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Diagnostic immunocytologique et moléculaire des hémoglobinuries paroxystiques nocturnes


Hématologie. Volume 1, Number 1, 63-5, Janvier - Février 1995, FICHE TECHNIQUE



Author(s) : Gérard Sociée, Griscelli-Bennaceur, François Sigaux, Eliane Gluckman.

Keywords : paroxystic nocturnal hemoglobinuries, PIG-A.

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ARTICLE

L 'hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) est « la seule anémie hémolytique acquise d'origine corpusculaire », apprend-on aux étudiants. Des découvertes scientifiques récentes ont suscité un nombre croissant de publications sur cette affection hématologique rare. En pratique courante, l'HPN est diagnostiquée dans deux circonstances :

la maladie hémolytique et thrombosante classique que l'on peut appeler l'HPN « primitive » ou « de novo » ;
la découverte d'un clone HPN chez un patient atteint d'aplasie médullaire traité quelques mois, ou années, auparavant par immunosuppression (sérum antilymphocytaire et/ou cyclosporine). La mise en évidence d'une telle complication après traitement immunosuppresseur des aplasies médullaires est de plus en plus fréquente, en particulier grâce à l'utilisation récente de la cytométrie en flux comme outil diagnostique.

Diagnostic immuno-cytologique ou tests de Ham-Dacie et sucrose ?

Une des découvertes majeures de ces dernières années dans la compréhension de la physiopathogénie des HPN a été que l'hémolyse était liée au défaut d'expression à la surface cellulaire de deux protéines érythrocytaires : le DAF (decay accelerating factor) ou CD55 et le MIRL (membrane inhibitor of reactive lysis) ou CD59. Ces deux protéines jouent un rôle majeur dans la protection des cellules contre l'action lytique du système du complément. Après la mise en évidence du rôle des molécules CD55 et CD59, il a été démontré que les patients atteints d'HPN étaient déficients en autres molécules exprimées normalement par les érythrocytes mais aussi, pour certaines, par d'autres lignées hématopoïétiques (tableau). Comment alors expliquer le fait que des molécules dont les fonctions sont apparemment aussi éloignées que, par exemple, le DAF et la molécule d'adhésion LFA3 (CD58) soient manquantes dans l'HPN ? La réponse à cette question a été apportée par la découverte que toutes ces molécules ont un élément structurel commun : elles sont attachées à la membrane par une ancre glycosyl-phosphatidylinositol (GPI). Cette ancre GPI confère aux protéines membranaires une grande mobilité latérale. Bien que les molécules GPI liées puissent être étudiées dans des extraits cellulaires par méthodes radio-immunologique ou par ELISA, l'outil actuel le plus performant est l'étude immunocytologique par cytométrie en flux. Cette technique permet l'analyse rapide des différentes populations leucocytaires et lymphocytaires à partir du sang total (ou éventuellement après séparation cellulaire dans certains protocoles expérimentaux).
Les résultats obtenus peuvent être exprimés en pourcentage de cellules négatives (importance relative du clone dans la population étudiée) et/ou en moyenne d'intensité de fluorescence (unité arbitraire en échelle logarithmique). Cette dernière manière d'exprimer les résultats est utile d'une part, pour l'étude de certaines molécules comme le CD16 ou le CD58 dont l'expression physiologique est faible, d'autre part, dans la mise en évidence de populations dites « intermédiaires » ou PNH.II (populations cellulaires exprimant à leur surface un niveau faible, mais non nul d'une molécule GPI donnée). La sensibilité de la cytométrie en flux dans le diagnostic d'un déficit des molécules GPI permet de détecter des clones dont l'importance n'excède pas quelques pourcent. En pratique, pour la majorité des
molécules étudiées, un déficit peut être considéré comme significatif lorsque le pourcentage de cellules négatives est supérieur à 5 %. Quelle est donc la place de la cytométrie par rapport aux tests classiques de Ham-Dacie et sucrose ? L'ensemble des auteurs s'accordent pour dire que la cytométrie de flux est une méthode plus sensible et spécifique que les tests classiques. D'autre part, si, dans le diagnostic des formes de novo, les résultats des tests classiques sont, dans l'immense majorité des cas, tout à fait concordants avec ceux de la cytométrie en flux, le diagnostic des « HPN » survenant après aplasie médullaire pose le problème d'une autre manière. En effet, notre expérience, ainsi que celle d'autres auteurs, confirme l'existence chez ces derniers patients d'un « syndrome de déficit des molécules GPI ». Ce « syndrome de déficit des molécules GPI » est caractérisé par l'existence du déficit sur une ou plusieurs lignées. Il débute souvent par une atteinte isolée de la lignée granulocytaire et/ou monocytaire et peut, au moins initialement, épargner la lignée rouge (les tests classiques de Ham-Dacie et sucrose se révélant alors négatifs). Ce problème, sémantique avant tout, de définition du « syndrome de déficit des molécules GPI » par rapport aux HPN n'est pas résolu. Enfin, qu'en est-il de la spécificité de la cytométrie en flux ou, en d'autres termes, existe-t-il d'autres maladies hématologiques clonales, ou non clonales, dans lesquelles on mettrait en évidence un syndrome de déficit des molécules GPI ? À notre connaissance, à l'exception de deux maladies rarissimes (défauts congénitaux du DAF et du MIRL, le syndrome de déficit des molécules GPI n'a été décrit que dans les HPN (HPN de novo ou « HPN » survenant après aplasie médullaire).

Vers un diagnostic moléculaire du syndrome de déficit des molécules GPI

Les étapes de la biosynthèse de l'ancre GPI ont été élucidées ces dernières années. L'acquisition de ces données biochimiques a été facilitée par l'existence de lignées de lymphome murin déficientes en une molécule GPI : la molécule Thy-1. La réalisation d'hybrides somatiques dans ce système expérimental a permis de définir 9 classes de complémentation (de A à I). Récemment, l'étude de lignées lymphoblastoïdes issues de patients atteints d'HPN a permis de montrer que, dans l'HPN, le déficit GPI était dû à une atteinte des premières étapes de la voie de biosynthèse (synthèse du N-acétyl-glucosaminyl-phosphatidylinositol, NacGlc-PI).
La synthèse du NacGlc-PI est, selon la classification en groupe de complémentation, susceptible de faire intervenir trois gènes : les gènes PIG-A, PIG-C et PIG-H. L'ADN complémentaire (ADNc) de deux de ces gènes a récemment été cloné et séquencé (PIG-A et PIG-H). Le groupe du Dr Kinoshita a démontré que la transfection de l'ADNc de PIG-A restaurait le déficit GPI de lignées lymphoblastoïdes issues de patients atteints d'HPN et a mis en évidence les anomalies moléculaires de l'ARN messager et du gène PIG-A dans ces lignées mais, aussi et surtout, démontré l'existence des mêmes anomalies moléculaires dans les granuleux des mêmes patients. Des conclusions analogues sont issues de travaux contemporains des groupes des Pr. Luzzatto en Angleterre et Rosse aux USA. Alors que trois gènes, dont deux sont connus, sont responsables de la synthèse du NacGlc-PI, pourquoi un seul, à ce jour, est-il responsable de l'HPN ? Ceci est d'explication très récente : le gène PIG-A est situé sur le chromosome X (en Xp22.1) alors que PIG-H est situé sur un autosome (en 14q11-24). Ces avancées récentes dans la connaissance du déficit moléculaire vont très certainement ouvrir la voie d'un diagnostic moléculaire (par PCR-SSCP, par exemple) car l'organisation génomique de PIG-A est désormais connue. Sur le plan fondamental, ces connaissances permettront, sans doute, de répondre à certaines questions : quel est le mécanisme de l'aplasie médullaire dans l'HPN ? Quel est le rôle de PIG-A dans la transformation de certaines HPN en syndrome myélodysplasique ? etc.

REFERENCES

Revues récentes sur le sujet :

Yeh ETH, Rosse WF. Paroxysmal nocturnal hemoglobinuria and the glycosylphosphatidylinositol anchor. J Clin Invest 1994 ; 93 : 2305-10.

Rotoli B, Bessler M, Alfinito F, Del Vecchio L. Membrane proteins in paroxysmal nocturnal hemoglobinuria. Blood Reviews 1993 ; 7 : 75-86.


 

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