ARTICLE
pnv.2012.0332
Auteur(s) : Yves Bleher1
yves.bleher@chd-vendee.fr,
Jérome Dimet2, Thomas Guimard3, Philippe Perre1, Ronan Février4
1 Service MPU, CHD La Roche-sur-Yon
2 Unité de recherche clinique, CHD La
Roche-sur-Yon
3 Service MPU, CHD La Roche-sur-Yon
4 Équipe mobile de gériatrie, CHD La
Roche-sur-Yon
Tirés à part : Y. Bleher
Dans les prochaines décennies, la part des personnes âgées dans
la population va continuer de progresser. Alors que les personnes
de plus de 75 ans représentaient 8,8 % de la population
au 1er janvier 2009, elles en représenteront
16 % en 2050 [1-3]. La Vendée est le département le plus âgé
de la région des Pays de la Loire, 10,2 % de la population
ayant plus de 75 ans (7,9 % en France). L’indice de
vieillissement (nombre de personnes de 65 ans et plus pour
100 personnes de moins de 20 ans) y est de 82,3 (66,3
dans les Pays de la Loire, 65,9 en France). La croissance
démographique est forte, soit 1,4 % par an (pour une moyenne
nationale de 0,65 %), s’expliquant notamment par un solde
migratoire élevé qui concerne des personnes âgées (notamment des
nouveaux retraités venant d’Île-de-France). Ainsi, 12 % des
plus de 60 ans vivant en Vendée habitaient un autre
département 10 ans plus tôt. La population de plus de
60 ans devrait doubler dans le département entre 2007 et 2040
[4].
L’augmentation de cette population âgée s’accompagne d’un
accroissement du recours aux soins, notamment hospitaliers
[5, 6]. Pour cela, il apparaît nécessaire que soient prises en
compte les spécificités de ces patients et que soient repérés les
patients dits « fragiles » (dont la prévalence varie,
selon la définition, de 25 à 35 % chez les personnes de plus
de 75 ans) [7], à risque de surmorbidité et surmortalité.
La définition de la fragilité est variable selon les auteurs,
mais correspond globalement à un état d’équilibre précaire entre
bonne santé et maladie, autonomie et dépendance [8-10]. Ces
patients fragiles sont donc particulièrement à risque de
décompensation fonctionnelle, volontiers en cascades, pouvant
s’accompagner d’une perte d’autonomie, avec des durées de séjours
hospitaliers plus longues, des réhospitalisations plus fréquentes
et une institutionnalisation accrue [11].
Une évaluation gériatrique standardisée (EGS) des patients âgés
hospitalisés en court séjour aurait pour intérêt de permettre une
prise en charge rapide des troubles dépistés (dénutrition, troubles
de la marche…), d’identifier des patients à risque de réadmission
ou de séjour prolongé afin de proposer au plus tôt l’orientation et
les soins les plus appropriés.
Le but de ce travail est de décrire, par une EGS brève [12], la
population âgée hospitalisée dans un service de médecine
polyvalente d’un centre hospitalier général, et par un suivi d’un
an, d’observer l’évolution de la dépendance de ces personnes âgées
ainsi que le risque de réhospitalisations non programmées.
Matériels et méthodes
Population
Le service de médecine interne post-urgence du Centre
hospitalier départemental de La Roche-sur-Yon comporte 22 lits
d’hospitalisation, accueillant quasi exclusivement des patients
venant des urgences, plus rarement de service de réanimation. La
durée moyenne de séjour était de 6,39 jours en 2009. Il
accueille une population relativement âgée (moyenne d’âge de
72 ans, médiane de 77 ans), en l’absence de court séjour
gériatrique dans l’établissement.
La population étudiée a été recrutée sur une période de
5 semaines, du 25 mai au 28 juin 2009. Elle a
concerné tous les patients de plus de 75 ans hospitalisés
pendant plus de 48 heures dans le service de MPU.
Données recueillies
Les données ont été recueillies au sein du dossier médical du
patient. L’évaluation a été réalisée en fin d’hospitalisation. Les
patients ont été informés qu’ils recevraient un appel téléphonique
six mois et un an après l’hospitalisation.
Évaluation initiale
L’évaluation initiale comportait :
- –. les données démographiques ;
- –. le motif d’hospitalisation ;
- –. la durée de séjour.
Évaluation gériatrique
L’évaluation gériatrique, réalisée en fin d’hospitalisation,
comportait les éléments suivants :
- –. évaluation sociale : lieu de vie, présence d’un
aidant, éventuellement au domicile ;
- –. évaluation de la nutrition : mesure de l’indice
de masse corporelle (IMC), associée à la recherche d’une perte de
poids (de plus de 3 kg dans les 3 derniers mois), un Mini
nutritional assessment short-form (MNA-sf) [13], un dosage de
l’albuminémie et de la protéine C réactive (CRP) ;
- –. évaluation du risque de chute : interrogatoire à
la recherche de chutes dans les 6 derniers mois, associé à la
réalisation d’un Timed-up and go test [14] (test choisi pour
sa bonne reproductibilité et son utilisation en pratique courante)
et d’un dosage de la vitamine D ;
- –. évaluation cognitive : interrogatoire du patient
et de l’entourage à la recherche de troubles des fonctions
supérieures préexistants, d’une confusion pendant
l’hospitalisation, et un dépistage rapide par un test des
3 mots du MMS de Folstein (couplé à une épreuve
distractive) ;
- –. évaluation de l’humeur : interrogatoire du
patient et de l’entourage à la recherche de troubles de l’humeur
préexistants, associé à la réalisation d’un mini-Geriatric
depression scale (mini-GDS) [15] ;
- –. évaluation de l’autonomie fonctionnelle :
- •. évaluation de l’autonomie antérieure avant le début
des troubles motivant l’hospitalisation (ou environ 1 mois
avant l’entrée), par les échelles Activities of daily living
(ADL) [16] et Instrumental activities of daily living (IADL)
[17], la notion d’incontinence urinaire et la présence d’aides au
domicile, sanitaire ou sociale ;
- •. évaluation de l’autonomie à la sortie par l’échelle
ADL ;
- –. évaluation des comorbidités : nombre de
médicaments habituels et score de la Culmilative illness rating
scale (CIRS) [18], une échelle d’évaluation de la comorbidité
validée en gériatrie.
Évolution
Le lieu de sortie a été colligé pour chaque patient.
Suivi
Un suivi a été réalisé à 6 mois, puis à 1 an par un
appel téléphonique au patient, à défaut au médecin traitant ou à la
structure d’hébergement. Les questions portaient sur :
- –. le lieu de vie ;
- –. les éventuelles aides au domicile et leur évolution
depuis l’évaluation initiale ;
- –. les éventuelles réhospitalisations non programmées
(nombre, durée, date de la première réhospitalisation).
Résultats
Pendant les 5 semaines de l’étude, 74 patients ont été
inclus. La moyenne d’âge est de 83 ans (écart type :
4,88). Il existe une prédominance féminine (sexe ratio : 1,3).
Cinquante-sept patients (77 %) vivaient au domicile, 13 en
Établissement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) (18 %),
4 en Maison d’accueil rurale pour personnes âgées (Marpa) ou en
Foyer soleil (5 %). Trente-cinq des 57 patients
(59 %) vivant à domicile ou en Foyer soleil bénéficient
d’aides : 1 bénéficie uniquement d’une aide sanitaire, 25
d’une aide uniquement sociale, et 9 d’aides sanitaires et
sociales.
La durée moyenne du séjour en MCO est de 11 jours (médiane
de 9,5 jours), avec des extrêmes de 2 à 27 jours.
Les motifs principaux de l’hospitalisation (aux premiers plans
neurologiques et pneumologiques) sont récapitulés dans le tableau 1.
Tableau 1 Motif principal d’hospitalisation.
Cause of hospitalisation.
| Motif principal d’hospitalisation |
Nombre de patients |
| Neurologique (AVC, confusion…) |
14 (18,9 %) |
| Pneumologique (pneumopathie…) |
14 (18,9 %) |
| Cardiologique |
9 (12,2 %) |
| Chutes |
7 (9,5 %) |
| Hématologique |
7 (9,5 %) |
| AEG |
6 (8,1 %) |
| Digestif |
6 (8,1 %) |
| Dermatologique |
4 (5,4 %) |
| Néphrologique |
4 (5,4 %) |
| Rhumatologique |
1 (1,4 %) |
| Endocrinologique |
1 (1,4 %) |
| Autre (sepsis) |
1 (1,4 %) |
Évaluation gériatrique
Statut nutritionnel
L’IMC moyen est de 25,7 kg/m2 (écart type :
5,52), sans différence significative entre les hommes et les
femmes.
Vingt-cinq patients (34 %) ont perdu plus de 3 kg dans les
3 mois précédant l’hospitalisation. Cette perte de poids
concerne notamment les patients vivant en Ehpad (8/13). Le MNA-sf
est pathologique (11 ou moins/14) pour 67 patients
(91 %). Le taux d’albumine est normal pour 30 patients
sur 72 dosages (42 %), entre 30 et 37 g/L (dénutrition
modérée) pour 34 patients (47 %) et inférieur à 30 g/L
(dénutrition sévère) pour 8 patients (11 %). Le taux
d’albumine est normal chez tous les patients ayant un MNA réduit
normal.
Au total, on constate un risque de dénutrition évalué par des
indicateurs cliniques (MNA-sf) chez la grande majorité des patients
(91 %), associée à une dénutrition biologique pour 58 %
des patients.
Risque de chutes
Quarante-cinq patients (61 %) ont chuté dans les
6 mois précédant l’hospitalisation. Le Timed-up and go
test est pathologique (> 20 secondes) pour 42 patients
(57 %), plus fréquemment chez les chuteurs (65 % contre
45 % pour les non-chuteurs).
Le taux de vitamine D est bas chez 68 patients (sur
69 dosages, soit 98,6 %) : il existe un déficit (10
à 30 μg/mL) chez 27 patients (39 %) et une carence
(< 10 μg/mL) chez 41 patients (59 %). Cette carence
est considérée comme profonde (< 7 μg/mL) chez
28 patients.
Troubles cognitifs
Il existait des troubles antérieurs avérés ou retrouvés à
l’interrogatoire chez 29 patients (39 %).
Trente-deux patients (43 %) ont présenté un épisode
confusionnel durant l’hospitalisation. Le test des 3 mots du
MMSE est normal (6/6) chez seulement 17 patients
(23 %).
Troubles de l’humeur
Il existait des troubles antérieurs chez 34 patients
(46 %).
Le mini-GDS est positif (> 1) chez 38 patients sur 65
(58 %). Il est plus souvent positif chez les patients ayant
des troubles connus de l’humeur.
Autonomie fonctionnelle
Trente et un patients (42 %) avaient une évaluation de
l’autonomie (avant l’épisode aigu) par l’échelle ADL parfaitement
conservée (6/6). Quarante-six patients (62 %) avaient une
dépendance faible (ADL 5-6), 9 (12 %) présentaient une
dépendance modérée (ADL 2,5-4,5) et 19 (26 %) une
dépendance importante (ADL 0-2).
L’évaluation des activités instrumentales de la vie quotidienne
(échelle IADL) montre que 29 patients (39 %) ont une
autonomie relativement conservée (0-1) et que 45 patients
(61 %) sont plus dépendants (> 1).
Le score de l’échelle IADL est plus souvent élevé (> 1) chez
les patients ayant des troubles connus des fonctions supérieures
(26 des 29 patients concernés), chez ceux ayant souffert d’un
épisode confusionnel pendant l’hospitalisation (26 de ces
32 patients), et chez 38 des 56 patients ayant un test
des 3 mots anormal.
Une incontinence urinaire (permanente ou très fréquente) est
retrouvée chez 22 patients (30 %).
Comorbidités
Le nombre moyen de médicaments, en excluant les prises
ponctuelles (antalgiques, laxatifs…) et les traitements locaux, est
de 5,2 médicaments par patient (écart type : 2,4).
Quarante patients (54 %) prennent 5 médicaments ou plus
par jour.
Le CIRS moyen est de 17 (écart type de 4,9), avec des extrêmes
de 8 à 28 (figure
1).
Évolution
L’évolution des patients est récapitulée sur la figure 2 et le tableau 2.
Tableau 2 Évolution des aides et réhospitalisations.
Adaptation of home-care and admission in hospital during
follow-up.
|
| Situation avant l’hospitalisation |
Sortie d’hospitalisation |
6 mois après |
1 an après |
| Domicile (dont augmentation des aides) |
57 |
34 (11) |
33 (17) |
29 (18) |
| Ehpad/Marpa |
17 |
17 |
23 |
23 |
| Nombre de décès |
| 3 |
18 (24 %) |
22 (30 %) |
| Patients transférés en SSR |
| 20 |
| |
| Nombre de patients réhospitalisés |
|
| 26 (37 %) |
37 (53 %) |
Lieu de sortie
Parmi les 57 patients vivant à domicile, 2 ont été
transférés dans un autre service de court séjour (avant retour à
domicile), 19 dans un service de moyen séjour (33 %) et
1 orienté directement en maison de retraite.
Trois patients sont décédés pendant l’hospitalisation. Les
32 autres patients sont rentrés à domicile, dont 11 avec une
majoration des aides (sanitaires ou sociales). Ainsi,
22 patients (39 %) sur les 57 vivant à domicile y
retournent à la sortie du court séjour dans les mêmes conditions
d’aides qu’avant leur hospitalisation.
Évaluation à 6 mois
Six mois après l’hospitalisation initiale, 18 patients sur
74 sont décédés (24 %), 33 vivent toujours à domicile,
17 d’entre eux bénéficient de davantage d’aides que lors de
l’hospitalisation initiale.
Concernant les réhospitalisations non programmées,
26 patients sur 70 (4 décès lors de
l’hospitalisation initiale) ont été réhospitalisés dans les
6 mois de l’étude (37 %), dont 10 dans le premier mois
(14 %). Six patients ont été réhospitalisés à deux reprises et
2 à 3 reprises.
Évaluation à 1 an
Entre 6 mois et 1 an après l’hospitalisation initiale,
4 patients sont décédés et 2 personnes vivant au domicile
sont entrées en institution.
Au total, à 1 an, 22 patients sur 74 sont décédés
(30 %), 23 vivent en institution et 29 sont toujours
au domicile. Parmi ces 29 personnes, 22 bénéficient
d’aides sanitaires et/ou sociales, dont 18 de façon plus importante
qu’avant le séjour initial.
Parmi les 20 patients sortis initialement du service de
soins de suite et réadaptation (SSR), 10 sont décédés et
7 vivent en institution.
Lorsque l’on observe les 57 patients vivant initialement au
domicile, 16 sont décédés (14 patients à 6 mois),
12 sont entrés en institution (10 patients à
6 mois). À 1 an, 37 patients (53 %) ont été
réhospitalisés au moins une fois.
Discussion
Plus des trois quarts des patients âgés hospitalisés viennent de
leur domicile ; et pour la moitié d’entre eux avec des aides
humaines. Ces chiffres sont concordants avec l’étude HID
(Handicaps, incapacités, dépendance), réalisée entre 1998 et 2001
(dans cette étude, 50 % des plus de 75 ans sont aidés au
domicile et 43 % d’entre eux bénéficient d’aides techniques)
[19].
Dans la cohorte SAFES (1 306 patients de plus de
75 ans hospitalisés dans différents services d’urgence puis de
médecine d’hôpitaux de l’est de la France en 2001), une
prédominance féminine est retrouvée (65 %), et 83 % des
patients vivaient au domicile [20, 21].
Statut nutritionnel
Concernant la nutrition, le nombre élevé de MNA-sf pathologique
(91 %) est plus élevé que celui des études récentes en court
séjour (82 % dans une étude de Lang et al. [22],
72 % dans la cohorte SAFES), de même que le taux d’albumine
(67 % à l’admission dans un service de moyen séjour [23] et
41 % à la sortie dans une étude tourangelle [24]).
La quasi-totalité des dosages de vitamine D est inférieure
à 30 μg/mL (alors qu’ils ont été réalisés en fin de
printemps). Il existe un déficit (< 10 μg/mL) chez 59 % des
patients, chiffre identique à celui retrouvé dans une autre étude
(réalisée durant 2 mois d’été et 2 mois d’hiver)
[25].
Troubles cognitifs
Un épisode de confusion a été constaté chez 43 % des
patients, des troubles de l’humeur chez 46 % (31 et 66 %
dans l’étude de Lang et al., 20 et 38 % dans la cohorte
SAFES). L’on note également que moins du quart des patients a un
score normal au test des 3 mots du MMSE. Des troubles des
fonctions supérieures étaient connus chez 39 % des patients
contre 45 % dans la cohorte SAFES.
Par ailleurs, 26 % des patients souffraient d’une
dépendance sévère (score inférieur à 2), évaluée par l’échelle
ADL (31 % dans l’étude strasbourgeoise de Lang et
al.).
Enfin, le nombre moyen de médicaments est de 5,2 par patient,
proche des résultats retrouvés dans la littérature.
Le CIRS moyen est de 17, il est de 19,6 dans une étude
parisienne [26].
Ainsi, la population âgée étudiée est relativement comparable
avec celle d’autres études récentes, notamment celles concernant
les services de court séjour.
Durée d’hospitalisations et décès
La durée moyenne du séjour initial est de 11 jours, durée
relativement courte comparée à la plupart des études.
Le taux de décès à 6 mois est de 24 %, 18 % dans
une étude espagnole incluant des patients plus jeunes (plus de
65 ans souffrant d’insuffisance cardiaque) [27], 15 %
dans l’étude tourangelle en SSR, et de 30 % à un an.
Le taux de réhospitalisations est de 14 % à 1 mois,
37 % à 6 mois et 53 % à un an. Dans la littérature,
les taux de réhospitalisations sont extrêmement variables,
dépendant :
- –. de l’époque concernée ;
- –. de l’âge de la population étudiée ;
- –. du pays considéré ;
- –. du type de structure ;
- –. selon que les réhospitalisations programmées soient
ou non prises en compte.
Les taux varient entre 5 et 35 % dans le premier mois, et
entre 25 et 50 % à un an.
Une étude américaine récente portant sur les personnes âgées
prises en charge par le Medicare a mis en évidence des taux
de réhospitalisations à 1 mois de 15 à 21 %, et de 22 à
36 % à 90 jours (dont 90 % non programmées)
[28].
Dans la cohorte SAFES, après un an de suivi, 34 % des
patients étaient décédés. L’incidence des réhospitalisations
précoces (premier mois) étaient de 14 %. Vingt pour cent des
patients vivant au domicile étaient entrés en institution
(21 % dans notre étude). On peut noter que l’incidence des
réhospitalisations précoces, des décès et des entrées en
institution à 1 an est superposable à celle de notre cohorte,
beaucoup plus réduite.
Ainsi, l’on observe une durée de séjour relativement courte,
avec des taux de réadmissions superposables aux autres études,
notamment à 1 mois (le taux de réadmissions à un an se
situe dans la fourchette haute de la littérature).
Cette courte durée de séjour s’explique probablement en partie
par des motifs locaux d’accessibilité aux structures d’aval, ainsi
que par une bonne collaboration avec l’équipe mobile de gériatrie.
Cette collaboration permet également un bon repérage des patients
nécessitant ou pouvant tirer bénéfice d’une hospitalisation en SSR.
En effet, seuls 3 des 20 patients orientés initialement en SSR
vivent encore au domicile à 1 an, tous avec une majoration des
aides.
Limites de l’étude
Les résultats de cette étude prospective doivent être nuancés
compte tenu de l’échantillon réduit de patients. Par ailleurs,
l’analyse des conditions de vie à 6 mois et à 1 an ne
permet pas de déterminer si la majoration des aides constatée
relève d’une nécessité liée à l’accentuation de la dépendance, ou
tout simplement d’une opportunité permise par le bilan social
réalisé pendant l’hospitalisation.
Conclusion
Ces études s’inscrivent dans une volonté d’identification
précoce, dès le début de l’hospitalisation, d’une population âgée
particulièrement à risque de séjour prolongé, potentiellement
néfaste sur le plan médical (perte d’autonomie) et coûteux pour
l’institution, et de réhospitalisations, notamment précoces (les
réadmissions « évitables », 9 à 50 % selon les
auteurs, seraient majoritairement celles qui surviennent dans le
mois suivant la sortie).
On sait que les interventions gériatriques précoces avec
recommandations de prise en charge sont des interventions dont
l’efficacité est prouvée, particulièrement en termes de durée
moyenne de séjour (DMS).
Plusieurs études, notamment menées sur la cohorte SAFES, ont
montré un lien entre des marqueurs fonctionnels (troubles de la
marche et risque de chutes) et la prolongation de la durée des
séjours, la perte d’indépendance fonctionnelle et l’entrée en
institution. Ces résultats incitent à proposer une prise en charge
fonctionnelle précoce des troubles de la marche, de la malnutrition
protéino-énergique, et des troubles associés (visuels,
neurologiques, iatrogénie…).
L’hôpital de La Roche-sur-Yon s’est affirmé, notamment durant
ces deux dernières décennies, à travers une médecine de spécialité
d’organes. À l’inverse, la culture gériatrique n’est que peu
intégrée. Ainsi, malgré la grande proportion de personnes âgées
hospitalisées (on a vu que la Vendée est le département le plus âgé
de la région), il n’existe pas de service de court séjour
gériatrique (dont l’ouverture est prévu en 2015). Au niveau
institutionnel, la reconnaissance de la gériatrie commence à se
développer depuis 2007, notamment avec la création du pôle
Gériatrie et médecine polyvalente.
Ainsi, une forte proportion de patients
« gériatriques » est hospitalisée dans le service de MPU
qui, comme son nom l’indique, a pour principale vocation de fournir
des lits d’aval pour le service des urgences, et est donc évalué
(et valorisé financièrement) quasi uniquement sur sa durée moyenne
de séjour (et pas du tout sur le taux de réhospitalisations,
pourtant considéré dans l’évaluation des équipes mobiles de
gériatrie).
À la différence d’un service de court séjour gériatrique, les
soignants, et notamment l’équipe médicale, n’ont pas forcément
acquis durant leurs études et leur parcours professionnel une
expérience de la gériatrie.
Il existe donc, en principe, une relative inadéquation entre les
besoins de ces patients âgés fragiles, et la mission et les
ressources de leur service d’accueil. Ceci peut d’ailleurs
contribuer à expliquer que les taux de réhospitalisations à
6 mois et 1 an de nos patients soient dans la fourchette
haute de la littérature, par un moindre repérage des patients
fragiles, et donc par une moins bonne prise en charge de certains
troubles, présents initialement mais non responsables de
l’hospitalisation (dénutrition, risque de chutes, troubles
cognitifs, iatrogénie potentielle…).
Les travaux d’Arora et al. [29], dont l’objectif était
d’évaluer la qualité des soins hospitaliers prodigués aux patients
de plus de 65 ans, ont montré qu’elle était systématiquement
plus basse pour les conditions spécifiquement gériatriques. On peut
légitimement penser qu’une sensibilisation accrue de l’ensemble des
professionnels de santé concernés, par une meilleure formation et
par une sensibilisation collective aux spécificités de ces
patients, ne peut avoir qu’un impact favorable, pour le patient
mais également pour la collectivité (DMS, réhospitalisations…).
C’est pourquoi, l’un des intérêts de cette étude est de
contribuer à forger une culture gériatrique au sein du service, par
le dépistage systématique de ces « fragilités »
gériatriques (dénutrition, chutes…), leur prise en compte précoce,
par l’attention portée aux conditions de vie des patients, et de
sensibiliser l’ensemble des soignants, en espérant, à terme,
contribuer à une meilleure prise en charge globale des patients
âgés.
Conflits d’intérêts: aucun
Points clés
- •. L’hospitalisation d’une personne âgée s’inscrit
fréquemment dans une spirale de perte d’autonomie et de fragilité,
source de réhospitalisations en urgence et d’entrée en institution
non désirée.
- •. Ce travail permet de décrire la population âgée
hospitalisée dans un service de médecine polyvalente, et son
évolution sur un an.
- •. Une prise en charge gériatrique, globale, avec
dépistage précoce de facteurs de risque (dénutrition, chutes,
troubles cognitifs ou de l’humeur…) peut permettre de limiter les
conséquences néfastes liées à une hospitalisation en urgence.
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