ARTICLE
Auteur(s) : Carlos Cardoso1, Catherine
Badens2, Marie-Geneviève Mattei1, Michel
Fontés1
1 Unité Inserm 491, faculté de médecine la Timone,
27, bd Jean-Moulin, 13385 Marseille cedex 05, France.
2 Laboratoire de génétique moléculaire, département de
génétique médicale, hôpital d'enfants de la Timone,
13385 Marseille cedex 5, France.
Le syndrome d'α-thalassémie associée à un retard mental (ATR) a été
décrit pour la première fois en 1981 par un groupe anglais [1],
chez trois garçons non apparentés. Dans ce premier rapport, la
question de l'association réelle ou fortuite de ces deux signes
cliniques était encore discutée. Cependant, les caractéristiques
inhabituelles de l'α-thalassémie, survenant de façon sporadique et
dans des familles d'Europe du Nord, laissaient supposer l'existence
d'un nouveau syndrome. Quelques années plus tard, en 1990, le
diagnostic de nouveaux cas cliniques permit de mieuxcaractériser ce
syndrome et de confirmer une réelle association α-thalassémie et
retard mental [2]. L'étude d'un plus grand nombre de patients
permit d'individualiser deux formes distinctes du syndrome ATR. La
première forme est caractérisée par une large délétion de la partie
télomérique du bras court d'un chromosome 16, conduisant chez les
patients concernés à la disparition du locus α-globine et des gènes
contigus, c'est le syndrome ATR-16. La seconde forme, retrouvée
uniquement chez des garçons, associe un retard mental sévère et une
α-thalassémie inhabituelle, sans délétion ni mutation du locus
α-globine [2]. Des études moléculaires réalisées sur cette forme
atypique du syndrome ATR ont permis d'exclure définitivement le
locus α-globine comme région candidate [3]. Des études de liaison
génétique ont ensuite conduit à localiser le locus responsable de
ce syndrome sur le chromosome X, dans la région Xq13-Xq21.1, et le
nom de syndrome ATR-X lui a été attribué [4]. Dans le même temps,
des travaux de cartographie transcriptionnelle de cette même région
ont permis d'identifier des gènes qui, du fait de leur expression
dans le système nerveux central et/ou de la fonction putative de
leur produit, pouvaient être de bons candidats pour des pathologies
de retard mental liées au chromosome X [5]. Parmi les nouveaux
gènes isolés, le gène XNP (X-linked nuclear protein),
localisé dans la région Xq13.3, est apparu comme un excellent gène
candidat pour être impliqué dans des pathologies de déficience
mentale, et notamment dans le syndrome ATR-X [5, 6]. L'intégrité du
gène XNP a donc été testée dans 16 familles d'individus
atteints et cette approche a permis d'identifier 13 mutations
dans ce gène, démontrant clairement son rôle dans le syndrome
ATR-X [7].
Signes cliniques du syndrome ATR-X
Le tableau clinique du syndrome ATR-X (tableau 1) est dominé par un retard mental sévère
et une dysmorphie faciale caractéristique (figure 1), alors que les
anomalies hématologiques sont mineures. Les antécédents anté et
périnatals sont sans particularité, le poids et la taille sont
normaux à la naissance. En période néonatale, les enfants atteints
de syndrome ATR-X présentent une hypotonie sévère et des troubles
associés de l'alimentation. Pendant la petite enfance, toutes les
acquisitions sont retardées : la marche ne survient que
tardivement voire jamais, le langage se limite à quelques mots et
les patients restent dépendants toute leur vie. Environ 30 %
d'entre eux présentent une épilepsie tonico-clonique ou
myoclonique. En règle générale, il n'y a pas d'anomalie cérébrale à
l'imagerie en résonance magnétique mais des cas d'atrophie
cérébrale discrète ont été rapportés. Bien qu'aucun phénotype
comportemental particulier n'ait été décrit, les enfants sont, en
général, affectueux et gais [8].
Tableau 1 Signes cliniques associés à
des mutations dans le gène XNP
| Signes
caractéristiques |
% |
| Retard mental |
|
| – sévère |
96 |
| – modéré à
léger |
4 |
| Microcéphalie |
74 |
| Dysmorphie faciale |
|
| – bouche
triangulaire |
98 |
| – hypoplasie étage
moyen |
88 |
| – narines
antéversées |
87 |
| – épicanthus |
84 |
| – incisives
espacées |
67 |
| Autres signes |
|
| Hypotonie néonatale |
92 |
| Anomalies génitales |
80 |
| Épilepsie |
30 |
La dysmorphie est très discrète chez le nourrisson ; elle
s'affirme avec l'âge et est, en général, bien établie dès
l'enfance. On note un épicanthus, un télécanthus, une hypoplasie de
l'étage moyen de la face, un petit nez et des narines
antéversées ; la lèvre supérieure est incurvée en chapeau de
gendarme. Les incisives sont fréquemment espacées et en avant, la
langue est hypotone (figure 1).
Des malformations génitales de sévérité variable sont présentes
dans 80 % des cas : cryptorchidie, anomalies du prépuce,
mais aussi hypospadias, micropénis, voire ambiguïté sexuelle
pouvant conduire à des erreurs de diagnostic de sexe. La puberté
est fréquemment retardée.
Les anomalies hématologiques décrites dans certains cas d'ATR-X
sont mineures, évoquant les particularités notées chez les patients
atteints d'α-thalassémie : microcytose discrète associée à une
pseudopolyglobulie. Elles sont l'expression d'un léger déséquilibre
dans le taux de synthèse des deux chaînes de globine alors que,
chez le sujet normal, ces deux chaînes, codées par des gènes
localisés sur des chromosomes différents, sont synthétisées à des
taux identiques. Bien que cette caractéristique soit l'un des
éléments de base dans la définition initiale du syndrome, elle est
très inconstante et, par conséquent, son absence ne doit pas faire
exclure le diagnostic de syndrome ATR-X [8].
Les anomalies osseuses sont également fréquentes et
variables : les anomalies des doigts et des orteils sont
communes (clinodactylie, brachydactylie, extrémités en baguette de
tambour, syndactylie) de même que celles du rachis (scoliose et
cyphose). Un retard statural est présent dans 60 % des
cas.
D'autres signes cliniques sont notés de manière moins
constante : hypoglycémie, troubles de la régulation thermique.
Une forte sialorrhée, des éructations et des vomissements fréquents
sont rapportés, causés par un dysfonctionnement intestinal général.
Enfin, des anomalies cardiaques variables et non spécifiques sont
rapportées : malformations septales, canal artériel
persistant, sténose pulmonaire.
Gène XNP et protéine XNP/ATR-X
Le gène XNP s'étend sur 350 kb d'ADN génomique et
conduit à un transcrit de 10,5 kb exprimé de manière
ubiquitaire mais majoritairement dans le cerveau et le muscle [5].
Le même profil d'expression est observé pour l'homologue
murin : des expériences d'hybridation in situ réalisées
sur des coupes de cerveau de souriceaux nouveau-nés montrent une
expression majoritaire dans les structures du système nerveux
central en cours de différenciation comme le bulbe olfactif,
l'hippocampe ou le cervelet [9]. Le gène XNP est constitué
de 35 exons, les exons 1, 2 et 6 étant soumis à un
épissage alternatif [10, 11]. Le transcrit XNP code pour une
protéine putative de 2 492 acides aminés contenant, dans
sa partie N-terminale, trois motifs correspondant à des
« doigts de zinc » de type C2-C2 (acides aminés 131 à
338) et un domaine dit coiled-coil (acides aminés 321 à
475). La présence, dans la région C-terminale, des sept motifs
caractéristiques des ADN-hélicases de type SNF2 fait de la protéine
XNP/ATR-X (figure
2) un nouveau membre d'un groupe de la famille des
hélicases : les « hélicases à doigt de zinc » [11,
12]. Ce groupe est essentiellement constitué de protéines
impliquées dans les processus de remodelage de la chromatine comme
la protéine MI-2 [13].
La production d'anticorps monoclonaux reconnaissant de manière
spécifique la protéine XNP/ATR-X a permis d'analyser la
distribution de cette protéine dans des lymphocytes et des
fibroblastes humains, par immunocytochimie. Les résultats obtenus
démontrent que cette protéine est nucléaire et qu'elle est
concentrée au sein de structures spécialisées (figure 3),
vraisemblablement associées à l'hétérochromatine péricentromérique
[14]. Cette association est confirmée, au cours de la mitose, par
une localisation de la protéine XNP/ATR-X au niveau des centromères
des différents chromosomes et sur les bras courts des chromosomes
acrocentriques, connus pour être hétérochromatiques [14]. Cette
distribution nucléaire peut être modifiée selon l'état de
phosphorylation de la protéine XNP/ATR-X au cours du cycle
cellulaire [15].
L'étude de certaines formes mutantes du domaine en « doigt de
zinc » de la protéine XNP/ATR-X identifiées chez des patients
ATR-X révèle :
– d'une part, une perte in vitro de la capacité de la
protéine à se fixer à l'ADN ;
– d'autre part, une altération in vivo de la distribution
cellulaire de la protéine (figure 3) [16].
Par ailleurs, des anomalies de la méthylation de certaines régions
du génome (ADN ribosomique, répétitions DYZ sur le chromosome Y,
etc.) ont également été mises en évidence chez des patients ATR-X
[17]. Ces observations apportent les premières données sur le
mécanisme cellulaire et biochimique à l'origine des phénotypes
observés chez les patients.
Enfin, une propriété commune à l'ensemble des protéines
ADN-hélicases de type SNF2, qui sont décrites comme des régulateurs
globaux de la transcription, est d'exercer leurs fonctions au sein
de complexes multiprotéiques [18]. Il est donc raisonnable
d'envisager que le rôle de la protéine XNP/ATR-X soit médié par son
appartenance à un tel complexe. Des études in vitro et in
vivo menées dans ce but ont permis de montrer qu'elle s'associe
en complexe avec des protéines participant à l'organisation de la
chromatine, notamment les protéines EZH2, HP1α, β et γ [15,
19].
Ces données suggèrent que la protéine XNP/ATR-X pourrait, en
modifiant la structure de la chromatine, jouer un rôle sur
l'expression de certains gènes cibles (peut-être sur le locus
α-globine).
Modèles animaux
La création de modèles animaux constitue une approche
indispensable pour étudier les mécanismes à l'origine d'une
pathologie héréditaire humaine, notamment quand il s'agit
d'anomalies du développement du système nerveux. Cette approche est
justifiée par la difficulté d'accéder au matériel humain nécessaire
à une étude fonctionnelle in vivo des cellules et/ou des
tissus. Une telle approche permet également d'évaluer des
alternatives thérapeutiques pour ces pathologies.
Deux modèles murins du syndrome ATR-X ont été réalisés à ce jour.
Le premier modèle, créé par surexpression chez la souris de la
protéine Xnp/Atrx, montre un retard sévère du développement de
l'embryon accompagné d'anomalies du tube neural et d'une forte
létalité embryonnaire [20]. Ces données semblent indiquer que
l'activité de la protéine Xnp/Atrx au cours du développement est
dépendante du dosage génique.
Le second modèle, réalisé par invalidation totale du gène
Xnp, conduit malheureusement à une létalité embryonnaire
précoce des souris mâles hémizygotes pour la mutation. Il est
intéressant de noter que les souris femelles hétérozygotes pour la
mutation du gène Xnp sont de plus petite taille,
dysmorphiques et présentent des troubles du comportement [21].
La création d'autres modèles animaux de mutations du gène
XNP chez le nématode (C. elegans) et la drosophile
est actuellement en cours (travaux non publiés), avec pour objectif
majeur d'étudier in vivo la fonction cellulaire de la
protéine XNP/ATR-X. Contrairement à la souris, ces deux modèles
bien caractérisés sont de bons outils pour réaliser des études
in vivo, notamment sur le remodelage de la chromatine.
Corrélations génotype-phénotype
Environ 70 mutations, pour la plupart des mutations
ponctuelles, ont été décrites chez plus de 150 patients [22].
Ces mutations sont préférentiellement retrouvées dans les domaines
fonctionnels, c'est-à-dire dans les motifs en « doigt de
zinc » (60 %) et dans le domaine hélicase (20 %)
(figure 2) [8].
Il ne semble pas exister de différence entre les phénotypes causés
par des mutations non-sens, entraînant l'absence de la protéine, et
ceux créés par des mutations faux-sens, entraînant la synthèse
d'une protéine anormale. Il n'apparaît pas non plus de corrélation
entre le domaine fonctionnel altéré et un phénotype particulier, à
l'exception des mutations causant la perte du domaine C-terminal
qui semblent être plus fréquemment associées à des anomalies
sévères de la sphère uro-génitale. Une telle association suggère un
rôle du domaine C-terminal dans le développement du système
uro-génital [8]. Pour les autres domaines, aucun lien n'a été mis
en évidence et il a même été décrit des phénotypes différents pour
des mutations identiques.
Contrairement au modèle murin créé par invalidation totale du gène
Xnp, les femmes porteuses d'une mutation ne présentent aucun
des signes cliniques décrits chez les enfants atteints. La seule
particularité décelable, qui peut orienter le diagnostic, est un
biais d'inactivation du chromosome X avec une inactivation
prédominante de l'X muté. De plus, il a été décrit un cas de
mosaïque germinale chez une femme indemne de toute mutation et
ayant donné naissance à plusieurs enfants porteurs de la même
mutation dans le gène XNP [23].
À la suite de la découverte du gène, d'autres syndromes liés à la
région Xq13-3 et présentant un retard mental sévère ainsi qu'une
dysmorphie faciale caractéristique ont été testés. C'est ainsi que
le phénotype a été élargi aux retards mentaux présentant les mêmes
caractéristiques dysmorphiques mais sans α-thalassémie [24]. Cette
variabilité des signes hématologiques peut s'expliquer soit par un
retentissement variable des mutations sur la balance des chaînes de
globine, soit par une compensation (ou une exacerbation) du discret
déséquilibre entre les chaînes α et β globine par les autres gènes
impliqués dans leurs régulations. Cette caractéristique de
l'hémogramme, même inconstante, reste intéressante puisqu'elle
concerne le seul gène désigné par le phénotype comme étant une
cible, directe ou indirecte, de la protéine XNP/ATR-X.
Des mutations dans le gène XNP ont également été retrouvées
dans un certain nombre d'autres syndromes : dans le syndrome
de Juberg-Marsidi [25], dans le syndrome de Carpenter-Waziri [26],
dans le syndrome de Holmes-Gang [27] et dans le syndrome de
Smith-Fineman-Myers [28]. Dans tous ces syndromes, on retrouve un
retard mental sévère et une microcéphalie, sauf dans le syndrome de
Carpenter-Waziri où le retard mental reste modéré [26]. Dans tous,
on retrouve la dysmorphie caractéristique associant un petit nez
triangulaire, des narines antéversées, une lèvre supérieure en
chapeau de gendarme et des incisives écartées (figure 1). Les patients
atteints de syndrome de Juberg-Marsidi présentent une surdité
neuro-endocrinienne [25], considérée au départ comme un signe
caractéristique permettant de les différencier des patients ATR-X,
mais plusieurs cas de surdité ont par la suite été décrits dans des
syndromes ATR-X typiques (c'est-à-dire avec α-thalassémie). Enfin,
chez les hétérozygotes, on retrouve, comme pour le syndrome ATR-X,
un biais d'inactivation totale portant sur le chromosome X
muté.
L'étude d'une famille atypique présentant un retard mental et une
paralysie spastique a d'ailleurs permis d'établir un lien de cause
à effet entre la mutation identifiée dans le gène XNP et le
biais d'inactivation. Certains membres de cette famille étaient
porteurs du même haplotype que celui du chromosome muté mais
avaient une version intacte du gène XNP et ne présentaient
pas de biais. En revanche, toutes les femmes porteuses de la
mutation présentaient un biais total d'inactivation du chromosome
muté [29]. Ce dernier peut résulter soit d'une sélection positive
des cellules exprimant le gène intact pendant l'embryogenèse, soit
d'une participation active du gène XNP au processus
d'inactivation du chromosome X. Dans tous les cas, il est
surprenant de constater qu'une sélection négative aussi complète
chez la femme n'aboutit pas à la létalité chez les mâles atteints
[29].
Plus récemment, la découverte, dans une même famille, de patients
présentant un phénotype typique d'ATR-X et de patients portant la
même mutation mais présentant un retard mental léger sans
dysmorphie caractéristique a suggéré que le phénotype pouvait
encore être élargi à d'autres retards mentaux liés au chromosome X,
moins sévères et atypiques [30]. C'est ainsi que, par criblage
systématique du gène XNP dans un groupe de patients
modérément retardés, une mutation a été décrite dans une famille
comprenant quatre membres atteints de retard mental modéré à léger
et présentant une dysmorphie très discrète ou même absente
[31].
Stratégie diagnostique
Certains tests, non spécifiques, permettent une orientation du
diagnostic. Ce sont les études hématologiques ou la recherche d'un
biais d'inactivation du chromosome X chez les mères des
patients.
L'hémogramme peut révéler l'existence d'une microcytose modérée.
Dans tous les cas, une coloration au bleu de crésyl devra être
réalisée et permettra éventuellement d'objectiver sur le frottis
sanguin la présence de corps de Heinz correspondant à des
précipités de chaînes β-globine. Ces précipités sont difficiles à
mettre en évidence et le test doit être répété à différents
intervalles. Le pourcentage de corps de Heinz décrits chez les
patients ATR-X varie entre 0 et 27 %. Il est sans corrélation
avec les signes hématologiques (microcytose et pseudopolyglobulie)
qui restent toujours très discrets, voire absents. Le seul examen
qui permet d'objectiver de manière fiable un déséquilibre dans la
production des chaînes de globine est la synthèse de chaînes in
vitro mais cet examen est peu pratiqué en routine.
La recherche d'un biais d'inactivation du chromosome X chez la
mère d'un sujet atteint se fait classiquement par l'étude de la
méthylation du site polymorphe du récepteur aux androgènes. Jusqu'à
présent, un biais a été retrouvé chez toutes les femmes porteuses
obligatoires.
Concernant le diagnostic moléculaire, la taille importante de la
séquence codante (plus de 7 kb), la structure complexe du gène
XNP (35 exons) et la diversité des mutations rendent
très coûteuse la recherche systématique de mutations chez les
patients. Jusqu'à présent, le diagnostic moléculaire se limitait
donc au séquençage des exons 7, 8 et 9 du gène XNP, codant
pour les motifs en « doigt de zinc » dans lesquels ont
été retrouvées 60 % des mutations. Néanmoins, l'augmentation
du nombre de demandes de diagnostic ainsi que l'élargissement des
phénotypes décrits ont conduit à mettre en place une stratégie
diagnostique associant la recherche de la protéine XNP/ATR-X par
immunocytochimie et le criblage exhaustif du gène XNP par
DHPLC et séquençage.
La recherche de la protéine est réalisée par immunocytochimie avec
des anticorps anti-XNP/ATR-X sur des lymphocytes de patients ATR-X.
Les premiers résultats obtenus en combinant des expériences
d'immunoblot et d'immunocytochimie sur des cellules de patients
ATR-X avaient en effet montré soit une altération de la
distribution cellulaire de la protéine XNP/ATR-X, soit l'absence
totale de la protéine (figure 3) [16].
Le criblage de la totalité des exons du gène XNP est
réalisé par chromatographie liquide haute performance en condition
dénaturante (DHPLC) à partir de l'ADN génomique des patients. Dans
le protocole établi, le gène a été découpé en 42 fragments qui
couvrent tous les exons ainsi que les jonctions intron-exon. Ce
criblage a confirmé, dans 100 % des cas, les mutations
préalablement identifiées par séquençage.
Conclusion
Les mutations dans le gène XNP sont responsables de
plusieurs syndromes de retard mental liés au chromosome X :
α-thalassémie associée à un retard mental sévère (ATR-X) [7],
Juberg-Marsidi [25], Carpenter-Waziri [26], Holmes-Gang [27] et
Smith-Fineman-Myers [28]. Ces patients sont tous caractérisés par
un retard mental sévère, une microcéphalie, une dysmorphie faciale
caractéristique, des anomalies du tractus uro-génital et, parfois,
une α-thalassémie.
Les premiers travaux réalisés sur la protéine XNP/ATR-X ont montré
qu'elle exerçait sa fonction au sein de complexes multiprotéiques
susceptibles de modifier la structure de la chromatine. Cependant,
les conséquences de son dysfonctionnement restent encore difficiles
à comprendre. Une meilleure connaissance de la fonction de la
protéine XNP/ATR-X devrait permettre de préciser son rôle au cours
du développement chez l'homme et de mieux comprendre l'origine des
phénotypes observés chez les patients.
Certains traits du syndrome ATR-X devraient nous permettre
d'orienter l'étude de la fonction de la protéine XNP/ATR-X. Un
trait intéressant concerne l'α-thalassémie. Bien qu'il s'agisse
d'une anomalie peu sévère, et inconstante, elle touche l'équilibre
entre les chaînes α et β globine. Ce déséquilibre, provoqué par un
dysfonctionnement de la protéine XNP/ATR-X, peut résulter soit
d'une répression de la transcription du gène α-globine, soit d'une
surexpression relative du gène β-globine. Dans les deux cas, on
aboutit à un excès de chaîne β. Il est donc vraisemblable que le
gène XNP joue un rôle dans le contrôle de l'expression d'un
de ces deux loci. Les études fonctionnelles suggèrent fortement que
la protéine XNP/ATR-X est capable, en s'associant en complexe, de
modifier la structure de la chromatine et, donc, de modifier
l'expression de certains gènes cibles. L'expression des gènes
globines, dont la régulation est liée à la conformation globale de
la chromatine, pourrait être modifiée de cette façon. Le rôle de la
protéine XNP/ATR-X serait probablement, dans ce cas, de reconnaître
de façon spécifique le locus α ou β globine et de maintenir un
environnement chromatinien plus ou moins accessible à la machinerie
transcriptionnelle n
Remerciements. Les travaux de laboratoire évoqués
dans cette revue sont soutenus financièrement par le ministère de
la Recherche : ACI : biologie du développement et
physiologie intégrative (Coordinateur : M. Fontés), la
Fondation pour la recherche médicale (FRM) et l'Association pour la
recherche contre le cancer (ARC). Les auteurs remercient L. Villard
pour sa contribution.
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