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Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement
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Pastel in the urine bag


Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement. Volume 10, Number 1, 5-8, Mars 2012, Gériatrie et gérontologie. Synthèse

DOI : 10.1684/pnv.2012.0333

Résumé   Summary  

Author(s) : Lucie Cantaloube, Cécile Lebaudy, Sophie Hermabessière, Yves Rolland, Gérontopôle de Toulouse, Université de Toulouse III, CHU Purpan, Toulouse.

Summary : Purple urine bag syndrome is a relatively unknown phenomenon in which the urine bag and the collector of chronically catheterized patients turn purple or blue. It affects predominantly women, and is mainly reported in elderly patients. The mechanism seems to be related to the appearance in the urine of two compounds that have been identified as indigo (blue) and indirubin (red) which bind to the urine bag and the collector. Several associated factors are usually mentioned such as constipation, alkaline urine, bed rest, institutionalization or cognitive impairment. They are risk factor of this phenomenon. On the other hand, an infection or a urinary bacterial colonization is necessary and high bacterial counts seem to be the critical step in the development of the purple urine bag syndrome. We report on two cases of purple urine bag syndrome observed in two patients being treated in a long-term care unit. Both of whom were diagnosed with indwelling urinary bacterial colonization, with Escherichia coli and Pseudomonas aeruginosa respectively.

Keywords : indwelling catheter, urine, bacteriuria, indigo, indirubin

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ARTICLE

pnv.2012.0333

Auteur(s) : Lucie Cantaloube, Cécile Lebaudy, Sophie Hermabessière, Yves Rolland rolland.y@chu-toulouse.fr

Gérontopôle de Toulouse, Université de Toulouse III, CHU Purpan, Toulouse

Tirés à part : Y. Rolland

Le syndrome de la poche à urine violette (purple urine bag syndrome) a été décrit pour la première fois en 1978 [1].

Ce syndrome est caractérisé par une coloration violette ou bleue de la poche de recueil des urines ainsi que de la sonde collectrice. Il survient typiquement chez les femmes âgées alitées, présentant un sondage urinaire à demeure, associé à une infection ou une colonisation urinaire par certaines bactéries.

Il s’agit d’un phénomène peu rapporté dans la littérature. Pourtant, il ne semble pas rare car des prévalences variables de 8,3 % (13/157) [2], 16,7 % (14/84) [3] et 42,1 % (8/19) [4] ont été rapportées dans différentes études au sein de populations de patients sondés.

Les observations cliniques

Premier cas clinique

Il s’agit d’une femme âgée de 81 ans, hospitalisée en unité de soins de longue durée pour une perte d’autonomie secondaire à un arrêt cardio-respiratoire en juillet 2010. L’ischémie cérébrale occasionnée a entraîné une tétraparésie spastique sévère. Le sevrage de la sonde urinaire s’est avéré impossible par la suite.

Environ 4 mois après son admission, une coloration violette des urines et de la poche collectrice est constatée (figure 1). Un examen cytobactériologique des urines réalisé lors du changement de sonde retrouve 107 UFC/mL de Pseudomonas aeruginosa et de rares polynucléaires. Devant l’absence de symptômes cliniques, aucune antibiothérapie n’a été initiée. La sonde a été changée et le phénomène ne s’est plus reproduit.

L’analyse pharmacologique de l’ordonnance retrouve du dantrolène, médicament susceptible de colorer les urines en orange [5]. Cependant, la coloration violette de la poche est caractéristique et le fait que le phénomène ait cédé suite au changement de la poche, sans modification de la thérapeutique médicamenteuse, fait fortement suspecter un syndrome de la poche à urine violette.

Second cas clinique

Il s’agit d’une femme âgée de 82 ans, hospitalisée pour des soins palliatifs d’un glioblastome temporo-pariétal gauche. À son entrée dans le service, une sonde urinaire à demeure est posée en raison d’une rétention aiguë d’urine.

Trois mois plus tard, après un changement systématique de la poche à urine, on constate une coloration violette de la poche tandis que les urines conservent une couleur normale. Un examen bactériologique des urines met en évidence une colonisation urinaire à Escherichia coli (107 UFC/mL et de rares polynucléaires), avec des urines plutôt acides de pH 6,5. La coloration violette de la poche (mais pas des urines) persiste après deux changements de sonde réalisés en raison d’importants dépôts obstructifs. L’ablation de la sonde a alors été décidée. Un traitement antibiotique n’a pas été entrepris.

L’analyse pharmacologique de son ordonnance ne retrouve pas de médicament susceptible de colorer les urines [5].

Discussion

Mécanisme d’action

Le mécanisme entraînant le syndrome de la poche à urine violette semble maintenant identifié (figure 2). Le tryptophane d’origine alimentaire est transformé en indole par des bactéries de la flore intestinale. Après passage dans la circulation sanguine, l’indole est transformé en indoxylsulfate par un phénomène de conjugaison hépatique. L’indoxylsulfate est ensuite excrété par voie urinaire, et transformé par une phosphatase/sulfatase bactérienne en indoxyle [6-9]. L’indoxyle est ensuite transformé en indigo (bleu) et indirubine (rouge) selon le pH urinaire et le degré d’oxydation [6, 10]. Ces deux composants ont été identifiés par des méthodes chromatographiques [6, 10]. L’indigo et l’indirubine semblent se complexer rapidement aux composants de la poche [8, 10]. Ceci explique pourquoi les urines restent souvent de couleur normale [3, 8, 10-12]. De plus, l’intensité de la coloration augmente avec la durée de pose de la sonde [2, 4, 9].

Le mécanisme de coloration observé dans le syndrome de la poche à urine violette rappelle étrangement ce qui fut utilisé jusqu’au XVIIe siècle en « Pays de Cocagne » pour la fabrication du Pastel, un colorant bleu. Après fermentation des feuilles d’Isatis tinctoria en milieu alcalin (utilisation pour cela de chaux ou d’urine), il se forme une pâte qui sera façonnée en boules et séchée au soleil. La macération libère de l’indoxyle incolore qui est, une fois oxydé à l’air, l’élément chimique à l’origine de l’indigo qui donne la coloration bleue. Cette technique, seule source de teinture bleue en Europe jusqu’à la fin du XVIe siècle, a fait la fortune des Maîtres Pasteliers de Toulouse et sa région.

Diverses bactéries peuvent être associées au syndrome de la poche à urine violette [2-4, 7, 8, 13, 14] :

  • . Escherichia coli ;
  • . Pseudomonas aeruginosa ;
  • . Providencia stuartii ;
  • . Providencia rettgeri ;
  • . Klebsiella pneumoniae ;
  • . Proteus mirabilis ;
  • –. Morganella morganii


Il est important de relever qu’une concentration bactérienne urinaire élevée semble être le facteur le plus important dans l’apparition du syndrome de la poche à urine violette [14].

Étiologie

L’étiologie est inconnue, mais plusieurs facteurs favorisants ont été évoqués :

  • –. le genre féminin, vraisemblablement en raison de la faible longueur de l’urètre et de la proximité entre l’urètre et l’anus [2, 3, 7, 13-15] ;
  • –. le sondage chronique [4, 7, 13-16] ;
  • –. l’alitement [3, 4, 14, 17] ;
  • –. l’institutionnalisation [2] ;
  • –. la constipation chronique [2, 3, 12, 15, 18] ;
  • –. la présence de troubles cognitifs [2, 4].


Un pH urinaire alcalin est souvent associé au syndrome de la poche à urine violette [2, 13, 15], il ne semble pourtant pas indispensable car certains patients avaient des urines acides [3, 14, 17]. Il semble donc être plutôt un facteur associé. L’influence du matériau de composition de la poche (poly vinyl chlorure ou silicone) n’est pas clairement identifiée [2, 4].

Dans les deux cas observés, nous retrouvons les facteurs favorisants habituellement évoqués dans la littérature : il s’agit de deux femmes âgées, alitées, sondées à demeure, ayant une colonisation urinaire avec des bactéries connues dans le syndrome de la poche à urine violette. Pour l’une d’elles, un pH acide est retrouvé, pour l’autre, le pH urinaire n’a pas été demandé. L’une est constipée, l’autre a plutôt des selles liquides dues à une alimentation par gastrostomie.

Conclusion

Le syndrome de la poche à urine violette est relativement méconnu et peut entraîner de l’inquiétude pour le patient et sa famille, mais également pour les médecins et le personnel soignant. Ce syndrome semble bénin, la plupart des patients étant asymptomatiques [2, 15, 16]. Certains auteurs proposent de ne pas traiter par antibiothérapie les patients asymptomatiques [3, 4, 19], la coloration disparaissant le plus souvent après changement de la poche.

Conflits d’intérêts: aucun.

Points clés

  • •. Le syndrome de la poche à urine violette est lié à la présence de deux pigments dans les urines qui vont se fixer aux composants de la poche : l’indigo et l’indirubine.
  • •. La présence d’une colonisation ou infection urinaire est associée au phénomène.
  • •. De nombreux facteurs favorisants sont évoqués.


Références

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5. www.theriaque.org/. Consulté le 27/10/2011.

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