ARTICLE
pnv.2011.0305
Auteur(s) : Éloïse Le Fur-Musquer1 eloise.lefur-musquer@chu-nantes.fr,
Florence Delamarre-Damier2, Laure de
Decker1, Anne Le Strat3, Anne Lebatard3, Véronique Manigold3, Fabienne Yvain3, Régis Séhier3, Claire Moulinoux3, Claire Moisan3, Pascal Chevalet1, Vincent Ould-Aoudia1, Gilles Berrut1
1 Service de médecine polyvalente gériatrique, CHU de
Nantes
2 Service de médecine gériatrique, CH de Cholet
3 Service de gériatrie, CH de Saint-Nazaire
Tirés à part : É. Le Fur-Musquer
Environ 500 000 personnes âgées vivent en
établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) en France
[1]. Peu de travaux concernent ces sujets : 2 % des
travaux de recherche internationaux [1].
Parmi les sujets hospitalisés aux urgences, ceux provenant d’un
EHPAD représentent de 9 [2] à 37 % [3], selon les études.
Selon le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (HCAAM),
les dépenses de l’assurance-maladie liées aux hospitalisations des
résidents d’EHPAD représentent 1,7 milliard d’euros par an
[4].
Les personnes âgées en EHPAD sont des personnes dépendantes pour
lesquelles toute agression peut entraîner une hospitalisation,
source de déstabilisation physique et psychique [5].
Les hospitalisations évitables peuvent représenter 67 % des
hospitalisations des sujets âgés en institution [6]. Il faut donc
éviter les hospitalisations inadéquates par l’amélioration des
modalités de décision [7]. Parmi les causes d’hospitalisations
évitables, il est rapporté [6] :
- –. la disponibilité des médecins ;
- –. l’impossibilité d’avoir recours à des examens
biologiques ou à poser une perfusion.
L’objectif de cette étude est de préciser les conditions
pratiques de décision d’une hospitalisation en urgence d’une
personne âgée d’un EHPAD vers un établissement de santé.
Patients et méthode
Il s’agit d’une étude longitudinale prospective et descriptive
des hospitalisations en urgence des sujets âgés en EHPAD, sur une
durée de six mois.
Onze EHPAD et huit médecins coordonnateurs ont été recrutés sur
la base du volontariat. Il s’agit d’EHPAD privés associatifs à but
non lucratif. Ils représentent une capacité totale de
783 lits.
Tous les dossiers des patients ayant été hospitalisés en
urgence, du 1er janvier au 30 juin 2010, ont
été colligés et leurs conditions de transfert, analysées. Les
dossiers des patients ont été fournis par les médecins
coordonnateurs de chaque EHPAD à la fin du suivi de chaque
patient.
Les critères de recrutement des dossiers étaient les
suivants : être hébergé en EHPAD et avoir été hospitalisé en
urgence dans un établissement de santé au cours de la période de
l’étude.
Les critères de non-recrutement des dossiers étaient les
suivants : ne pas être hébergé en EHPAD et être transféré dans
le cadre d’une hospitalisation programmée.
Pour tous les patients dont les dossiers ont été recrutés, ont
été étudiés :
- –. les conditions pratiques de la décision
d’hospitalisation ;
- –. les circonstances cliniques et socio-psychologiques
qui ont précédé (événements pré-intercurrents) ou accompagné
(événements intercurrents) la décision
d’hospitalisation ;
- –. le devenir jusqu’à la sortie d’hospitalisation.
Les motifs d’hospitalisations ont été colligés à partir des
déclarations écrites des professionnels qui ont décidé de
l’hospitalisation en urgence.
Les conditions pratiques de décision comprennent :
- –. la date et l’heure du transfert ;
- –. la personne qui donne l’alerte ;
- –. la personne qui décide de
l’hospitalisation ;
- –. la modalité de transport.
Les caractéristiques cliniques comprennent :
- –. l’âge ;
- –. le sexe ;
- –. la date d’entrée dans l’EHPAD ;
- –. le poids ;
- –. les traitements en nombre de produits
actifs ;
- –. la survenue de modification de traitement dans les
15 jours précédant l’hospitalisation ;
- –. des antécédents d’hospitalisation dans les six
derniers mois.
Les co-morbidités ont été synthétisées à l’aide du cumulative
ilness rating scale (CIRS). Cette échelle a été choisie car
elle est validée [8, 9], en particulier chez les patients
présentant des troubles neuropsychiatriques [10-12].
Les événements pré-intercurrents se définissent par les
événements somatiques ou psychopathologiques ou sociaux,
intervenant dans le mois précédant l’hospitalisation sans juger du
lien de causalité avec l’hospitalisation.
Les événements intercurrents qui motivent l’hospitalisation sont
triés selon 6 classes (cardio-pulmonaire, neurovasculaire,
chute, troubles du comportement, urodigestif et divers).
Les données du suivi de l’hospitalisation prennent en
compte :
- –. l’établissement d’accueil lors de
l’hospitalisation ;
- –. le service d’accueil ;
- –. la durée d’hospitalisation ;
- –. le devenir après l’hospitalisation.
Enfin, le nombre et les motifs de réhospitalisations ont été
étudiés.
Analyses statistiques
Les données ont été colligées sur une observation papier
anonyme, puis saisies sur un tableau Excel 2007
(Microsoft®, USA).
Les données ont ensuite été transférées sur un logiciel de
statistiques (SPSS 16®, IBM®, USA).
Toutes les variables quantitatives seront décrites par leur
moyenne, leur écart type et leurs valeurs extrêmes. Les variables
qualitatives seront décrites par leur fréquence de présence et/ou
leur classification ordinale. La comparaison entre les sujets
hospitalisés une seule fois et ceux réhospitalisés une nouvelle
fois s’est faite à l’aide du test du Chi 2 pour les variables
qualitatives binaires et le test t de Student non apparié
pour les autres variables quantitatives. Une probabilité inférieure
à 5 % était considérée comme significative.
Résultats
Un total de 119 dossiers de patients hospitalisés en
urgence a été colligé :
- –. 73 patients n’ont été hospitalisés qu’une seule
fois ;
- –. 16 patients ont été hospitalisés
2 fois ;
- –. 2 patients ont été hospitalisés
3 fois ;
- –. 2 patients ont été hospitalisés
4 fois.
Parmi les 119 dossiers recrutés, 93 concernent des
dossiers de patients hospitalisés une première fois durant la
période suivie.
Les caractéristiques des dossiers des 93 résidents
hospitalisés pour la première fois sont regroupées dans le tableau 1.
Tableau 1 Tableau des caractéristiques cliniques des
résidents d’EHPAD lors de la primo-hospitalisation.
Clinical characteristics of institutionalized patients during
the first hospitalization.
| Âge (ans)a |
86,7 ± 7,3 |
| Sexe fémininb |
76 (81,7) |
| Statut maritalc |
14/66/10 |
| CIRSa |
6,9 ± 2,3 |
| GIRa |
3 ± 1,4 |
| Poids (kg)a |
63,6 ± 14,7 |
| Traitementsa, d |
7,1 ± 2,8 |
| Hospitalisation dans les 6 derniers
moisb |
27 (29) |
| Modification de traitementsb, e |
25 (26,9) |
a : moyenne ± écart type ;
b : n (%) ; c :
marié/veuf/célibataire ; d : nombre de
principes actifs ; e : modification du
traitement habituel datant de moins de 15 jours avant
l’hospitalisation ; CIRS : cumulative ilness rating
scale ; GIR : groupe iso ressource.
Les événements intercurrents sont exposés dans le tableau 2. À noter que 20 chutes sur 37
(54,1 %) ont entraîné une fracture.
Tableau 2 Caractéristiques des modalités
d’hospitalisation en urgence des sujets âgés en EHPAD.
Characteristics of modalities hospitalizations in emergency of
institutionalized patients.
| Événements intercurrents motivant les
hospitalisations en urgence des résidents
d’EHPADa : |
|
| – troubles de comportement– neurovasculaire–
chute– cardio-pulmonaire– uro-digestif– diversb |
7 (5,9)9 (7,6)37 (31,1)36 (30,3)18 (15,1)12
(10,1) |
| Personnes donnant l’alerte lors des
hospitalisations en urgence des résidents
d’EHPADa : |
|
| – médecin traitant– infirmières– aides-soignantes
et agents des services hospitaliers |
10 (8,4)55 (46,2)47 (39,5) |
| – autrec |
7 (6,4) |
| Personnes décidant de l’hospitalisation en urgence
des résidents d’EHPADa : |
|
| – médecin traitant– services d’urgence (SOS
médecin, SAMU et CAPS) |
55 (46,2)42 (35,3) |
| – médecin coordinateur– médecins spécialistes–
infirmières– infirmières coordinatrices– famille |
3 (2,5)6 (5)7 (5,9)5 (4,2)1 (0,8) |
a : n (%) ; b : un syndrome
inflammatoire, une déshydratation, une escarre, une hyperthermie,
deux altérations de l’état général, un purpura nécrotique, un
hématome, une anémie et un état de choc ; c :
néphrologue, veilleuse, animatrice, voisine de chambre,
famille ; d : médecin spécialiste et
famille.
Nous avons répertorié la survenue d’événements pré-intercurrents
et la nature de ceux-ci. Il s’agit de :
- –. chutes (30,1 %) ;
- –. confusion (12,9 %) ;
- –. troubles digestifs (11,8 %) ;
- –. infection (10,8 %) ;
- –. rétention urinaire ou fécale (4,3 %) ;
- –. déshydratation (1,1 %) ;
- –. causes diverses (dyspnée, dépression, douleur,
changement de sonde urinaire…) dans 17,2 % des cas.
Trente-deux résidents n’ont pas présenté d’événements
pré-intercurrents avant leur hospitalisation, 41 ont eu un
événement pré-intercurrent, 19 résidents en ont eu deux et un
résident en a eu trois.
Un total de douze résidents (12,9 %) ont eu à gérer des
événements sociopsychologiques dans le mois précédant leur
hospitalisation : pour trois d’entre eux, il s’agit de décès
de proche, quatre avaient changé de chambre, trois étaient entrés
récemment dans la structure, un cancer du sein de diagnostic récent
chez une des résidentes et, enfin, une résidente revenait d’un
voyage.
Les hospitalisations en urgence ont lieu majoritairement en
semaine (72,3 % contre 27,7 % le week-end). Les horaires
de transfert ont été pris en compte, en les séparant en trois
parties distinctes :
- –. le matin de 8h à 14h (34,5 %) ;
- –. l’après-midi de 14h à 19h (41,2 %) ;
- –. le soir et la nuit de 19h à 8h (22,7 %).
Le détail des personnes donnant l’alerte est inscrit dans le tableau 2.
Pour la décision d’hospitalisation, le médecin traitant reste
l’acteur principal. Cependant, d’autres participants interviennent,
représentés dans le tableau 2.
Le transfert en urgence des résidents d’EHPAD est réalisé dans
89 % après un avis médical, cependant celui-ci est uniquement
téléphonique dans 24,4 % des cas. Il s’agit d’un contact entre
aide-soignante et un médecin dans 55,2 % (n = 16) des cas
et d’un contact entre infirmière et médecin dans 44,8 % (n
= 13) des cas.
Lors d’une hospitalisation en urgence, le transport est assuré
très majoritairement par des ambulances (93,3 %), puis par les
pompiers (5 %), plus rarement par une voiture personnelle ou
le SAMU (respectivement 0,8 %).
Dans plus de la moitié des cas, aucun contact téléphonique n’est
pris avant l’hospitalisation (49,6 %). Dans 27,7 % des
cas, le SAMU est contacté au préalable, dans 7,6 % c’est la
filière gériatrique, dans 5,9 % SOS médecin, et dans
5,9 % des cas, les équipes ont pris contact avec une clinique
privée directement. Dans les autres cas (3,4 %), les urgences,
les pompiers, ou encore un service d’hôpital local ont été
contactés avant une hospitalisation en urgence.
Le dossier médical est transmis dans 87,7 % des cas. Il
comprend alors les antécédents médicaux dans 87,4 % et le
traitement dans 85,7 % des cas, celui-ci est informatisé dans
84,9 % des cas. Un courrier médical est rédigé dans
52,9 % des cas. Le résident est accompagné par un membre de la
famille dans 10,9 % des cas.
Les résidents des EHPAD sont adressés majoritairement aux
urgences (82,4 %) puis directement dans un service de médecine
dans 12,6 % des cas, et plus rarement dans un service de
spécialité (cardiologie ou urologie, respectivement 2,5 % des
cas).
Au terme de leur séjour à l’hôpital, le plus souvent les
résidents retournent dans leur EHPAD d’origine (86,6 %),
10,1 % des résidents décèdent pendant leur hospitalisation et
seulement 3,4 % des résidents vont en soins de suite et
réadaptation.
La durée moyenne d’hospitalisation est de 6,4 jours et
31,9 % des résidents restent moins de 24 heures aux
urgences avant de regagner leur EHPAD. Un passage aux urgences
était comptabilisé comme une hospitalisation de 24 heures. Si
l’on exclut les passages de moins de 24 heures aux urgences et
que l’on considère uniquement les 81 patients ayant été
hospitalisés dans un service, la durée moyenne de séjour est de
8,9 jours.
Les caractéristiques cliniques sont comparables entre les
patients hospitalisés une fois ou plusieurs fois (tableau 3).
Tableau 3 Comparaison des caractéristiques des patients
réhospitalisés et des patients non réhospitalisés en provenance des
EHPAD.
Comparison between the characteristics of rehospitalized and non
rehospitalized patients from institution.
|
| Patients non réhospitalisés |
Patients réhospitalisés |
p |
| N |
74 |
20 |
NS |
| Âgea |
87,3 ± 7,8 |
85,1 ± 5 |
NS |
| Sexe fémininb |
62 (83) |
14 (73,7) |
NS |
| Mariéb |
10 (14) |
6 (32) |
0,04 |
| Veuf(ve)b |
56 (76) |
11 (58) |
NS |
| Célibataireb |
8 (10) |
2 (10) |
NS |
| Score CIRSa |
6,9 ± 2,33 |
7 ± 2,1 |
NS |
| GIR |
4,4 ± 11,6 |
2,9 ± 1,3 |
NS |
| Nombre de traitementa |
8,3 ± 11,4 |
7,5 ± 2,5 |
NS |
| Modification de traitement dans les 15 jours
précédents |
17 (23) |
8 (42,1) |
NS |
a : moyenne ± écart type ;
b : n (%) ; NS : non significatif ;
CIRS : cumulative ilness rating scale ; GIR :
goupe iso ressource.
Sur les 20 résidents réhospitalisés, 14 avaient les
mêmes motifs à chaque hospitalisation et 6 avaient des motifs
différents. Les motifs principaux de réhospitalisations
étaient :
- –. les chutes (6 patients) ;
- –. les décompensations cardio-respiratoires
(4 patients) ;
- –. les troubles neurologiques
(2 patients) ;
- –. les causes infectieuses et urologiques
(1 patient respectivement).
Discussion
L’alerte est donnée principalement par les infirmières et les
aides-soignantes (un tiers des cas chacune). La décision
d’hospitalisation est médicale dans plus de 80 % des cas, sur
avis téléphonique uniquement dans près de 25 % des cas.
Les motifs principaux de recours en urgence sont les chutes dans
près d’un tiers des cas et les motifs cardio-pulmonaires (environ
27 % des cas). Deux tiers des résidents ont présenté au moins
un événement pré-intercurrent dans le mois précédant leur
hospitalisation.
Le dossier médical du résident est largement transmis ;
cependant, un courrier médical n’est rédigé que dans la moitié des
cas. Aucun contact téléphonique n’est pris dans plus de la moitié
des cas avec la structure d’accueil ou une filière gériatrique.
Après leur passage en hospitalisation, plus de 85 % des
résidents reviennent directement dans leur établissement d’origine
et 10 % décèdent pendant leur séjour hospitalier.
Les hospitalisations ont lieu surtout en semaine et
principalement l’après-midi.
Les résidents hospitalisés en urgence sont âgés (plus de
85 ans), pour plus de 80 % des cas ce sont des femmes,
veuves et dépendantes (en moyenne GIR 3).
La méthode de notre travail a permis d’étudier une population de
façon prospective sur une période de six mois, et sur plusieurs
localisations géographiques, mettant en jeu différents types de
passage aux urgences.
En effet, les EHPAD recrutés, de par leur localisation
géographique, donnaient lieu à des hospitalisations dans des
hôpitaux périphériques ou au CHU, évitant ainsi les biais liés à
une seule destination pour les hospitalisations.
Notre population est comparable à celle rapportée dans la
littérature :
- –. l’âge moyen dans les publications va de 81,6 à
87,4 ans [8-10] ;
- –. Gruneir et al. rapportent que les
hospitalisations en urgence ont surtout lieu en journée et en
semaine (42 %), et rarement la nuit ou le week-end
(18,8 %) [11] ;
- –. les motifs de recours aux urgences sont, dans la
plupart des études, des chutes (19 à 48,9 %), puis viennent
les causes respiratoires (28,2 à 34 %), les motifs
cardiologiques (23 %), les causes neurologiques (11 à
29,2 %) [5, 10, 12-15] ;
- –. le transport d’une personne âgée vers un
établissement de santé s’effectue en ambulance dans 55 à 94 %
des cas [10, 16] ;
- –. 58 à 83 % des résidents d’EHPAD arrivent aux
urgences avec une lettre d’accompagnement du médecin [12, 17]
et 10 % des patients sont transférés sans aucun document quel
qu’il soit [10] ;
- –. après une hospitalisation, 89 % retournent dans
leur structure initiale, 8 % décèdent et 3 % entrent en
soins de longue durée [12] ;
- –. lorsqu’un résident part d’un EHPAD, il est amené à
82 % aux urgences directement et dans 18 % des cas, il
s’agit d’une hospitalisation directe [12].
Les limites principales sont les biais de sélection portant sur
le choix des EHPAD. En effet, la totalité des EHPAD recrutés avait
un statut privé associatif à but non lucratif.
Les professionnels (IDE ou AS) présents la nuit étaient
différents entre les établissements, ce qui influence les résultats
sur l’alerte et la décision d’hospitalisation.
Le recrutement des médecins coordonnateurs était fondé sur le
volontariat. On peut supposer que les personnes ayant accepté de
participer à cette étude avaient un intérêt particulier pour le
sujet et que des éléments avaient déjà été mis en place dans les
EHPAD, notamment en terme de formation du personnel.
Dans la littérature, les hommes représentent 32 [8] à 35 %
[12] des patients hospitalisés contre 18,3 % dans notre
étude.
La durée moyenne du séjour hospitalier est de 15 à 23 jours
[2, 10, 12]. Elle est plus courte dans notre étude, on
note que près de 32 % des résidents restent moins de
24 heures aux urgences, ce qui peut expliquer la durée
relativement courte des séjours.
Après une évaluation aux urgences, les résidents retournent dans
leur structure sans être hospitalisés dans 52 à 56 % des cas
dans les travaux aux États-Unis [10, 18]. Dans notre étude,
les résidents ont été globalement plus souvent hospitalisés, car
seuls 32 % sont rentrés dans leur EHPAD après leur passage aux
urgences.
Notre travail présente, à notre connaissance, pour la première
fois dans la littérature publiée, les modalités de décision
d’hospitalisations des sujets âgés en EHPAD. Trois études
françaises rapportent les résultats à partir d’un établissement de
santé, sur les sujets âgés venant d’un EHPAD. Dans ces études, le
médecin traitant adresse les patients dans 66 à 71 % des cas
[3, 16, 19] et l’infirmière coordinatrice dans 4 %
des cas [19]. Si l’on regroupe médecin traitant, médecin du SAMU ou
d’un service de permanence médicale (SOS médecin ou SMUGA), nous
présentons des résultats comparables : médecin (81,5 %)
et IDE coordinatrice (4,2 %). Mais notre étude réalisée au
sein des EHPAD révèle que la décision est également prise par
d’autres intervenants dans 18,5 % des cas (dont 5,9 % par
une IDE non coordinatrice). Les médecins coordinateurs, non pris en
compte dans les travaux publiés, représentent 2,5 % des
professionnels qui décident des hospitalisations.
Une étude menée dans un EHPAD dans le cadre d’un mémoire de DIU
de médecin coordinateur montre que le transfert est décidé par le
médecin traitant à 31,5 %, par SOS médecin dans 31,5 %
des cas, par l’IDE seule dans 20,4 % des cas, par l’AS seule
dans 13 % des cas et par le SAMU dans 3,6 % des cas
[20].
La décision d’hospitalisation repose sur un avis médical
téléphonique dans près de 25 % des cas. Une étude américaine
révèle qu’un tiers des résidents de maison de retraite sont
transférés en urgence sur avis téléphonique uniquement [10].
La réduction du nombre d’hospitalisations évitables repose
surtout sur la formation des aides-soignantes car c’est elles qui
donnent l’alerte dans 40 % des cas.
Les formations en EHPAD doivent porter sur les chutes et les
décompensations cardio-respiratoires, principaux motifs
d’hospitalisations.
Une nouvelle étude de type cas-témoins serait nécessaire afin
d’identifier les facteurs prédictifs d’hospitalisations, et aussi
de mettre en œuvre les procédures organisationnelles et
thérapeutiques qui réduiraient les hospitalisations des sujets âgés
en EHPAD aux situations le nécessitant de manière adaptée.
La décision d’hospitalisation en urgence repose sur un avis
téléphonique dans un quart des cas, faisant souligner l’importance
de la traçabilité des décisions médicales.
Conclusion
Notre étude s’intéresse à une population peu étudiée : les
résidents d’EHPAD. Ces résidents sont de plus en plus âgés et
dépendants.
Les résidents hospitalisés en urgence sont principalement des
femmes, polypathologiques et dépendantes (GIR 2 :
25,8 % et GIR 4 : 24,7 %).
Les chutes et les décompensations cardio-respiratoires sont les
motifs principaux d’hospitalisation en urgence. Il paraît donc
primordial de centrer les efforts de prévention et de thérapeutique
dans les EHPAD autour de ces deux thèmes auprès des infirmières et
des aides-soignantes.
Les EHPAD doivent être intégrés dans la filière gériatrique en
créant des passerelles entre les établissements et les urgences, ou
surtout avec les services de gériatrie aiguë pour éviter tant que
possible aux résidents de transiter par les urgences générales.
Conflits d’intérêts: aucun.
Remerciements
Nous remercions les médecins coordonnateurs de l’association
AGRE et le Gérontopôle Autonomie Longévité des Pays de la
Loire.
Points clés
- •. 8 % des résidents d’EHPAD sont hospitalisés sur
une période de 6 mois.
- •. Chute et décompensation cardio-respiratoire sont les
principales causes d’hospitalisations.
- •. Dans près de 40 % des cas, c’est une
aide-soignante qui donne l’alerte lors d’une hospitalisation.
- •. Une décision médicale précède l’hospitalisation dans
89 % des cas, mais dans 24,4 % des cas, l’avis est
téléphonique.
- •. La réduction des hospitalisations évitables passe par
la formation des aides-soignantes et la traçabilité de la décision
médicale.
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