ARTICLE
pnv.2012.0330
Auteur(s) : Gilles Berrut
L’altération de l’état général (AEG) est une bouteille à l’encre
en gériatrie. Combien de mémoires et de thèses d’exercices portant
sur l’altération de l’état général chez la personne âgée ?
Inscrit rapidement sur une lettre d’admission, l’AEG est le
signe fréquemment noté [1] par le médecin traitant devant une
présentation clinique qui n’évoque pas d’emblée une situation
d’urgence classique chez une personne âgée. Sans doute que
l’apathie des syndromes démentiels de type Alzheimer [2] qui évoque
la fatigue et l’amaigrissement et l’anorexie, connue comme associée
précocement à la maladie d’Alzheimer [3] oriente le clinicien vers
ce fameux « syndrome général ». Comme le motif
d’admission est un élément important de la procédure de prise en
charge des équipes soignantes et des jeunes médecins en formation
qui assurent les premiers soins, décident des premiers examens et
soins, cette imprécision du motif engendre d’emblée un
dysfonctionnement qui a un impact majeur sur l’orientation du
patient dans l’hôpital et dans son pronostic médico-social. Comment
en effet un jeune médecin pourrait se douter que cet AEG n’est
qu’un leurre, fruit d’une altération cognitive non reconnue et de
son corollaire métabolique. L’intuition du médecin traitant qui
ressent l’impératif d’une hospitalisation, étant le seul argument à
prendre en compte. Par analogie avec le raisonnement statistique du
théorème de Bayes pour la validité des examens diagnostiques [4],
cette intuition du médecin traitant est une sorte de probabilité
pré-test qui pressent l’utilité sanitaire ou sociale d’une prise en
charge hospitalière. Ou pour reprendre le schéma 1+2+3 des
comorbidités synergiques de Bouchon [5], l’AEG est le
facteur 2 et la demande du médecin traitant est de rechercher
le facteur 3 qui explique la demande de soins. L’article du
professeur Pepersack [6] revisite de manière critique l’utilisation
du terme d’altération de l’état général chez la personne âgée et
note sur 747 patients adressés pour AEG, que seulement
38 % présentaient un des signes de l’AEG. Les résultats
montrent la variété des situations et la participation simultanée
de plusieurs pathologies soit chroniques soit intercurrentes. Les
auteurs dans leur conclusion restent indulgents vis-à-vis de cette
AEG. Car l’utilisation qui en est faite relève plus d’une facilité
de langage voire d’une paresse clinique que d’une description
charpentée sur un recueil clinique. Ne faudrait-il pas enseigner
clairement que les altérations cognitives modifient la présentation
clinique des événements aigus, leurs ressentis par les patients,
leur description par ceux-ci ; et imposent devant
l’association d’un amaigrissement progressif, une anorexie ancienne
et une apathie de rechercher les signes de l’affection
intercurrente qui doit être recherchée avant l’admission à
l’hôpital ?
Références
1. Andres E, Mecili M, Ciobanu E. Que cache le concept
d’altération de l’état général ? Étude de 200 cas. Rev
Med Interne 2010 ; 31 : S54.
2. Starkstein SE, Petracca G, Chemerinski E, Kremer J.
Syndromic validity of apathy in Alzheimer's disease. Am J
Psychiatry 2001 ; 158 : 872-877.
3. Gillette Guyonnet S, Abellan Van Kan G, Alix E,
Andrieu S, Belmin J, et al. International Academy on
Nutrition and Aging Expert Group. IANA (International Academy on
Nutrition and Aging) Expert Group : weight loss and
Alzheimer's disease. J Nutr Health Aging 2007 ; 11 :
38-48.
4. Meyer N, Vinzio S, Goichot B. Bayesian
statistic : an approach fitted to clinic. Rev Med
Interne 2009 ; 30 : 242-249.
5. Bouchon J.P. 1 + 2 + 3 ou comment tenter d’être
efficace en gériatrie ?. Rev Prat 1984 ; 34 :
888-892.
6. Aouaneche M, Pepersack T. Altération ou dégradation de
l’état général : un « syndrome gériatrique » ?.
Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10 : 33-38.
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