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Therapeutical indications of the intravenous immunoglobulin (except in autoimmune thrombopenic purpura)


Hématologie. Volume 11, Number 3, 209-16, Mai-Juin 2005, Revue


Résumé   Summary  

Author(s) : Luc Mouthon, Alice Berezné, Véronique Le-Guern, Loïc Guillevin , Service de médecine interne, hôpital Cochin, assistance publique – hôpitaux de Paris et université Paris-V, 27 rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75679 Paris Cedex 14.

Summary : Intravenous immunoglobulin (IVIg) are therapeutic preparations of normal human IgG that are obtained from pools of healthy blood donors. IVIg can be used at low dose in the substitive therapy of patients with primary or secondary immune deficiencies or at high dose as an immunomodulatory agent in a large number of autoimmune and/or systemic inflammatory diseases, particularly in hematologic or neurologic diseases. Tolerance to IVIg is excellent in most of the cases and the risk of transmission of an infectious agent is only theoretical. Mechanisms of action of IVIg are multiple and intricated. The development of new therapeutic trials in association with analyses of mechanisms of action should help to define new indication of IVIg therapy.

Keywords : intravenous immunoglobulin, IgG, autoimmune disease, humoral immune deficiencies

ARTICLE

Auteur(s) :, Luc Mouthon*, Alice Berezné, Véronique Le-Guern, Loïc Guillevin

Service de médecine interne, hôpital Cochin, assistance publique – hôpitaux de Paris et université Paris-V, 27 rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75679 Paris Cedex 14

Les immunoglobulines intraveineuses (IgIV) sont des préparations thérapeutiques d’IgG humaines normales obtenues à partir d’un pool de plasma provenant de plus de 1 000 individus sains. En 1980, les IgIV ont été mises sur le marché pour remplacer les gammaglobulines administrées par voie intramusculaire dans le traitement substitutif des déficits immunitaires humoraux primitifs ou secondaires. C’est de manière fortuite qu’Imbach et al. se sont aperçus de leur efficacité dans le traitement du purpura thrombopénique auto-immun (PTAI) chez des enfants ayant une thrombopénie associée à un déficit immunitaire humoral [1]. Depuis, l’efficacité des IgIV a été démontrée ou proposée dans un large éventail de pathologies auto-immunes et/ou inflammatoires systémiques [2]. Dans cette revue générale, nous passerons en revue la plupart des indications reconnues ou en cours d’évaluation (tableau 1).

Composition des préparations d’IgIV

( Tableau 1 )Les préparations d’IgIV sont obtenues à partir d’un pool de plasma de plus de 1 000 individus sains. Elles doivent répondre aux normes recommandées par la pharmacopée européenne. Il s’agit quasi exclusivement d’IgG intactes, d’une demi-vie de 3 à 4 semaines et de répartition en sous-classes semblable à celle observée dans le sérum humain normal. Les IgIV contiennent moins de 5 % d’IgG agrégées, de 0 à 7 % de fragments F (ab’)2 d’IgG et, selon les préparations commerciales, de 0,06 à 40 mg d’IgA par gramme de protéine (tableau 2)( Tableau 2 ). Les IgG qui composent les préparations d’IgIV ont un large spectre de réactivités qui sont dirigées contre des antigènes extérieurs notamment viraux et bactériens (tableau 3)( Tableau 3 ), des autoantigènes (autoanticorps naturels) et des anticorps (anticorps anti-idiotypiques).
Tableau 1 Maladies au cours desquelles l’efficacité des immunoglobulines intraveineuses (IgIV) est prouvée, possible ou non démontrée. CEDIT (Comité d’évaluation et de diffusion des innovations technologiques. Assistance publique – Hôpitaux de Paris, France), 2004
  • Indications reconnues (groupe 1)
  • - Déficits immunitaires primitifs avec défaut de production d’anticorps *
  • - Déficits immunitaires secondaires avec défaut de production d’anticorps, en particulier leucémie lymphoïde chronique et myélome associés à des infections à répétition *
  • - Dermatomyosites corticorésistantes *
  • - Érythroblastopénie auto-immune
  • - Infections aiguës sévères à parvovirus B19, chez un patient atteint d’immunodéficience acquise ou constitutionnelle
  • - Maladie de Kawasaki *
  • - Myasthénie aiguë *
  • - Neuropathie motrice multifocale avec blocs de conduction permanent *
  • - Neutropénie auto-immune
  • - Polyradiculonévrites chroniques idiopathiques *
  • - Purpura thrombopénique immunologique associée à l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH)
  • - Purpura thrombopénique immunologique de l’enfant et de l’adulte *
  • - Rétinochroroïdopathie de Birdshot
  • - Substitution à l’emploi d’immunoglobulines spécifiques (ex. : varicelle, zona)
  • - Syndrome d’anticoagulation acquise par autoanticorps
  • - Syndrome de Guillain-Barré de l’adulte *
  • - Syndrome de la personne raide (Stiffman syndrome) *
  • - Syndrome de Lewis et Sumner
  • Indications en cours d’évaluation ou devant être réévaluées (groupe 2) :
  • - Anémies hémolytiques auto-immunes
  • - Avortements précoces récidivants
  • - Formes résistantes de l’épilepsie de l’enfant
  • - Maladie de Still de l’adulte
  • - Myosites à inclusions *
  • - Polymyosite corticorésistante
  • - Polyneuropathie associée à une gammapathie monoclonale IgM anti-MAG
  • - Prévention des infections chez le grand prématuré
  • - Prophylaxie du rejet de greffe de rein chez des patients immunisés ou l’ayant été
  • - Syndrome d’activation macrophagique secondaire à une pathologie infectieuse
  • - Syndrome de Guillain-Barré de l’enfant
  • - Syndrome des antiphospholipides, en l’absence d’efficacité des anticoagulants
  • - Vascularites systémiques associées à la présence d’anticorps anti-cytoplasme de polynucléaires neutrophiles (ANCA) *
  • - Choc toxique streptococcique *
  • Indications non reconnues (groupe 3)
  • - Adrénoleucodystrophie
  • - Allogreffe de moelle osseuse : prévention des complications infectieuses et de la maladie du greffon contre l’hôte (GVH) chez des patients receveurs d’allogreffes de cellules souches hématopoïétiques HLA géno-identiques
  • - Autogreffes de moelle osseuse
  • - Dermatites atopiques sévères de l’adulte
  • - Formes systémiques d’arthrite chronique juvénile (maladie de Still de l’enfant)
  • - Infections à CMV compliquant des greffes d’organes
  • - Leucémie de l’enfant en phase aplasique
  • - Lymphomes
  • - Neuropathies optiques immunes sévères de l’adulte
  • - Neuropathies optiques immunes sévères de l’enfant
  • - Paraparésies spastiques associées au HTLV1
  • - Prévention des infections bactériennes dans le sida de l’adulte
  • - Sclérose en plaques
  • - Syndrome de Lyell
  • - Autres indications



Tableau 2 Contenu en IgA et en agrégats des préparations d’IgIV pour usage intraveineux disponibles sur le marché français

Produit

IgA (mg/g de protéines totale)

Agrégats (%)

Sandoglobuline (Novartis)

40

< 3

Tégéline (LFB)

17

0,8

Octagam (Octapharma)

2

< 1

Endobuline (Baxter)

2

< 1

Gammagard S/D (Baxter)

0,06

< 2


Tableau 3 Principales spécificités des anticorps neutralisants, antitoxines et opsonisants contenus dans les préparations d’IgIV disponibles sur le marché

Virus

Bactéries

Hépatite A, B

Staphylocoque doré

Virus Epstein-Barr

Streptocoque du groupe B

Cytomégalovirus

Streptococcus pneumoniae

Poliomyélite

Haemophilus influenza

Rougeole

Pseudomonas aeruginosa

Myxovirus influenzae

Salmonelle

Adénovirus

Shigelle

Klebsiella pneumoniae

Herpès simplex

Escherichia coli

Herpès varicellae

Bordetella pertussis

Coxsackie

Toxine diphtérique

Rubéole

Toxine tétanique

Indications thérapeutiques des IgIV

Les indications thérapeutiques des IgIV sont classées par le Comité d’évaluation et de diffusion des innovations technologiques (CEDIT) en indications reconnues (groupe 1) sur la base d’essais thérapeutiques prospectifs randomisés ou d’études non contrôlées dans des pathologies très rares, indications en cours d’évaluation (groupe 2) sur la base d’études non contrôlées ou contrôlées et indications non reconnues (groupe 3) (tableau 1).

Traitement préventif des infections

Traitement substitutif des déficits immunitaires primitifs avec défaut de production d’anticorps

Les IgIV sont indiquées dans le traitement substitutif des déficits immunitaires avec défaut de production d’anticorps. La prévention de la survenue d’infections chez les patients traités relève de l’apport passif d’IgG. Les déficits primitifs de l’immunité humorale justifiant d’un traitement par IgIV sont listés dans le tableau 4( Tableau 4 ). Les IgIV ont, dans les déficits immunitaires humoraux primitifs ou secondaires, permis de réduire significativement l’incidence et la sévérité des infections bactériennes comparativement à celle observée après administration d’immunoglobulines par voie intramusculaire [3]. Au cours des déficits immunitaires primitifs, dans une étude prospective multicentrique randomisée menée en cross over comparant de fortes doses et de faibles doses d’IgIV (0,8 versus 0,4 g/kg chez les enfants et 0,6 versus 0,3 g/kg chez les adultes), il a été mis en évidence qu’une forte dose d’IgIV, qui permettait d’obtenir un taux résiduel d’IgG sériques supérieur à 8 g/L, entraînait une diminution de la fréquence des épisodes infectieux [4].
Tableau 4 Déficits primitifs de l’immunité humorale justifiant d’un traitement par IgIV
  • Déficit immunitaire combiné sévère
  • Syndrome de Wiskott-Aldrich
  • Ataxie-télangiectasie
  • Syndrome hyper-IgM (lié à l’X ou non)
  • Agammaglobulinémie liée au chromosome X
  • Déficit immunitaire commun variable
  • Déficits symptomatiques en sous-classes d’IgG (principalement les déficits en IgG2)


Traitement substitutif des déficits immunitaires secondaires avec défaut de production d’anticorps

Au cours du myélome multiple [5] et de la leucémie lymphoïde chronique [6] avec hypogammaglobulinémie profonde et infections récurrentes, il a été démontré dans des études prospectives randomisées contre placebo que l’administration d’IgIV à dose substitutive réduit également la fréquence des infections bactériennes. Aucune étude comparant l’efficacité des IgIV et d’une antibiothérapie prophylactique dans cette indication n’a été menée jusqu’à présent à notre connaissance, et l’intérêt éventuel d’une prophylaxie antibiotique reste à définir.

Il a également été démontré que les IgIV préviennent les infections bactériennes récidivantes chez les enfants infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) [7]. Cependant, l’utilisation des IgIV dans cette indication est relativement controversée depuis l’introduction de la trithérapie antirétrovirale et de la prophylaxie par cotrimoxazole. Il n’y a pas d’efficacité des IgIV dans la prévention des infections chez l’adulte infecté par le VIH.

Allogreffes de moelle osseuse

Au cours de l’allogreffe de moelle osseuse, il n’y a pas de bénéfice démontré à administrer systématiquement des IgIV. Il avait initialement été mis en évidence il y a une quinzaine d’années une efficacité des IgIV administrées en perfusions hebdomadaires pendant les 90 jours suivant la greffe dans la prévention de la réaction du greffon contre l’hôte et de la survenue de complications infectieuses, en particulier des pneumopathies à cytomégalovirus [8].

Cependant, depuis cette date l’allogreffe de moelle osseuse a beaucoup évolué. Des progrès importants ont été effectués dans la définition des compatibilités HLA avec l’utilisation de la biologie moléculaire ainsi que dans la prophylaxie des infections, en particulier à cytomégalovirus. Deux études prospectives randomisées récentes ont été menées au cours des allogreffes de moelle osseuse. La première comparait trois doses d’IgIV (100, 250 et 500 mg/kg) [9] administrées toutes les semaines dans les 90 jours suivant le greffe et la deuxième comparant chacune de ces trois doses à un placebo [10]. Les résultats de ces deux études sont concordants et il n’a été mis en évidence aucune différence entre les différents groupes, qu’il s’agisse de l’incidence des épisodes de réaction du greffon contre l’hôte ou du nombre ou de la sévérité des épisodes infectieux. Ainsi, la prescription d’IgIV n’est aujourd’hui plus justifiée au cours de l’allogreffe de moelle osseuse en dehors de deux situations particulières : la prévention des infections après allogreffe de moelle osseuse chez les malades ayant un déficit immunitaire constitutionnel préexistant à la greffe et la survenue d’une infection dans un contexte d’hypogammaglobulinémie dans les suites d’une allogreffe de moelle osseuse. L’utilisation des IgIV à visée prophylactique chez des patients à risque élevé de réaction du greffon contre l’hôte est en cours d’évaluation. Les IgIV sont également utilisées en association avec le ganciclovir ou le foscarnet dans le traitement curatif des infections aiguës à cytomégalovirus. Cependant, l’utilisation des IgIV dans ce contexte repose sur des études anciennes et non randomisées. Enfin, les IgIV ne sont pas indiquées au cours des autogreffes de moelle osseuse.

Indications des IgIV dans le traitement curatif des infections graves

Parvovirus B19

Les IgIV ont été proposées dans le traitement des érythroblastopénies associées à une infection chronique par le parvovirus B19 chez des malades immunodéprimés [11]. En Europe et dans les pays économiquement développés, la moitié de la population adulte a développé une infection le plus souvent asymptomatique par le parvovirus B19. De ce fait, il existe dans les préparations d’IgIV une grande quantité d’anticorps dirigés contre ce virus, expliquant l’efficacité des IgIV dans le traitement de l’érythroblastopénie liée au parvovirus B19. Ainsi, chez les patients ayant reçu une transplantation d’organe solide, en particulier chez les transplantés rénaux, les IgIV peuvent être proposées en première intention [12]. Chez les malades infectés par le VIH, une seule perfusion peut suffire chez les malades ayant des lymphocytes T CD4+ supérieurs à 80/mm3, tandis que plusieurs injections sont en règle nécessaires chez les malades ayant moins de 80 lymphocytes T CD4+/mm3[13].

Sepsis grave de l’adulte immunodéprimé

Les nombreuses études effectuées dans le traitement prophylactique ou curatif des sepsis graves, chez des patients polytraumatisés avec ou sans ventilation mécanique, des patients en postopératoire, des grands brûlés ou des malades hospitalisés en unités de soins intensifs ont été pour la plupart décevantes. L’utilisation des IgIV dans ces indications n’est pas validée et reste controversée.

Infections du nouveau-né et du prématuré

Le bénéfice des IgIV dans la prévention des infections précoces et tardives des prématurés est très controversé, malgré les nombreuses études menées dans ce domaine [14].

Autres

Un bénéfice de l’administration d’IgIV en plus de la prise en charge thérapeutique conventionnelle vient d’être démontré dans une étude prospective randomisée menée dans le choc toxique streptococcique [15]. Enfin, un bénéfice des IgIV utilisées dans le traitement des infections graves à Clostridium difficile a été rapporté dans de petites études ouvertes, ce qui ne nous permet pas de recommander leur utilisation dans cette indication. Par ailleurs, les IgIV ont été proposées avec des résultats variables dans le traitement de syndromes d’activation macrophagique survenant au cours d’un sepsis grave [16].

Sérothérapie

Depuis la disparition du marché des gammaglobulines spécifiques anti-varicelle, les IgIV sont indiquées aux doses respectives de 0,15 et 0,30 g/kg en une injection chez les patients immunodéprimés ou chez les femmes enceintes n’ayant jamais fait la varicelle et ayant été dans les jours précédents en contact avec un malade présentant une varicelle ou un zona [17].

Maladies auto-immunes et maladies inflammatoires systémiques

L’efficacité des IgIV dans le traitement du PTAI est abordée dans un autre article de ce numéro (Ph. Bierling et B. Godeau, p. 201-8). Dans un certain nombre d’affections, elle est prouvée sur la base d’essais prospectifs randomisés contre placebo.

Maladie de Kawasaki

Les IgIV ont une efficacité prouvée dans la prévention de la survenue d’anévrismes coronaires dans la maladie de Kawasaki lorsqu’elles sont administrées dans les 12 jours suivant le début des symptômes [18]. Dans cette indication, elles doivent être utilisées en association avec l’acide acétyl salicylique (100 mg/kg/j jusqu’au quatorzième jour puis 3 à 5 mg/kg/j) à la dose de 400 mg/kg/j pendant 5 jours ou à la dose de 2 g/kg/j un jour [19]. À la phase aiguë de la maladie, elles entraînent une décroissance thermique dans les heures qui suivent la perfusion ainsi qu’une normalisation rapide de la protéine C-réactive.

Syndrome de Guillain-Barré

Deux études prospectives multicentriques randomisées comparant l’efficacité des IgIV aux échanges plasmatiques ont conclu à une efficacité équivalente de ces deux traitements, sans qu’un bénéfice puisse être mis en évidence par l’association des deux traitements [20, 21]. Dans une étude récente, il n’a pas été mis en évidence d’effet bénéfique des corticoïdes en association aux IgIV au cours de cette pathologie [22].

Polyradiculonévrites chroniques

L’efficacité des IgIV a été étudiée dans les polyradiculonévrites chroniques dans six études randomisées contrôlées : quatre contre placebo [23-26], une contre échanges plasmatiques (EP) [27] et une contre prednisone per os [28]. Ces études ont démontré que les IgIV sont plus efficaces qu’un placebo et que l’efficacité de ces 3 traitements est comparable, avec deux tiers des patients répondeurs en première intention. Par ailleurs, une méta-analyse récente reposant sur ces six essais a montré que les IgIV améliorent le déficit neurologique pendant 2 à 6 semaines, avec une efficacité équivalente à celles des deux autres options thérapeutiques [29]. Actuellement, il n’existe pas de critère permettant de prédire la réponse thérapeutique d’un patient à un traitement plutôt qu’un autre. Des études coût/bénéfice seraient nécessaires pour affiner la stratégie thérapeutique au cours de cette maladie.

Myasthénie aiguë

Une étude prospective multicentrique randomisée menée par Gajdos a mis en évidence une efficacité équivalente des IgIV et des échanges plasmatiques dans le traitement de la poussée aiguë myasthénique [21].

Myosites

Les dermatomyosites corticorésistantes ont fait l’objet d’un essai prospectif randomisé versus placebo en cross over chez 15 patients adultes [30], le switch étant proposé après 3 mois de traitement. Les scores musculaires des patients du groupe traité par IgIV se sont significativement améliorés par rapport à ceux du groupe placebo. Chez les malades répondant aux IgIV, des biopsies neuromusculaires répétées ont mis en évidence une amélioration des lésions avec une diminution du nombre et de la densité des fibres musculaires, une augmentation du nombre des capillaires et une diminution de leur diamètre, une diminution des dépôts de complément et de l’expression des molécules d’adhésion par les cellules endothéliales [30].

Au cours des polymyosites, aucune étude prospective randomisée contre placebo n’a été effectuée et seules des études ouvertes ont été rapportées montrant une amélioration du testing musculaire et une diminution des taux sanguins des enzymes musculaires chez les patients traités. Dans une étude rétrospective récente, il a été mis en évidence que deux tiers des malades ayant une polymyosite corticorésistante sont améliorés par un traitement par IgIV [31]. Après l’arrêt du traitement, cette efficacité est maintenue chez la moitié des patients avec un suivi supérieur à 3 ans [31].

Il n’y a pas de démonstration à ce jour de l’efficacité des IgIV dans le traitement des myosites à inclusions. Dans une étude prospective randomisée contre placebo, il n’a pas été mis en évidence de bénéfice des IgIV [32].

Neuropathies motrices multifocales avec bloc de conduction

Les neuropathies motrices multifocales avec bloc de conduction sont caractérisées par un déficit moteur à prédominance distale, associé à des fasciculations et à des crampes. Dans un essai prospectif randomisé, les IgIV étaient plus efficaces qu’un placebo dans cette indication [33].

Syndrome de la personne raide

Le syndrome de la personne raide est une affection du système nerveux central qui se caractérise par une rigidité et des spasmes musculaires très invalidants associés à des taux élevés d’anticorps dirigés contre la glutamate décarboxylase. Dans cette affection, un essai randomisé en cross over comparant l’effet des IgIV à celui d’un placebo chez des patients atteints de cette affection a été mené [34]. Dans cette étude, les patients traités par IgIV avaient un score de rigidité significativement diminué.

Rétinopathie de Birdshot

L’uvéite de Birdshot est une pathologie inflammatoire rare de l’œil ; elle en atteint le segment postérieur, sur un mode chronique, progressif et bilatéral. La corticothérapie par voie orale en association ou non à un immunosuppresseur comme la ciclosporine induit à long terme des effets secondaires importants. Dans cette indication, les IgIV permettent d’obtenir une amélioration de l’acuité visuelle et une diminution des doses de corticoïdes utilisées [35].

Cytopénies auto-immunes en dehors du PTAI

Une érythroblastopénie auto-immune peut survenir au cours d’un lymphome, d’un thymome ou d’une maladie auto-immune. Les IgIV ont été proposées depuis plus de 20 ans dans le traitement des érythroblastopénies auto-immunes, entraînant une réponse clinique dans environ un cas sur deux [11]. Elles peuvent être proposées chez les malades ayant une anémie hémolytique auto-immune (AHLAI) ne répondant pas à la corticothérapie. Il semble qu’elles soient moins efficaces dans les AHLAI que dans le PTAI et qu’une dose minimale de 2 g/kg soit requise. Comme dans le PTAI et dans les AHLAI, elles peuvent exercer un effet bénéfique dans le traitement des neutropénies auto-immunes.

Vascularites ANCA-positives

Plusieurs études ont testé l’efficacité des IgIV dans le traitement des vascularites ANCA-positives. Dans un essai prospectif randomisé IgIV versus placebo incluant 34 malades, une amélioration clinique significative était observée chez 14/17 malades recevant une injection d’IgIV à doses immunomodulatrices versus 6/17 dans le groupe placebo [36]. Dans une étude ouverte prospective récente, nous avons mis en évidence que 6 mois de traitement par IgIV à doses immunomodulatrices peuvent induire une rémission complète dans un contexte de rechute d’une vascularite ANCA-positive. Cependant, la rémission n’était maintenue 3 mois après l’arrêt que chez moins de 1 patient sur 2 [37].

Prophylaxie du rejet de greffe de rein chez des patients immunisés ou l’ayant été

Chez les patients dialysés chroniques dans le contexte d’une insuffisance rénale terminale, une transplantation rénale ne peut être envisagée s’ils sont hyperimmunisés. L’administration d’IgIV à doses immunomodulatrices pendant 3 mois a permis, chez des malades préalablement hyperimmunisés, d’obtenir une disparition de l’allo-immunisation et d’effectuer une transplantation rénale dans de bonnes conditions permettant d’obtenir, sur un effectif de 13 malades, d’excellents résultats à 1 an [38].

Maladie de Still de l’adulte

L’efficacité des IgIV dans le traitement de la maladie de Still est controversée [39, 40]. Il semble que leur efficacité soit meilleure chez les adultes que dans les formes pédiatriques de maladie de Still [39, 41]. Les IgIV sont actuellement en cours d’évaluation dans cette indication.

Pemphigoïde oculaire cicatricielle

Dans une étude rétrospective, il a été mis en évidence une diminution du nombre de récidives de la pemphigoïde oculaire cicatricielle chez les patients traités par IgIV comparativement à ceux qui étaient traités par immuno-suppresseurs [42].

Modalités d’administration

Les IgIV sont administrées en France exclusivement par voie intraveineuse. Dans le traitement substitutif des déficits immunitaires, les doses utilisées sont de l’ordre de 0,6 g/kg toutes les 3 à 4 semaines chez l’adulte et 0,8 g/kg chez l’enfant, afin d’obtenir un taux résiduel d’IgG sériques d’au moins 8 g/L (tableau 5)( Tableau 5 ).

Dans les pays scandinaves, la majorité des patients ayant un déficit immunitaire humoral primitif sont substitués par voie sous-cutanée à domicile, après une période d’éducation en hôpital de jour. Dans le traitement substitutif des déficits immunitaires par cette voie, après une dose de charge d’au moins 0,2 à 0,5 g/kg par semaine (fractionnée en plusieurs doses journalières de 0,1 à 0,15 g/kg de poids corporel et répartie sur plusieurs jours de la semaine), la dose d’entretien est administrée à intervalles réguliers de façon à atteindre une dose cumulative mensuelle de l’ordre de 0,4 à 0,8 g/kg. L’administration s’effectue à l’aide d’une pompe, plusieurs pompes pouvant être utilisées simultanément.

Cette voie d’administration est aussi efficace que la voie intraveineuse et améliore significativement la qualité de vie du patient qui n’a plus à se rendre à l’hôpital toutes les 3 à 4 semaines. Dans les mois à venir, une préparation d’IgIV pour administration sous-cutanée devrait être disponible sur le marché français.

Dans le traitement des maladies auto-immunes, les IgIV sont habituellement administrées à la dose de 0,8 à 1 g/kg/j pendant 2 jours. Il n’y a pas de démonstration à ce jour, en dehors du PTAI, que l’administration d’une dose de 1 g/kg soit suffisante pour obtenir un effet thérapeutique. Chez l’insuffisant rénal, une dose plus faible, de 0,4 g/kg/j pendant 5 jours, peut être proposée de manière à prévenir la survenue d’une aggravation de l’insuffisance rénale. La tolérance aux IgIV est développée dans un autre article de ce numéro (Ph. Bierling et B. Godeau p. 201-8)
Tableau 5 Modalités d’administration des IgIV

  • 1. Traitement substitutif des déficits immunitaires : 600 mg/kg chez l’adulte et 800 mg/kg chez l’enfant toutes les 3 à 4 semaines, après une période d’équilibration qui nécessite souvent des doses plus élevées ou plus rapprochées.
  • 2. Traitement prophylactique de la varicelle chez les malades immunodéprimés exposés au risque : 0,15 g/kg en une injection en l’absence de grossesse, 0,3 g/kg en une injection chez la femme enceinte.
  • 3. Allogreffe de moelle osseuse : 500 mg/kg par perfusion. Le rythme des perfusions est hebdomadaire de J7 à J90. La poursuite des perfusions au-delà de 3 mois est justifiée en cas de défaut persistant de la production d’anticorps.
  • 4. Immunomodulation : 0,8 à 1 g/kg/j pendant 2 jours ou 0,4 g/kg/j pendant 5 jours en cas de risque d’insuffisance rénale.


Prévention du risque infectieux

Comme tout produit dérivé du sang, les IgIV peuvent être responsables de la transmission d’agents infectieux. Leur sécurité virale est assurée à plusieurs étapes de leur préparation par la sélection des donneurs, le fractionnement du plasma, et des méthodes d’inactivation virale (pH acide, traitement par solvant-détergent, pasteurisation). Aucun cas de transmission du VIH, des virus de l’hépatite A (VHA), de l’hépatite B (VHB) par les IgIV n’a été rapporté. Plusieurs centaines de cas de transmission du virus de l’hépatite C (VHC) ont été décrits avant 1995, alors que des procédés d’inactivation virale n’étaient pas systématiquement exigés dans la préparation des IgIV. Chez les patients atteints de déficit immunitaire commun variable qui ont été infectés par le VHC, l’évolution était plus grave que chez les malades n’ayant pas de déficit en anticorps. En conséquence, il est recommandé de surveiller les transaminases chez les personnes recevant des IgIV. Chez les patients présentant un déficit en immunoglobulines, l’infection par le VHC ne peut être recherchée que par PCR. Un cas douteux d’infection acquise à parvovirus B19 après perfusion d’IgIV a été rapporté. Un procédé de nanofiltration à 35 nm a été adjoint dans le processus de fabrication de certaines préparations d’IgIV, afin d’en diminuer le risque. Enfin, même si aucun cas n’a jusqu’alors été rapporté, le risque de transmission d’un prion par un produit dérivé du sang n’est pas nul.

Modifications des tests biologiques

Une fausse hyponatrémie secondaire à une hyperprotidémie peut être mise en évidence pendant ou dans les jours suivant la perfusion d’IgIV. Après traitement par les IgIV, la vitesse de sédimentation peut augmenter durablement du fait de la formation de rouleaux. La présence d’anticorps dans les IgIV dirigés contre différents agents pathogènes est à l’origine de la positivation transitoire de certaines sérologies dans les 20 à 30 jours suivant la perfusion.

Mécanismes d’action

Plusieurs mécanismes d’action des IgIV au cours des maladies auto-immunes ont été décrits au cours des vingt dernières années [43, 44]. Ces mécanismes d’action, souvent intriqués, comprennent : 1) le blocage et la modulation de l’expression des récepteurs du fragment Fc des IgG à la surface des macrophages ; 2) la modulation du système du complément ; 3) la modulation de la synthèse et de la libération des cytokines ; 4) la modulation de la prolifération cellulaire, de l’apoptose et la remyélinisation ; 5) la neutralisation des autoanticorps circulants ; 6) la sélection des répertoires des lymphocytes B et des lymphocytes T ; 7) l’interaction avec d’autres molécules de surface des lymphocytes T et B.

Conclusion

Au cours de ces vingt-cinq dernières années, le nombre d’indications des IgIV a visée substitutive dans les déficits immunitaires et à visée curative dans les maladies auto-immunes ou inflammatoires systémiques a augmenté. Seuls des essais cliniques prospectifs randomisés permettront de mieux préciser les indications de ce médicament.

Références

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