l’Epo contenant des épitopes de reconnaissance différents et des anticorps fluorescents spécifiques, nous avons pu montrer qu’une majeure partie des EpoR existe en tant que dimères préformés à la surface de la cellule, ainsi que cela avait été avancé à la fois par les équipes de Livnah et de Remy [12, 13]. Ces complexes préformés d’EpoR ne manifestent pas d’activation constitutive et requièrent de l’Epo pour leur activation. De façon plus intéressante, il a été montré que le domaine transmembranaire d’EpoR possède une capacité d’association et que la substitution du domaine transmembranaire du récepteur de la prolactine par celui d’EpoR permet un copatching efficace de ce récepteur chimérique avec EpoR ( (figure 4) ). Bien que l’on ait cru, en se basant sur certaines données cristallographiques, que les domaines extracellulaires d’EpoR seraient suffisants à la dimérisation [12], il apparaît qu’un récepteur chimérique Prl-Epo qui ne contient que le domaine extracellulaire du récepteur EpoR ne forme pas de dimères autoassociés à la surface cellulaire [23]. L’aptitude des domaines transmembranaires d’EpoR murin à induire une activation de la transcription suite à leur dimérisation a été mesurée dans une expérience de ToxR. Il a été montré que les domaines transmembranaires d’EpoR murin sont capables de s’autoassocier très efficacement. En revanche, le domaine transmembranaire équivalent du récepteur de l’hormone de croissance ne manifeste aucune homodimérisation significative, indiquant que l’aptitude à dimériser n’est pas une caractéristique commune à l’ensemble des récepteurs de cytokines, mais bien spécifique à EpoR [24].

L’introduction d’une double mutation à l’intérieur du domaine transmembranaire d’EpoR qui remplace deux leucines consécutives par une glycine et une proline (Leu 240 Gly ; Leu 241 Pro) supprime complètement l’autoassociation du domaine transmembranaire d’EpoR dans une expérience ToxR, prouvant qu’une hélice alpha transmembranaire intacte est indispensable à la dimérisation. En effet, l’insertion de résidus glycine et proline à l’intérieur d’une hélice alpha introduit une anomalie dans la structure de l’hélice, laquelle semble affecter négativement les interactions hélice-hélice de l’interface dimérique. L’introduction de cette double mutation dans le récepteur sauvage et l’expression de la protéine dans la lignée hématopoïétique Ba/F3 se soldent par une efficacité amoindrie de la signalisation induite par EpoR et par une diminution de la prolifération cellulaire. La réinsertion de ce récepteur mutant dans des progéniteurs érythroïdes de souris EpoR–/– induit la formation d’un nombre restreint de colonies érythroïdes, comparé au récepteur sauvage. Il est intéressant de noter que l’inhibition de l’auto-association des domaines transmembranaires du mutant EpoR constitutivement actif R129C supprime la formation de ponts disulfures intermoléculaires entre les sous-unités du récepteur. Le résultat biologique de l’expression de ce récepteur mutant R129C est la perte de la signalisation indépendante du ligand. Ces résultats indiquent que non seulement le domaine transmembranaire du récepteur de l’Epo joue bien un rôle dans l’auto-association du récepteur indépendante du ligand, mais que la liaison de R129C au niveau de la membrane est facilitée par l’autoassemblage du domaine transmembranaire d’EpoR. Il est tentant de penser que les domaines transmembranaires d’EpoR servent d’interface de dimérisation pour le récepteur sauvage et qu’une transduction efficace du signal est déterminée par la dynamique de l’autoassemblage du domaine transmembranaire. Gurezka et al. ont émis l’idée que l’interface du dimère de certaines protéines de membrane cristallisées était équivalente aux domaines d’interaction des leucine-zipper solubles, dans lesquelles les leucines importantes sont espacées tous les 7 résidus (motif heptamérique) [25]. La leucine est l’acide aminé le plus courant à l’intérieur de l’interface des leucine-zipper, probablement à cause de son aptitude à adopter de multiples conformations.

En définitive, un modèle a été proposé dans lequel il existe un équilibre conformationnel en l’absence du ligand, entre 1) une configuration dans laquelle les domaines transmembranaires sont positionnés l’un par rapport à l’autre à une distance incompatible avec la transduction du signal à cause de la préassociation des domaines extracellulaires, et 2) une configuration dans laquelle les domaines transmembranaires sont juxtapositionnés. Cette dernière serait transitoire jusqu’à ce que la liaison de l’hormone stabilise la conformation et rende possible une transmission du signal efficace [24].

Interfaces active et inactive du domaine transmembranaire

Suite à ces découvertes, il est apparu clairement que la structure et la fonction des domaines transmembranaires d’EpoR jouaient un rôle crucial dans l’activation d’EpoR et qu’elles devaient donc faire l’objet d’investigations plus poussées. Comme il n’existait pas de données structurales directes sur les régions transmembranaire et cytosolique d’EpoR, des approches alternatives ont été choisies pour caractériser le domaine transmembranaire et pour déterminer quels résidus stabilisaient les conformations active ou inactive du dimère récepteur.

Tout d’abord, les conformations actives et inactives du récepteur ont été déterminées. L’utilisation d’une séquence d’acides aminés induisant la formation d’une superhélice « coiled-coil » peut s’avérer intéressante pour identifier l’orientation active d’une hélice. En effet, ce type de séquence possède une série d’acides aminés hydrophobes (leucines), répartis selon une distribution caractéristique et qui confèrent à l’hélice alpha qu’ils forment la capacité de dimériser en une structure très stable appelée « superhélice » ou « coiled-coil ». Lorsqu’une telle séquence est fusionnée à une hélice alpha quelconque, la structure en « superhélice » est imposée à cette hélice alpha et l’oblige à dimériser. Le domaine « coiled-coil » d’hélice gauche de l’activateur de transcription Put3 de levure a donc été fusionné aux domaines transmembranaire et cytoplasmique d’EpoR. Pour étudier les sept interfaces dimériques mécaniquement possibles par rotation, de 0 à 6 acides aminés de la séquence du domaine transmembranaire ont été éliminés, à la jonction entre le domaine « coiled-coil » extracellulaire et le domaine transmembranaire [26]. Sur les sept constructions obtenues, une seule conformation dimérique, qui est présente dans deux constructions, est capable d’induire une signalisation puissante et complète d’EpoR après expression dans les cellules Ba/F3. Cette conformation correspond à l’interface active du dimère. Une protéine de fusion orientée différemment montre une activation forte des MAP kinases, mais pas d’activation de la voie JAK-STAT. Ces résultats suggèrent que des voies de signalisation distinctes peuvent être activées préférentiellement en fonction de l’orientation du récepteur. Une autre protéine de fusion dont l’interface est radicalement différente comparée à la conformation active est rendue active par coexpression de gp55-P. En fait, l’interface de cette conformation est supposée contenir un résidu sérine 238, résidu important pour l’interaction avec la méthionine 390 de la protéine gp55-P pour la formation d’un complexe hétérodimérique [21]. On peut donc présumer que cette protéine de fusion correspond à l’interface dimérique inactive du récepteur. En conclusion, nos résultats suggèrent que l’activité d’EpoR est déterminée par la périodicité hélicoïdale d’une hélice alpha orientée à gauche et par l’orientation des domaines transmembranaire et cytosolique. De plus, il semblerait que différentes orientations de l’hélice soient capables d’influencer l’activité des voies de signalisation. Comme EpoR est exprimé non seulement dans les cellules hématopoïétiques, mais également dans les cellules endothéliales et nerveuses, il est possible que des différences de spécificité cellulaire dans l’orientation des dimères EpoR à la surface cellulaire expliquent les différences de signalisation observées [26].

Domaine transmembranaire et maintien du récepteur à l’état inactif

Récemment nous avons acquis davantage de compréhension de la structure du domaine transmembranaire d’EpoR [27]. La mutation systématique de tous les acides aminés du domaine transmembranaire en cystéine et le pontage des cystéines avec un agent spécifique des groupes sulhydryl, ainsi que des expériences de simulations dynamiques au niveau moléculaire et de NMR nous ont permis de montrer qu’à l’inverse de la plupart des prédictions de structure secondaire, les résidus depuis la leucine 226 jusqu’à la leucine 230 ne font pas partie d’une hélice alpha mais qu’ils adoptent une conformation helix cap N-terminale. En effet, bien qu’il soit admis que le domaine transmembranaire d’EpoR de souris s’étende du résidu leucine 226 au résidu leucine 247, la longueur et l’hydrophobicité de la séquence à partir de la leucine 230 jusqu’à l’arginine 250 sont compatibles avec les conditions requises pour une hélice alpha transmembranaire. De plus, il a été montré que la conformation alpha-hélicoïdale de la séquence juxtamembranaire cytosolique contenait un motif hydrophobe rigide, requis pour l’activation de JAK2 [9]. Le remplacement du motif helix cap par un segment d’oligo-leucines conduit à une survie cellulaire de cellules Ba/F3 indépendamment de l’ajout du ligand, ce qui suggère que le motif est impliqué dans le maintien du récepteur à l’état inactif en l’absence du ligand [27]. Ces résultats mettent en avant l’intérêt majeur du segment extracellulaire juxtamembranaire de 10 acides aminés pour la mise au point de molécules capables de moduler la fonction du récepteur.

Implications de ces recherches pour la médecine

En conclusion, ces études suggèrent que des détails structuraux de l’interface dimérique déterminent les orientations relatives des sous-unités du récepteur et qu’à l’intérieur d’une famille de protéines comme les récepteurs de cytokines, il pourrait y avoir beaucoup de modes d’activation différents.

Les régions critiques d’EpoR dont les résultats structuraux et fonctionnels les font apparaître comme des cibles moléculaires potentielles sont indiquées dans la ( figure 5 ). Ces régions sont constituées de la jonction entre les domaines extracellulaire et transmembranaire, des résidus qui composent l’interface active entre les monomères et des résidus hydrophobes clefs du domaine cytosolique juxtamembranaire.

Une meilleure compréhension des interactions entre domaines transmembranaires est essentielle dans la mesure où elle nous permettra dans l’avenir de développer des agents (molécules chimiques, anticorps monoclonaux…) qui pourront activer ou inactiver la signalisation complète du récepteur de manière très spécifique ou bien seulement certaines voies de signalisation activées par le récepteur. Ainsi il serait par exemple possible de dissocier les fonctions de prolifération des fonctions de différenciation, ou encore de cibler préférentiellement certains types de cellules. Pour les patients dont l’administration d’Epo conduit à la synthèse d’anticorps dirigés contre l’Epo, des molécules mimant l’effet de l’Epo pourraient être proposées en association avec une thérapie immunosuppressive.

Chez l’homme, l’administration d’Epo par voie systémique permet également une neuroprotection lors d’une ischémie cérébrale. Le récepteur de l’Epo responsable de cet effet aurait des propriétés quelque peu différentes de celui impliqué dans l’érythropoïèse. La compréhension des différences entre ces deux récepteurs pourrait donc amener à la synthèse d’analogues de l’Epo pouvant exercer une protection des neurones sans pour autant exposer l’individu aux risques liés à une augmentation importante de l’hématocrite.

Ainsi, il apparaît clairement que de telles recherches, aussi fondamentales qu’elles soient, devraient intéresser la médecine clinique tant au niveau de la compréhension moléculaire des mécanismes qu’elles apportent qu’au niveau des perspectives d’avenir qu’elles offrent en termes de traitements.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier particulièrement J.-B. Demoulin et S. Hoppe pour la traduction de cet article en français et l’Institut Christian de Duve pour le soutien financier de K.-F. Kubatzky par la bourse « Delori » ainsi que le programme Marie Curie pour le soutien financier de V. Moucadel.

Références

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