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Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement
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Editorial


Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement. Volume 10, Number 1, 55-6, Mars 2012, Psychologie et neuropsychiatrie. Éditorial

DOI : 10.1684/pnv.2012.0320


Author(s) : Christian Derouesné.

ARTICLE

pnv.2012.0320

Auteur(s) : Christian Derouesné

Souvent dans les sciences, certaines hypothèses sont si vigoureusement défendues ou si ancrées dans les esprits que nul n’a conscience qu’elles ne sont que des hypothèses.

Joseph E Stiglitz

Le triomphe de la cupidité

La mise au point de Catherine Bungener sur Émotions et sclérose latérale amyotrophique (SLA) soulève un certain nombre de questions, à commencer par le titre de l’article puisqu’il est essentiellement consacré à la dépression et aux troubles anxieux. Le rapport de ces troubles psychoaffectifs avec les émotions stricto sensu reste un sujet très débattu, du fait de l’absence de consensus aussi bien sur les définitions que sur les conceptions qui les sous-tendent [1] et explique la variabilité des résultats de la littérature en fonction des méthodologies utilisées. On peut également s’étonner de l’absence de prise en considération de l’apathie dans ce chapitre, absence que l’auteur justifie par le fait que l’apathie est envisagée sous un angle purement comportemental. Mais la structure des échelles de dépression ou d’anxiété ne diffère pas de celle des échelles d’apathie habituellement utilisées : toutes ne sont que des évaluations indirectes de variables latentes. Le choix de l’analyse des stratégies de coping comme grille d’analyse est certes un choix pertinent, mais reste à un niveau purement descriptif : quelles raisons peut-on invoquer pour expliquer l’orientation des patients vers telle ou telle stratégie de coping en fonction de la maladie en faisant abstraction de l’histoire du sujet ? Il reste que le point sans doute le mieux établi est le caractère modéré des troubles affectifs dans une maladie dont le pronostic est aussi sévère et les symptômes aussi invalidants que la SLA. Sur ce sujet, les données de la littérature concordent avec celles de l’étude personnelle de l’auteur [2] et les résultats de la thèse de Daniel Delgadillo [3] portant sur 21 cas de patients SLA. Deux types d’explication sont avancés pour expliquer cette discordance : la présence d’un émoussement affectif ou un déni de la maladie. L’hypothèse du rôle d’un émoussement affectif ne peut toutefois être retenue car les données de Bungener et al. [2] comme celles de Delgadillo montrent des scores très bas aux évaluations de l’émoussement (comme, par ailleurs, à celles de la perte de contrôle émotionnel) ; la réactivité émotionnelle ne paraît donc peu ou pas modifiée dans la SLA ce que semble confirmer, dans le dernier travail, l’absence de différences significatives entre patients SLA et sujets témoins pour la valence et la réactivité émotionnelles évaluées par l’International affective picture system. L’hypothèse du déni est également contredite par les résultats de l’étude par Delgadillo qui a utilisé la même méthodologie d’étude de l’apathie que celle de l’étude sur la démence frontale et la maladie d’Alzheimer présentée dans ce numéro : 84 % des patients SLA attribuaient la restriction de leur autonomie à leur maladie, c’est-à-dire qu’ils en étaient pleinement conscients contrairement à ce qui est observé chez les sujets déments. L’explication du caractère modéré du retentissement affectif du stress chez les patients SLA par rapport aux sujets atteints de pathologie démentielle reste ainsi difficile. On peut évoquer la préservation du travail de la pensée chez les patients SLA, mais peut-être aussi le fait que le caractère apparent des symptômes moteurs facilite chez eux l’accès à la représentation de la maladie, donc la mise en jeu des mécanismes de défense psychique. Par ailleurs, il faut signaler la parution d’un article récent sur le rire et pleurer spasmodiques dans la SLA qui souligne la complexité des rapports entre les émotions et leurs expressions motrices [4].

L’étude de Derouesné et al. sur l’apathie dans la démence frontotemporale et la maladie d’Alzheimer met en évidence, à l’inverse de ce qui est observé dans la SLA, l’importance des troubles affectifs et émotionnels chez ces patients. Surtout, elle souligne la complexité de la notion d’apathie en apportant la démonstration qu’un score à une échelle comportementale d’apathie relève, en fait, de motivations différentes lorsqu’on interroge les patients sur les explications qu’ils donnent à la restriction de leurs activités.

Florence Lebert et al. montrent que la spécificité des sujets jeunes atteints de démence, par rapport aux sujets âgés, est moins liée à d’éventuelles différences cliniques qu’aux conditions d’environnement social et familial, et à la prise en charge de ces sujets.

Un article récent de notre revue signalait l’intérêt potentiel de l’utilisation de jeux vidéos pour les patents atteints de maladie d’Alzheimer. Pauline Maillot et Alexandra Perrot ont étudié l’influence de ces jeux sur le vieillissement cognitif et montré l’intérêt des jeux actifs combinant stimulation cognitive et physique.

L’article de Géraldine Pierron-Robinet vient à l’appui de la thèse que nous avons souvent soutenue : la nécessité d’une lecture multiple des symptômes psychiques dans les affections cérébrales qui sont toujours surdéterminés et imposent la capacité d’accueillir plusieurs lectures en même temps.

L’excellent article de Cécile Coste et de l’équipe de Pascale Piolino nous invite à un voyage dans le temps unissant passé et futur, c’est-à-dire mémoire épisodique et mémoire prospective.

Références

1. Derouesné C. Qu’est-ce qu’une émotion ? Une introduction à l’étude des émotions. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2011 ; 9 : 69-82.

2. Bungener C, Piquard A, Pradat PF, Salachas F, Meininger V, Lacomblez L. Psychopathology in amyotrophic lateral sclerosis : a preliminary study with 27 ALS patients. Amyotrophic lateral sclerosis 2005 ; 6 : 221-225.

3. Delgadillo D. Troubles de la motivation et maladies neurodégénératives : l’apathie dans la maladie de Parkinson et la sclérose latérale amyotrophique. Thèse de psychopathologie fondamentale et neuropsychologie, sous la direction de M.-C. Gély-Nargeot. Université Paul Valéry, Montpellier 3, 2007.

4. Olney NT, Goodkind MS, Lomen-Hoerth C, Whalen PK, Williamson CA, Holley DE, et al. Behavioural, physiology and experience of pathological laughing and crying in amyotrophic lateral sclerosis. Brain 2011 ; 134 : 3458-3469.


 

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