ARTICLE
Auteur(s) : François Sigaux
Cancéropôle Ile de France, Rédacteur en Chef
d'Hématologie
La cancérologie devrait connaître un élan nouveau en France.
Regroupant l'ensemble des forces disponibles, l'effort national
embrasse toutes les facettes de la cancérologie, du dépistage, à la
prévention, aux soins sans oublier la recherche dans ses
composantes diverses tant biologiques que clinique ou de sciences
humaines. Cette situation sans précédant pousse les disciplines
connexes à la cancérologie à se positionner vis-à-vis d'elle soit
en cultivant les différences, par peur d'une perte d'image, soit en
s'alliant avec elle dans une démarche concertée. Il est temps pour
notre branche de réaffirmer sa présence dans le débat tant au
niveau individuel qu'au niveau de notre discipline et j'ai toute
confiance dans le dynamisme de notre Société pour trouver la voie
qui valorisera notre rôle de pionnier dans le domaine, notamment
sous l'angle de la recherche et de l'innovation.
La construction des projets de cancéropôles donne déjà des indices
laissant penser que l'hématologie trouvera une place de choix dans
la structuration de la recherche en cancérologie. Voulues comme des
masses critiques de niveau international consacrées intégralement à
la recherche en cancérologie, les cancéropôles réunissent dans des
programmes coordonnés, la majorité des acteurs de premier plan de
la recherche académique et industrielle en cancérologie, au sein
d'une région ou d'un ensemble de régions. Avec la volonté de
partager des plateformes technologiques et des grands projets, les
équipes des cancéropôles ont pour objectifs prioritaires de
générer, de favoriser et d'accélérer le transfert des innovations
diagnostiques et thérapeutiques. Cet objectif prioritaire, justifie
que les cancéropôles soient adossées aux centres de références en
cancérologie, qu'ils appartiennent au réseau des Centres de lutte
contre le cancer ou aux hôpitaux universitaires. Encore en
émergence, les cancéropôles ont toutefois donné déjà quelques
grandes lignes de leurs programmes et force est de constater que
l'hématologie s'y retrouve au premier plan. Leader dans la conduite
coordonnée des essais cliniques, dans la construction de protocoles
innovants de phase I, dans la mise en place de réseaux nationaux de
biologie hospitalière moderne, l'hématologie est également présente
dans la thérapie cellulaire ou la place essentielle jouée par les
cellules hématopoïétiques se conforte même si quelques doutes
subsistent sur la nature réelle de la plasticité des cellules
souches hématopoïétiques. La greffe de moelle reste le modèle
incontournable qui démontre la réalité de l'immunothérapie
anti-tumorale et il n'est pas concevable de construire des essais
d'immunothérapie sans recourir aux compétences des hématologistes
dès lors que l'on envisage de manipuler la différenciation des
cellules présentatrices d'antigènes comme les cellules
dendritiques.
Ces éléments très positifs ne doivent cependant pas masquer
quelques difficultés. L'hématologie s'intéresse à des maladies
rares souvent délaissées par les industriels et dont le poids en
terme de santé publique est parfois sous-estimé par nos tutelles ou
même par nos collègues en charge de pathologies plus fréquentes.
Notre volonté de regrouper les essais pour atteindre une masse
critique suffisante, fait que nombre de nos protocoles dépassent le
cadre des inter-régions pour atteindre d'emblée une dimension
nationale. Dans ce contexte, il est probable que l'hématologie, si
elle veut rester un acteur majeur de ce débat, doive se positionner
d'emblée à un niveau de coordination impliquant l'ensemble des
cancéropôles et à titre personnel, je ne peux que suggérer de
saisir notre Société de cette question importante pour le maintien
de notre rang dans le développement de l'innovation en cancérologie
n
|