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Une
des complications les plus connues de l'infection par le parvovirus B19
(B19) est la crise érythroblastopénique. Le tropisme du B19
et sa toxicité pour les précurseurs de la lignée rouge
ont été montrés in vivo par l'inhibition spécifique
induite par du sérum riche en virus sur la formation de colonies
de la lignée érythroblastoïde, les colonies issues de
progéniteurs matures (CFU-E) étant plus sensibles à
cette inhibition que celles issues de progéniteurs moins matures
(BFU-E). Il a par ailleurs été récemment établi
que l'antigène de groupe sanguin P, que l'on retrouve sur les précurseurs
hématopoïétiques, sur les cellules épithéliales
et sur les cellules endothéliales, est un récepteur du B19.
L'érythroblastopénie induite par le
B19 est aiguë et transitoire chez les sujets immunocompétents,
chez lesquels les anticorps neutralisants spécifiques, produits peu
de temps après la primo-infection, entraînent une négativation
de la parvovirémie et contribuent à l'élimination rapide
du virus. Chez de tels sujets, la durée de vie normale des hématies
permet à l'organisme de tolérer un arrêt de production
érythroblastique de quelques jours sans qu'apparaisse une anémie
véritable, sauf dans une situation très particulière
: les malades présentant une hémolyse chronique, chez lesquels
l'infection par le B19 se manifeste sous forme d'une brutale et souvent
profonde anémie arégénérative. En revanche,
les malades immunodéprimés, qui contrôlent plus difficilement
une infection virale en cas de déficit qualitatif ou quantitatif
en anticorps spécifiques, peuvent développer une parvovirémie
chronique et active, responsable d'une érythroblastopénie
durable (de plusieurs mois à plusieurs années), voire d'une
aplasie médullaire en raison de la toxicité, moindre mais
avérée, du B19 sur les cellules souches des autres lignées
sanguines. Cette complication a été observée chez des
malades leucémiques traités par chimiothérapie, chez
des greffés de moelle sous thérapie immunosuppressive, chez
des malades présentant une immunodéficience congénitale
ou acquise (liée principalement à une infection par le VIH).
Si le principal mode de transmission du B19 est
la voie respiratoire, le virus peut également être transmis
par une transfusion lorsque le don de sang est effectué en phase
virémique. Le risque est faible avec les unités labiles (plasma
et concentrés plaquettaires ou érythrocytaires) qui proviennent
d'un seul donneur, et ce pour deux raisons : d'une part, la prévalence
de la parvovirémie dans la population des donneurs de sang est relativement
basse, estimée entre 1/3 300 et 1/50 000 donneurs [1, 2],
ce qui explique que la prévalence chez les malades polytransfusés
en unités labiles n'est guère plus élevée que
celle d'une population non transfusée du même âge ; d'autre
part, nombre de malades transfusés ont des anticorps protecteurs
acquis lors d'une primo-infection survenue dans leur jeune âge, de
sorte qu'une contamination transfusionnelle est chez eux sans conséquence
apparente, tout au moins sur le plan clinique.
En revanche, la prévalence de la séropositivité
anti-B19 est très élevée chez les malades transfusés
avec des produits stables : elle peut ainsi dépasser les 95 % chez
les hémophiles recevant des concentrés de facteurs de la coagulation
d'origine humaine [2]. Comme cela a été observé
naguère avec le VIH, une infection relativement peu fréquente
dans une population de donneurs de sang (comme c'est le cas avec le B19)
peut entraîner la contamination de produits sanguins obtenus à
partir de pools de plasma [3] : le nombre de plasmas constituant
un pool pouvant être de l'ordre de 5 000 ou davantage, un seul don
plasmatique infecté peut contaminer l'ensemble du pool, d'autant
que la virémie observée lors d'une primo-infection par le
B19 peut être très intense, jusqu'à 1012
virions/ml de sérum. Or, étant thermostable et dépourvu
d'enveloppe lipidique comme les autres membres du genre, le B19 ne peut
être détruit par les procédés physicochimiques
qui sont aujourd'hui systématiquement utilisés pour l'inactivation
du VIH et des virus des hépatites dans l'élaboration des produits
sanguins stables tels que les concentrés antihémophiliques.
Cette donnée a été récemment confirmée
par des observations d'infections symptomatiques par le B19 chez des hémophiles
immunodéprimés par une infection à VIH, qui avaient
été contaminés par le B19 à l'occasion de la
transfusion de concentrés antihémophiliques ayant pourtant
subi un processus d'inactivation [4]. Une autre confirmation de
ce risque transfusionnel a été apportée par la mise
en évidence de l'ADN proviral par technique de PCR dans 20 % des
concentrés de facteurs antihémophiliques d'origine humaine
[5]. Par ailleurs, comme un pourcentage notable d'hémophiles
est actuellement infecté par le VIH, et donc en état d'immunosuppression
potentielle, une contamination transfusionnelle par le B19 apparaît
particulièrement dangereuse dans ce contexte. Une réflexion
sur la prévention de ce risque transfusionnel chez les malades immunodéprimés
mériterait donc d'être menée. Le recours à la
PCR pour étudier les pools de plasma destinés à la
production de concentrés antihémophiliques pourrait notamment
contribuer à la sécurité transfusionnelle. Certes,
la PCR ne permet pas de distinguer un virus intact et infectieux d'un ADN
viral dégradé, mais les épisodes cliniques d'érythroblastopénie
ou d'aplasie prolongée chez des hémophiles transfusés
séropositifs pour le VIH plaident fortement pour la première
possibilité. Il est aussi nécessaire, dans cette réflexion,
de prendre en compte nos incertitudes actuelles sur les possibilités
d'intégration du génome d'un parvovirus dans le génome
de l'hôte et les interactions potentielles entre le B19 et le VIH
[6], ainsi que sur les effets à long terme d'expositions
répétées au parvovirus chez les malades immunodéprimés.
En revanche, les processus de fractionnement utilisés à ce
jour pour l'obtention des lots d'albumine semblent permettre une dégradation
et/ou une inactivation satisfaisantes vis-à-vis du B19 [7].
Le B19 constitue un intéressant modèle
de virus non enveloppé pour l'étude de l'efficacité
des futures techniques d'inactivation virale, auxquelles il sera demandé
d'être efficace, non seulement sur les virus enveloppés tels
que le VIH ou le virus des hépatites, mais également sur l'ensemble
des virus connus ou inconnus, qu'ils soient ou non pourvus d'enveloppe. REFERENCES
1. McOmish F, Yap PL, Jordan A, Hart H, Cohen BJ, Simmonds P. Detection
of parvovirus B19 in donated blood : a model system for screening by polymerase
chain reaction. J Clin Microb 1993 ; 31 : 323-8.
2. Mortimer PP, Luban NL, Kelleher JF, Cohen BJ. Transmission of serum
parvovirus-like virus by clotting-factor concentrates. Lancet 1983
; 2 : 482-4.
3.Williams MD, Cohen BJ, Beddall AC, Pasi KJ, Mortimer PP, Hill FGH. Transmission
of human parvovirus B19 by coagulation factor concentrates. Vox Sang
1990 ; 58 : 177-81.
4. Azzi A, Ciapi S, Zakrzewska K, Morfini M, Mariani G, Mannucci PM. Human
parvovirus B19 infection in hemophiliacs first infused with two high-purity,
virally attenuated factor VIII concentrates. Am J of Hemat 1992
; 39 : 228-30.
5. Lefrère JJ, Mariotti M, Thauvin M. B19 parvovirus DNA in solvent/detergent
treated anti-hemophiliac concentrates. Lancet 1994 ; 343 : 211-2.
6. Sol N, Morinet F, Alizon M, Hazan U. Transactivation of the long-terminal
repeat of human immunodeficiency virus type 1 by the parvovirus B19 NS1
gene product. J Gen Virol 1993 ;74 :2011-24.
7. Lefrère JJ, Mariotti M, I. Delacroix, et al. Albumin
batches and B19 parvovirus DNA. Transfusion 1995 ; 35 : 389-91.
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