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Prion diseases: etiologic agents and pathogenesis


Hématologie. Volume 7, Number 4, 276-86, Juillet - Août 2001, Revues


Résumé   Summary  

Author(s) : Dominique Dormont, Service de neurovirologie, Commissariat à l'énergie atomique, Centre de recherches du service de santé des armées, École pratique des hautes études, DSV/DRM, BP 6, 92265 Fontenay-aux-Roses cedex..

Summary : Transmissible spongiform encephalopathy agents also named prions are responsible for transmissible subacute spongiform encephalopathies (TSE) in humans and animals. The analysis of purified infectious fractions removed from infected brains are mostly composed of one host-coded protein, the prion protein (PrP), and free of any detectable specific nucleic acid. In vivo, raise in infectivity titre is always associated with a proportional accumulation of PrP. Aminoacid sequences of PrP obtained from normal and infected brains are identical, and these two proteins differ only by their biochemical and biophysical behaviour: in particular, PrP from TSE-affected individuals resists proteinase K digestion. PrP-c is the PrP found in normal individuals, PrP-res is the proteinase K resistant PrP identifiable in infected individuals. Lastly, infected organisms accumulate their own PrP-res and not the PrP-res present in the inoculum. TSE agents are capable of crossing the species barrier. In March 96, a new variant of Creutzfeldt-Jakob disease (vCJD) has been described in the UK. This emerging disease is now recognised to be induced by the BSE agent. This raises questions about the safety of medicinal products and drugs that are derived from TSE susceptible species, including humans.

Keywords : transmissible spongiform encephalopathies, prion disease, Creutzfeldt-Jakob disease.

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ARTICLE

Les agents transmissibles non conventionnels (ATNC) ou prions constituent, de par leurs propriétés physico-chimique et biologiques, une atypie dans le règne des agents transmissibles. À l'origine des encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST), leur nature précise est encore inconnue, même si l'hypothèse qui prévaut en 2001 postule qu'ils sont constitués d'une protéine de l'hôte, la PrP, sous une forme pathologique résistante partiellement aux protéases, la PrP-res [1, 2]. Les ATNC sont capables d'induire des ESST chez l'homme et dans certaines espèces de mammifères. Chez l'homme, il s'agit du kuru, de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), du syndrome de Gerstmann-Sträussler-Scheinker et de l'insomnie fatale familiale (IFF). Chez l'animal, les ESST comprennent la tremblante naturelle du mouton et de la chèvre, la maladie du dépérissement chronique des ruminants sauvages, l'encéphalopathie du vison, l'encéphalopathie spongiforme féline et l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). La transmissibilité des ATNC a été démontrée pour la première fois par deux vétérinaires toulousains en 1938 [3], grâce à l'injection intracérébrale à des moutons sains d'un broyat de cerveau provenant d'un animal naturellement infecté.

Les ESST humaines et animales naturelles à ATNC possèdent un double déterminisme génétique et infectieux. L'utilisation des techniques modernes de la génétique moléculaire a permis de préciser l'importance du génome de l'hôte dans la susceptibilité aux ATNC voire dans l'expression clinique de la maladie qu'ils induisent. Cette importance de la structure génétique de l'hôte se retrouve chez l'homme et dans la tremblante naturelle du mouton.

Principales caractéristiques des encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles

Les ESST humaines et animales, naturelles et expérimentales, ont en commun un certain nombre de caractéristiques :

- elles débutent toujours par une très longue phase asymptomatique pouvant aller de 16 mois jusqu'à plus 40 ans chez l'homme ;

- lorsque les signes cliniques apparaissent, ils sont toujours le reflet exclusif de l'atteinte du système nerveux central (ataxie cérébelleuse, syndrome pyramidal, démence chez l'homme et troubles comportementaux chez l'animal), sans aucune des manifestations habituelles des maladies infectieuses (pas de fièvre, par exemple) ;

- sur le plan biologique, il n'y a aucune anomalie biochimique ou cellulaire du sang ou du liquide céphalo-rachidien, en dehors, chez l'homme, de la détection de l'énolase spécifique des neurones et de la protéine 14-3-3 [4] ;

- le système immunitaire ne semble pas répondre de façon détectable à l'infection et à la multiplication de l'agent : il n'y a ni synthèse d'anticorps spécifique, ni installation d'une réponse immune cellulaire spécifique ;

- il n'existe aucun test de dépistage non invasif permettant le diagnostic au stade clinique ou préclinique ;

- les lésions histopathologiques sont exclusivement localisées au sein du système nerveux central ; elles sont toujours d'allure dégénérative (vacuolisation du neurophile conduisant à la spongiose, gliose astrocytaire, mort neuronale, parfois plaques amyloïdes), sans œdème cérébral, ni infiltrat de cellules immunocompétentes, ni démyélinisation ;

- l'observation en microscopie électronique ne permet pas de mettre en évidence de structure évocatrice d'un micro-organisme malgré les titres infectieux très élevés présents dans le système nerveux central.

Les maladies humaines à prions

Le kuru

Le kuru est une maladie neurologique décrite uniquement chez les Fore, peuplade papoue vivant dans les vallées d'une zone très montagneuse en Nouvelle-Guinée [5]. À l'époque de sa découverte, le kuru tuait en moyenne 1 à 10 % de la population par an selon les villages et on estime à environ 2 500 le nombre des décès imputables au kuru depuis sa description. Les enfants des deux sexes étaient atteints par la maladie, mais la population adulte féminine était deux à trois fois plus atteinte que la population masculine.

Sur le plan clinique, le début est insidieux, se traduisant le plus souvent par une ataxie tronculaire, associée à un fin tremblement des extrémités et de la tête qui se majore à l'effort. À la phase d'état, les signes de début s'accentuent et se compliquent de l'émergence d'une paralysie oculaire (strabisme convergent), d'une dysarthrie, d'une rigidité de type parkinsonien, d'une exagération des réflexes, d'une labilité émotionnelle majeure, et de l'apparition de mouvements choréiformes. Il n'y a jamais de fièvre à ce stade de la maladie. L'évolution se fait vers un état grabataire, et la mort survient en 1 an au plus de complications infectieuses provoquées par le décubitus. Sur les 30 000 Fore vivant à l'époque de la description de la maladie, 27 % des sujets atteints ont moins de 15 ans, 7 % sont âgés de 15 à 20 ans, et 66 % ont plus de 20 ans.

La neuropathologie retrouve la triade habituellement rencontrée dans les ESST : vacuolisation neuronale, mort neuronale et gliose. Des plaques amyloïdes spécifiques caractéristiques peuvent être identifiées.

Sur le plan épidémiologique, il s'agit d'une maladie transmissible à fort déterminisme génétique. En effet, les populations voisines des Fore, vivant selon un mode comparable, ne sont pas atteintes par le kuru, suggérant un déterminisme génétique important au moins dans la susceptibilité à la maladie : la transmission de la susceptibilité génétique se ferait sur le mode autosomal dominant. La transmission de l'agent s'effectue lors des rites funéraires. Femmes et enfants participent à la préparation des repas funéraires : les cadavres sont dépecés et consommés. Depuis l'arrêt des rites funéraires anthropophagiques, l'incidence de la maladie a décru, et seuls cinq à dix cas de kuru par an sont rapportés depuis plusieurs années (ces cas apparaissent actuellement chez des adultes de plus de 45 ans, ayant tous participé à des rites funéraires dans leur enfance).

La maladie de Creutzfeldt-Jakob

Généralités

La maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) a été décrite quasi simultanément par Creutzfeldt et Jakob en 1920 et 1921. Il s'agit d'une maladie strictement neurologique qui atteint des individus des deux sexes entre 50 et 65 ans. On en décrit des formes sporadiques (85 à 90 %), des formes familiales (10 à 15 %) et des formes infectieuses le plus souvent d'origine iatrogénique ; sa durée d'évolution est en moyenne de 6 mois pour les formes sporadiques et de 6 à 24 mois pour les formes familiales. La maladie de Creutzfeldt-Jakob est toujours mortelle.

Clinique de la maladie sporadique

Sur le plan clinique, la maladie débute le plus souvent de façon insidieuse, avec un état dépressif initial d'1 à 2 mois, qui passe souvent inaperçu. L'âge moyen de début est de 62 ans. Le tableau clinique de début associe le plus souvent une perte de mémoire, des altérations comportementales, et des troubles cérébelleux, auxquels peuvent s'associer parfois des troubles visuels et des signes pariétaux (paresthésies d'un hémicorps). La phase d'état se caractérise surtout par la confirmation du syndrome démentiel ; les signes neurologiques observés au début se bilatéralisent, et des myoclonies diffuses arythmiques intéressant les membres et la face apparaissent. De plus, des mouvements anormaux uni- puis bilatéraux, avec une dysmétrie cérébelleuse ou une ataxie profonde ainsi qu'un syndrome pyramidal sont le plus souvent retrouvés. L'ensemble de ces anomalies aboutit à des spasmes oppositionnistes très nets avec des secousses, parfois associés à une rigidité. Ce tableau se complète assez fréquemment par une dysarthrie. Le tableau psychiatrique se caractérise par un état démentiel, un aspect terrifié du faciès évoquant un onirisme au long cours.

Au plan de la fréquence de ces signes cliniques à la phase d'état, la démence est présente dans 100 % des cas, les myoclonies dans 88 % des cas, le syndrome extrapyramidal dans 66 %, et le syndrome cérébelleux dans 62 % des cas, les troubles visuels étant retrouvés dans environ 36 % des cas, les troubles sensoriels dans 12 % des cas, les atteintes des nerfs crâniens dans 9 % des cas et les crises convulsives surviennent chez 8 % des patients.

L'évolution se fait toujours vers la mort en quelques semaines à quelques mois (moyenne 6 mois). Les myoclonies deviennent diffuses et leur amplitude se majore, la rigidité s'accroît, et un état comateux survient précédant la mort d'un mois environ.

Explorations complémentaires

L'imagerie est souvent normale au début de la maladie, et ne présente jamais de signes objectifs pathognomoniques.

Tous les paramètres du sang et du liquide céphalorachidien sont normaux, qu'ils soient biochimiques ou cellulaires, en dehors de la présence, à la phase d'état de la protéine 14-3-3 et de l'énolase neurone spécifique dans le LCR ; on ne retrouve ni hypercellulorachie, ni hypergammaglobulinorachie, ni synthèse intrathécale d'anticorps ou de protéines particuliers. Toutefois, la présence de protéine 14-3-3 détectable dans le LCR, dans un contexte clinique évocateur, constitue un argument diagnostique fort [4].

L'électroencéphalogramme (EEG) peut présenter dans 60 % des cas un aspect quasi spécifique : il s'agit d'anomalies triphasiques périodiques de 1,5 Hz environ qui surviennent sur un ralentissement général de l'EEG. Ces anomalies peuvent n'être que transitoires, ce qui souligne l'intérêt d'EEG répétés dans le temps en cas de suspicion de maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le ralentissement se majore ensuite au cours de l'évolution de la maladie jusqu'au coma et à la mort.

Neuropathologie

Les trois caractéristiques neuropathologiques des encéphalopathies subaiguës spongiformes sont retrouvées dans la maladie de Creutzfeldt-Jakob : 1) la spongiose dont la répartition est diffuse, prédominant dans le cortex pariéto-occipital, respectant la corne d'Amon, mais pouvant aussi atteindre le thalamus, le tronc cérébral, et le cervelet, 2) la déperdition neuronale, et 3) la gliose avec hyperastrocytose. L'étendue et la répartition des lésions varie d'un individu à un autre. De plus, aucun de ces signes, pris isolément ou en association, n'est pathognomonique, ce qui rend le diagnostic neuropathologique parfois difficile. En revanche, par les techniques d'immunohistochimie, l'accumulation de la PrP-res et de la GFAP est toujours retrouvée à la phase clinique, et permet de faire le diagnostic à l'autopsie ou à la biopsie cérébrale.

Les données actuelles de l'épidémiologie

La maladie de Creutzfeldt-Jakob est une maladie très rare. Son incidence est la même dans tous les pays, et se situe entre et 0,5 à 1,5 nouveau cas par million d'habitants et par an. Quatre-vingt-cinq à 90 % environ des maladies de Creutzfeldt-Jakob sont des cas sporadiques, 10 à 15 % représentant des formes familiales dont le déterminisme génétique a été démontré.

L'épidémiologie des cas sporadiques n'a jamais permis de mettre en évidence de lien entre les patients d'une part, ou entre les patients et les animaux atteints d'encéphalopathie subaiguë spongiforme d'autre part, en dehors du cas particulier de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Trois foyers (deux en Tchécoslovaquie, et un en Israël chez des juifs d'origine libyenne) ont été décrits au sein desquels l'incidence est de 5 à plus de 100 cas par million d'habitants et par an : en fait, ces foyers correspondent à des formes familiales dans lesquelles des mutations dans le gène codant pour la PrP ont été identifiées.

Les contaminations iatrogéniques

Plusieurs cas de contamination iatrogénique ont été décrits dans la littérature médicale (pour revue [6]) :

- utilisation d'électrodes profondes de stéréotaxie (2 cas) ;

- accident lié à des instruments de neurochirurgie (5 cas) ;

- greffe de cornée (3 cas) ;

- greffe de dure mère (plus de 110 cas) ;

- traitement par les gonadotrophines hypophysaires (5 cas) ;

- traitement par l'hormone de croissance extractive (plus de 120 cas).

Toutes ces transmissions accidentelles de l'agent ont une caractéristique commune : il s'agissait toujours de l'injection de matériel d'origine cérébrale ou oculaire contaminé ou de l'utilisation d'un instrument ayant été au contact du système nerveux central d'un sujet infecté. Jamais, l'utilisation d'autres tissus n'a entraîné, à ce jour, l'apparition d'encéphalopathie subaiguë spongiforme chez le receveur. Les patients ayant reçu des greffes d'organe sont maintenant suffisamment nombreux pour que l'on puisse approcher le risque d'infection par un organe autre que le système nerveux (compte tenu du nombre de greffes effectuées dans le monde, la probabilité de greffer un organe prélevé chez un individu infecté n'est pas totalement nulle) : or, aucun cas d'encéphalopathie subaiguë spongiforme n'a été rapporté chez les patients greffés, suggérant l'absence de transmission par le matériel biologique n'appartenant pas au système nerveux central. De plus, aucune transmission consécutive à une transfusion sanguine ou l'utilisation de dérivés sanguins stables n'a été documentée.

Le tableau clinique des maladies iatrogènes varie selon la voie d'introduction de l'agent dans l'organisme : en effet, lorsque l'inoculation a lieu directement dans le système nerveux central (greffe de dure mère, de cornée, utilisation d'instruments de neurochirurgie contaminés), la période d'incubation est de l'ordre de 10 à 30 mois et la démence est au premier plan de la symptomatologie clinique. En revanche, lorsque l'inoculation a lieu par voie périphérique, la période d'incubation est supérieure à 5 ans et peut atteindre 37 ans : les patients présentent essentiellement une ataxie cérébelleuse et la composante démentielle est très tardive, pouvant être même absente. Cette présentation clinique se rapproche de celle du kuru, lié lui aussi à des contaminations périphériques.

L'origine de la contamination iatrogène a souvent été retrouvée et démontrée, en particulier pour ce qui est des cas liés à l'utilisation de l'hGH extractive aux États-Unis, la contamination d'un de ces lots d'hormone ayant été prouvée par transmission au singe.

La nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob

La nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) a été décrite en 1996 chez dix patients britanniques de moins de 40 ans. Elle est liée très probablement à la contamination de l'homme par l'agent de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). En août 2001, 109 patients atteints de vMCJ ont été répertoriés (104 au Royaume-Uni, un en république d'Irlande, un à Honk Kong et trois en France). La vMCJ se caractérise par sa clinique, sa neuropathologie et l'absence de facteurs de risques génétiques ou iatrogènes. Sur le plan clinique, ces patients ont pour particularité d'avoir une présentation psychiatrique qui les conduit à consulter initialement en milieu psychiatrique ; il s'agit le plus souvent d'une dépression, voire d'un état schizoïde. L'ataxie cérébelleuse apparaît, souvent accompagnée d'un syndrome pyramidal et extrapyramidal. L'évolution se fait vers le coma et la mort en 14 mois en moyenne. Au plan neuropathologique, la présence de plaques de type kuru entourées de couronnes de vacuoles (plaques florides) représente la caractéristique majeure et spécifique du vMCJ ; ces plaques sont particulièrement présentes au niveau du cortex et du cervelet. Par ailleurs, la spongiose et la gliose sont très intenses au niveau des noyaux gris de la base et du thalamus. Les lésions sont massives, et remarquablement peu variables quantitativement et qualitativement d'un patient à un autre. C'est cette uniformité inhabituelle des lésions constatée chez les dix premiers patients qui, avec leur jeune âge, a constitué le principal signe d'alerte de santé publique. L'immunocytochime retrouve un marquage massif des zones des lésions par les anticorps anti-PrP, ainsi qu'un marquage très fort des plaques ; l'analyse en Western blot de l'homogénat de tissus cérébral permet d'identifier la PrP résistante à la protéinase K. Les examens complémentaires sont, eux aussi, informatifs et leurs résultats diffèrent de ceux observés au cours des autres formes de MCJ. L'EEG ne présente qu'exceptionnellement les anomalies pseudopériodiques habituelles dans la MCJ sporadique. Le dosage de la protéine 14-3-3 n'est pas positif de façon régulière. L'imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) objective un hypersignal du pulvinar qui semble relativement spécifique de la vMCJ.

Si la suspicion de vMCJ se fait sur les arguments évolutifs, cliniques et parfois d'imagerie, le diagnostic ne peut être affirmé que par l'examen neuropathologique.

Le syndrome de Gerstmann-Straüssler-Scheinker

Le syndrome de Gerstmann-Straüssler-Scheinker (SGSS) est une affection familiale de la 3e décennie qui se caractérise essentiellement par une ataxie cérébelleuse (signe prédominant), des troubles de la déglutition et de la phonation. Cette maladie évolue vers un état grabataire et une démence. La durée totale de la maladie est variable et peut excéder 50 mois.

Tout comme pour la maladie de Creutzfeldt-Jakob, aucune anomalie biologique n'est retrouvée dans le liquide céphalo-rachidien ou dans le sang périphérique. Les anomalies pseudopériodiques de l'EEG semblent le plus souvent absentes.

Sur le plan histopathologique, la maladie se caractérise par les signes habituels des encéphalopathies subaiguës spongiformes associés à la présence de plaques multicentriques PAS +, qui ressemblent à celles observées dans le kuru.

L'incidence du SGSS est très faible, ne dépassant pas 1 % de celle des maladies de Creutzfeldt-Jakob.

L'insomnie fatale familiale (FFI)

Il s'agit d'une maladie de description relativement récente dont 29 cas potentiels ont été recensés et sept reconnus. Les patients présentent un tableau d'insomnie rebelle à toute thérapeutique, et objectivée par un tracé électroencéphalographique polygraphique d'au moins 24 h. Des myoclonies ainsi que des signes de dysarthrie et d'ataxie complètent rapidement le tableau clinique. L'évolution se fait vers un état stuporeux et un coma après une phase d'hallucination, et la mort survient en 13 mois en moyenne.

L'EEG associe des ondes lentes bitemporales puis généralisées, avec une activité pseudopériodique rare, une réduction du temps total de sommeil lent, et une disparition des phases de sommeil paradoxal.

La tremblante du mouton et de la chèvre

Les premières descriptions de cette maladie remontent au début du xviiie siècle. C'est une maladie d'allure endémique qui touche des animaux âgés de 2 à 5 ans. La tremblante débute insidieusement par des troubles comportementaux (léthargie ou excitation) qui vont se compliquer par une incoordination motrice avec ataxie, tremblements et prurit. Selon les races de moutons et apparemment les souches d'agent, les expressions cliniques peuvent être très variables (formes purigineuses, formes ataxiques, formes paralytiques). La durée de la maladie clinique est le plus souvent de 1 à 2 mois.

L'incidence de la tremblante peut atteindre 30 % dans certains troupeaux. La maladie semble assez répandue dans le monde, bien que son épidémiologie précise soit difficile, compte tenu de l'absence d'épidémiosurveillance fiable et des conséquences économiques de sa déclaration. Toutefois, deux pays au moins semblent indemnes de tremblante : l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

La tremblante du mouton a été la première ESST à être transmise expérimentalement [3].

L'encéphalopathie transmissible du vison

L'encéphalopathie transmissible du vison est une maladie touchant quelques rares élevages. Lorsqu'un élevage est touché, il est le plus souvent décimé, la contamination se faisant à la suite de la consommation par les visons de viande de moutons ou de bovins infectés. Le premier foyer est apparu aux États-Unis en 1947. La maladie a été décrite en Finlande, dans les pays Baltes, au Canada et en Allemagne. La période d'incubation est de 7 à 12 mois. Aucun mode de transmission naturel n'ayant été rapporté, le vison constitue un « cul-de-sac » épidémiologique pour l'agent.

L'encéphalopathie spongiforme bovine

L'encéphalopathie subaiguë spongiforme bovine (ESB) est une maladie d'allure épidémique qui est apparue au Royaume-Uni en 1986 [7]. En 2001, plus de 179 000 cas ont été confirmés sur le territoire britannique, la moitié des élevages étant concernée. Seuls quelques centaines de cas isolés ont été décrits dans les autres pays (350 cas en France, plus de 500 en République d'Irlande, en Suisse et au Portugal).

L'âge moyen d'apparition de la maladie est de 3 à 6 ans. Sa traduction clinique associe des signes comportementaux, posturaux (port de tête anormal), locomoteurs et une dégradation de l'état général.

L'épidémie d'ESB est liée à l'utilisation de farines de complémentation alimentaire d'origine animale (moutons et bovins) dans l'alimentation des vaches laitières. En effet, les procédés de fabrication de ces compléments ont été modifiés au début des années 1980 : l'absence de réelle étape d'inactivation des ATNC dans les nouveaux procédés a conduit à la contamination des farines par des carcasses de moutons atteints de tremblante, puis par celles des premiers bovins atteints d'ESB. Ces types de farines sont actuellement interdits dans l'alimentation animale.

La maladie du dépérissement chronique des ruminants sauvages

Cette maladie atteint les ruminants sauvages en liberté et en captivité. Elle a été décrite chez le cerf, l'élan, le daim et le chevreuil. Elle sévit aux États-Unis dans les forêts du Wyoming et du Colorado. Son origine est actuellement inconnue ; son incidence a augmenté régulièrement au cours de ces dernières années.

L'encéphalopathie spongiforme féline

Environ 100 cas d'encéphalopathie spongiforme ont été décrits chez des chats au Royaume-Uni à la fin des années 1980 et au début des années 1990. L'apparition de cette maladie a donc succédé à celle de l'ESB. On sait aujourd'hui que l'agent de la maladie féline est identique à celui de l'ESB.

La susceptibilité génétique aux ESST

Le déterminant majeur de la susceptibilité génétique aux ESST est le gène de la PrP ; toutefois, d'autres gènes peuvent intervenir, comme ceux qui gouvernent le complexe majeur d'histocompatibilité. La susceptibilité aux ATNC chez le mouton et chez la souris a été démontrée par les auteurs britanniques bien avant la découverte du gène de la PrP [8] ; les gènes sinc (chez la souris) et sip (chez les ovins) ont ainsi été décrits comme les déterminants majeurs de la susceptibilité à l'infection par les ATNC. On sait maintenant que les gènes sinc/sip et le gène de la PrP ne sont fort probablement qu'un seul et même gène.

Toutes les formes familiales d'ESST sont associées avec une anomalie du gène codant la PrP, le gène PRNP ; en revanche, les patients présentant des formes sporadiques ont, dans leur très grande majorité, une séquence codante normale du gène de la PrP. Les résultats de ces études moléculaires ont permis d'identifier des mutations, des insertions, des délétions et un polymorphisme particulier au codon 129 (pour revue [9]).

Les formes familiales de la maladie de Creutzfeldt-Jakob sont associées à des mutations aux codons 178, 200 et 210. Les patients des familles de syndrome de Gerstmann Sträussler Scheinker présentent des mutations aux codons 102, 105, 117, 145, 198 et 217, et l'insomnie fatale familiale est associée avec une mutation du codon 178. Pour certains auteurs, la position des mutations conditionnerait l'évolutivité et la symptomatologie clinique. Les insertions et les délétions intéressent la zone des octapeptides répétées de la portion N-terminale de la PrP (voir ci-après) : si les insertions semblent toutes associées à l'apparition d'une ESST, les délétions peuvent se rencontrer en l'absence de toute pathologie neurodégénérative.

Le gène de la PrP présente un polymorphisme cliniquement et biologiquement silencieux au codon 129 : la population générale est à 50 % homozygote pour ce codon (Met/Met ou Val/Val), et à 50 % hétérozygote (Met/Val). En revanche, 90 % des sujets présentant une maladie de Creutzfeldt-Jakob sporadique ou iatrogène sont homozygotes au codon 129 [10, 11].

La nature de l'acide aminé codé par le codon 129 conditionnerait la symptomatologie liée à la mutation 178 : si l'allèle muté en 178 est porteur d'une méthionine en 129, la clinique est celle d'une insomnie fatale familiale, alors que la présence d'une valine est associée à une maladie de Creutzfeldt-Jakob familiale dont l'expression phénotypique est une démence. L'acide aminé en position 129 semble donc déterminant pour la susceptibilité aux ATNC dans les maladies sporadiques et iatrogéniques et dans la vMCJ ; certains auteurs soulignent la position clé occupée par l'acide aminé codé par le codon 129 dans la structure de la PrP : en effet, d'après la structure 3D de la PrP, l'acide aminé 129 se trouverait dans une petite zone en feuillet beta plissé [12] : 1) il s'agirait donc d'une structure à potentiel d'agrégabilité plus élevé, 2) des structures dimériques de la protéine pourraient ainsi être plus stables à la surface des cellules ce qui faciliterait alors l'interaction avec les agents transmissibles non conventionnels. Il faut signaler que tous les patients présentant la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob sont homozygotes Met/Met au codon 129.

Biochimie et propriétés physico-chimiques des ATNC

Les propriétés physico-chimiques et biologiques des ATNC ont été approchées grâce à la mise au point de modèles animaux rendus possibles par l'aptitude des ATNC à franchir les barrières d'espèces. Ainsi, l'adaptation de l'agent de la tremblante à la souris et au hamster a permis la mise au point d'un outil relativement maniable. La taille des ATNC a pu ainsi être estimée à 15 à 40 nm. La résistance à la chaleur des ATNC est exceptionnelle : par exemple, 24 h à une température de 160 °C n'inactivent pas totalement une dose de 107 DL50 de l'agent de la tremblante expérimentale [13]. L'Organisation mondiale de la santé recommande l'autoclavage à 136 °C pendant 18 min pour obtenir une inactivation compatible avec la sécurité microbiologique des produits d'origine biologique utilisés en thérapeutique humaine et animale [14]. Cette résistance peut cependant varier considérablement avec les souches et les espèces hôtes [15]. Les rayonnements ont peu d'effets sur les ATNC : la dose inactivatrice 37 % est de plus de 100 kGy. Les doses d'irradiation gamma ou béta de 25 kGy couramment utilisées en stérilisation sont sans effet sur les ATNC (résultats personnels obtenus avec l'agent de la tremblante expérimentale de la souris). Ce sont d'ailleurs les données de la radiobiologie qui ont permis, dès les années 1970, de suspecter le rôle central des protéines dans les ATNC [16].

La sensibilité aux agents chimiques est elle aussi très atypique : les traitements d'une heure à température ambiante par l'hypochlorite de sodium à 2 % de degré chlorométrique ou la soude 1 N sont les seuls permettant une réduction de titre infectieux compatibles avec un risque acceptable en santé publique.

La très grande majorité des essais de purification des fractions infectieuses a conclu à l'absence d'acides nucléiques spécifiques [17, 18]. En revanche, l'étude de la fraction protéique montre l'accumulation de la PrP-res proportionnellement au titre infectieux et tous les essais de dissociation « PrP/facteur de transmissibilité » sont infructueux. La PrP-res dérive d'une glycoprotéine de l'hôte de 33-35 kDa, la PrP-c. Cette protéine possède, chez l'individu infecté, des propriétés physico-chimiques particulières qui la rendent résistante partiellement à la protéinase K (au moins pour sa portion 120-231). L'absence de modification de la séquence primaire en acides aminés chez la protéine pathologique suggère que les différences entre PrP-res et PrP-c sont d'ordre post-transcriptionnel.

La PrP est codée par un gène présent en une seule copie dans le génome [19], situé sur le bras court du chromosome 20 chez l'homme. Ce gène, appelé gène PRNP, est composé de deux exons séparés par un intron de 10 kb : toute la séquence codante est dans le second exon, ce qui indique l'absence d'épissage alternatif dans la mécanique d'expression conduisant à la synthèse de la protéine. Par ailleurs, le promoteur du gène PRNP est proche de celui des gènes ménagers, alors même que son expression est régulée de façon tissu-spécifique : la PrP est majoritairement exprimée dans les neurones et, à un moindre degré, dans les cellules gliales et, en dehors du système nerveux central, dans les cellules immunocompétentes.

En présence de détergents, la PrP-res est capable de polymériser sous forme de fibrilles spécifiques, les scrapie associated fibrils ou SAF [20] ou prion rods. In vivo, l'accumulation de la PrP-res s'effectue selon un mécanisme post-transcriptionnel, sans hyperexpression du gène.

La PrP-c est une protéine relativement conservée dans les différentes espèces de mammifères chez qui elle a été recherchée. Chez l'homme, elle compte 253 acides aminés [21], comprend deux sites putatifs de glycosylation - la protéine peut donc se présenter sous trois formes selon son niveau de glycosyla- tion, et fixe quatre atomes de cuivre. Sa portion C-terminale comportant le site d'accrochage d'un glycosylphosphatidyl inositol (GPI) permettant l'ancrage de la protéine à la face externe de la membrane plasmique, au niveau de zones riches en cholestérol, les rafts. Sa demi-vie est de quelques heures (pour revue [9]). dans les cellules de neuroblastome murin en lignée. In vivo, des résultats récents indiquent que la PrP serait colocalisée avec des protéines synaptiques.

Le rôle de la PrP chez l'individu sain est actuellement inconnu : sa fonction n'est pas essentielle à la survie puisque des souris knock-out pour le gène de la PrP sont viables et ne présentent pas de déficit neurologique ou psychophysiologique majeur [22]. Quelques résultats expérimentaux semblent indiquer un rôle de la PrP-c dans la physiologie du sommeil et l'alternance des rythmes veille-sommeil, dans la transmission synaptique et dans le vieillissement des cellules de Purkinje du cervelet ; cependant, ces données sont indirectes et nécessitent confirmation. Par ailleurs, la participation de la PrP dans les mécanismes des défense contre le stress oxydatif a été évoquée. Enfin, des données récentes montrent que le cross linking de la protéine PrP par un anticorps spécifique peut induire une modulation de la phosphorylation de la protéine kinase Fyn, via la cavéoline, et permettre ainsi la transduction d'un signal [23].

La protéine PrP joue un rôle fondamental dans les ESST : le gène PRNP est associé à la notion de barrière d'espèce et à la susceptibilité individuelle à l'infection par les ATNC, et la protéine PrP constitue le principal déterminant de la neurodégénérescence. L'importance de la PrP dans la barrière d'espèce et la susceptibilité individuelle a été démontrée grâce à la réalisation d'animaux transgéniques [24]. La réalisation de souris transgéniques exprimant le gène de la PrP de hamster (TgPrPHa) conduit à l'obtention d'animaux infectables par un ATNC de hamster avec un délai d'incubation comparable à celui observé chez le hamster, alors que les souris témoins de même fond génétique non transgéniques ne sont pas sensibles à l'agent de la tremblante du hamster. Par ailleurs, l'introduction d'un nombre croissant de copies de transgènes PrP dans le patrimoine génétique de souris se traduit par un raccourcissement de la période d'incubation proportionnellement au nombre de copies du transgène. Enfin, la présence d'une mutation dans le gène de la PrP correspondant à celles observées dans les formes familiales des maladies humaines (mutation au codon 102) induit une maladie neurodégénérative spontanée, transmissible expérimentalement dans certaines conditions [25]. Des souris knock-out pour le gène de la PrP (PrP0/0) et ont été inoculées expérimentalement avec des suspensions infectieuses [22, 26] : elles ne sont pas infectables par les ATNC. Les souris PrP0/0 ont été utilisées pour étudier la genèse des lésions neuropathologiques chez les animaux infectés en leur greffant des neurones embryonnaires de souris hyperexprimant le gène de la PrP dans le système nerveux central. L'infection ultérieure des greffons conduit à l'apparition d'une spongiose et d'une gliose strictement limitée au territoire greffé, le reste du parenchyme cérébral restant parfaitement normal. La PrP-c à la surface du tissus cérébral est donc indispensable à l'apparition des lésions induites par l'ATNC [27].

Cet ensemble de résultats démontre donc le rôle majeur de la PrP et de son gène dans le contrôle de la susceptibilité aux ATNC ; l'extension de ces données aux maladies naturelles reste cependant à préciser.

La protéine PrP-c peut être convertie in vitro en PrP-res dans un système acellulaire [28]. Dans ce système expérimental, les barrières d'espèces sont respectées et l'utilisation de PrP-c mutées a permis de montrer que la zone centrale de la molécule était critique pour la barrière d'espèce souris-hamster. Cette technique de conversion acellulaire est maintenant possible in situ à partir de coupes de cerveaux d'animaux infectés : les résultats obtenus indiquent que les zones de conversion correspondant à celles où la PrP-res s'est accumulée in vivo, et que certaines chaperonnes pourraient aider à la transconformation de la protéine normale.

Les différences de structure secondaire existant entre la PrP-c et la PrP-res ne sont toujours pas connues. Les techniques de dichroïsme circulaire et de spectroscopie infrarouge ont permis d'estimer les différences de contenu en hélices alpha et en feuillets bêta dans les deux formes de la protéine : le contenu en structures en feuillet bêta est nettement plus élevé chez la protéine pathologique que chez la protéine normale. L'hypothèse d'une transition de deux hélices alpha de la protéine normale vers quatre structures en feuillet bêta plissé lors de l'acquisition de la conformation pathologique a été proposée [29]. La structure 3D en RMN de la PrP-c de souris est maintenant connue [12, 30] : elle peut être schématisée comme un corps globulaire de 38 Å correspondant à la portion 121-231, ancrée à la membrane par le GPI, et une longue queue flexible de plus de 300 Å libre dans l'espace extracellulaire.

Physiopathologique des infections à ATNC

Les ESST naturelles ou expérimentales ont une longue période cliniquement asymptomatique. Pendant cette phase muette, la réplication de l'agent est détectable dans de nombreux tissus. Par exemple, chez la souris infectée par l'agent de la tremblante expérimentale par voie périphérique, l'infectiosité apparaît d'abord dans les cellules mononucléées du sang périphérique et des organes hémato-lymphopoïétiques : la rate est infectieuse 5 à 20 jours après l'infection expérimentale. La colonisation du système nerveux central n'est détectable qu'à partir du début de la seconde moitié de la phase asymptomatique ; elle s'effectue probablement par voie nerveuse, à partir des fibres des nerfs splanchniques ; l'ATNC progresse ensuite dans les cordons médullaires postérieurs et gagne l'encéphale [31] : en conséquence, lors d'une infection par voie périphérique, l'agent est en dehors du système nerveux central pendant la moitié de la période d'incubation. Dans le système nerveux central, la progression du titre infectieux est quasi exponentielle. Les titres infectieux observés lors de l'apparition des signes cliniques sont variables d'une souche à l'autre et d'une maladie à une autre. Cependant, quelles ques soient la souche et l'espèce, le classement des organes en fonction de leur infectiosité est invariant : le système nerveux central est de loin le plus infecté (106 à 1012 DL50 par gramme de tissu), les formations riches en système immunitaire contiennent de 102 à 104 DL50/g, et certains organes comme l'os ou le muscle squelettique ne semblent jamais associés à la transmission de l'infection. La présence de titres infectieux non négligeables dès la phase asymptomatique et l'absence de test de dépistage explique, au moins partiellement, les accidents de contamination inter-humaine observés à ce jour. Ces observations ont conduit l'Organisation mondiale de la Santé à classer les organes en fonction de leur infectiosité potentielle (tableau) [14].

Aucun stigmate de réponse immune spécifique n'est retrouvé que ce soit dans le sang périphérique ou dans le liquide céphalo-rachidien. Cependant, I'infection par voie périphérique nécessite un système réticuloendothélial quantitativement et qualitativement intègre : les cellules folliculaires dendritiques et/ou les macrophages seraient les cibles de l'agent, et leur infection autoriserait ultérieurement la neuro-invasion [32]. Il existe d'ailleurs une souche de tremblante expérimentale (87V) qui, inoculée par voie intrapéritonéale à des souris sinc p7 ne conduit jamais à la neuro-invasion malgré de hauts titres infectieux dans la rate : les animaux ne développent pas de maladie, alors que leur inoculation par voie intracérébrale conduit à une encéphalopathie subaiguë spongiforme transmissible. Ces faits démontrent d'une part l'aptitude du système immunitaire à supporter sans conséquences majeures une réplication des ATNC, et d'autre part, la nécessité de la neuro-invasion pour l'émergence des signes cliniques. Récemment, en utilisant des souris génétiquement manipulées présentant des déficits partiels de leurs fonctions immunes, l'équipe d'A. Aguzzi a montré que, dans certains modèles et pour certaines souches d'ATNC, la cellule critique assurant la circulation de l'agent et permettant la neuro-invasion était le lymphocyte B [33] ; ces résultats élégants demandent cependant à être confirmés pour en admettre le caractère général. Une fois dans formations lymphoïdes secondaires, l'agent est présent dans les centres germinatifs, et se multiplie dans les cellules folliculaires dendritiques (FDC) : le blocage de la maturation des FDC avec un anticorps anti-lymphotoxine beta augmente significativement le délai d'apparition de la maladie [34]. À partir des FDC, peut-être en utilisant les terminaisons nerveuses sympathiques qui se trouvent dans leur environnement, l'agent va pénétrer dans le système nerveux périphérique et se propager par voie axonale rétrograde vers le système nerveux central. La présence de PrP-c à) la surface des cellules du système nerveux périphérique est nécessaire à la neuroinvasion.

L'implication de la PrP dans la neurodégénérescence, montrée in vivo de façon élégante par A. Aguzzi et al. [27], est soutenue par un certain nombre de travaux effectués in vitro : des peptides synthétiques dérivés de la séquence de la PrP située entre les codons 106 et 126 sont neurotoxiques vis-à-vis de neurones d'hippocampe de rat en culture, uniquement lorsque l'exposition des cellules est chronique [35]. Cet effet est dose-dépendant, et la mort neuronale s'effectue par apoptose. D'autres peptides correspondant à d'autres zones de la PrP n'ont pas d'effet détectable. Par ailleurs, le peptide 106-126 est capable de polymériser spontanément in vitro sous forme de fibrilles de 4 à 8 nm de diamètre. L'effet inducteur de l'apoptose du peptide 106-126 est conditionné par la présence de contaminants microgliaux dans la culture de neurones ; leur élimination annule l'effet biologique du peptide, ce qui suggère que la mort neuronale découle d'un processus complexe multifactoriel nécessitant au moins deux partenaires cellulaires. Par ailleurs, la voie d'induction de l'apoptose passe par le récepteur NMDA et dépend de la présence de la PrP-c à la surface du neurone : les neurones de souris knock out sans PrP n'entrent pas en apoptose, et la réintroduction du gène de la PrP dans ces cellules restaure l'effet inducteur d'apoptose du peptide 106-126 [36]. Enfin, l'implication des radicaux libres et des cytokines a été récemment rapportée dans les multiples messages qui conduisent à la neurotoxicité des peptides dérivés de la PrP.

La mort neuronale et la spongiose s'accompagnent d'une gliose hyperastrocytaire souvent très importante et précoce : l'hyperexpression des messagers de la protéine gliofibrillaire acide (GFAP), marqueur des astrocytes, est quasi contemporaine de l'accumulation de la PrP-res. Les mécanismes physiopathologiques conduisant à cette activation astrocytaire sont encore inconnus : in vitro, l'exposition de cultures d'astrocytes à la PrP-res s'accompagne d'une multiplication cellulaire et d'une expression du gène codant pour la GFAP. Ces résultats indiquent que la gliose peut être considérée comme un processus réactionnel à l'accumulation de PrP-res.

La physiopathologie des lésions du système nerveux central peut donc répondre au schéma suivant : l'agent, quelle que soit sa nature, se réplique dans les neurones, ce qui conduit à l'accumulation de la PrP sous forme de PrP-res. La PrP-res échappe au catabolisme cellulaire par les protéases, et son accumulation est toxique pour la cellule dans laquelle elle a lieu : l'absence de destruction de la protéine favorise les fusions entre les lysosomes, générant ainsi de larges vacuoles, et le neurone meurt en libérant de la PrP-res dans le microenvironnement cellulaire. Une fois libérée dans le microenvironnement cellulaire, la PrP-res peut induire l'apoptose de neurones sains environnants au travers de l'exposition d'épitopes comme celui correspondant à la région 106-126, participant ainsi à la dépopulation neuronale en dehors de toute infection directe. Par ailleurs, la PrP-res libérée dans les espaces extracellulaires peut activer les astrocytes, induisant ainsi la gliose, dont on sait qu'elle peut, indirectement par le biais de médiateurs chimiques comme les cytokines, participer à la majoration des dommages neuronaux : une expression des cytokines de l'inflammation et des marqueurs d'activation microgliale a été démontrée dans le système nerveux central des animaux infectés par l'agent de la tremblante expérimentale ainsi que dans des cultures de cellules microgliales exposées in vitro aux peptides neurotoxiques dérivés de la PrP.

Hypothèses sur la nature des agents transmissibles non conventionnels

Deux grandes séries d'hypothèses sont actuellement envisagées par la communauté scientifique.

Les hypothèses virologiques conventionnelles ou non conventionnelles

Elles font appel à une information génétique étrangère spécifique de l'agent transmissible. Bien que les théories protéiques en puissent pas expliquer l'ensemble des observations et des résultats expérimentaux, la présence d'un virus conventionnel est considérée comme hautement improbable par la majorité des scientifiques. Néanmoins, des particules d'allure pseudo-virales ont été récemment observées dans les cerveaux de hamsters infectés par l'agent de la tremblante et dans le cerveau de patients atteints de maladie de Creutzfeldt-Jakob : ces particules ont un diamètre de 10 à 12 nm, ce qui est compatible avec les résultats de l'appréciation de la taille des unités infectieuses obtenus par ultrafiltration.

La présence de souches distinctes d'ATNC pose un certain nombre de problèmes et milite plutôt en faveur d'une étiologie virologique classique. Ce phénomène de souche concerne aussi bien les maladies humaines que les maladies animales [37]. Il est caractérisé par la reproductibilité d'un certain nombre de paramètres lors des passages successifs chez un même hôte : temps d'incubation, signes cliniques, neuropathologie, distribution spatio-temporelle de la PrP, propriétés physico-chimiques de l'agent, transmissibilité. La PrP est spécifique de l'hôte : pour expliquer le phénomène de souche dans une optique protéique, il faudrait admettre qu'une même protéine PrP puisse adopter de nombreuses conformations stables et que ces conformations puissent se transmettre d'un animal à l'autre, y compris par voie orale. De plus, toutes les souches n'ont pas la même stabilité : le génotype de l'hôte peut favoriser l'apparition de mutants dans certaines souches, ou au contraire l'empêcher. La barrière d'espèce varie selon les souches : par exemple, la souche de tremblante du hamster 263K infecte très difficilement la souris, et la souche 431K de tremblante du hamster est transmissible sans problème à la souris, alors que les fractions infectieuses de ces deux souches contiennent la même PrP-res, la PrP-res de hamster. Enfin, la réplication d'une souche à incubation courte peut être empêchée par l'inoculation préalable d'une souche à incubation longue. On ne connaît pas le support moléculaire de ce phénomène de compétition de souches, qui, en théorie, est compatible avec une information génétique indépendante.

Les hypothèses protéiques

La grande majorité des données de la biologie moderne va dans le sens d'une composition quasi exclusivement protéique de l'agent transmissible ; cependant, seule la démonstration de l'infectiosité de la protéine produite dans un système non infecté et dont la structure aura été artificiellement modifiée apportera la démonstration de la validité du concept de prion.

Le concept de prion a été proposé par S.B. Prusiner [18]. Dans cette hypothèse, les ESST seraient la conséquence d'un désordre du catabolisme protéique conduisant à l'accumulation d'une protéine normale, sous une forme physico-chimique pathologique, dans le système nerveux central. Le facteur initiateur de cette anomalie post-transcriptionnelle résulterait de la possibilité d'interaction protéine/protéine entre une molécule de PrP-c et une molécule de PrP-res : la formation d'un tel hétérodimère PrP-c/PrP-sc aurait pour conséquence la transmission du caractère pathologique de la PrP-res à la PrP-c, c'est-à-dire la transconformation de la molécule de PrP-c en PrP-res. Une fois la conversion obtenue, chacun des monomères anormaux pourrait interagir avec d'autres molécules de PrP-c et assurer leur transconformation. Le processus de transconformation par hétérodimérisation serait ainsi d'allure autocatalytique à l'échelon de la population de molécules de PrP, conduisant alors à l'accumulation de PrP-res, donc à la mort neuronale. Dans ce modèle, la probabilité de formation d'un hétérodimère entre la PrP-c de l'hôte et la PrP-res de l'inoculum serait le support moléculaire du phénomène de barrière d'espèce. Récemment, grâce à l'utilisation de souris knock out reconstituées avec des transgènes PrP humains ou murins, les auteurs américains ont montré que l'infection nécessitait aussi la présence de facteurs cellulaires capables d'interagir avec la protéine PrP-res de l'inoculum : ces facteurs sont probablement d'origine protéique et assurent probablement des fonctions de chaperonne (« protéine X ») ; ils pourraient constituer le partenaire obligatoire de l'hétérodimère PrP-c/PrP-res lors de la propagation de la conformation pathologique [38].

J.P. Liautard a proposé au début des années 1990 que les ESST étaient des maladies des protéines chaperonnes : partant de l'hypothèse que deux chaperonnes différentes pouvaient induire des conformations différentes du même polypeptide d'une part, et que, d'autre part, une protéine pourrait être sa propre chaperonne, il a proposé que la PrP pourrait être sa propre chaperonne : lorsqu'elle est mal repliée (PrP-res), elle oriente le repliement de la protéine native vers des structures identiques riches en feuillets béta, et donc à fort potentiel d'agrégation et de résistance à la protéinase K ; lorsque la PrP est bien repliée (PrP-c), elle oriente le repliement des PrP natives vers un état majoritaire en hélices alpha non pathogène [39].

Des systèmes d'interaction protéine-protéine proches ont été décrits chez la levure (modèle ure2-[URE3] et Sup-35-[Psi+] chez la levure) [40]. L'implication des protéines de choc thermique dans la « guérison » du phénotype [Psi+] milite pour la nature purement protéique de cette classe d'agent infectieux.

Enfin, la possibilité pour la PrP-res de transconformer la PrP-c en système acellulaire constitue un argument de poids en faveur de la théorie du prion ; toutefois, la PrP-res néoformée n'est pas biologiquement active et n'est pas infectieuse. Il reste cependant à expliquer comment des souches d'ATNC aux propriétés biologiques très différentes peuvent se propager chez des animaux possédant une PrP identique. Jusqu'à un passé récent, ce phénomène de souche constituait l'argument principal contre la théorie du prion. Cependant, l'analyse des profils électrophorétiques de la PrP-res des patients atteints de maladie de Creutzfeldt-Jakob a permis récemment de mettre en évidence des différences nettes en fonction du génotype au codon 129. Deux types de MCJ peuvent être distingués : le type 1 (certains patients Met/Met) et le type 2 (les autres patients). Les deux types se distinguent par la répartition des lésions neuropathologiques, le poids moléculaire apparent de la PrP non glycosylée, et par la symptomatologie clinique. Cette classification a été confirmée et étendue récemment. Deux autres types de MCJ ont été décrits : le type 3 retrouvé dans certaines MCJ iatrogéniques liées à l'hormone de croissance (génotypes 129 Val/Val ou Met/Val), et le type 4 correspondant au nouveau variant de la MCJ (génotype 129 Met/Met). Par ailleurs, l'infection de hamsters par les souches hyper et drowsy de l'encéphalopathie transmissible du vison conduit à l'accumulation de PrP-res de mobilité électrophorétique différente ; il existerait donc une relation entre la conformation de la PrP-res et la souche d'ATNC. Enfin, l'application de l'essai de conversion acellulaire de la PrP aux souches hyper et drowsy de l'encéphalopathie du vison a permis de retrouver les mêmes différences de profil électrophorétique au niveau de la PrP-res convertie in vitro, démontrant ainsi que deux PrP-res différentes pouvaient transmettre leur anomalie à une même PrP-c.

Tous ces résultats récents militent pour une implication directe de la conformation de la PrP dans le phénomène de souche ; toutefois, ces données concernent encore un nombre relativement faible de souches, et il est encore impossible d'éliminer l'hypothèse que d'autres molécules que la PrP interviendraient dans le support moléculaire de la diversité des souches.

Enfin, récemment, K. Wüthrich a proposé que la transconformation de la PrP pourrait n'être qu'artefactuelle et qu'elle serait liée à une conformation de la partie N-terminale habituellement non conformée de la PrP au sein d'un agrégat impliquant plusieurs molécules de PrP interagissant via leurs domaines globulaires C-terminaux.

CONCLUSION

La nature exacte des agents qui induisent les ESST est encore l'objet de nombreux débats et leurs propriétés atypiques tant biologiques que physico-chimiques obligent à reconsidérer en bloc l'ensemble des concepts régissant actuellement la microbiologie et notre appréhension de la propagation de l'information à l'échelon moléculaire. De plus, les accidents de contamination observés en pratique médicale humaine et animale, l'apparition de l'encéphalopathie bovine spongiforme en Grande-Bretagne, et la démonstration du passage de l'agent bovin à l'homme rappellent que ces agents sont transmissibles et qu'ils doivent être intégrés dans l'évaluation des risques liés à l'utilisation des produits d'origine biologique et probablement aussi des risques alimentaires.

Le comportement biologique de l'agent de la nouvelle variante de la MCJ constitue une préoccupation actuelle de santé publique ; en effet, dans les formes classiques de MCJ, la protéine pathologique n'est que très rarement retrouvée en dehors du SNC, alors que, dans 100 % des cas étudiés, elle est présente en abondance dans les amygdales, les ganglions lymphatiques et la rate des patients présentant une vMCJ [41]. Cette observation signe une distribution de l'infectiosité en périphérie nettement plus large dans cette maladie émergente et impose de réévaluer rapidement les risques potentiels liés à l'administration de produits sanguins labiles ou de médicaments dérivés du plasma.

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