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Mettant à profit la technique de PCR soustractive, désignée
par les Anglo-Saxons sous le terme de « RDA » (representational
difference analysis), une équipe japonaise [1-3] a isolé
en 1997 un clone viral de 500 nucléotides (dit « N22 »)
dans le sérum d'un patient présentant une hépatite
d'étiologie inexpliquée. C'est par cette technique de PCR
soustractive qu'ont été identifiés ces dernières
années l'herpès virus humain de type 8 (HVH-8) et le virus
dit « de l'hépatite G ».
Les initiales du patient (« TT ») ont été
mises à contribution pour désigner le nouvel agent viral.
Heureux concours de circonstance, car « TTV » peut également
être l'abréviation de transfusion-transmitted virus,
ce qui est effectivement une caractéristique de ce virus.
Le « TTV » est un virus à
ADN simple brin, non enveloppé, d'environ 3 740 bases, de densité
comprise entre 1,26 et 1,35 g/cm 3, avec des caractéristiques
qui le rapprochent de la famille des Parvoviridae. Il n'a cependant
pas d'homologie de séquence avec les autres parvovirus connus,
notamment le parvovirus humain (dit B19), de sorte que la classification
dans cette famille n'est pas définitive. Le site de réplication
du TTV n'est pas encore déterminé. Trois génotypes
ont déjà été décrits, avec des sous-types
pour certains d'entre eux.
à ce jour, aucun test sérologique basé sur la
détection d'un marqueur antigène ou anticorps contemporain
de la virémie n'est encore disponible, et le diagnostic d'une infection
par le TTV repose sur la détection du génome viral par PCR
nichée ou semi-nichée dans le sérum ou le plasma.
La transmission du TTV se fait par voie sanguine et peut être
féco-orale (le virus a été retrouvé dans les
fécès et la bile de patients virémiques avec une
densité plus élevée dans les selles que dans le plasma).
La prévalence de l'infection dans la population générale
est élevée : chez les donneurs de sang, des taux compris
entre 2 et 12 % ont été rapportés dans divers congrès
nationaux ou internationaux récents.
Le TTV étant de transmission parentérale,
sa prévalence a été trouvée élevée
chez les toxicomanes par voie veineuse (près de 40 % des toxicomanes
japonais étudiés). Elle l'est également (plus de
80 % des cas) chez les malades transfusés par des concentrés
antihémophiliques avant l'application des mesures spécifiques
de viro-inactivation. Le génome viral a été identifié
dans les fractions stables elles-mêmes, mais avec une fréquence
qui serait moindre dans les fractions élaborées à
partir de lots plasmatiques ayant subi un processus d'inactivation virale.
Le TTV serait ainsi plus sensible à cette inactivation que les
autres virus nus à ADN tels que le parvovirus B19, mais cette donnée
demande à être confirmée [4].
La répartition de l'infection par le TTV paraît ubiquitaire.
L'infection est en tout cas présente, et répandue, au Japon,
en Europe, en Afrique et aux États-Unis.
Le portage du virus paraît évoluer
sur un mode chronique, comme le montrent à la fois la fréquence
élevée de l'infection chez les donneurs de sang et la présence
du virus chez des malades transfusés plusieurs années auparavant.
Un portage aigu n'est cependant pas exclu.
Les inventeurs japonais du TTV, qui n'ont pas osé donner le
nom de « virus de l'hépatite H » au nouvel agent viral
qu'ils ont identifié, le présentent néanmoins comme
un candidat étiologique des hépatites non A-non G (on se
souvient que les lettres F et G ont été récemment
utilisées, la première pour un virus dont la réalité
n'a pas été confirmée, la seconde pour un virus dont
la toxicité hépatique a été exclue par la
suite). Les chercheurs japonais ont en effet recherché par PCR
la séquence du TTV chez cinq patients ayant une élévation
inexpliquée des transaminases et l'ont mis en évidence dans
trois cas. Le virus a également été trouvé
dans le sérum de patients ayant présenté une hépatite
fulminante. Cause ou coïncidence, la question se pose chaque fois.
La leçon du virus dit « de l'hépatite G »
aurait-elle été inutile ? À ce jour, au vu des données
disponibles, l'attribution formelle au TTV des perturbations hépatiques
observées paraît pour le moins prématurée.
Mais il convient de rester prudent et de ne pas exclure une toxicité
hépatique occasionnelle, qui pourrait être liée soit
à un variant, soit à un terrain particulier [4, 5].
En termes de sécurité transfusionnelle, l'éventualité
d'un dépistage systématique ne se posera que si le TTV est
rendu responsable d'une pathologie spécifique, ce qui n'a pas été
le cas pour le virus dit « de l'hépatite G ».
Les études sur le TTV permettront d'établir
si le virus constitue un authentique virus d'hépatite ou s'il va
rejoindre le virus dit « de l'hépatite G » dans le groupe
des agents viraux orphelins de maladie. Dans cette dernière éventualité,
la fréquence élevée du portage du virus chez les
donneurs de sang pourrait offrir quelque intérêt dans le
domaine de la sécurité des produits stables, en constituant
un marqueur d'efficacité pour les futurs travaux de viro-inactivation
des virus nus.
REFERENCES
1. Nishizawa T, Okamoto H, Konishi K, Yoshizawa H, Miyakawa Y, Mayumi
M. A novel DNA virus (TTV) associated with elevated transaminase levels
in post transfusion hepatitis of unknown etiology. Biochem Biophys
Res Commun 1997 ; 241 : 92-7.
2. Okamoto H, Nishizawa T, Kato N, Ukita M, Ikeda H, Miyakawa Y, Mayumi
M. Molecular cloning and characterization of a novel DNA virus (TTV)
associated with posttransfusion hepatitis of unknown etiology. Hepatol
Res 1998 ; 10 : 1-15.
3. Okamato H, Akahane Y, Ukita M, et al. Fecal excretion of
a non enveloped DNA virus (TTV) associated with post transfusion non
A-G hepatitis. J Med Virol 1998 ; 56 : 128-32.
4. Simmonds P, Davidson F, Lycett C, et al. Detection of a novel
DNA virus (TTV) in blood donors and blood products. Lancet 1998
; 352 : 191-5.
5. Naoumov N, Petrova EP, Thomas MG, Williams R. Presence of a newly
described human DNA virus (TTV) in patients with liver disease. Lancet
1998 ; 352 : 195-7.
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