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Les actualités en hémostase XXXIXe congrès de la Société Américaine d'Hématologie, San Diego, États-Unis, 5-9 décembre 1997


Hématologie. Volume 4, Number 3, 242-51, Mai-Juin 1998, Congrès


Résumé  

Author(s) : Coordinateur : Claude Négrier.

ARTICLE

Au cours du dernier congrès de la Société Américaine d'Hématologie à San Diego du 5 au 9 décembre dernier, plusieurs praticiens, grâce à l'aide logistique du Laboratoire Bayer, ont suivi quotidiennement les présentations dans le domaine de l'hémostase pour en retenir l'essentiel.

Ce texte représente le fruit de leur travail sans pour autant représenter l'exhaustivité des domaines abordés. Il a été réalisé par les Docteurs Hervé Chambost (Marseille), Yves Gruel (Tours), Thierry Lambert (Paris), Jean-Louis Lorenzini (Dijon), Bénédicte Morlaes (Paris), Claude Négrier (Lyon), Nathalie Stieltjes (Paris) et Monique Vicariot (Brest).

Les plaquettes sanguines

L'adhésion et l'agrégation plaquettaire

Les éléments intervenant au cours de l'adhésion plaquettaire impliquent le facteur Willebrand (FW), le collagène et le complexe glycoprotéique GPIb/IX/V. Le rôle de GPIb/IX/V dans des conditions dynamiques a été étudié en chambre de perfusion avec des cellules de mammifère exprimant GPIb/IX/V de manière partielle ou complète. Ainsi, le roulement de cellules CHO transfectées, exprimant le complexe Ib/IX/V, sur du FW immobilisé est complètement inhibé par un anticorps monoclonal anti-GPIbalpha ou un anticorps anti-FW. Ce phénomène de roulement implique uniquement une interaction entre le FW et GPIb/IX/V sans aucune contribution du complexe GPIIbIIIa. Ces résultats suggèrent que les ponts entre le FW et la GPIbalpha se forment de manière permanente et sont également dissociés sous la contrainte des forces de cisaillement (abst. 90). Un tel processus permettrait, in vivo, aux plaquettes de ralentir et éventuellement d'être stoppées sur la paroi du vaisseau.

L'adhésion plaquettaire au collagène implique non seulement une interaction du FW avec le complexe GPIb-IX-V mais aussi une fixation du collagène au complexe alpha2beta1. Deux polymorphismes existent au niveau du gène codant pour la sous-unité alpha2, et concernent les nucléotides 867 (C/T) et 873 (G/A). L'allèle 807C/873G est associé à une plus faible expression d'alpha2beta1 alors que les sujets 807T/873A ont en moyenne 1,6 fois plus d'alpha2beta1 à la surface de leurs plaquettes (abst. 105). Dans une population de sujets sains, les fréquences alléliques sont de 0,56 pour 807C et 0,44 pour 807T et ces valeurs sont identiques dans tous les types de maladie de Willebrand, sauf dans le type 1. Dans ce dernier cas, la fréquence de l'allèle 807C est significativement plus élevée (0,78) et la densité des récepteurs alpha2beta1 est plus faible, pouvant contribuer au saignement chez ces malades (abst. 107).

Au cours de la maladie de Willebrand sévère de type 3 ou de type 1 "platelet low" avec un déficit plasmatique et intraplaquettaire en FW, le contenu des granules a en multimérine, (mais aussi en facteur V, thrombospondine, fibrinogène, fibronectine, ostéonectine, et P-sélectine) est normal, indiquant que les processus conduisant au stockage du FW et de la multimérine sont indépendants (abst. 2659).

La séquence minimale permettant l'association des sous-unités alpha et beta des intégrines humaines a été recherchée par transduction de différentes sous-unités complètes ou tronquées alphaIIb, beta1 et beta1 beta3 hybrides. La famille des intégrines comprend en effet 16 sous-unités alpha et 8 sous-unités beta qui peuvent s'associer sélectivement pour former 22 récepteurs différents. En fait, toutes les paires alpha beta théoriquement possibles ne sont pas retrouvées, suggérant l'existence d'une régulation moléculaire et cellulaire très stricte du processus conduisant à l'association des différentes sous-unités entre elles. Un hexapeptide unique VGSDNH situé dans le domaine cytoplasmique de la sous-unité beta3 joue un rôle clé dans l'association des deux sous-unités. Le contact limité entre séquences compatibles à l'intérieur des domaines fonctionnels des sous-unités, serait une étape préliminaire indispensable à l'assemblage de l'hétérodimère naissant (abst. 1909).

Plusieurs présentations ont concerné les processus de signalisation intraplaquettaire, étudiant les rôles de différentes tyrosine-kinases. L'activation de la tyrosine-kinase pp72Syk a été étudiée dans un modèle de cellules CHO. Cette protéine subit une phoshorylation des tyrosines et une activation après la fixation de ligands à alphaIIbbeta3 (abst. 1888). Les résultats présentés montrent que Syk intervient précocement lors de la signalisation médiée par alphaIIbbeta3 qui implique les domaines cytoplasmiques des deux sous-unités alphaIIbeta et beta3 et la protéine Src. Dans une autre étude, le rôle de Syk lors de la signalisation "inside-out" a été évalué à l'aide d'anticorps monoclonaux. Les plaquettes murines avec un défaut d'expression de la protéine Syk présentent également un défaut d'activation d'alphaIIbbeta3 et fixent moins le fibrinogène que les plaquettes humaines normales. Syk jouerait donc un rôle important dans la signalisation plaquettaire "inside-out" dépendante de alphaIIbbeta3 (abst. 1889). L'étude des événements succédant à l'occupation du récepteur par un ligand (signalisation "outside-in") a confirmé le rôle de la séquence NPLY située dans le domaine cytoplasmique de la sous-unité beta3 (abst. 2547). L'étude en cytométrie de flux de cellules CHO transfectées avec des ADNc codant pour des sous-unités beta3 sauvages ou mutantes a permis de confirmer le rôle essentiel de la séquence NPLY dans l'adhésion, l'étalement cellulaire, la phosphorylation de tyrosines et la rétraction du caillot. Par ailleurs, la rupture du pont disulfure Cys5-Cys435 produit un complexe alphaIIbbeta3 constitutivement actif capable de lier le fibrinogène soluble, ou de fixer des anticorps monoclonaux anti-LIBS ou mimant le fibrinogène (PAC-1) (abst. 2549).

Le rôle des récepteurs adrénergiques a été analysé avec des souris transgéniques dont les plaquettes ont perdu toute possibilité d'agrégation induite par l'adrénaline. Les résultats présentés indiquent que chez la souris, l'activation plaquettaire induite par l'épinéphrine est médiée uniquement par des récepteurs adrénergiques de sous-type alpha2a (abst. 1243).

Les glycoprotéines plaquettaires en pathologie

Une mutation hétérozygote composite concernant GPIba et correspondant à des mutations faux-sens Cys 65 => Arg et Trp 498 => stop a été rapportée dans un nouveau syndrome de Bernard Soulier. Une transfection stable de cellules CHO avec un plasmide contenant la mutation Trp 498 => stop induit une expression très réduite de GPIba par rapport au type sauvage. Si au contraire, la transfection est réalisée par un ADN avec la mutation Cys 65 => Arg, l'expression de GPIbalpha n'est pas diminuée mais la protéine ne peut lier le facteur Willebrand en présence de botrocétine. Ainsi, ce nouveau variant semble associer une expression diminuée de GPIbalpha et la production d'une protéine anormale (abst. 614).

Le gène hCDCrel-1, localisé moins de 250 nucléotides en 5' du gène GPIbbeta, contribuerait à réguler la transcription de GPIbbeta. Le produit de ce gène est analogue à des protéines connues sous le nom de septines qui participeraient au maintien d'une biologie mégacaryocytaire normale (abst. 94-95).

De nouvelles mutations touchant les gènes de alphaIIb et de beta3 ont été rapportées. Deux patients d'origine hispanique, dont la lésion moléculaire consistait en une double hétérozygotie sur la sous-unité alphaIIb ont été présentés  : une mutation ponctuelle C1414 => G sur l'exon 14 fait apparaître un codon stop remplaçant le résidu Tyr 440, et est associée à une insertion d'un nucléotide G en position 3016 de l'exon 29, conduisant elle aussi à une mutation non sens (abst. 97). Une mutation homozygote Pro 176 => Ala, liée à une mutation faux-sens C => G située dans l'exon 4 du gène de alphaIIb, modifie les capacités de liaison de alphaIIbbeta3 lors des changements conformationnels induits par une activation (abst. 101). En ce qui concerne la sous-unité beta3, une substitution Leu 262 => Pro, identifiée dans une thrombasthénie de type II associée à une rétraction du caillot normale, est liée à deux mutations hétérozygotes situées dans l'exon 5 du gène (délétion des bases 865 et 866 d'une part et mutation faux-sens T880C). Ce variant suggère que, dans la région encadrant Leu 262, les domaines d'interaction de beta3 avec le fibrinogène et la fibrine sont différents (abst. 98). La rétraction du caillot est normale aussi (et donc la liaison de la fibrine à alphaIIbbeta3) chez un variant avec une mutation faux-sens homozygote Asp 119 => Asn et la liaison au fibrinogène abolie (abst. 99).

Une tentative de correction phénotypique de thrombasthénie a été faite par transduction de mégacaryocytes au moyen de rétrovirus murins véhiculant la sous-unité beta3 du complexe alphaIIbbeta3. La présence de l'ADNc ainsi que l'expression de surface d'alphaIIbbeta3 sont démontrées dans les mégacaryocytes qui, 10 jours après transduction, étaient capables de provoquer la rétraction du caillot (abst. 1236).

Un modèle de souris présentant une thrombasthénie de Glanzmann construit par knockout de beta3 a été présenté (abst. 2550). Ces souris semblent viables et fertiles, mais avec une mortalité accrue liée à des anomalies variées essentiellement du tractus digestif et de la rate. Ce modèle est incontestablement un outil utile pour l'étude de la thrombasthénie ou du rôle de la sous-unité beta3 des intégrines.

Certains des polymorphismes de séquence des glycoprotéines de la membrane plaquettaire pourraient être des facteurs de risque thrombotique, en particulier coronaire. Pour ce qui concerne GPIbalpha, selon une équipe japonaise (abst. 675), un polymorphisme Thr145Met et quatre séquences répétées de 13 acides aminés sont deux facteurs de risque indépendants pour les coronaropathies ischémiques. Pour ce qui concerne alphaIIbbeta3, une étude (abst. 1122) portant sur 298 sujets ayant eu une angiographie coronaire (124 infarctus du myocarde, 83 patients avec une coronaropathie sans infarctus du myocarde et 91 contrôles) montre que la prévalence du génotype HPA-1b est significativement plus élevée en cas d'infarctus du myocarde récent (de moins d'un an) , en particulier chez les patients de moins de 60 ans, par rapport au groupe de patients ayant une maladie coronaire sans nécrose myocardique, mais n'est pas significativement différente chez les patients avec infarctus par rapport au groupe contrôle. Enfin, chez les patients avec infarctus et un génotype HPA-1b, l'âge moyen de survenue de l'infarctus est significativement plus bas que chez les patients HPA-1a. Les auteurs concluent que le génotype HPA-1b ne serait pas un facteur de risque héréditaire pour la maladie coronaire elle-même, mais représenterait plutôt un facteur de risque d'infarctus du myocarde chez les patients ayant une coronaropathie pré-existante.

Sous l'angle physiopathologique, deux travaux ont étudié l'affinité du complexe alphaIIbbeta3 pour le fibrinogène et les peptides contenant la séquence RGD, en fonction du génotype HPA-1. L'une de ces études a été consacrée à l'adhésion sur du fibrinogène immobilisé de cellules CHO surexprimant les deux formes polymorphes de alphaIIbbeta3, HPA-1a et HPA-1b (abst. 102). En conditions statiques, les cellules exprimant HPA-1b se fixent mieux au fibrinogène que les cellules HPA-1a et cette différence persiste meme si des forces de cisaillement sont appliquées. En revanche, l'autre étude (abst. 676), en comparant l'affinité de alphaIIbbeta3 pour le fibrinogène chez des sujets exprimant HPA-1b par rapport aux plaquettes de sujets homozygotes HPA-1a, montre que la présence de l'allèle HPA-1b ne modifie ni l'affinité de aIIbbeta3 pour le fibrinogène, ni la capacité du peptide RGDS à inhiber la liaison du fibrinogène. Cette étude suggère donc que l'allèle HPA-1b n'induit pas de modification de alphaIIbbeta3 qui puisse expliquer de manière satisfaisante la prédisposition apparente aux thromboses artérielles coronaires.

Les thrombopénies immunologiques

Pour le purpura thrombopénique idiopathique (PTI), de nouvelles approches thérapeutiques pourraient résulter d'études récentes sur la physiopathologie évaluant notamment la durée de vie de plaquettes autologues, le pourcentage des plaquettes réticulées, les taux de la glycocalicine et de la thrombopoïétine, et l'évolution de la biopsie médullaire.

Les voies thérapeutiques actuelles sont les Ig anti-D chez des patients non splénectomisés avec une analyse intermédiaire qui montre le bénéfice de fortes doses (75 mg/kg) par rapport à 50 mg/kg. L'efficacité des fortes doses de dexamethasone est par ailleurs contestée et actuellement évaluée. La thrombopoïétine a un intérêt discutable dans le PTI où la production plaquettaire est le plus souvent normale. Elle pourrait cependant modifier l'équilibre entre production et destruction plaquettaire et être d'un certain intérêt chez les patients réfractaires aux thérapeutiques habituelles. Des études de phase I ont commencé avec un anti-CD40 ligand, l'interaction du CD40 sur les cellules B et de son ligand sur les cellules T jouant un rôle important pour produire des anticorps. L'épuration des anticorps sur une colonne de protéine A du staphylocoque n'a pas prouvé son efficacité sauf dans quelques cas, et est parfois mal tolérée.

Les thrombopénies induites par l'héparine (TIH) représentent une complication sévère des traitements par les héparines. Elles apparaissent classiquement après le 5e jour de traitement mais peuvent être plus précoces s'il y a eu administration antérieure et surtout récente d'héparine, situation fréquente en cardiologie interventionnelle. Une TIH peut aussi survenir alors que l'héparine a été arrêtée depuis plusieurs jours. La remontée habituelle du nombre des plaquettes après arrêt de l'héparine n'est donc pas constante. Cliniquement les thromboses veineuses et artérielles dominent le tableau, mais il est utile de connaître l'existence de certaines formes atypiques. Ainsi, dans certains cas, les thromboses peuvent être absentes avec seulement une nécrose cutanée. Les thromboses veineuses sont quatre fois plus fréquentes que les thromboses artérielles et selon Kelton (Canada) ces dernières surviennent préférentiellement dans un contexte de pathologie et/ou de chirurgie vasculaire. Le diagnostic positif de TIH est souvent difficile. Les critères cliniques ne sont en fait applicables que rétrospectivement, et il n'y a pas aujourd'hui de consensus clair en ce qui concerne les tests biologiques qui doivent être employés. Il semble néanmoins nécessaire d'associer une méthode fonctionnelle telle que le test de release de sérotonine radio-marquée, ou l'agrégation plaquettaire, moins sensible, et une méthode immunologique telle que l'ELISA HPF4. Les épitopes reconnus par les anticorps lors de TIH impliquent l'extrémité C-terminale du facteur 4 plaquettaire, mais ne nécessitent pas obligatoirement la participation des résidus lysine 62 et 66 qui contribuent à la liaison de la chimiokine à l'héparine (abst. 2792).

Pour le traitement des TIH, l'utilisation isolée d'un antivitamine K favoriserait la survenue de gangrène veineuse et de nécrose cutanée et doit donc être évitée. Les patients ont néanmoins un risque élevé de thrombose et les approches thérapeutiques en cas de thrombose confirmée sont, en Europe, l'hirudine (Lepirudin) et aux États-Unis, l'Argatroban en cours d'essai ou le Lomoparan (danaparoid sodium) qui devrait prochainement obtenir une AMM dans cette indication.

Les transfusions plaquettaires

Dans l'étude TRAP (Trial to Reduce Alloimmunization to Platelets), les réactions d'intolérance aux transfusions de plaquettes ont été étudiées au cours de 8 769 épisodes transfusionnels chez 598 patients (abst. 1172) randomisés pour recevoir des concentrés de plaquettes issues 1) soit de mélanges standards (groupe contrôle), 2) soit de mélanges filtrés (F PC), 3) soit de mélanges irradiés avec des UVB (UVB PC), ou 4) soit avec des concentrés de plaquettes d'aphérèse filtrés (F AP). Des réactions modérées à sévères sont apparues chez 22 % des patients (2 % des transfusions) : frissons avec tremblements (1,6 % des transfusions), fièvre (0,3 %), dyspnée et cyanose (0,3 %), urticaire (0,3 %), bronchospasme (0,15 %). Il n'a pas été retrouvé de différence significative dans l'incidence de ces réactions selon le type de produit plaquettaire transfusé. Les facteurs majorant le risque de réaction sont la durée de conservation du produit si elle est supérieure à 2 jours, le contenu en leucocytes avec un risque relatif doublé avec plus de 1.106 leucocytes, et la numération de plaquettes avant transfusion. L'âge, le sexe, les antécédents de grossesse, la présence d'anticorps lymphocytotoxiques ou antiplaquettaires, l'irradiation des plaquettes ou la réduction de volume n'ont pas d'influence. Le rendement transfusionnel plaquettaire une heure après transfusion est plus bas en cas d'intolérance et les auteurs concluent à l'intérêt d'utiliser des plaquettes fraîches. Dans la même étude TRAP, les facteurs influençant la réponse aux transfusions de plaquettes ont été étudiés chez 538 patients au cours de 6 919 épisodes transfusionnels, en numérant les plaquettes avant et une heure après la transfusion (abst. 1175). Les patients inclus n'avaient pas d'anticorps lymphocytotoxiques au début de l'étude. Le rendement plaquettaire diminue avec le nombre de transfusions (p < 0,001). La fièvre, une infection sous-jacente, un saignement, l'irradiation des plaquettes, un traitement par amphotéricine B, et des antécédents de grossesse sont associés de façon significative à un rendement plus faible de la transfusion (p < 0,001). Le rendement transfusionnel est aussi diminué chez les patients qui reçoivent des plaquettes issues de mélanges irradiées par UV B ou filtrées. Il est en revanche augmenté avec les plaquettes d'aphérèse filtrées, chez les patients splénectomisés, si les plaquettes sont ABO compatibles et conservées moins de 2 jours (p < 0,001). Le traitement des concentrés de plaquettes par UV et psoralènes est efficace pour l'inactivation des virus VIH, VHC, VHB, CMV et des bactéries. La tolérance et l'efficacité de ces concentrés ont été étudiées chez des sujets sains en utilisant des plaquettes autologues et les auteurs ne rapportent pas d'effet indésirable. L'efficacité est légèrement diminuée par rapport aux concentrés de plaquettes non traités (récupération = 42,5 G/l ± 8,7 vs ± 50.3 ± 8.2 ; durée de vie = 4,8 ± 1 jour vs 6,0 ± 1,2) (abst. 1171).

Des expériences d'expansion ex vivo des progéniteurs mégacaryocytaires à partir des cellules CD34 du sang périphérique, de la moëlle osseuse ou du sang de cordon ont été rapportées (abst. 759, abst. 2389-2397). Les cellules CD34 sont cultivées 12 jours en présence de thrombopoïétine (TPO), d'IL-3 ou d'autres cytokines, soit avec du sérum humain soit dans un milieu sans sérum. Les meilleurs résultats sont obtenus après addition de TPO et de cytokines en milieu sans sérum. Ces études montrent que l'expansion ex vivo des précurseurs mégacaryocytaires est possible avec un intérêt potentiel en cas de thrombopénie post-chimiothérapie.

Des études préliminaires avec des fragments de membranes plaquettaires (IPM) dans les thrombopénies ont été présentées (abst. 1170). Ces microparticules lyophilisées sont soumises à une atténuation virale par chauffage et peuvent être conservées à 4 °C pendant 3 ans. Une efficacité dose-dépendante a été observée chez le lapin avec un raccourcissement du temps de saignement (TS) après administration de 2 mg/kg toutes les 8 heures (abst. 168). Une étude de phase I a montré une diminution du TS et une bonne tolérance. Il n'a pas été noté d'immunisation anti-HLA, antiplaquettaire ou anti-IPM chez les 15 patients exposés aux IPM à deux reprises. Lors de l'étude de phase II, 31 patients avec des hémorragies muqueuses ont été randomisés pour recevoir soit des plaquettes soit des IPM. Une réponse favorable a été observée chez 58 % des patients réfractaires aux plaquettes, et chez 71 % des patients bon répondeurs aux transfusions plaquettaires.

 

Le facteur Willebrand et la maladie de Willebrand

La structure tridimensionnelle du domaine A1 du facteur Willebrand (FW) a été précisée et son site de liaison à GPIb/IX, partiellement déterminé par des études fonctionnelles avec des protéines mutantes (abst. 1907). Ce site de liaison semble distinct du site de liaison à l'héparine et de la région où les mutations responsables de type 2B ont jusqu'à présent été localisées. La liaison entre le domaine A1 du FW et la glycoprotéine Ib/IX/V est déterminante pour l'adhésion, mais des interactions entre le domaine A3 FW et le collagène sont impliquées aussi. La structure cristallographique du domaine A3 ayant été préalablement définie, différentes protéines ont été exprimées dans E.Coli et lorsqu'une mutation ponctuelle touche le segment a6 et le début de l'hélice alpha7, la liaison du FW au collagène de type III est diminuée d'environ 50 % (abst. 88).

Des informations complémentaires sur les fonctions du FW pourront probablement être obtenues au moyen de souris transgéniques. Le croisement d'animaux hétérozygotes a permis d'obtenir des souris homozygotes complètement déficientes en FW qui sont viables et fertiles et qui, en absence de traumatisme chirurgical, ne présentent pas de saignement spontané (abst. 1906).

L'identification des anomalies moléculaires responsables des maladies de Willebrand de type 2 a permis une meilleure connaissance des régions impliquées dans la fonction de la molécule. Dans le type 2A, les mutations siègent le plus souvent au niveau de l'exon 28 (domaine A2) avec un défaut de "processing" intracellulaire et de sécrétion des multimères de haut poids moléculaire (groupe 1), ou une sensibilité excessive des sous-unités sécrétées à une protéase plasmatique, aboutissant également à une absence des multimères de haut poids moléculaire dans le plasma (groupe 2). Dans le type 2B, la plupart des mutations sont localisées dans le domaine A1, au niveau du site de liaison à la GPIb, et sont responsables de l'affinité accrue de la molécule pour le récepteur plaquettaire. Dans le type 2N, les mutations sont regroupées dans le domaine D' qui code pour l'extrémité N-terminale du FW mature, région où se trouve le site de liaison au facteur VIII, ce qui rend compte du déficit apparent en facteur VIII (dont le taux est de 10-20 % chez les homozygotes). Dans les types 1 et 3, un nombre limité de mutations a pu être identifié. Leur recherche est beaucoup plus lourde car elle nécessite une exploration de tout le gène (soit 52 exons), les mutations n'étant pas localisées en des points précis du gène, contrairement aux types 2. Les rares délétions n'ont été observées que dans des types 3, et leur existence à l'état homozygote est un facteur favorisant l'apparition d'allo-anticorps anti-FW après traitement substitutif.

Différentes études ont rappelé les difficultés du diagnostic et de la prise en charge de cette pathologie. Une enquête nationale Italienne (abst. 132) portant sur plus de 2 500 patients retient 880 maladies de Willebrand (type 1 : 64,5 % ; type 2 : 22 % ; type 3 : 6,5 %). 78 % des types 1 n'ont jamais été transfusés et 19 % des patients sont traités par la DDAVP seule. En ce qui concerne les types 2, 60 % des patients n'ont pas reçu de transfusions et la DDAVP a été utilisée avec bénéfice chez 10 % des patients. De telles études permettent d'apprécier les besoins thérapeutiques de cette pathologie.

Le diagnostic de maladie de Willebrand de type 1 reste difficile, surtout en pédiatrie où les critères retenus par l'ISTH (antécédents personnels et familiaux de saignement avec données biologiques) sont en pratique insuffisants. Une étude Austro-Canadienne (abst. 129) a analysé les résultats de 53 enfants et 47 apparentés, et les critères ISTH sous-estiment le nombre de patients selon la symptomatologie hémorragique (45 % contre 59 %) et sous-évaluent les types 1. Les difficultés du diagnostic de maladie de Willebrand ont également été soulignées dans une étude évaluant la variabilité des paramètres biologiques en fonction du cycle menstruel chez la femme (abst. 130). À partir de 155 échantillons appariés pour les groupes O et non O et considérant les mesures effectuées pendant ou en dehors des périodes de règles, on observe une variation de l'activité co-facteur de la ristocétine, du facteur Willebrand et du facteur VIII, qu'il est utile de connaître.

Les conséquences gynéco-obstétricales de la maladie de Willebrand de type 1, habituellement considérées comme moins sévéres que les types 2 et 3 ont été analysées chez 199 patientes (abst. 131). Soixante-dix-neuf pour cent des femmes étudiées ont des ménorragies à partir de l'âge de 13 ans ; 62 % d'entre elles rapportent une diminution d'activité professionnelle ou scolaire (2,2 ± 5 jours) dans les 12 mois précédant l'étude. La contraception orale standard utilisée chez 53 % des patientes est un échec vis-à-vis de la symptomatologie dans 31 % des cas, et les fortes doses d'œstroprogestatifs utilisées pour 30 % des patientes échouent dans 63 % des cas. Enfin 2/3 des patientes ont reçu une transfusion de globules rouges pour des hémorragies du postpartum.

Les facteurs plasmatiques de la coagulation

Les facteurs de la voie extrinsèque

Le facteur tissulaire (FT), glycoprotéine transmembranaire déclenchant la coagulation, a une synthèse dont la régulation au sein des cellules endothéliales présente des spécificités. Ainsi, dans la région 5' non traduite du gène du FT, des séquences régulatrices inhibitrices seraient uniquement retrouvées au niveau de l'endothélium (abst. 1295). Une autre étude montre l'existence d'un répresseur spécifique (absent des fibroblastes et des cellules musculaires lisses) inhibant la transcription du gène du facteur tissulaire (abst. 1294). En dehors de son rôle pour l'activation du VII, le FT agit aussi comme un récepteur impliqué dans la transduction de signaux intracellulaires, par la phosphorylation de MAPkinases telles que la p44-42 MAPK dans les cellules endothéliales (abst. 1779).

L'expression simultanée du FT et de VEGF (facteur de croissance des cellules endothéliales vasculaires) par certaines cellules cancéreuses a été démontrée. Dans des cellules de mélanome malin (abst. 1296), la régulation des deux gènes du FT et du VEGF est indépendante, et une expression majorée du FT n'induit pas d'angiogenèse. L'expression du FT est majorée dans les vaisseaux athéromateux dans l'intima. La présence simultanée de TFPI pouvant être synthétisé par les cellules endothéliales, mais présent aussi dans les cellules musculaires lisses, est inconstante. Dans les plaques d'athérome contenant du TFPI, la neutralisation de celui-ci par un anticorps augmente l'activité du facteur tissulaire. Dans les vaisseaux qui sont dépourvus de TFPI, le risque thrombotique est donc probablement plus élevé. Le FT peut être présent à la surface cellulaire sous forme dimérisée et alors inactive. La mobilisation de calcium intracellulaire entraîne une dissociation des dimères et augmente l'activation du FIX et du FX (abst. 1293). Dans des fibroblastes et des monocytes traités par des endotoxines, une compétition entre le FX et le FIX vis-à-vis du complexe FT/VIIa a été mise en évidence (abst. 1292). Ainsi, paradoxalement, un taux relativement plus élevé de FX diminue la génération de thrombine en réduisant l'activation du FIX. Le rôle du complexe FT/VIIa dans le développement fœtal et embryonnaire est illustré par des études réalisées à l'aide de souris knockout (abst. 1775). Ainsi, les souris FVII(-/-) présentent des hémorragies périnatales alors que celles FT(-/-) ou exprimant un TFPI délété du domaine K1 (qui fixe le FVIIa) meurent prématurément, avec pour les premières des troubles de croissance, et pour les secondes une CIVD. Les souris ayant un double déficit FVII(-/-) et TFPI(-/-) ont une survie normale avec un phénotype équivalent à celui des souris uniquement FVII(-/-). Le FVII n'est donc pas indispensable à une embryogenèse normale, et le TFPI en contrôlant la coagulation régule probablement le développement fœtal.

Le complexe FT/VII est une cible pharmacologique de grand intérêt. Les effets d'une protéine hybride Xa-TFPI inhibant le complexe FT/VIIa ont été comparés chez l'animal à ceux d'inhibiteurs spécifiques du Xa (protéine recombinante de la tique ou r-TAP) ou de la thrombine (Argatroban). Avec une efficacité anti-thrombotique identique, la construction Xa-TFPI allonge moins le temps de saignement et le risque hémorragique est plus faible. Ces résultats suggèrent que le développement des thromboses pourrait être limité par l'inhibition de la voie FT-VIIa avec un risque hémorragique moindre (abst. 1299).

L'hémophilie et son traitement

Le diagnostic génétique n'est direct que dans les 45 % de cas d'hémophilie A sévère dus à l'inversion dans l'intron 22 (inv 22). Dans les autres cas, le diagnostic est toujours indirect, avec un risque d'erreur plus ou moins important selon que les marqueurs utilisés sont intra- ou extragéniques. Il faut garder à l'esprit que la mère d'un hémophile porteur de l'inv 22 est généralement conductrice, cette recombinaison ne se produisant quasiment que dans les gamètes mâles. Il existe encore 10 % de cas où le diagnostic en biologie moléculaire n'est pas possible. Seule, la mise en évidence directe des mutations pourrait répondre à ces situations, mais cette technique est encore de l'ordre de la recherche. Le rôle de l'inversion dans l'intron 22 en tant que facteur favorisant la survenue d'inhibiteurs est encore discuté.

Une étude multicentrique américaine a évalué l'efficacité et la sécurité de l'acétate de Desmopressine par administration au moyen d'un spray nasal (abst. 134). 333 patients ont été inclus dans cette étude de phase IV multicentrique prospective comprenant des patients avec une hémophilie A mineure (n = 124), une maladie de Willebrand type 1 (n = 172), et des conductrices d'hémophilie A (n = 23). Les doses moyennes administrées en traitement curatif ou prophylactique ont été de 3,5 à 4,5 mg/kg. Une réponse de bonne qualité est retrouvée dans 92 % des cas. Quatre-vingts patients (24 %) ont rapporté des effets secondaires dont la quasi-totalité (88 %) ont été considérés comme mineurs ou modérés, la majorité étant apparemment imputable à l'administration de desmopressine. Trente-trois événements indésirables ont été qualifiés de sévères (essentiellement des céphalées), l'imputabilité à la desmopressine ayant été établie chez 3 patients seulement. L'un d'entre eux a dû arrêter l'utilisation du produit. En conclusion, l'administration de desmopressine par voie intranasale représente un médicament efficace et bien toléré chez les patients ayant une maladie de Willebrand de type 1 ou une hémophilie A fruste.

Différents aspects de l'hémophilie ont été abordés : sécurité virale des produits de substitution, place de la prophylaxie chez l'enfant et prise en charge des patients avec inhibiteurs. La principale préoccupation au cours des dernières années a été d'améliorer les produits en visant une augmentation de la pureté et surtout une réduction des risques infectieux. Ces deux objectifs doivent être réalisés en veillant au respect de l'intégrité de la protéine afin de ne pas risquer de voir apparaître une augmentation d'immunogénicité et une incidence anormale d'inhibiteurs. Les techniques d'inactivation virale actuellement utilisées (traitement solvant-détergent, pasteurisation, chauffage) ont montré leur efficacité vis-à-vis des virus enveloppés connus (VIH, VHB, VHC) mais sont imparfaites pour les virus non enveloppés (parvovirus B19, VHA). Après les infections rapportées chez les hémophiles en Europe depuis 1992, la transmission du VHA par un concentré de facteur VIII SD a été bien documentée, avec mise en évidence du virus dans le lyophilisat. Un facteur IX SD a aussi été vraisemblablement responsable d'hépatites A chez des hémophiles B (abst. 1817). Pour 2 produits développés aux États-Unis, l'ajout d'un chauffage à sec (79-80 °C pendant 72 heures) au traitement SD n'a pas induit de nouvel inhibiteur chez des patients déjà exposés au Facteur VIII (abst. 686, 689). L'efficacité de ce traitement contre le virus VHA a été montré pour l'un d'entre eux avec une réduction virale supérieure à 7 log. Dans l'attente d'une sécurité renforcée vis-à-vis des virus non enveloppés, les consignes de vaccination contre l'hépatite A restent de rigueur. L'efficacité et la bonne tolérance de l'administration sous-cutanée du vaccin anti-hépatite A chez l'enfant hémophile ont été rapportées (abst. 141). Récemment, aux États-Unis comme en France, plusieurs lots de produits dérivés du sang ont été retirés dans un but de sécurisation renforcée vis-à-vis d'une possible transmission de l'agent de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. En effet, cette éventualité est actuellement prise en considération tant au niveau de la sélection des donneurs que de la traçabilité. L'absence de cas rapporté de contamination transfusionnelle malgré la mise en place d'enquêtes et de réseaux de surveillance est plutôt rassurante. On remarque en particulier que les enquêtes réalisées aux États-Unis chez les receveurs de produits sanguins issus de donneurs atteints antérieurement d'encéphalopathie spongiforme n'ont pas retrouvé de cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Les facteurs VIII recombinants actuellement disponibles sont obtenus à partir de cellules cultivées en présence de protéines bovines et/ou humaines et sont stabilisés en phase finale par de l'albumine humaine. Le développement de nouveaux produits recombinants, dits de 2e génération, vise à éliminer ces protéines dans un but de sécurisation supplémentaire. Le facteur IX recombinant remplit ces objectifs et a fait l'objet de présentations démontrant son efficacité, sa tolérance et l'absence d'immunogénicité marquée chez 56 patients préalablement traités, tout comme chez 21 patients naïfs. Dans ces études pour lesquelles les médianes d'exposition au facteur IX recombinant sont respectivement de 49 et 4 jours, seul 1 patient préalablement traité a développé un inhibiteur anti-IX de faible titre (1 UB) et transitoire (abst. 684, 688).

Bien que les premiers traitements prophylactiques aient été réalisés il y a une quarantaine d'années chez l'hémophile sévère, cette approche thérapeutique reste controversée. Si les bénéfices semblent indéniables en regard des complications orthopédiques, les modalités de la prophylaxie optimale sont en cours d'évaluation pour de nombreux paramètres : âge de début, caractère primaire (substitution de principe) ou secondaire (substitution après hémarthrose), durée, posologie et rythme d'administration, choix de produit, indication éventuelle d'une mise en place de voie veineuse centrale chez le petit enfant. On retiendra que la prophylaxie représente un enjeu médico-économique majeur (abst. 142). Les surcoûts immédiats liés au traitement prophylactique pourraient être réduits en modifiant le rythme d'administration des injections. Une étude prospective en cours aux États-Unis compare le traitement prophylactique et le traitement à la demande vis-à-vis des complications orthopédiques et du retentissement psycho-social de l'hémophilie, en analysant les coûts respectifs de chaque modalité thérapeutique.

La survenue d'une réponse immunitaire dirigée contre le facteur déficitaire reste une complication fréquente et grave de l'hémophilie. Parmi les alternatives thérapeutiques permettant de court-circuiter la voie de coagulation classique, le facteur VII recombinant activé a démontré son efficacité et sa bonne tolérance dans le traitement des accidents hémorragiques chez l'hémophile A et B avec inhibiteur. Quatre-vingt-douze pour cent de résultats satisfaisants ont été enregistrés dans le traitement à domicile d'accidents hémorragiques de gravité minime ou modérée lors de 614 épisodes évaluables chez 60 hémophiles A et B avec inhibiteur (abst. 149, 150). Les régimes de tolérance immune pour le traitement de fond de l'hémophilie avec inhibiteur sont encore mal définis dans leurs modalités (dose, rythme d'administration, rapidité du relais vers une prophylaxie). Les résultats du registre américain de tolérance immune confirment la nécessité de débuter le traitement lorsque le titre de l'inhibiteur est faible (85 % de succès dans un délai moyen de 10 mois lorsque le titre préalable est inférieur à 10 UB). Le titre maximum avant induction et le pic de l'inhibiteur sous tolérance immune sont inversement corrélés avec la réponse au traitement. L'analyse des données de ce registre conduit les auteurs à recommander une posologie minimale quotidienne de 50 UI/kg de facteur VIII (abst. 685). Par ailleurs, ce type de traitement doit être réalisé avec précaution chez les hémophiles B en raison du risque important de réaction allergique sévère et de syndrome néphrotique.

La survenue d'accidents hémorragiques chez les hémophiles contaminés par le VIH et traités par antiprotéases a été à nouveau évoquée par une étude regroupant 161 cas de saignements rapportés (abst.139). Parmi ces patients, 44 (27 %) étaient hémophiles (86 % d'hémophiles A), la moitié environ provenant de pays autres que les États-Unis. Un tiers des saignements était des hémarthroses et un autre tiers des saignements cutanés. Aucun décès n'a été rapporté, mais 23 patients ont arrêté leur traitement. Parmi ceux-ci, deux tiers (15/23) ont constaté une amélioration de la symptomatologie clinique après l'arrêt de l'antiprotéase. Des études complémentaires sont nécessaires pour préciser l'incidence et la physiopathologie de ces accidents.

Les autres facteurs de coagulation

La première mutation située dans l'exon 9 du gène de la carboxylase humaine a été mise en évidence (abst. 1284). Cette mutation faux-sens transformant une arginine en codon stop a été retrouvée chez quatre patients issus d'une famille avec consanguinité connue. Ces 4 patients présentaient tous une diminution de toutes les protéines vitamino-K dépendantes ayant une fonction procoagulante ou anticoagulante. L'expression fonctionnelle de cette mutation dans des cellules d'insecte, a confirmé l'activité réduite de l'enzyme et le profil de ségrégation de cette mutation correspondait parfaitement à l'expression phénotypique de la maladie chez les patients. La transmission de cette nouvelle anomalie de l'hémostase semble être autosomale récessive. Une souris transgénique déficitaire pour le gène de la carboxylase a été construite par recombinaison homologue dans les cellules ES. Sous l'angle moléculaire cette construction conduit à une délétion des exons 3 à 13 du gène de la carboxylase. Ce nouveau modèle animal pourra servir à évaluer les apports et rôles respectifs de chacune des protéines vitamino-K dépendantes.

Les plaquettes activées fournissent une surface au niveau de laquelle le facteur XI est activable par la thrombine ou le facteur Xa (abst. 111). Un facteur XI spécifique est associé à la membrane plaquettaire, différant du facteur XI plasmatique par l'absence en position N-terminale d'une séquence codée par l'exon 5 du gène et résulte d'un épissage alternatif. Le facteur XI plaquettaire est présent uniquement dans les mégacaryocytes et les plaquettes et son expression membranaire est augmentée par l'ADP et le collagène indépendamment d'une sécrétion du contenu des granules alpha (abst. 111). Il est normalement représenté dans les plaquettes de patients ayant un déficit sévère en XI plasmatique (< 1 %) et son évaluation pourrait donc être un élément déterminant pour prédire le risque hémorragique de ces malades.

Les approches de thérapie génique

Dans le cadre du sous-comité sur l'hémostase, Inder Verma (Salk Institute, San Diego) a présenté l'intérêt et l'état actuel des projets de thérapie génique de l'hémophilie. La thérapie génique pourrait ainsi transformer un hémophile sévère en hémophile modéré ou fruste, approche correspondant à l'équivalent d'une prophylaxie à long terme.

En dehors des aspects limitants connus des rétrovirus et adénovirus utilisés en tant que vecteurs de transgènes du facteur VIII ou du facteur IX, il a précisé l'utilité des lentivirus qui sont des virus intégratifs dérivés du modèle VIH. Ce nouveau modèle viral semble avoir comme avantage une efficacité de transduction importante, de l'ordre de 80 % dans les cellules modèles utilisées. Il n'induit pas de réponse immunitaire connue de type humoral ou cellulaire et, du fait de l'intégration, l'expression du transgène semble persister pendant au moins 6 mois.

Keith Campbell (Écosse) a rappelé la méthodologie employée pour le clonage de gros animaux tels que le mouton. L'une des applications possibles dans le domaine de l'hémostase est la production de molécules telles que le facteur IX, le facteur VII, le fibrinogène ou encore la protéine C par ces animaux transgéniques.

Plusieurs présentations ont été faites par ailleurs dans le domaine de la thérapie génique des maladies de l'hémostase. L'affection candidate la plus étudiée est toujours l'hémophilie. Les approches sont toujours nombreuses et les résultats variables. Certains auteurs utilisent toujours les rétrovirus comme vecteurs. L'approche la plus simple consiste à injecter le rétrovirus recombinant par voie intraveineuse directe (abst. 1054). Les niveaux circulants de facteur VIII obtenus chez le lapin et le chien, bien que trop variables selon les animaux, semblent prometteurs et surtout l'expression est prolongée pendant plusieurs mois. La transduction de cellules médullaires stromales in vitro par un rétrovirus recombinant fournit également un facteur de coagulation biologiquement actif et les niveaux circulants obtenus chez le chien après ré-injection des cellules transduites semblent intéressants (abst. 1052). Les fibroblastes, du fait de leur facilité d'obtention, avaient été parmi les premières cellules cibles envisagées, mais les résultats obtenus restaient décevants. L'insuffisance de standardisation de la technique d'implantation sous-cutanée des cellules transduites est l'un des facteurs à l'origine des différences observées dans les niveaux de production de facteur IX. Néanmoins, 2 lapins ainsi traités ont eu une production de facteur IX humain de plus de 600 jours par cette approche (abst. 520). L'adénovirus associé (AAV) est un autre vecteur qui a largement été employé. Les contraintes de taille du transgène pour l'encapsidation virale ont conduit à n'utiliser que des ADNc du facteur VIII délétés du domaine B (abst. 518). Après transduction cellulaire in vitro, une production de facteur VIII biologiquement actif a pu être obtenue en utilisant un promoteur minimal du facteur Willebrand. Pour le facteur IX, l'injection directe intra-musculaire et intra-hépatique a été évaluée in vivo chez la souris (abst. 1055). Une expression prolongée du facteur de coagulation a pu être obtenue, dont le niveau est dépendant de la cellule cible et du promoteur utilisé dans la construction génétique. Un résultat voisin a été présenté chez le chien hémophile après injection intramusculaire (abst. 1056).

Le déficit homozygote en protéine C est une autre pathologie avec une perspective de thérapie génique (abst. 519). Un rétrovirus recombinant véhiculant le transgène de la protéine C humaine a été introduit in vivo dans le foie de rats. La production de protéine C a pu atteindre 22 % 1 à 2 mois après l'infection de certains animaux et cette valeur plasmatique a persisté 1 an.

Physiopathologie et traitement des thromboses

Thrombophilie héréditaire et acquise

La prévalence des 3 polymorphismes pouvant augmenter le risque thrombogène : facteur V Leiden (G1691A), facteur II (G20210 A), MTHFR ou méthyl-tétra-hydro-folate-réductase (C677T), a été étudiée chez 136 patients non apparentés avec antécédents de thrombose veineuse confirmée (abst. 1125). Le polymorphisme du facteur V est retrouvé chez 36,3 %, celui du facteur II chez 19,9 % et celui de la MTHFR chez 21,3 % des patients avec thrombose. Dans le groupe témoin, les valeurs sont respectivement de 3,9, 5,4 et 14,3 %. La présence de chaque polymorphisme augmente le risque thrombotique mais celui-ci diffère selon l'anomalie : le plus élevé est associé à la mutation du facteur V, et le plus faible à la mutation MTHFR homozygote. Un double déficit existe dans 40 % des cas, avec un risque de thrombose majoré. Différentes communications ont par ailleurs confirmé que le risque thrombotique, notamment de la mutation du facteur V, est moins élevé que le risque hémorragique généré par un traitement AVK au long cours institué systématiquement (abst. 657, 672).

Une étude française, multicentrique, prospective, analysant 85 cas avec un facteur V Leiden à l'état homozygote, montre l'absence de thrombose chez 31 % des sujets après un suivi prospectif supérieur à 4 ans (abst. 654). Dans 54 % des cas, une exposition à des facteurs de risque supplémentaires a été sans conséquence. 65 % des homozygotes ont présenté une thrombose à un âge moyen de 45 ans, dans 78 % des cas en territoire veineux, avec un facteur de risque associé dans 38 % des cas. Le premier accident est plus précoce dans la vie chez la femme (28 ans) que chez l'homme (43 ans). Cette étude suggère que l'état homozygote ne semble pas induire systématiquement de pathologie thrombogène, mais la fréquence des récidives est plus importante par rapport aux hétérozygotes. Différentes études (abst. 655-657) ont confirmé la relative fréquence de la mutation Leiden dans la population caucasienne (6-7 %). Le risque de thrombose veineuse semble faible (environ 10 % des hétérozygotes), favorisé par les situations à risque avec un premier accident volontiers tardif. La prévention au long cours par anticoagulants oraux ne paraît pas souhaitable chez les sujets hétérozygotes ou homozygotes asymptomatiques.

Une étude multicentrique allemande (abst. 2089) concernant 285 enfants de moins de 18 ans avec antécédents de thrombose artérielle et/ou veineuse retrouve une anomalie thrombogène dans 78 % des cas. Deux anomalies combinées existent pour 21 % des patients et un déficit touchant la protéine C, la protéine S, ou le facteur V est le plus souvent retrouvé. Avant l'âge de 1 an, les garçons ont plus souvent une thrombose, alors qu'entre 10 et 18 ans, les filles sont plus fréquemment atteintes. Des accidents artériels sont plus fréquemment retrouvés chez les sujets les plus jeunes, alors que les accidents veineux augmentent avec l'âge.

Le suivi durant au moins deux ans de 184 patients asymptomatiques dont 37 avec un déficit en antithrombine III (20 %), 88 un déficit en protéine C (48 %) et 59 un déficit en protéine S (32 %), retrouve une incidence annuelle moyenne de 1,3 % d'accidents veineux thrombo-emboliques (abst. 672). En cas d'exposition à une situation à risque (chirurgie, traumatisme, immobilisation, contraception orale, grossesse), l'incidence augmente à 9,5 %. Le risque thrombotique spontané est inférieur au risque hémorragique d'un traitement anticoagulant oral à n'envisager chez les sujets asymptomatiques que lorsqu'il existe une situation thrombogène.

Une élévation de l'homocystéine plasmatique serait un facteur de risque indépendant d'artériopathie. La mutation MTHFR susceptible d'influencer les taux d'homocystéine a été recherchée dans différentes études. Chez 421 patients d'un institut cardiovasculaire, l'homocystéinémie totale est plus élevée en cas de coronaropathie, mais la mutation hétérozygote n'est pas retrouvée plus fréquemment dans le groupe malade que dans le groupe contrôle (abst. 666). La mutation MTHFR n'influence le taux circulant d'homocystéine que si elle est associée à un taux de folates bas. Un facteur environnemental contribuerait donc au développement de l'artériopathie (abst. 645 et 646).

Il a été montré qu'une génération accrue de thrombine favorise l'activation du TAFI ou Thrombin Activatable Fibrinolysis Inhibitor qui inhibe la fibrinolyse. Une étude Néerlandaise retrouve une corrélation inverse entre le taux de TAFI et le temps de lyse du caillot plasmatique (abst. 643), qui disparaît avec un anticorps neutralisant le XI. Par conséquent, en l'absence d'anomalie de la voie intrinsèque, le taux de TAFI détermine le temps de lyse du caillot.

Plusieurs communications ont étudié l'association entre la mutation 20210 G => A du gène de la prothrombine et les thromboses veineuses et artérielles (abst. 648 à 653 et 1125 à 1127). L'allèle 20210 A présent chez 2 % environ des sujets caucasiens, n'est pas exprimé dans certaines éthnies (juifs éthiopiens), est rare chez les africains noirs, mais plus fréquent chez les juifs ashkénazes (6 %). L'étude d'une population de sujets homozygotes, hétérozygotes et normaux a montré comme pour le facteur V Leiden, l'existence d'un gène ancestral commun (abst. 1127). L'allèle 20210 A serait un facteur de risque d'infarctus du myocarde chez le sujet jeune (odd ratio = 4.2) en particulier chez la femme, en cas de diabète, d'obésité et d'intoxication tabagique (abst. 1126). Selon une étude italienne (abst 648), les sujets hétérozygotes 20210 A sont exposés à un risque plus élevé de thrombose veineuse cérébrale (OR = 10.2), considérablement majoré en cas de prise d'œstroprogestatifs (OR = 144). Selon Corral et al. (abst 649), l'allèle 20210 A est plus fréquent non seulement chez les patients ayant une thrombose veineuse profonde (OR = 9.82) mais aussi dans les coronaropathies ischémiques. L'allèle muté 20210 A au décours d'un premier accident de thrombose veineuse profonde doit enfin être recherché quelque soit l'âge (abst. 650).

Thrombose et paroi vasculaire

R. Ross, auteur de la théorie plaquettaire de l'athérogenèse, a souligné que l'adhésion de monocytes et de lymphocytes à la paroi vasculaire majorait l'expression de molécules telles qu'ICAM-1 et VCAM-1. Les monocytes après adhésion se transforment en macrophages, en cellules spumeuses et synthétisent du facteur tissulaire qui contribue aux dépôts de fibrine dans la plaque d'athérome. Le rôle du PDGF des plaquettes et des monocytes a lui aussi été souligné puisque les lésions d'athérome sont réduites de 50 % chez la souris knockout (PDGFbeta-/-).

D. Wagner avec des souris knockout a précisé le rôle athérogène de la E-sélectine et de la P-sélectine endothéliale. Par ailleurs, à l'aide d'un modèle visualisant in vivo l'adhésion plaquettaire à une artériole de petit calibre, elle n'observe pas après lésion vasculaire la formation de thrombi occlusifs dans la microcirculation chez la souris knockout pour le gène du facteur de Willebrand.

Enfin les rôles respectifs de la coagulation et de la fibrinolyse dans l'athérogénèse ont été étudiés avec des souris knockout pour les gènes codant le fibrinogène et le plasminogène. Ainsi le déficit en plasminogène majore l'athérosclérose chez la souris déficitaire en apoE (apoE-/-), alors qu'il n'a aucun effet chez une souris apoE(+/+). Le rôle direct du fibrinogène dans l'athérosclérose est discuté puisque la souris afibrinogénémique apoE(-/-) présente des lésions d'athérome qui ne sont pas diminuées. Le rôle de la thrombine générée après rupture d'une plaque d'athérome avec exposition de facteur tissulaire d'origine monocytaire a également été souligné.

Le syndrome des antiphospholipides

Il a été montré que les IgG antiphospholipides (APL) réduisent le taux d'annexine V des microvillosités placentaires, de cellules trophoblastiques en culture et accélèrent la coagulation plasmatique (abst. 1772), ce qui pourrait donc contribuer aux pertes fœtales associées au syndrome des APL. La plupart des résistances à la protéine C activée est due à une mutation du facteur V, mais 10 % apparaissent être acquises. Ainsi une étude portant sur 117 patients avec des anticorps auto-immuns et un syndrome des APL retrouve une association significative entre anticorps antinucléaires et résistance à la protéine C activée (abst. 1771). Enfin, les APL augmentent l'expression in vitro des molécules d'adhésion (I-CAM-I, V-CAM-I et E-sélectine) et ce processus pourrait favoriser le développement des thromboses in vivo (abst. 1275).

La prévalence des APL élevés de façon persistante dans la population est de l'ordre de 1 %. Seuls les patients qui ont présenté une thrombose veineuse ou artérielle doivent recevoir un traitement anticoagulant. Les antivitamine K avec un INR > 3 seraient plus efficaces que les plus faibles doses (INR < 3) mais le risque hémorragique est plus élevé. L'association aspirine-AVK n'apporte pas de bénéfice. Chez certains patients avec un anticoagulant lupique, l'INR n'est pas appliquable pour le suivi des AVK et le dosage chromogénique du facteur X serait utile. Les stéroïdes et les immuno-suppresseurs sont discutés dans cette situation, mais l'hydroxychloroquine diminuerait la fréquence des accidents thrombotiques chez les patients avec un lupus.

Pour les patients thrombopéniques avec thrombose, il est préconisé de remonter le nombre des plaquettes avec des corticoïdes et d'ajouter ensuite des antivitamines K. Dans le cas d'une grossesse avec risque d'avortements à répétition, l'aspirine à faible dose associée à une héparine sous-cutanée est recommandée. Il n'y a aucune expérience sur les héparines de bas poids moléculaire dans ce contexte. Les immunoglobulines intraveineuses ont été utilisées après échec des autres thérapeutiques. Dans un modèle murin, l'interleukine 3 et les anticorps anti-CD4 ont été efficaces pour réduire les avortements et améliorer la thrombopénie.

Le syndrome dramatique des APL est une complication rare qui peut impliquer de nombreux organes : détresse respiratoire, manifestations neurologiques, insuffisance rénale, CIVD, thromboses vasculaires, insuffisance cortico-surrénalienne et ulcérations cutanées. Dans cette situation, les plasmaphérèses semblent être la thérapeutique la plus efficace. Lors de complications hémorragiques telles l'hémorragie bilatérale des surrénales, l'emploi des corticoïdes est justifié.

Informatique et médecine

À l'heure actuelle, l'informatique intervient de manière majeure dans notre activité professionnelle. Compte tenu de la masse d'informations à manipuler, les applications informatiques devraient apporter une aide précieuse. À titre d'exemples, trois domaines ont été considérés  : l'entrée et la mise à jour des données dans les dossiers médicaux, le calcul de la relation coût/efficacité des thérapeutiques, l'entretien et la mise à jour des connaissances.

W. Bria (Ann Arbor, Michigan) a d'abord présenté le rôle que peut jouer une base de données dans le traitement des informations concernant les patients hospitalisés. Une donnée assez simple permet de comprendre l'intérêt d'une telle méthode. Sur une étude effectuée dans différents hôpitaux aux États-Unis, seules 40 % des données médicales ou paramédicales sont en général présentes dans les dossiers médicaux au moment voulu. On peut imaginer qu'un système informatique adapté permettrait d'augmenter de façon extrêmement importante ce pourcentage relativement faible. Un tel système doit permettre d'avoir aussi accès, de façon rapide, à une information biologique, clinique ou thérapeutique dans le dossier patient. Il doit être flexible et adaptable, permettant d'assister le praticien dans ses choix cliniques ou thérapeutiques par le biais de liens avec des bases de données. L'un des objectifs est d'optimiser le temps passé par le médecin dans la consultation du dossier. La mise en place d'un suivi clinique et/ou thérapeutique d'une part et d'autre part la définition des éléments d'évaluation permettant l'analyse qualitative de certaines données ont été abordées. Les problèmes de confidentialité, les variables à prendre en compte et la facilité du suivi longitudinal nécessitent néanmoins un formatage particulier de l'information. Un exemple de suivi des infections et des traitements antibiotiques durant 7 ans a été présenté, témoignant déjà des progrès réalisés dans ce domaine.

W. Mohlenbrock (Iameter, Inc., San Mateo, CA) a développé la place de l'outil informatique dans l'évaluation de la qualité des soins. À l'heure actuelle, se développent des systèmes de mesure de la qualité des soins basés sur des informations médicales, sur la consommation des ressources (analyses paramédicales nécessaires au diagnostic et traitements engagés), sur des indices permettant de mesurer l'état de santé du patient ainsi que son niveau de satisfaction sur la prise en charge. Il est possible d'individualiser des variations parfois importantes dans les budgets consacrés à une pathologie donnée en différents endroits. La question est de savoir si cette fluctuation du coût est corrélée à une différence dans la gravité des cas et des pathologies associées, dans la qualité des soins prodigués et dans les résultats obtenus. Il devient ainsi possible de comparer les pratiques médicales et les dépenses engagées par patient en fonction d'indices de qualité. On peut théoriquement estimer qu'une amélioration de la qualité devrait aller de pair avec une réduction des variations interétablissements et intermédecins.

B. Rose (Wellesley, Massachusetts) a ensuite envisagé la question de l'accessibilité à l'information médicale. Une étude préalable publiée dans les années 80 permet de saisir le sens de ce problème  : 66 % des patients voyant un médecin posent une question à laquelle le médecin ne sait pas répondre. Cette question est généralement liée au problème médical particulier du patient et 70 % des questions se situent en dehors de la spécialité du médecin auquel la question est posée. Il semble possible d'identifier environ 600 sujets par spécialité qui représentent la quasi-totalité des questions posées par les patients. Ainsi, un logiciel dénommé "UpToDate" a été mis au point avec la collaboration de plusieurs spécialistes qui, progressivement, a pour objectif de couvrir chacune des spécialités médicales. Ce système mis en œuvre tient compte d'une interprétation régulière de la littérature, ce qui sous entend une analyse critique des données par des collèges de spécialités, lesquelles sont régulièrement actualisées pour être proposées aux utilisateurs. Il est évident que les formats de CD-ROM et de sites internet conviennent parfaitement bien à cette activité dont on peut imaginer que le développement se poursuivra dans les prochaines années, notamment dans le processus de formation médicale continue. Le domaine de l'hématologie devrait être couvert en 1998.


 

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