ARTICLE
pnv.2012.0336
Auteur(s) : Bertrand Fougère1, Jacques Gaillat2, Patrice François3, Emmanuelle Cambau4, Bénédicte Corroyer5, Benoît de Wazières6, Gaëtan Gavazzi7, Marc Paccalin1 m.paccalin@chu-poitiers.fr
Au nom de l’intergroupe des Société de pathologie infectieuse de
langue française/Société française de gériatrie et gérontologie
(SPILF/SFGG)
1 Service de gériatrie, CHU de Poitiers
2 Service de maladies infectieuses, CHG d’Annecy
3 Département de santé publique, CHU de Grenoble
4 Département de bactériologie, Hôpital Saint-Louis,
Paris
5 Service de gériatrie, CHU de Lille
6 Service de médecine interne et gériatrie, Nîmes
7 Service de gériatrie, CHU de Grenoble
Tirés à part : M. Paccalin
Les infections urinaires (IU) communautaires sont un motif très
fréquent de prescription médicale en pratique courante. Les voies
urinaires représentent le second site d’infection bactérienne
communautaire après l’appareil respiratoire et sont au premier rang
des infections acquises à l’hôpital (42,7 % des infections
nosocomiales) [1]. Chez le sujet âgé, les infections urinaires sont
vingt fois plus fréquentes que chez le sujet jeune et ont un
pronostic potentiellement sévère [2, 3].
La prise en charge des infections urinaires chez le sujet âgé
reste complexe. Le recueil des symptômes est difficile chez ces
patients dont les fonctions cognitives peuvent être altérées [4] et
le tableau clinique est souvent moins typique [2]. Enfin, les
bactériuries asymptomatiques ou colonisations [5] sont très
fréquentes chez ces patients [4, 6, 7]. En juin 2008,
l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
(Afssaps) a publié des recommandations de bonne pratique quant au
diagnostic et à l’antibiothérapie des infections urinaires
bactériennes communautaires chez l’adulte [8]. Néanmoins, ces
recommandations sont souvent mal appliquées [9, 10].
Dans ce contexte, un intergroupe des Société de pathologie
infectieuse de langue française/Société française de gériatrie et
gérontologie (SPILF/SFGG) a été à l’initiative, en
octobre 2009, d’une étude de prévalence des bactériuries,
symptomatiques ou non, du sujet de plus de 75 ans hospitalisé
en service de médecine aiguë gériatrique, de médecine interne et
d’infectiologie.
L’objectif de cette étude était d’analyser les pratiques des
cliniciens et d’évaluer la concordance entre les traitements
institués et les recommandations chez des patients hospitalisés
âgés de 75 ans et plus.
Population et méthode
Protocole d’étude
Il s’agit d’une enquête transversale multicentrique.
L’intergroupe SPILF/SFGG a proposé aux services français de
médecine aiguë gériatrique, de médecine interne et de maladies
infectieuses de participer à une étude multicentrique
observationnelle. Les investigateurs locaux devaient choisir une
semaine d’étude durant le mois d’octobre 2009, pendant
laquelle les ECBU prescrits dans l’unité étaient recueillis.
Un ECBU positif correspond à un examen avec une leucocyturie
(supérieure ou égale à 104/mL ou
103/mm3) et/ou une bactériurie positive. Le
seuil de bactériurie associé à une leucocyturie significative tient
compte de la forme clinique et de l’espèce bactérienne :
- –. ≥ 103 unités formant des colonies (UFC)/mL
pour les cystites aiguës à E. coli et autres
entérobactéries, notamment Proteus spp et Klebsiella
spp, et pour S. saprophyticus ;
- –. ≥ 105 UFC/mL pour les cystites à autres
bactéries (notamment entérocoque) ;
- –. ≥ 104 UFC/mL pour les pyélonéphrites et
prostatites.
Recommandations sur la prise en charge des infections
urinaires
L’Afssaps a édité des recommandations en juin 2008,
intitulées Diagnostic et antibiothérapie des infections
urinaires bactériennes communautaires chez l’adulte [8]. Il
s’agit de recommandations de bonne pratique clinique, établies par
un groupe d’experts à partir des données disponibles de la
littérature. Ces recommandations ont modifié la classification des
infections urinaires :
- –. les infections urinaires simples (IUS) comprennent
les cystites aiguës simples et les pyélonéphrites aiguës
simples ;
- –. les infections urinaires compliquées (IUC)
comprennent les cystites compliquées, les pyélonéphrites aiguës
compliquées et les prostatites.
La colonisation urinaire (ou bactériurie asymptomatique)
correspond aux situations de portage, c’est-à-dire de présence de
micro-organismes (détectés lors d’un examen correctement réalisé)
sans que ceux-ci ne génèrent de manifestations cliniques. Aucun
traitement n’est nécessaire (grade A des recommandations).
En cas de cystite aiguë simple, aucun examen
complémentaire, hormis la bandelette urinaire (BU), n’est
recommandé (grade A). Le traitement probabiliste recommandé
est :
- –. en 1re intention : fosfomycine
trométamol, en dose unique ;
- –. en 2e intention :
nitrofurantoïne, pendant 5 jours (grade A) ou
fluoroquinolone en dose unique, ou pendant 3 jours
(grade A).
Dans les cystites compliquées, un ECBU orienté par la BU
doit être systématiquement réalisé. Le traitement probabiliste
recommandé, en prenant en compte la pression de sélection,
est :
- –. en 1re intention :
nitrofurantoïne (hors AMM) (accord professionnel) ;
- –. en 2e intention : céfixime
(grade A) ou fluoroquinolone (grade A).
La durée totale de traitement recommandée est d’au moins
5 jours (accord professionnel), sauf pour la nitrofurantoïne
(au moins 7 jours) (accord professionnel).
Le traitement de la pyélonéphrite aiguë simple ou compliquée est
identique. Le traitement probabiliste recommandé est :
- –. soit une céphalosporine de
3e génération (grade A) ;
- –. soit une fluoroquinolone (grade A).
Il est recommandé d’effectuer un examen d’imagerie :
tomodensitométrie avec injection (uro-TDM) (grade A) ou, à
défaut, une échographie des voies urinaires. La durée du traitement
est à moduler au cas par cas. Elle se situe habituellement entre 10
et 14 jours. Elle peut être prolongée jusqu’à 21 jours ou
plus en fonction des situations cliniques (accord
professionnel).
Toute infection urinaire chez l’homme doit être gérée
comme une prostatite aiguë. À la phase aiguë, il est recommandé
d’effectuer une échographie des voies urinaires (recherche
d’obstacle) par voie sus-pubienne. Le traitement probabiliste
recommandé est :
- –. soit une céphalosporine de
3e génération (grade A) ;
- –. soit une fluoroquinolone (grade A).
La durée du traitement est de 14 à 21 jours (accord
professionnel).
Population étudiée
À partir du résultat positif d’un ECBU, chez un patient âgé de
75 ans ou plus, l’investigateur local devait remplir un
questionnaire élaboré par l’intergroupe SPILF/SFGG. Les données
répertoriées comprenaient :
- –. les principaux antécédents médicaux et
chirurgicaux ;
- –. la présence d’une sonde urinaire ;
- –. les signes fonctionnels ;
- –. les résultats biologiques et/ou radiographiques
complémentaires ;
- –. la description détaillée du traitement
anti-infectieux prescrit avant réception de l’antibiogramme
(prescription empirique) et après (prescription
adaptée) ;
- –. l’existence d’une autre pathologie infectieuse
associée.
L’acquisition communautaire ou nosocomiale de l’infection
urinaire était également précisée. Le diagnostic retenu de
colonisation, cystite, pyélonéphrite ou prostatite était porté par
l’investigateur local.
Les fiches de recueil des données des patients ont été
anonymisées et centralisées au CHU de Grenoble. Les données ont
ensuite été expertisées de façon indépendante par deux médecins
seniors. Les médecins ont analysé le diagnostic porté et le respect
des critères d’inclusion, ainsi que la conformité des prescriptions
par rapport au référentiel de l’Afssaps [11]. La conformité des
prescriptions portait sur les critères suivants :
- –. antibiothérapie justifiée ou non en fonction du
diagnostic porté et de l’existence d’une autre pathologie
infectieuse ;
- –. choix de l’antibiotique avant réception de
l’antibiogramme (prescription empirique) ;
- –. choix de l’antibiotique après identification
bactérienne et résultat de l’antibiogramme (prescription
adaptée) ;
- –. modalités du traitement : réévaluation à
72 heures et durée de prescription ;
- –. examens complémentaires réalisés au regard du
diagnostic d’infection urinaire porté.
Les cas pour lesquels il y avait une discordance entre les deux
médecins sur la justification ou non de l’antibiothérapie ont été
rediscutés par les 2 médecins.
Méthodes d’analyse
Les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel
Excel®.
Résultats
Caractéristiques de la population
Quarante-huit services hospitaliers, répartis dans trente-deux
villes, ont participé à l’étude :
- –. 33 services de gériatrie ;
- –. 9 services de médecine interne ;
- –. 6 services d’infectiologie.
Dans chaque service, 36 patients en moyenne, âgés de
75 ans et plus, étaient hospitalisés pendant la semaine
d’inclusion (médiane = 34). En moyenne, 5 ECBU ont été
réalisés par service. Pendant la période d’étude, 243 ECBU
positifs ont été recueillis parmi
1 728 patients ≥ 75 ans. Deux dossiers ont été exclus,
car incomplets.
L’analyse a porté sur 241 ECBU qui correspondaient à
241 patients hospitalisés :
- –. 85,9 % des ECBU (n = 207) concernaient des
patients de gériatrie ;
- –. 8,7 % (n = 21) de médecine interne ;
- –. 5,4 % (n = 13) d’unité de maladies
infectieuses.
Les patients étaient de sexe féminin dans 62,2 % des cas
(n = 150).
Au terme de l’expertise, 17 diagnostics ont été requalifiés
(7 %). Au final, les diagnostics retenus étaient :
- –. une colonisation urinaire pour 101 patients
(41,9 %), dont 10 requalifications en l’absence de
diagnostic annoté par les praticiens ;
- –. une cystite pour 65 patients
(27 %) ;
- –. une pyélonéphrite pour 48 patients
(19,9 %) ;
- –. une prostatite pour 27 patients (11,2 %),
dont 7 requalifications de diagnostic de cystite retenue chez
des hommes.
Dans près de 96 % des cas, un germe était isolé à
l’ECBU.
Colonisation
Les colonisations représentaient 42 % des expertises des
dossiers. Dans 27 % des cas (n = 27), une pathologie
infectieuse extra-urinaire était associée :
- –. pulmonaire : 70 % ;
- –. bactériémie : 7 % ;
- –. ostéite : 7 % ;
- –. endocardite : 4 % ;
- –. infection cutanée : 4 % ;
- –. vaginite : 4 % ;
- –. non précisée : 4 %.
Vingt et un pour-cent des colonisations étaient associés à une
prescription d’antibiotique, justifiée dans 81 % des cas pour
les médecins experts, en raison d’une pathologie infectieuse
associée. Dans 19 % des cas (n = 4), le diagnostic isolé de
colonisation était associé à une antibiothérapie.
Cystites
Les cystites représentaient 27 % (n = 65) des diagnostics
d’infection urinaire et 25 % des cystites étaient associées à
une autre pathologie infectieuse :
- –. pulmonaire : 50 % ;
- –. digestive : 25 % ;
- –. cutanée : 13 % ;
- –. autres : 12 %.
Des germes étaient isolés dans 95 % des cas.
Chez les patients présentant une cystite, 51 % ont été
traités de façon probabiliste. L’antibiothérapie probabiliste était
adaptée aux recommandations de l’Afssaps 2008 dans 57 % des
cas (dont 18 % en tenant compte d’une autre pathologie
infectieuse associée). Lorsque la prescription n’était pas conforme
aux recommandations (43 % ; n = 14), l’on
notait :
- –. soit l’utilisation d’un antibiotique non recommandé
dans 50 % des cas ;
- –. soit une prescription d’associations d’antibiotiques
(29 %) ;
- –. soit l’absence d’antibiothérapie (21 %).
Dans 49 % des cas (n = 32), la cystite était traitée après
réception de l’identification bactérienne et de l’antibiogramme, et
l’antibiothérapie était conforme aux recommandations de l’Afssaps
dans 82 % des cas.
L’antibiothérapie est donc conforme aux recommandations dans
69,5 % des cas.
Les classes d’antibiotiques prescrites pour le traitement des
cystites étaient les suivantes :
- –. fluoroquinolones (66 %) ;
- –. nitrofurantoïne (22 % ; n = 14) ;
- –. céphalosporines (6 %) ;
- –. autres classes d’antibiotiques (6 %).
L’antibiothérapie était réévaluée à 72 heures dans
63 % des cas.
La durée moyenne de traitement était de 7,73 jours
(3,43-12,03). Cette durée de traitement était jugée conforme au
référentiel pour 51 % des patients.
Les examens complémentaires réalisés étaient en accord avec les
recommandations dans 80 % des cas. Les examens non justifiés à
la lecture des questionnaires remplis étaient une échographie des
voies urinaires ou un uro-scanner.
Pyélonéphrites
Pour 48 patients, le diagnostic porté était une
pyélonéphrite. Une autre pathologie infectieuse était associée dans
25 % des cas :
- –. pulmonaire (59 %) ;
- –. bactériémie (17 %) ;
- –. digestive (8 %) ;
- –. cutanée (8 %) ;
- –. ostéite (8 %).
Un germe était isolé dans 96 % des cas.
L’antibiothérapie était adaptée aux recommandations dans
89 % des pyélonéphrites (dont 12 % jugés adaptés en
raison d’une autre pathologie infectieuse associée).
Les céphalosporines (84 %) étaient l’anti-infectieux le
plus souvent prescrit, les fluoroquinolones (11 %) et les
autres classes d’antibiotiques (5 %).
L’antibiothérapie était réévaluée à 72 heures dans
88 % des cas.
La durée moyenne de traitement était de 14,95 jours
(9,44-20,46). Cette durée de traitement était jugée conforme au
référentiel dans 50 % des cas. Lorsque la durée de
prescription n’était pas conforme aux recommandations, la raison
était principalement une durée de traitement trop courte
(88 %).
Les examens complémentaires réalisés étaient en accord avec les
recommandations dans 56 % des cas (78 % d’échographie des
voies urinaires, 7 % d’uro-TDM et 15 % les deux
examens).
Prostatites
Les prostatites représentaient 11 % des infections
urinaires et 26 % étaient associés à une autre pathologie
infectieuse :
- –. bactériémie : 57 % ;
- –. infection pulmonaire : 29 % ;
- –. 1 cas de méningite.
Une identification bactérienne était faite dans 96 % des
cas.
L’antibiothérapie était adaptée aux recommandations dans
85 % des prostatites, avec prise en compte de la pathologie
infectieuse associée dans les 3 cas.
Les classes d’antibiotiques les plus prescrites étaient les
céphalosporines (50 %) et les fluoroquinolones
(45 %).
L’antibiothérapie était réévaluée à 72 heures dans
78 % des cas.
La durée moyenne de traitement était de 21,75 jours
(16,25-27,25). Cette durée de traitement était conforme au
référentiel pour 40 % des patients. Lorsque la durée de
prescription n’était pas conforme aux recommandations, l’on notait
soit une durée trop longue (55 %), soit trop courte
(45 %).
Les examens complémentaires réalisés n’étaient pas en accord
avec les recommandations dans 70 % des cas.
Degré de concordance entre les experts
Le coefficient de concordance entre les médecins experts était
de 90 %.
Discussion
Il s’agit de la première enquête de prévalence réalisée en
France, sur une période d’une semaine, consacrée à l’infection
urinaire du patient hospitalisé âgé de 75 ans et plus.
L’objectif était de noter le suivi des recommandations préconisées
par l’Afssaps en 2008.
Deux cent quarante-trois ECBU positifs ont été recueillis, soit
une moyenne de 5 par service, et concernaient 14 % des
sujets de 75 ans et plus hospitalisés sur une semaine donnée
(243/1 728). L’antibiothérapie prescrite était conforme aux
recommandations dans 69,5 % des cystites et 89 % des
pyélonéphrites, soit 81,2 % des cas.
Plusieurs points sont à souligner :
- –. l’importance de la colonisation (42 %), qui
interroge sur la pertinence de la prescription de l’ECBU, peut être
expliquée par la difficulté à recueillir des signes fonctionnels
objectifs chez le sujet âgé. En revanche, seuls 4 patients ont
reçu une antibiothérapie jugée injustifiée ;
- –. dans le cas des diagnostics de cystites (n = 65),
l’on note une antibiothérapie probabiliste non conforme chez
14 patients (43 %). Une autre constatation concerne
l’utilisation de la nitofurantoïne (14 patients). Cet
antibiotique est certes recommandé par l’Afssaps, mais sa
prescription chez le sujet ≥ 75 ans semble peu licite, non
seulement par les effets indésirables, mais également par sa faible
élimination rénale (élimination essentiellement digestive), et donc
d’un intérêt très limité chez le sujet ≥ 75 ans ;
- –. dans le cas des pyélonéphrites (n = 48), la
conformité antibiotique est élevée (89 %). En revanche,
l’application de la recommandation sur la durée thérapeutique n’est
que de 50 %. Ceci souligne la difficulté probable de tolérance
et d’adhésion à une antibiothérapie prolongée chez un patient
souvent polypathologique et polymédiqué.
Plus de 40 % des patients n’ont pas les examens
complémentaires recommandés. L’on peut se demander l’utilité de
tels examens lorsque l’évolution clinique est satisfaisante, quel
que soit l’âge du patient, mais en particulier chez un
patient ≥ 75 ans dont l’autonomie n’est pas toujours adaptée à
un transport aisé vers le plateau technique. Ceci se vérifie
également pour les prostatites.
La réévaluation de l’antibiothérapie à J3 était rapportée dans
76,3 % des dossiers (respectivement 63, 88 et 78 %).
Plusieurs études ont également montré que les référentiels de
soins n’ont qu’un effet limité sur les pratiques cliniques, en
dépit d’une diffusion large [12]. Ce défaut d’impact peut
s’expliquer dans certains cas par une mauvaise qualité des
recommandations, soit qu’elles reposent sur des données
scientifiques peu robustes, soit qu’elles ne tiennent pas assez
compte d’éléments tels que les comorbidités, ou les traitements
associés [11]. De façon plus troublante, les standards de soins
peuvent être ressentis par certains cliniciens comme une perte
d’initiative, voire de liberté [13]. La notoriété d’une
recommandation et l’adhésion au principe général des référentiels
ne suffisent donc pas à faire évoluer les comportements de
prescription d’antibiotiques [14]. Afin de faciliter l’adhésion des
cliniciens aux protocoles d’antibiothérapie, il paraît conseillé de
les associer à la rédaction et d’adapter les recommandations au
contexte local. Ainsi, la rédaction d’un protocole
d’antibiothérapie devrait, au mieux, être confiée à un groupe de
travail multidisciplinaire. Après avoir analysé les recommandations
nationales et les données scientifiques, le groupe doit prendre en
compte les éléments locaux (écologie bactérienne, type de patients,
préférences des prescripteurs) afin de produire une adaptation
locale des recommandations nationales [15, 16].
Les limites de notre étude tiennent d’abord au recueil des
données à partir des questionnaires remplis par de nombreux
investigateurs. De plus, le caractère partiellement subjectif de
l’expertise pourrait avoir induit un biais de classification.
Cependant, la double expertise et la forte concordance des avis des
deux médecins montrent que le potentiel biais de classification est
faible. L’analyse statistique des résultats est une autre limite de
l’étude. En effet, l’utilisation de tests statistiques aurait
permis d’obtenir des pourcentages avec leur intervalle de
confiance. Cependant, l’échantillon de 241 patients permet de
dégager les principales tendances.
Les résultats de cette étude indiquent que parmi les
243 patients ayant eu un ECBU, 87 avaient également un
diagnostic porté d’infection pulmonaire. Dans 70 cas, une
colonisation urinaire était retenue. Ceci souligne la simplicité à
réaliser une bandelette urinaire qui mène à la pratique
systématique d’un ECBU non justifié sur le plan symptomatique. Pour
17 patients, l’infection urinaire objectivée était associée à
une infection pulmonaire :
- –. cystite (n = 8) ;
- –. pyélonéphrite (n = 7) ;
- –. prostatite (n = 2).
Une poly-infection était retenue chez 12,1 % des patients
inclus. Notre étude n’était pas orientée sur l’infection
broncho-pulmonaire ; il est ainsi difficile d’analyser
rigoureusement ces cas d’infections conjuguées :
- –. diagnostic d’infection pulmonaire porté par
excès ?
- –. bandelette urinaire réalisée systématiquement avec
prise en compte, au final, d’une bactériurie asymptomatique chez un
patient avec broncho-pneumopathie réelle ?
La vulnérabilité du sujet âgé pourrait également expliquer la
survenue de 2 infections différentes au cours d’une même
hospitalisation, d’autant que le recrutement était essentiellement
réalisé en service de gériatrie, où les séjours hospitaliers sont
plus longs.
Conclusion
Cette étude révèle un grand nombre d’ECBU réalisés avec
diagnostic final de colonisation. Des progrès restent à réaliser
pour une optimisation thérapeutique concernant la réévaluation à
72 heures et la durée totale du traitement. Beaucoup de
patients ont un diagnostic d’infection urinaire associé à une
infection broncho-pulmonaire, soulignant la difficulté pour le
clinicien d’avoir un diagnostic uniciste. Des recommandations, plus
spécifiques au sujet âgé, seraient probablement nécessaires afin
d’optimiser la prise en charge de cette pathologie, notamment sur
l’antibiothérapie de première intention et la nécessité des examens
complémentaires.
Remerciements
Nous remercions T. Fraisse, S. Sirvain (Alès) ;
M. Escande, M.-C. Icard-Jullien (Allauch) ;
P. Jouanny (Amiens) ; S. Leonnard, G. Berrut
(Nantes) ; C. Jarry (Angoulême) ; M. Debray,
J. Gaillat, E. Piet, L. Tavernier (Annecy) ;
J.-F Desson (Bayeux) ; G. Pinganaud
(Bordeaux) ; A. Fejzo, E. Forestier,
C. Lecomte, O. Rogeaux (Chambery) ; C. Hauler
(Colmar) ; E. Paillaud (Créteil) ; P. Suel
(Dieppe) ; H. Guepet, P. Manckoundia (Dijon) ;
L. El Hajj (Eaubonne) ; D. Chapuis
(Embrun) ; R. Billon, J.-L. Fanon
(Fort-de-France) ; A. Bosseray, L. Bouillet,
P. Gibert, P. Pavese (Grenoble) ; B. Grossin,
G. Denis (La Rochelle) ; B. Corroyer,
F. Puisieux (Lille) ; E. Cretel, I. Veen
(Marseille) ; V. Bereder, V. Mailland (Nice) ;
B. de Wazières (Nîmes) ; J. Belmin,
M. Gisselbrecht, C. Minozzi, E. Rouveix
(Paris) ; M. Malet (Perpignan) ; F. Bellarbre,
M. Paccalin, F. Roblot (Poitiers) ;
D. Guillaume, J. Luizy (Rochefort) ; C. Capet,
K. Kadri (Rouen) ; V. Baudoux,
A. Bichon-Chardonneau, H. Causseret, S. Pochic
(Saumur) ; V. Dardaine, T. Constans (Tours) ;
D. Dambre, E. Proye (Valenciennes).
Conflits d’intérêts: aucun.
Points clés
- •. Des bactériuries asymptomatiques sont encore traitées
par antibiothérapie.
- •. Certaines recommandations de la HAS ne sont pas
totalement appliquées ou applicables chez le patient gériatrique,
en particulier la durée du traitement antibiotique et la
réalisation systématique d’examens radiologiques.
- •. Un quart des patients avec infection urinaire a un
diagnostic associé de broncho-pneumopathie, objectivant la
difficulté à porter un diagnostic unique chez le patient
gériatrique et la complexité d’interprétation d’une bandelette
urinaire positive.
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