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Sécurité transfusionnelle : parvovirus B19 et produits sanguins stables


Hématologie. Volume 1, Number 4, 363-4, Juillet - Août 1995, NOUVELLES BREVES



Author(s) : Jean-Jacques Lefrère.

ARTICLE

Une des complications les plus connues de l'infection par le parvovirus B19 (B19) est la crise érythroblastopénique. Le tropisme du B19 et sa toxicité pour les précurseurs de la lignée rouge ont été montrés in vivo par l'inhibition spécifique induite par du sérum riche en virus sur la formation de colonies de la lignée érythroblastoïde, les colonies issues de progéniteurs matures (CFU-E) étant plus sensibles à cette inhibition que celles issues de progéniteurs moins matures (BFU-E). Il a par ailleurs été récemment établi que l'antigène de groupe sanguin P, que l'on retrouve sur les précurseurs hématopoïétiques, sur les cellules épithéliales et sur les cellules endothéliales, est un récepteur du B19.
L'érythroblastopénie induite par le B19 est aiguë et transitoire chez les sujets immunocompétents, chez lesquels les anticorps neutralisants spécifiques, produits peu de temps après la primo-infection, entraînent une négativation de la parvovirémie et contribuent à l'élimination rapide du virus. Chez de tels sujets, la durée de vie normale des hématies permet à l'organisme de tolérer un arrêt de production érythroblastique de quelques jours sans qu'apparaisse une anémie véritable, sauf dans une situation très particulière : les malades présentant une hémolyse chronique, chez lesquels l'infection par le B19 se manifeste sous forme d'une brutale et souvent profonde anémie arégénérative. En revanche, les malades immunodéprimés, qui contrôlent plus difficilement une infection virale en cas de déficit qualitatif ou quantitatif en anticorps spécifiques, peuvent développer une parvovirémie chronique et active, responsable d'une érythroblastopénie durable (de plusieurs mois à plusieurs années), voire d'une aplasie médullaire en raison de la toxicité, moindre mais avérée, du B19 sur les cellules souches des autres lignées sanguines. Cette complication a été observée chez des malades leucémiques traités par chimiothérapie, chez des greffés de moelle sous thérapie immunosuppressive, chez des malades présentant une immunodéficience congénitale ou acquise (liée principalement à une infection par le VIH).
Si le principal mode de transmission du B19 est la voie respiratoire, le virus peut également être transmis par une transfusion lorsque le don de sang est effectué en phase virémique. Le risque est faible avec les unités labiles (plasma et concentrés plaquettaires ou érythrocytaires) qui proviennent d'un seul donneur, et ce pour deux raisons : d'une part, la prévalence de la parvovirémie dans la population des donneurs de sang est relativement basse, estimée entre 1/3 300 et 1/50 000 donneurs [1, 2], ce qui explique que la prévalence chez les malades polytransfusés en unités labiles n'est guère plus élevée que celle d'une population non transfusée du même âge ; d'autre part, nombre de malades transfusés ont des anticorps protecteurs acquis lors d'une primo-infection survenue dans leur jeune âge, de sorte qu'une contamination transfusionnelle est chez eux sans conséquence apparente, tout au moins sur le plan clinique.
En revanche, la prévalence de la séropositivité anti-B19 est très élevée chez les malades transfusés avec des produits stables : elle peut ainsi dépasser les 95 % chez les hémophiles recevant des concentrés de facteurs de la coagulation d'origine humaine [2]. Comme cela a été observé naguère avec le VIH, une infection relativement peu fréquente dans une population de donneurs de sang (comme c'est le cas avec le B19) peut entraîner la contamination de produits sanguins obtenus à partir de pools de plasma [3] : le nombre de plasmas constituant un pool pouvant être de l'ordre de 5 000 ou davantage, un seul don plasmatique infecté peut contaminer l'ensemble du pool, d'autant que la virémie observée lors d'une primo-infection par le B19 peut être très intense, jusqu'à 1012 virions/ml de sérum. Or, étant thermostable et dépourvu d'enveloppe lipidique comme les autres membres du genre, le B19 ne peut être détruit par les procédés physicochimiques qui sont aujourd'hui systématiquement utilisés pour l'inactivation du VIH et des virus des hépatites dans l'élaboration des produits sanguins stables tels que les concentrés antihémophiliques. Cette donnée a été récemment confirmée par des observations d'infections symptomatiques par le B19 chez des hémophiles immunodéprimés par une infection à VIH, qui avaient été contaminés par le B19 à l'occasion de la transfusion de concentrés antihémophiliques ayant pourtant subi un processus d'inactivation [4]. Une autre confirmation de ce risque transfusionnel a été apportée par la mise en évidence de l'ADN proviral par technique de PCR dans 20 % des concentrés de facteurs antihémophiliques d'origine humaine [5]. Par ailleurs, comme un pourcentage notable d'hémophiles est actuellement infecté par le VIH, et donc en état d'immunosuppression potentielle, une contamination transfusionnelle par le B19 apparaît particulièrement dangereuse dans ce contexte. Une réflexion sur la prévention de ce risque transfusionnel chez les malades immunodéprimés mériterait donc d'être menée. Le recours à la PCR pour étudier les pools de plasma destinés à la production de concentrés antihémophiliques pourrait notamment contribuer à la sécurité transfusionnelle. Certes, la PCR ne permet pas de distinguer un virus intact et infectieux d'un ADN viral dégradé, mais les épisodes cliniques d'érythroblastopénie ou d'aplasie prolongée chez des hémophiles transfusés séropositifs pour le VIH plaident fortement pour la première possibilité. Il est aussi nécessaire, dans cette réflexion, de prendre en compte nos incertitudes actuelles sur les possibilités d'intégration du génome d'un parvovirus dans le génome de l'hôte et les interactions potentielles entre le B19 et le VIH [6], ainsi que sur les effets à long terme d'expositions répétées au parvovirus chez les malades immunodéprimés. En revanche, les processus de fractionnement utilisés à ce jour pour l'obtention des lots d'albumine semblent permettre une dégradation et/ou une inactivation satisfaisantes vis-à-vis du B19 [7].
Le B19 constitue un intéressant modèle de virus non enveloppé pour l'étude de l'efficacité des futures techniques d'inactivation virale, auxquelles il sera demandé d'être efficace, non seulement sur les virus enveloppés tels que le VIH ou le virus des hépatites, mais également sur l'ensemble des virus connus ou inconnus, qu'ils soient ou non pourvus d'enveloppe.

REFERENCES

1. McOmish F, Yap PL, Jordan A, Hart H, Cohen BJ, Simmonds P. Detection of parvovirus B19 in donated blood : a model system for screening by polymerase chain reaction. J Clin Microb 1993 ; 31 : 323-8.
2. Mortimer PP, Luban NL, Kelleher JF, Cohen BJ. Transmission of serum parvovirus-like virus by clotting-factor concentrates. Lancet 1983 ; 2 : 482-4.
3.Williams MD, Cohen BJ, Beddall AC, Pasi KJ, Mortimer PP, Hill FGH. Transmission of human parvovirus B19 by coagulation factor concentrates. Vox Sang 1990 ; 58 : 177-81.
4. Azzi A, Ciapi S, Zakrzewska K, Morfini M, Mariani G, Mannucci PM. Human parvovirus B19 infection in hemophiliacs first infused with two high-purity, virally attenuated factor VIII concentrates. Am J of Hemat 1992 ; 39 : 228-30.
5. Lefrère JJ, Mariotti M, Thauvin M. B19 parvovirus DNA in solvent/detergent treated anti-hemophiliac concentrates. Lancet 1994 ; 343 : 211-2.
6. Sol N, Morinet F, Alizon M, Hazan U. Transactivation of the long-terminal repeat of human immunodeficiency virus type 1 by the parvovirus B19 NS1 gene product. J Gen Virol 1993 ;74 :2011-24.
7. Lefrère JJ, Mariotti M, I. Delacroix, et al. Albumin batches and B19 parvovirus DNA. Transfusion 1995 ; 35 : 389-91.


 

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