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On sait, depuis les travaux de Lorenz en 1951 [1] que la moelle est la
source exclusive des cellules souches hématopoïétiques,
c'est-à-dire des cellules capables de reconstituer l'hématopoïèse
de receveurs irradiés à dose létale. Depuis cinq
ans environ, différents travaux suggèrent que la moelle
pourrait être la source de cellules souches d'un type différent
à l'origine des lignages du mésenchyme-chondro-ostéoblastique,
fibroblasto-adipocytaire, musculaire lisse et musculaire sarcomérique.
Les travaux les plus récents portent
sur le lignage des cellules musculaires squelettiques. Ferrari et al.
dans le numéro du 6 mars 1998 de Science [2] ont montré
que des cellules médullaires murines participaient à la
régénération musculaire de souris immunodéficientes.
Leur démonstration est passée par deux étapes. Dans
un premier temps, ils ont injecté, dans un muscle endommagé
(après injection locale de cardiotoxine), des cellules médullaires
et, dans le muscle controlatéral, des cellules satellites (d'origine
musculaire et considérées comme les cellules locales primitives
du lignage musculaire squelettique). Cellules médullaires et cellules
satellites provenaient d'animaux transgéniques pour nls lacZ
(sous le contrôle du promoteur de la chaîne légère
de la myosine à spécificité musculaire squelettique)
et étaient de ce fait facilement reconnaissables après marquage
bleu utilisant le substrat X Gal, à la condition d'être déterminées
selon le lignage myogénique. Deux semaines après l'administration
locale, de nombreuses fibres musculaires contenaient des noyaux bleus
indiquant la différenciation myogénique, non seulement,
et comme attendu, après administration des cellules satellites,
mais aussi après celle des cellules médullaires.
Dans une deuxième série d'expériences
les souris receveuses H-2d ont été irradiées
et transplantées avec les cellules médullaires des souris
transgéniques H-2b. Deux à trois semaines après
l'injection intraveineuse, on a pu constater, dans les fibres musculaires
des animaux sacrifiés, des noyaux bleus, aussi bien au niveau des
fibres centrales immatures que des fibres périphériques
matures. Par ailleurs, l'étude du complexe majeur d'histocompatibilité
a montré une reconstitution hématopoïétique,
médullaire, splénique et thymique.
Ces données montrent que la moelle contient
des précurseurs myogéniques et suggèrent que ces
précurseurs sont capables de passer dans la circulation avant de
coloniser les muscles endommagés et de reconstituer les fibres
lésées. Un travail de l'équipe de Caplan publié
en 1995 [3] suggère que ces précurseurs pourraient être
une sous-classe de cellules stromales, puisque des cellules adhérentes
de culture au long cours de moelle de rat peuvent, sous l'influence d'agents
déméthylant l'ADN (dérivés de l'azacytidine),
donner naissance à des cellules multinucléées allongées
contenant de la myosine à spécificité musculaire
squelettique et capables de se contracter, spontanément et sous
l'influence de l'acétylcholine.
Des travaux également récents de l'équipe de Prockop
[4, 5] ont par ailleurs montré que la moelle de souris contenait
des précurseurs capables de se nicher, après transplantation
d'animaux irradiés, dans l'os, le cartilage et les poumons. Ces
cellules paraissent également d'origine stromale, étant
obtenues à partir de couche adhérente de culture au long
cours.
Ces différents travaux, s'ils sont extrapolables
à l'homme, ont un intérêt considérable en thérapie
génique. Les cellules stromales sont en effet aisément cultivables.
Leur transduction à l'aide de vecteurs rétroviraux ne pose
pas de problème majeur [6].
L'administration intraveineuse chez l'homme n'entraîne pas d'effet
secondaire notable [7]. Les conditions seraient donc réunies pour
cultiver les cellules, y introduire le gène thérapeutique
d'intérêt, les injecter par voie intraveineuse et ainsi permettre
le traitement de myopathies ou d'ostéopathies congénitales
(maladie de Duchenne, osteogenesis imperfecta...).
REFERENCES
1. Lorenz E, Uphoff D, Reid TR, Shelton E. Modification of irradiation
injury in mice and guinea pigs by bone marrow injections. J Nat Cancer
Inst 1951 ; 12 : 197-201.
2. Ferrari G, Cusella-De Angelis G, Coletta M, Paolucci E, Stornaiulo
A, Cossu G, Mavilio F. Muscle regeneration by bone marrow-derived myogenic
progenitors. Science 1998 ; 279 : 1528-30.
3. Wakitani S, Saito T, Caplan AI. Myogenic cells derived from rat bone
marrow mesenchymal stem cells exposed to 5-azacytidine. Muscle &
Nerve 1995 ; 18 : 1417-26.
4. Pereira RF, Halford KW, O'Hara MD, Leeper DB, Sokolov BP, Pollard
MD, Bagasra O, Prockop DJ. Cultured adherent cells from marrow can serve
as long-lasting precursor cells for bone, cartilage, and lung in irradiated
mice. Proc Natl Acad Sci USA 1995 ; 92 : 4857-61.
5. Pereira RF, O'Hara MD, Laptev AV, Halford KW, Pollard MD, Class R,
Simon D, Livezey K, Prockop DJ. Marrow stromal cells as a source of progenitor
cells for non hematopoietic tissues in transgenic mice with a phenotype
of osteogenesis imperfecta. Proc Natl Acad Sci USA 1998 ;
95 : 1142-7.
6. Bulabois CE, Yerly-Motta V, Mortensen BT, Fixe P, Remy-Martin JP,
Hervé P, Tiberghien P, Charbord P. Retroviral-mediated marker gene
transfer in hematopoiesis-supportive marrow stromal cells. J Hematother
1998 (sous presse).
7. Lazarus HL, Haynesworth SE, Gerson SL, Rosenthal NS, Caplan AI. Ex
vivo expansion and subsequent infusion of human bone marrow-derived
stromal progenitor cells (mesenchymal progenitor cells) : implications
for therapeutic use. Bone Marrow Transplant 1995 ; 16 :
557-64.
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