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TTV, a new virus transmitted by transfusion


Hématologie. Volume 5, Number 1, 98, Janvier-Février 1999, Nouvelle brève



Author(s) : Jean-Jacques Lefrère.

ARTICLE

Mettant à profit la technique de PCR soustractive, désignée par les Anglo-Saxons sous le terme de « RDA » (representational difference analysis), une équipe japonaise [1-3] a isolé en 1997 un clone viral de 500 nucléotides (dit « N22 ») dans le sérum d'un patient présentant une hépatite d'étiologie inexpliquée. C'est par cette technique de PCR soustractive qu'ont été identifiés ces dernières années l'herpès virus humain de type 8 (HVH-8) et le virus dit « de l'hépatite G ».
Les initiales du patient (« TT ») ont été mises à contribution pour désigner le nouvel agent viral. Heureux concours de circonstance, car « TTV » peut également être l'abréviation de transfusion-transmitted virus, ce qui est effectivement une caractéristique de ce virus.
Le « TTV » est un virus à ADN simple brin, non enveloppé, d'environ 3 740 bases, de densité comprise entre 1,26 et 1,35 g/cm3, avec des caractéristiques qui le rapprochent de la famille des Parvoviridae. Il n'a cependant pas d'homologie de séquence avec les autres parvovirus connus, notamment le parvovirus humain (dit B19), de sorte que la classification dans cette famille n'est pas définitive. Le site de réplication du TTV n'est pas encore déterminé. Trois génotypes ont déjà été décrits, avec des sous-types pour certains d'entre eux.
à ce jour, aucun test sérologique basé sur la détection d'un marqueur antigène ou anticorps contemporain de la virémie n'est encore disponible, et le diagnostic d'une infection par le TTV repose sur la détection du génome viral par PCR nichée ou semi-nichée dans le sérum ou le plasma.
La transmission du TTV se fait par voie sanguine et peut être féco-orale (le virus a été retrouvé dans les fécès et la bile de patients virémiques avec une densité plus élevée dans les selles que dans le plasma). La prévalence de l'infection dans la population générale est élevée : chez les donneurs de sang, des taux compris entre 2 et 12 % ont été rapportés dans divers congrès nationaux ou internationaux récents.
Le TTV étant de transmission parentérale, sa prévalence a été trouvée élevée chez les toxicomanes par voie veineuse (près de 40 % des toxicomanes japonais étudiés). Elle l'est également (plus de 80 % des cas) chez les malades transfusés par des concentrés antihémophiliques avant l'application des mesures spécifiques de viro-inactivation. Le génome viral a été identifié dans les fractions stables elles-mêmes, mais avec une fréquence qui serait moindre dans les fractions élaborées à partir de lots plasmatiques ayant subi un processus d'inactivation virale. Le TTV serait ainsi plus sensible à cette inactivation que les autres virus nus à ADN tels que le parvovirus B19, mais cette donnée demande à être confirmée [4].
La répartition de l'infection par le TTV paraît ubiquitaire. L'infection est en tout cas présente, et répandue, au Japon, en Europe, en Afrique et aux États-Unis.
Le portage du virus paraît évoluer sur un mode chronique, comme le montrent à la fois la fréquence élevée de l'infection chez les donneurs de sang et la présence du virus chez des malades transfusés plusieurs années auparavant. Un portage aigu n'est cependant pas exclu.
Les inventeurs japonais du TTV, qui n'ont pas osé donner le nom de « virus de l'hépatite H » au nouvel agent viral qu'ils ont identifié, le présentent néanmoins comme un candidat étiologique des hépatites non A-non G (on se souvient que les lettres F et G ont été récemment utilisées, la première pour un virus dont la réalité n'a pas été confirmée, la seconde pour un virus dont la toxicité hépatique a été exclue par la suite). Les chercheurs japonais ont en effet recherché par PCR la séquence du TTV chez cinq patients ayant une élévation inexpliquée des transaminases et l'ont mis en évidence dans trois cas. Le virus a également été trouvé dans le sérum de patients ayant présenté une hépatite fulminante. Cause ou coïncidence, la question se pose chaque fois.
La leçon du virus dit « de l'hépatite G » aurait-elle été inutile ? À ce jour, au vu des données disponibles, l'attribution formelle au TTV des perturbations hépatiques observées paraît pour le moins prématurée. Mais il convient de rester prudent et de ne pas exclure une toxicité hépatique occasionnelle, qui pourrait être liée soit à un variant, soit à un terrain particulier [4, 5].
En termes de sécurité transfusionnelle, l'éventualité d'un dépistage systématique ne se posera que si le TTV est rendu responsable d'une pathologie spécifique, ce qui n'a pas été le cas pour le virus dit « de l'hépatite G ».
Les études sur le TTV permettront d'établir si le virus constitue un authentique virus d'hépatite ou s'il va rejoindre le virus dit « de l'hépatite G » dans le groupe des agents viraux orphelins de maladie. Dans cette dernière éventualité, la fréquence élevée du portage du virus chez les donneurs de sang pourrait offrir quelque intérêt dans le domaine de la sécurité des produits stables, en constituant un marqueur d'efficacité pour les futurs travaux de viro-inactivation des virus nus.

REFERENCES

1. Nishizawa T, Okamoto H, Konishi K, Yoshizawa H, Miyakawa Y, Mayumi M. A novel DNA virus (TTV) associated with elevated transaminase levels in post transfusion hepatitis of unknown etiology. Biochem Biophys Res Commun 1997 ; 241 : 92-7.

2. Okamoto H, Nishizawa T, Kato N, Ukita M, Ikeda H, Miyakawa Y, Mayumi M. Molecular cloning and characterization of a novel DNA virus (TTV) associated with posttransfusion hepatitis of unknown etiology. Hepatol Res 1998 ; 10 : 1-15.

3. Okamato H, Akahane Y, Ukita M, et al. Fecal excretion of a non enveloped DNA virus (TTV) associated with post transfusion non A-G hepatitis. J Med Virol 1998 ; 56 : 128-32.

4. Simmonds P, Davidson F, Lycett C, et al. Detection of a novel DNA virus (TTV) in blood donors and blood products. Lancet 1998 ; 352 : 191-5.

5. Naoumov N, Petrova EP, Thomas MG, Williams R. Presence of a newly described human DNA virus (TTV) in patients with liver disease. Lancet 1998 ; 352 : 195-7.


 

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